| Ecole élémentaire Curial A | Lecturial, prix littéraire de l'école -"Pour quelques livres de plus" | |||||||||||||||||
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contact Geneviève Matton-Taté et Michaël Espinosa: |
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| A la Une du journal (oct. 2004) |
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| Récit de pratiques (juillet 2004) |
POUR QUELQUES LIVRES DE PLUS…
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Conseil des maîtres de l’école Curial A - septembre 2002 :
« Ils passent leur temps devant leur télé ! »
Le constat est amer. Nous nous indignons devant un tel état de fait. Avec une école située au beau milieu de la cité Curial-Cambrai, "encerclée" par de hautes tours de 18 étages accueillant principalement des familles issues de l'immigration et souvent en grandes difficultés sociales, financières, culturelles, et intellectuelles pour lesquelles on note une constante dégradation des moyens et une évolution grandissante de la pauvreté, et rattachée à un énorme groupe scolaire marqué de tous les acronymes les plus effrayants de l’Education Nationale (appartenance au REP 14, située en ZEP et en pleine ZUS !), nous ne pouvons nous en tenir à cela. Nos 310 élèves de cycle 3 sont-ils vraiment comme les décrivent les médias ? |
Répartis au sein de 13 classes banales (CE2, CM1, CM2), on ne peut nier les situations d'échec scolaire nombreuses, et particulièrement en lecture. Pourtant, chacun met en place tous les éléments nécessaires pour sortir de cette situation : les étagères des bibliothèques de classe sont fournies ; plusieurs romans sont étudiés en lecture suivie durant l’année, chacun adaptant les textes au niveau des élèves, tout en cherchant à les élever toujours plus haut ; certaines classes participent à des prix littéraires comme Tatoulu.
Et pourtant le plus grand nombre des élèves n'aime pas la lecture et ne fréquente que très rarement les livres !
Nous nous grattons la tête autour de la table. Le « remue-méninges » tourne à plein régime. Une idée nous a bien traversé l’esprit. Mais est-elle vraiment raisonnable ? Peut-on réellement se lancer dans une telle aventure ? Le pari en vaut-il la peine ?
Puis c’est l’éruption ! Oui, nous devons le faire !
Un rallye lecture !
Un rallye lecture sur une dizaine de livres abordables du CE2 au CM2.
Un rallye lecture engageant tous les élèves de l’école.
Un rallye lecture qui respectera les droits imprescriptibles du lecteur énoncés par Daniel PENNAC tout en incitant l'élève à lire les livres qu'il a choisis et même à dépasser ses propres objectifs.
Un rallye lecture pour ramener les élèves vers le plaisir de lire.
Là-dessus, pourquoi ne pas transformer nos élèves-lecteurs en acteur de la littérature ? Qu’ils soient jurés d’un prix littéraire, bon sang !
Le projet est né. Ne lui manque plus qu’un nom. Nous voulons de la lecture à Curial ? Voici donc le Prix « leCtURIAL »
Conseil des maîtres de l’école Curial A - mai 2003 :
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Sur cette première année, le rallye lecture et le prix ont été menés sur la sélection de l’association Tatoulu, donc avec le prix Tatoulu. Pour les élèves, ce fut un peu la confusion et la participation fut moyenne. Mais pour nous, les leçons ont été apprises. Maintenant, nous avons grandi. Nous nous sentons capables de prendre notre envol, seuls. C’est décidé : à la rentrée de septembre le Prix « leCtURIAL » devient indépendant ! Nous décidons de choisir un thème : le roman historique. Puis nous sélectionnons 12 livres qui couvrent les niveaux du CE2 au CM2. Ainsi des élèves faibles lecteurs de CM2 pourront lire des ouvrages abordables par eux et des élèves bons lecteurs de CE2 pourront pousser leurs capacités au maximum. Nous voyons trop grand ? Et alors ! Tout ce qui nous intéresse est de donner, ou de redonner à tous nos élèves le goût de lire et d'en tirer plaisir. Et pour cela, il ne faut pas faire dans la demi-mesure, non ? Et le travail dans tout ça ? Chaque livre est accompagné par un questionnaire (6 à 8 questions) qui rapporte des points en fonction du niveau de difficulté de lecture de l'ouvrage. Les questions sont adaptées et le calcul final se fait en pourcentage de réussite. Un diplôme viendra récompenser chaque élève qu’il ait lu 1 ouvrage ou 12. Il n'y a pas de limite de temps imposée pour lire les livres. La seule performance exigée reste la compréhension de l'ouvrage et non la boulimie de livres pour être le meilleur ou le plus rapide. Nous voulons des lecteurs, pas des tourneurs de pages ! Bien évidemment, pour respecter les termes du rallye, les élèves ayant lu trois livres concourront les uns contre les autres pendant que ceux qui en auront lu douze concourront dans une autre catégorie. |
Pour finir, au mois de juin, nous organiserons l’élection pour désigner le
lauréat du Prix « leCtURIAL » 2004.

De plus, nous aurons un groupe "atelier lecture d'albums" qui lira 8 albums sélectionnés par la maternelle 84 Curial à leurs plus petits camarades.
Tout semble en place.
Mais atteindrons-nous nos objectifs ? Les élèves trouveront ou retrouveront-ils le plaisir de lire ? Seront-ils aussi capables de partager leur plaisir et de débattre sur les livres lus, aimés ou peu appréciés ?
Nous savons que l'ambition est grande pour un public enfantin déjà désenchanté, qui ne se voit pas beaucoup d'avenir, qui ne sait généralement pas ce qu'il vient faire à l'école même s'il s'y sent bien, entouré et en sécurité. Les questions sont nombreuses.
Il faut maintenant se lancer !
Conseil des maîtres de l’école Curial A - janvier 2004 :
Le rallye lecture est en cours. Mais il a eu bien du mal à se mettre en place. Les subventions que nous avions glanées à droite et à gauche ont eu du mal à se concrétiser en monnaie sonnante et trébuchante. Nous n’avons pu avoir qu’une seule série de livres par classe, donc 12 ouvrages pour 24 élèves, et ceci à partir de novembre 2003 !
Nous avons mis à disposition les livres auprès des élèves en présentant le projet en tant que prix littéraire sans contrainte aucune de ratio de lecture. Le contrat du nombre de livres à lire n’a pas été retenu dans la majorité des classes. Cela n’a pas empêché les élèves d’emprunter. Petitement. Timidement. Peut-être ont-ils été impressionnés par certains livres assez épais (près de 150 pages) ? Peut-être les titres leur paraissaient-ils obscurs parfois ?
Il aura fallu attendre que quelques ouvrages soient lus et que des élèves viennent en parler devant leurs camarades pour que la machine s’emballe.
L’une d’entre nous nous explique : « C’est dommage que l’on n’ait pas assez de livres pour chacun. Les enfants en arrivent à s’inscrire sur une sorte de liste d’attente. »
Un autre ajoute : « Ils vont carrément voir leurs copains pour réserver le livre ! »
Un dernier : « J’ai à peine récupéré un livre qu’il est emprunté dans la minute. C’est simple, je n’ai jamais un exemplaire qui traîne sur mon bureau. »
Nous sourions tous devant un tel enthousiasme de la part de ces fameux enfants qui « n’aiment pas les livres ». Non seulement, ils les empruntent à tour de bras, se mettant même au défi eux-mêmes d’en lire le plus possible, mais ils réclament les questionnaires, comme une sorte d’achèvement de leur lecture.
« K. est toujours sur mon dos. Dès qu’il a terminé un bouquin, c’est à peine s’il ne fouille pas dans ma pochette pour prendre le questionnaire. Et il comptabilise le nombre de livres qui lui manquent pour lire les 12. »
« C’est drôle, mais j’ai l’impression qu’ils ont créé leurs propres règles. »
Notre animal « leCtURIAL » nous a un peu échappé. Les élèves se le sont appropriés. Voyons-nous apparaître notre but ?
Conseil des maîtres de l’école Curial A - juin 2004 :
Le vote a eu lieu. Nous nous demandions quel livre remporterait la majorité des voix. Nous avions quelques soupçons. Et c'est Le plus grand Roi du monde de Marc Cantin qui a gagné haut la main. Nous lui avons envoyé un message électronique pour lui annoncer sa victoire. L'homme est pour le contact avec les enfants. Il nous a répondu très rapidement :
" Excellente nouvelle ce prix !... Une GRANDE nouvelle, dirais-je ! Je suis heureux d’apprendre que les enfants ont pris du plaisir à lire cette histoire… sans oublier les superbes illustrations du confrère Chrisman.
Merci pour ce message.
Et à bientôt
Amicalement
Marc Cantin"
Mais l’heure est aussi au bilan.
Depuis janvier, les livres ont tourné. Et plutôt bien. Nous avons été confrontés au problème de stock de livres. Seulement 12 exemplaires disponibles par classe ont créé une attente du livre suivant souvent trop longue.
Scène classique :
« Monsieur, vous avez Valentin le Gladiateur ?
- Non, c’est Olivier qui l’a pris avant-hier. »
S. repart dépité, bougonnant que « C’est toujours pareil. C’est toujours les autres qu’ont le livre et jamais moi. »

Serions-nous en train de constater les premiers résultats bénéfiques de notre action ?
En tout cas, il ne faut pas se cacher que cette situation de « manque » n’a qu’une seule solution : des moyens financiers à la hauteur. Une difficulté qui nous demandera du travail chaque année et qui nous donnera sûrement quelques coulées de sueur.
Malgré le manque de disponibilité, l’enthousiasme n’a pas failli chez nos élèves. Et ceci jusqu’aux derniers jours précédant le vote pour le Prix. Les couvertures de certains livres ont véritablement souffert de leur notoriété.
La stimulation des uns envers les autres et l’émulation ont été les moteurs de la réussite de ce début de projet.
« J’ai l’impression que le trop grand nombre de livres proposés pour le « leCtURIAL » a occasionné une baisse de la fréquentation de ma bibliothèque de classe. » nous dit une collègue.
Nous nous interrogeons alors sur l’impact qu’a pu avoir l’offre de ces 12 livres sur les habitudes de lecture ou de non-lecture des élèves. Devons-nous réduire le nombre d’ouvrages présentés dans la sélection ? Ou surtout, ne devons-nous pas démarrer le rallye bien plus tôt dans l’année ?
Ce qui nous amène à établir des plans sur l’organisation de l’année prochaine et à commencer tout de suite à plancher sur la liste de livres de l’an prochain.
« Moi, j’ai plutôt l’impression que des élèves comme D. n’auraient lu quasiment aucun livre s’il n’y avait pas eu le « leCtURIAL ». Elle a lu les 12 ! Je pense qu’elle aurait fait comme beaucoup d’élèves : elle aurait participé à l’euphorie du début d’année autour de la bibliothèque, quitte à prendre des livres et à les rendre sans les avoir lu, et que son action vers le livre se serait essoufflée. Là, avec le rallye, elle a lu l’équivalent d’1 livre par mois ! »
Les avis sont partagés sur la question. Il est vrai que cela dépend aussi de la place de la bibliothèque au sein de chaque classe, de son fonctionnement et de son utilisation.
Une constatation est évidente : l’an prochain, nous devrons démarrer le plus tôt possible, octobre serait le mieux.
Nous prenons un verre, contents des premières observations. Notre objectif initial était de donner le goût de lire. Il semble bien avoir réussi. Nous en profitons pour relire quelques textes écrits par les élèves. Ceux-ci ont accompagné les livres lors d’une exposition dans la vitrine de la librairie des Orgues de Flandre.
« Il y a beaucoup d’action, de tristesse et j’ai aimé les aventures. C’est un livre formidable et impressionnant. »
« J’ai aimé ce livre parce que j’y ai appris des choses sur la vie des juifs pendant la guerre. »
« J’ai adoré ce livre parce que Valentin vit des aventures. Pour lui c’était terrifiant, mais pour moi très amusant. »
« J’ai aimé ce livre parce qu’il était drôle et passionnant. »
« C’est le côté aventure qui m’a plu car quand tu lis, tu as l’impression de partir avec le livre. »
« Ce livre donne une idée sur la vie au temps des esclaves. Il est instructif et m’a émue.
Certains se sont même laissés aller à la poésie…
« Au lieu de rencontrer le plus grand roi du monde, vous rencontrerez le roi galette. Mais ne vous moquez pas de lui sinon il vous jettera aux oubliettes. »
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L’un de nous lance tout à coup :
« Tu as terminé de corriger les questionnaires ? »
Grand soupir dans l’assemblée. Cette correction est un travail de Titans : tous les élèves se jetaient sur les questionnaires après avoir fini un livre. Ce qui nous a amené à nous interroger sur la vision véritable des élèves de ce questionnaire. Nous cherchions à donner le plaisir de lire, sans contraintes « scolaires » et pourtant, le questionnaire était devenu indispensable. Pas comme une vérification, une évaluation, mais plutôt comme une sorte de conclusion. Etait-ce alors un point final à la lecture ? Un aspect rassurant de cadre encore un peu scolaire ? Une façon de prouver que le livre avait bien été lu ? Un phénomène rassurant face à l’exigence du maître ? La réponse est sûrement multiple, propre à chaque élève. Le constat commun est l’enthousiasme pour ces questionnaires. « Et si on créait un salon de lecture ? » La remarque n’est pas lancée au hasard. Nous avons tous observé la venue petit à petit de livres dans la cour de récréation. Aucun élève ne nous a demandé la permission de descendre avec son livre. Pour tout dire, nous n’avons rien vu venir. C’est surtout lorsque nous nous sommes pris à jouer aux censeurs, donc à vouloir interdire les livres dans la cour afin qu’ils ne soient pas abîmés, que nous avons constaté « l’invasion » par les livres du lieu du jeu de ballon par excellence. Des élèves s’isolaient pour se plonger dans les aventures littéraires. Et aucun autre ne s’est permis de se moquer. La lecture devenait « jeu » de cour de récréation. |
Même si nous avons été transportés par un tel résultat, nous nous sommes dit qu’un salon de lecture serait le bienvenu : un lieu où l’état d’esprit est plus fort que l’aspect distribution ; un lieu où l’on s’installe pour entrer dans la lecture ; un lieu spécifique à la lecture et à l'échange en dehors du temps imparti en classe. Un salon littéraire pour les moins de 10 ans ?
« Tu sais qu’ils m’empruntent encore des bouquins. Il ne faudra pas que j’oublie de leur redemander avant qu’ils partent en vacances. » nous rappelle un collègue.
« Je suis encore étonnée que beaucoup de mauvais lecteurs de ma classe aient emprunté en masse par rapport aux meilleurs lecteurs » ajoute une autre.
« Je n’aurais jamais cru que « Le Tirailleur en Enfer » puisse être aussi emprunté. C’est tout de même un livre pour les collégiens ! A croire que le lire était devenu un challenge. »
« M. et T. ont conseillé la lecture de « Les Enfants du silence » à leurs parents. »
Ces témoignages nous paraissent éloquents. La réconciliation de l’enfant et de la lecture ne nous semble plus être un vain mot. Et nous aimons à croire que notre projet « leCtURIAL» y est pour quelque chose.
« Ils lisent ! Si, si, ils lisent !»
(hypothétique) Conseil des maîtres de l’école Curial A - septembre 2004 :
Les vacances nous ont regonflés à bloc. Nous avons chacun lu des livres d’une présélection d’ouvrages sur le thème de Paris. Dans vingt minutes nous aurons nos 12 livres (ou 10, nous ne sommes pas encore d’accord sur le nombre. Une équipe qui discute, c’est une équipe qui vit, non ?) et le « leCtURIAL» 2005 va pouvoir commencer. La méthode est la même : livres à disposition plus les questionnaires.
Mais cette année, nous voulons aller plus loin. Il nous faut nous servir des qualités et des défauts de l’année précédente pour aller de l’avant.
Tout d’abord, commencer plus tôt afin de donner à tous les lecteurs le temps de s’approprier les livres. L’objectif étant que chaque élève ait lu toute la sélection.
Nous chercherons à développer l'argumentation orale à l’aide de débats plus institutionnalisés autour des livres du leCtURIAL mais aussi de divers sujets.
Nous travaillerons sur la critique écrite avec la publication de chroniques de livres dans le journal de l’école.
Il serait aussi intéressant et bénéfique que nous puissions organiser des rencontres interclasses et inter-niveaux, afin que les idées et les opinions sur les livres circulent et se comparent. Les sens d’échanges doivent être multiples : d’abord des plus forts au moins forts et retour pour motiver les plus faibles.
Notre rêve serait enfin que les élèves gèrent en autonomie pure tout le « Circuit » de « leCtURIAL ».
Nous avons d’autres rêves qui, nous l’espérons, se réaliseront avec le temps…
L’équipe de l’école Curial A
Gros remerciements à Rodolphe de CM2 pour les illustrations.
| PRESENTATION (mars 2004) |
Le groupe scolaire Curial situé dans la cité Curial-Cambrai (19ème arrondissement) est rattaché au REP 14 situé sur la ZEP et appartenant à la ZUS. L'école est "encerclée" par de hautes tours de 18 étages accueillant principalement des familles issues de l'immigration et souvent en grandes difficultés sociales, financières, culturelles, et intellectuelles pour lesquelles on note une constante dégradation des moyens et une évolution grandissante de la pauvreté.
Les 310 élèves accueillis à Curial A sont tous en cycle 3 ; ils se répartissent dans 13 classes banales (CE2, CM1, CM2), la 14ème étant une adaptation ouverte.
Les situations d'échec scolaire sont légion et nous constatons malgré les efforts des enseignants des déficiences chroniques en lecture. Certains de nos élèves (37 en septembre 2002) arrivent au CE2 en ne déchiffrant même pas. Les résultats aux évaluations de CE2 sont à nouveau très bas cette année tandis que celles de 6ème (nos anciens CM2) amorcent depuis trois ans une remontée.
La régression des CE2 au 1er trimestre est telle qu'il faut reprendre les apprentissages de base et en particulier ceux de la lecture (beaucoup d'enfants partent "au pays" durant les mois d'été avant la fin des classes pour rentrer en retard en n'ayant ni parlé le français, ni rien lu ou travaillé.
Le plus grand nombre des élèves n'aime pas la lecture et ne fréquente que très rarement les livres.
En 2001-2002, le R.E.P 14 fait entrer Curial A dans le projet TATOULU mené par une association d'enseignants parisiens. L'achat des livres étant difficile à gérer, seules trois classes ont pu participer à ce projet grâce au financement du REP14.
En 2002-2003, Curial A reconduit un projet TATOULU et décide que les trois niveaux du cycle 3 seront représentés. Ainsi il est proposé aux élèves les meilleurs lecteurs de l'école de s'inscrire dans ce projet ; six d'entre eux (2 par niveaux élus par l'ensemble des élèves) ont participé au jury 2003 et défendu les livres plébiscités par les élèves. Mais il nous est apparu que nous pourrions mener une autre Action-Lecture au sein de l'école qui impliquerait la totalité des élèves parallèlement à ce projet TATOULU.
Ainsi est né à la rentrée 2002-2003 le projet leCtURIAL totalement interne à Curial A, et relancé pour 2003-2004.
Pour se faciliter la tâche, l'équipe enseignante garde le choix des livres de l'association TATOULU. Le financement est assuré en 2002-2003 en partie par le REP 14 pour quatre séries de livres et la mairie du19ème pour deux séries supplémentaires, la Mairie de Paris ayant répondu que notre projet n'était pas culturel !!!
Pour 2003-2004, l'objectif est : mettre à disposition de chaque classe deux séries des livres choisis.
Ainsi des élèves faibles lecteurs de CM2 pourront lire des ouvrages abordables par eux et des élèves bons lecteurs de CE2 pourront pousser leurs capacités au maximum.
Chacun y trouvera son compte, l'objectif premier étant de donner le goût de lire et d'en tirer plaisir. Pas de compétition entre élèves mais un contrat que chacun se fixera raisonnablement : un nombre de livres que l'élève devra lire sur la durée du "rallye lecture" leCtURIAL.
Les maîtres respecteront les droits imprescriptibles du lecteur énoncés par Daniel PENNAC tout en incitant, par tous les moyens à leur disposition, l'élève à lire les livres qu'il a choisis puis à remplir les questionnaires (6 à 8 questions) qui rapportent des points en fonction du niveau de difficulté de lecture de l'ouvrage.
Il est à noter qu'un livre de niveau CE2 ne rapportera pas forcément moins de points qu'un livre de niveau CM2.
Les questionnaires sont adaptés et le calcul se fait en pourcentage de réussite.
La fiche réponse n'est pas rendue immédiatement à l'élève, mais le maître lui donnera le nombre de points qu'il a obtenu que l'élève note sur une fiche personnelle de progression grâce à laquelle il pourra recenser le nombre d'ouvrages lus et le gain obtenu, et toujours à son propre rythme.
Il n'y a pas de limite de temps imposée. La seule performance exigée reste la compréhension de l'ouvrage et non la boulimie de livres pour être le meilleur ou le plus rapide.
La compétition doit rester motivante, faibles et bons lecteurs peuvent se mesurer grâce au résultat obtenu en pourcentage de réussite sur une même fiche, le temps intervenant peu.
Bien évidemment, pour respecter les termes du rallye, les élèves ayant lu trois livres concourront les uns contre les autres pendant que ceux qui en auront lu douze concourront dans un autre classement. Chacun ayant trouvé dans ce projet son propre plaisir. Un grand regret : nous ne sommes pas certains que tous les élèves aient lu autant qu'ils auraient pu faute de financement au-delà de 6 séries de douze livres pour 13 classes de 25 élèves et plus.
Sachant que les contacts fréquents avec les livres sont indispensables et que lire deux ou trois livres par an en classe est insuffisant, et que d'autre part l'école est la seule à pouvoir mener le délicat combat contre toutes les sollicitations dont les enfants sont l'objet en tant que consommateurs, CurialA souhaite se donner comme objectif la "consommation" de livres pour le plus grand plaisir de tous.
Pour l'année 2003/2004, l'équipe enseignante décide de reconduire uniquement le projet leCtURIAL . 12 romans sont sélectionnés ayant pour thème l'Histoire de l'Antiquité à la 2ème Guerre mondiale. Nous espérons pouvoir inviter l'auteur du livre lauréat après le vote et lors de la remise du prix leCtURIAL 2004. Afin de rester dans la cohérence des cycles, un groupe "atelier lecture d'albums" se prépare pour aller lire 8 albums sélectionnés par la maternelle 84 Curial à leurs plus petits camarades.
Effets escomptés de l'action.
· Différencier la lecture en tant que nécessaire et absolu apprentissage du plaisir de lire.
· Amener les enfants-élèves à partager et débattre sur les livres lus, aimés ou peu appréciés et apprendre à argumenter sur des sujets divers.
Les enfants par ces actions seront amenés à appréhender et maîtriser le vocabulaire adapté à leur argumentation. Oraliser sur des sujets variés pouvant et devant à plus ou moins court terme les amener à passer à l'écrit qu'ils maîtrisent encore plus mal que l'oral à ce jour.
L'ambition est grande pour un public enfantin déjà désenchanté, qui ne se voit pas beaucoup d'avenir, qui ne sait généralement pas ce qu'il vient faire à l'école même s'il s'y sent bien, entouré et en sécurité.
Engagés dans le projet, les élèves de Curial A s'essayent à la lecture des ouvrages proposés, certains présentent les livres déjà lus et encouragent leurs camarades mais les listes d'attente pour avoir le livre dans les mains sont longues car nous ne disposons pas d'assez de livres par classe et la rapidité de lecture n'est évidemment pas la même pour tous.
A ce jour, les enseignants sont obligés de fixer un temps limite pour la lecture du livre emprunté, ce qui est une contrainte trop astreignante pour certains élèves qui risquent de se décourager.
Evaluations du projet
· L'évaluation "rallye lecture" consistera en une fiche de lecture sur chaque livre lu.
· Les enseignants préparent en même temps les débats en classe et organiseront dans les semaines à venir des échanges entre classes.
· Le vote individuel aura lieu en juin pour élire le livre lauréat dans les 2 niveaux CE et CM.
· Pour le groupe lecteurs aux maternelles nous escomptons une meilleure maîtrise de la lecture orale et l'évaluation se fera avec les collègues de maternelle au vu du plaisir pris par les petits.
| BILAN D'ETAPE (juin 2004) |
I - DESCRIPTION DE L'ACTION
Toutes les classes ont mis à disposition les 12 livres du Lecturial auprès des élèves ; cette formalité s'accomplit de façon simple, en présentant le projet en tant que prix littéraire sans contrainte aucune de ratio de lecture.
Le contrat du nombre de livres à lire et l’obligation de tout lire n’a pas été retenue dans la majorité des classes et donc non exposé.
Il se trouve que le résultat obtenu fut de première surprise : la quantité d'emprunts a été forte, la qualité des lectures également. Chaque enseignant a remarqué que l'absence de contrainte à développé chez les enfants une liberté totale de la gestion des lectures et donc par-là même un goût plus affirmé de lire.
Selon les observations il apparaît aussi que les contraintes qui auraient pu s'instaurer de façon formelle se sont en fait installées automatiquement et de façon implicite ; les élèves ont donc créé des règles.
La stimulation de lire s'est fait par un élan d'enthousiasme des lecteurs qui ont entrepris de faire une promotion de leur lecture auprès des copains. Cela est une des démarches les plus importantes, sinon la plus importante, que l'on puisse faire pour encourager à lire.
Stimulation, émulation, ont été les moteurs de la réussite de ce début de projet.
Cependant on pourrait déplorer quelques petits inconvénients notamment une baisse de la fréquentation de la bibliothèque de classe ; cela nous amène à certaines réflexions sur le déroulement de l’an prochain.
Suite à la mise en route de Lecturial chaque classe a, ou n’a pas, engagé d’actions conséquentes. Le fait d’avoir démarré cette action trop tard dans l’année scolaire nous a empêchés de nombreux prolongements.
Nous aurions pu, et nous l’avions envisagé, de travailler sur l’argumentation orale et l’expression à travers la présentation des livres. ( ceci sera détaillé dans un article ultérieur )
Le projet Lecturial est un projet lourd sur une année complète, a fortiori sur une demie année.
Ce qui nous entraîne à vouloir débuter Lecturial dès le mois d’Octobre.
II - ANALYSE DE L’ACTION
Notre objectif initial, donner le goût de lire, semble bien avoir réussi. L’appétit de lire fut visible rapidement par plusieurs faits.
Le stock de livres fut rapidement insuffisant et l’attente du livre suivant était parfois longue .
Le bouche à oreille fonctionna avec efficacité et encouragea de nombreux lecteurs, un peu découragés par l’âpreté de certains livres, à continuer ou à reprendre leur lecture.
L’apparition dans la cour de récréation de livres du Lecturial, et la demande de nombreux élèves d’avoir un endroit pour lire dehors, nous montre le plaisir qu’ils ont trouvé à lire les livres de Lecturial.
La non contrainte du ratio de lecture semble avoir porté ses fruits, car les emprunts ont dépassé la possibilité de prêt. Les questionnaires remis à la fin de chaque lecture étaient très demandés par les enfants ce qui prouve que cette partie du Lecturial n’a pas été ressentie comme une vérification de la lecture, mais comme un point spécifique totalement lié et naturel de ce projet.
Le déroulement du projet sera d’autant plus efficace qu’il sera engagé tôt dans l’année. Cela facilitera les échanges et le temps de lecture s’en trouvera plus long.
Dans une classe de CM 1 il semble que Lecturial ait fait de l’ombre à la bibliothèque de classe ! Ceci est un inconvénient que nous avons du mal à expliquer ; la seule raison que nous trouvions est que nous avons proposé trop de livres.
Il aurait été important et très bénéfique que nous puissions organiser des rencontres inter-classes, afin que les idées et les opinions sur les livres circulent et se comparent .
Le volet oral de Lecturial est un point important que nous devons développer dès la prochaine mise en route.
Le constat général de notre action est très positif , et la réconciliation de l’enfant et de la lecture fonctionne bien à travers le projet Lecturial
Il est indispensable cependant de créer des pôles différents et complémentaires qui utiliseront et exploiteront les qualités et les défauts du Lecturial cuvée 2004.
III - MISE PLACE DE COMPLEMENTS DE PROJET
L’an prochain devra bénéficier des acquis et des remarques que nous avons soulignés dans ce bilan. Certains points devront être encouragés, d’autres développés et d’autres encore remaniés.
Il est impératif de :
· Commencer plus tôt
· S’accorder du temps pour créer des Débats autour des livres lus
· Arriver à ce que les élèves gèrent en autonomie pure tout le circuit de Lecturial
Il est question de créer un salon de lecture (et non pas une salle de lecture), lieu spécifique à la lecture et à l'échange en dehors du temps imparti en classe.
Enfin nous devons développer et mettre en route une pédagogie de classe plus orientée ou issue, ou en corrélation avec les livres mêmes de Lecturial. ( cf projet classe passerelle)