Ecole Servan Ecrire, illustrer, communiquer: apprendre en cycle 2 de l'Ecole
38, rue Servan, 75011 PARIS

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Eva Laborie eve.laborie@wanadoo.fr
bullettélécharger la présentation (oct. 2004)

Ma première expérience d’enseignement s’est déroulée à l’école Jongkind (école maternelle d’application) où j’ai pu participer à de nombreux projets mettant en valeur les productions plastiques des élèves, le plus souvent en rapport direct avec l’objet livre : création de livres avec une classe de moyenne section.

Lors de ma formation à l’IUFM, lorsqu’il nous été demandé d’élaborer un projet intégrant les nouvelles technologies, je me suis demandée comment les Tice pouvaient faire progresser  mes premiers contenus d’enseignement.

Ma démarche était d’utiliser cet outil de communication afin d’éditer, à destination du plus grand nombre, un projet collectif de classe, à savoir un livre. La contrainte du support ne devait pas, chez les enfants, dénaturer la représentation du Livre.

Une classe de grande section a ainsi écrit collectivement un conte au moyen de la dictée à l’adulte. Ce conte a été illustré au fur et à mesure par les élèves –transversalité du projet- puis relié après sa réalisation. Parallèlement, une image la plus fidèle possible de ce livre a été conçue à travers la réalisation d’un CD. La mise en valeur de ce livre grâce aux nouvelles technologies et sa diffusion aux enfants et à leurs familles, m’a permis de comprendre l’ampleur et l’intérêt de réaliser des projets associant la maîtrise de la langue, les arts plastiques, aujourd’hui nommés arts visuels, et certaines possibilités offertes par les Tice. Les limites de ce projet se situaient dans le fait que les élèves n’étaient pas acteurs dans l’utilisation des nouvelles technologies, en raison de leur jeune âge, malgré leur adhésion et le sentiment de valorisation de leur travail.

Nommée en école élémentaire, en classe de Ce1, composée de 25 élèves –dont deux enfants sourds assistés d’un professeur et d’une aide éducatrice-  (école élémentaire, 21 rue de Pontoise dans le 5ième arrondissement), j’ai eu l’opportunité de travailler avec une classe de 4ième du collège de Staël, -dans le 15ième arrondissement- qui, dans le cadre des itinéraires de découvertes, était à la recherche d’une communication inter-degrés par l’utilisation des Tices.

Nous avons mis en place un projet transdisciplinaire pour les collégiens (français et B2i) mettant en œuvre l’écriture de contes en binômes, leur copie en écriture cursive à destination d’élèves du primaire qui les illustreraient après lecture sur le net, et leur mise en ligne, après scannage des pages écrites ainsi que leurs illustrations.

L’activité essentielle des élèves de ma classe a consisté à lire, par binôme, les contes écrits par les collégiens, à prendre des notes pour conserver une trace de ce qui avait été lu sur écran, puis à illustrer en classe ce qui avait été lu (presque chaque page écrite avait son pendant vierge pour être illustrée). La capacité à lire le texte et à le comprendre afin de proposer une illustration fidèle du texte a ici été déterminante à la bonne réalisation du projet, la capacité d’écrire ce qui devait être illustré également. Enfin, la motivation en arts visuels a résidé dans la technique employée : utilisation de craies grasses et d’encre.

La motivation a été augmentée par la découverte en salle informatique, lors des séances de lecture –ou relecture- des contes des nouvelles illustrations faites en classe et mises en ligne par les collégiens. Ce qui m’a séduite, dans l’avancé du projet, c’est que se sont des enfants du collège et du primaire qui ont mené le projet à son terme.

Les Tice ont été, pour mon projet de classe, un outil -par l’attrait qu’ils suscitent chez les élèves- facilitant une activité de lecture et d’écriture réflexive, associé à la production d’illustrations.

Les limites de mon projet résident dans le fait que les élèves de ma classe, même s’ils ont été sensibilisés au rôle essentiel des Tice, n’ont pu être directement auteurs du traitement de leurs images. Cependant, la possibilité de lire les contes sur internet à leur domicile et à les faire partager à leurs parents a pu leur montrer l’importance de ce moyen de communication. L’intérêt de travailler avec un binôme « virtuel » leur a montré également la possibilité d’échanger –hors de la classe- grâce à internet.

Les productions grands format des élèves ont été exposées dans l’école, puis ont été données aux familles sur la demande de nombreux parents impliqués dans le projet –ils ont été invités par leurs enfants un samedi matin pour partager avec eux leur travail de lecteurs de contes et échanger avec moi sur la démarche –transdisciplinaire- mise en œuvre.

Les deux élèves intégrés dans ma classe ont constitué un binôme avec l’aide de leur professeur de l’Injs, qui s’est servi du support informatique pour renforcer les apprentissages essentiels de compréhension fine des textes en fin de cycle des apprentissages fondamentaux.

Les séances (45min à 1h) se déroulaient en général avec le groupe classe en entier : les binôme avaient été constitués par mes soins afin de favoriser les interactions entre un élève « bon » lecteur, et un élève ayant besoin d’une aide pour la compréhension plus fine, de contes d’un registre de langue relativement soutenu. Parfois l’emploi du temps me permettait de faire des séances par demi groupe. Les séances étaient précédées d’une phase de l’avancée de la lecture –présentation aux autres binômes- et d’une phase de bilan où à l’oral un élève devait formuler ce qu’il devrait illustrer en salle de dessin.

Mon projet de classe était lié au projet d’école : à savoir le tutorat et les interactions entre différentes classes d’âge (CP-Cm2…). Mon projet permettait un partenariat non plus seulement dans l’école, mais véritablement un échange coopératif inter-degrés, qui aurait du trouver son aboutissement dans une rencontre soit à l’école, soit au collège, ce qui n’a pu se faire matériellement et que je regrette.

J’ai par ailleurs envisagé une évaluation sommative des réalisations de mes élèves, je l’ai menée seulement en partie, tenant compte pour l’évaluation terminale du fait que tous les élèves avaient participés activement tant dans les phases de lecture, d’écriture en binôme de ce qui devait être illustré, que des réalisations plastiques.

L’évaluation a porté aussi sur la capacité à travailler en binôme (domaine du vivre ensemble) : mais évaluer des interactions est chose peu aisée.

Ce qu’il conviendrait d’améliorer pour un projet futur serait de mettre en avant davantage les tice, en l’utilisant toujours comme un moyen  indispensable à l’élaboration des connaissances, mais aussi en permettant aux élèves du primaire d’être acteur dans le traitement des images : scanner les illustrations, peut-être même dans le cadre d’une coopération entre une classe du collège et une classe de troisième cycle du primaire : je suis titulaire désormais d’une classe de Ce2 (cycle des  approfondissements). Il conviendrait peut-être aussi de renforcer les liens dans les échanges inter-degrés en favorisant des activités d’écriture « à quatre main » donner une place prépondérante à l’écrit, la réalisation de premiers jets, second jets… de corrections entre niveaux… de propositions inter-degrés permettant de nouvelles relances, voire des remédiations.

Pour conclure, l’intérêt de ce projet de livre virtuel réside essentiellement dans la démarche du projet : c’est une communication entre élèves de degrés différents qui est ici en jeu et des apports, des résultats positifs qu’apporte ce type de  projet, fait d’interactions réciproques. Selon moi, cette démarche de projet permet de donner du sens aux apprentissages, parce que les nombreuses connaissances rencontrées lors des différentes étapes du projet tendent à se renforcer mutuellement. Les élèves à l’issu du projet auront été capables de renforcer les apprentissages fondamentaux (savoir lire, écrire, produire et illustrer ce qu’ils ont lus), de participer à une production commune dans le cadre d’un projet commun (en répondant au défi d’apprendre ensemble, plus que simplement de vivre ensemble), de communiquer à autrui (avec l’exigence de qualité avec le choix de l’écriture cursive), de rencontrer une pratique nouvelle, celle des Tices (la production de livres virtuels permet, grâce à la maîtrise de ses outils, de rallier une pratique sociale, celle des livres), enfin, d’accéder au plaisir d’apprendre en redonnant du sens aux apprentissages et en renouvelant les  pratiques de classe.