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Personne à
Contacter : Maryse RAGUIDEAU
maryse.raguideau@club-internet.fr
Les enseignants ordinaires ne
sont pas formés au handicap et ils sont tout particulièrement
effrayés par le handicap mental et psychique. Ces handicaps
posent effectivement plus de difficultés que les autres. Nous
nous sommes culpabilisées de ne pas y parvenir et nous étions
inquiètes sur les problèmes de sécurité. Pendant les réunions
innovation nous avons été confrontées entre nous à des
désaccords ne serait-ce qu’à cause de la diversité de ces
enfants. Nous savons que ces moments de scolarisation sont
complexes. Ils génèrent des discours contradictoires, des
réactions exacerbées, des plaintes, des conflits fréquents entre
partenaires, d’autant que tout le monde est en recherche et que
l’on peut parfois se prévaloir d’avoir pris une meilleure route
que l’autre. Il nous a semblé nécessaire de garder une souplesse
de point de vue nécessaire à une adaptabilité car ces enfants
ébranlent nos certitudes et nos convictions. En effet, ils nous
interrogent sur l’évolution de nos compétences et sur la
frontière de notre métier qui est probablement à repenser. S’il
est vrai que nous avons trouvé quelques satisfactions à vivre
ces expériences dans le groupe, elles se sont toutefois
toujours manifestées dans l’après coup. Ces satisfactions
viennent probablement plus de la qualité du groupe de réflexion
que nous avons eu la chance de construire que de la réalité
vécue au quotidien dans la classe. L’innovation dans ce travail
ne se situe certainement pas dans une éventuelle modélisation
des pratiques mais dans la possibilité qui nous a été offerte de
construire un groupe de parole accompagné et reconnu par
l’institution.
SYNTHESE FINALE - juin 2009
7 enseignantes s’interrogent
sur leurs pratiques.
(cliquez sur les titres
pour accéder directement aux chapitres)
FICHE INFORMATIVE SUR
L’ACTION..
2
Mots clés.
TROIS RECITS DE PRATIQUES.
TEMOIGNAGE 1.
TEMOIGNAGE 2.
TÉMOIGNAGE 3.
CONSTANTES DANS LES
DIFFICULTES..
DES CONDITIONS POUR REUSSIR..
Les postures professionnelles.
Le travail en équipe.
Quelques astuces pédagogiques.
NOTE DE SYNTHESE..
FICHE
INFORMATIVE SUR L’ACTION
Groupe de réflexion
d’enseignants de maternelle qui scolarisent des enfants
présentant des troubles envahissants du développement ou « TED »
Académie de Paris
Personne à Contacter :
Maryse RAGUIDEAU accompagnatrice du groupe
maryse.raguideau@club-internet.fr
Groupe de réflexion :
enseignantes et directrices d’écoles maternelles
Marie Delphine BASSO
Chantal BOISSELET
Danièle DUMEAUX
Valérie GRESSIER
Hélène LEROUX
Dominique POQUET
Elisabeth VIGNAUD
Axe de l’innovation
Face à
la scolarisation d’enfants présentant des TED (troubles
envahissants du développement) sept enseignantes se sont
engagées vers divers modes d’action. Trois expériences ont été
retenues parce qu’elles montrent un début de formalisation alors
que les autres nous aident à nous questionner. Donc, trois
exemples d’accompagnement en maternelle:
·
Un groupe de
parole pour les élèves et pour les enseignants qui accompagnent.
·
L’utilisation adaptée de la méthode ABA ou d’une autre méthode.
·
L’observation qui permet d’imaginer des astuces porteuses.
·
TED :
L’autisme et les troubles qui lui sont apparentés constituent un
ensemble de syndromes regroupés dans la classification
internationale des maladies (CIM10) sous le terme de « troubles
envahissants du développement » TED. Ces syndromes sont variés.
Ils regroupent l’autisme de Kanner ou autisme précoce, le
syndrome d’Asperger qui se distingue par un langage moins
perturbé parfois normal avec des investissements en secteur, et
les autres troubles de la communication et de la relation. La
variabilité des symptômes peut être extrême d’un enfant à
l’autre. Elle va du pôle déficitaire ou non à des perturbations
relationnelles et affectives importantes ou majeures. Tous ces
enfants ont les troubles de la communication en commun.
·
AVS :
auxiliaire de vie scolaire.
·
EVS :
emploi vie scolaire. AVS et EVS aident les élèves en situation
de handicap. Ils facilitent la mise en place des projets
pédagogiques et éducatifs mais restent sous la responsabilité
pédagogique de l’enseignante
·
PAI :
projet d’aide individualisée. Le médecin scolaire y est associé.
·
PPS :
Projet personnalisé de scolarisation. Il relève de tous les
partenaires famille et référent compris.
·
projet
éducatif et pédagogique : Il relève de l’enseignante.
·
équipe
éducative : Directeur de l’école, enseignante,
personnel médical et paramédical qui suit l’enfant, psychologue
scolaire, famille. Parfois le maître E (à dominante pédagogique)
ou G (à dominante rééducative). Parfois le médecin scolaire ou
l’assistante sociale.Parfois le professeur ressource.
·
équipe de
suivi de scolarisation : c’est l’équipe éducative avec le
référent en plus. L’enseignant référent est un maître
spécialisé qui coordonne les démarches et monte les dossiers. Il
est un intermédiaire avec la MDPH (maison départementale pour
les personnes handicapées.)
·
équipe
pédagogique : Les enseignants et le directeur de l’école.
·
autres mots
clés :
Equipe, dialogue, intégration
- scolarisation, difficultés, crises, conflits, malentendus,
absence ou aberration de la communication, méthodes, pédagogie
différenciée, créativité….
|
Types d’actions |
Objet |
Dispositifs |
|
Accueil
Accompagnement
Partenariat
Recherche de
Stratégies
|
Scolariser des élèves
avec ted |
Classes d’écoles
maternelles de
plusieurs arrondis-
sements à Paris. |
Depuis maintenant deux années
scolaires nous sommes sept enseignantes d’école maternelle, dont
deux directrices, à nous réunir cinq fois par an dans le cadre
du dispositif innovation. Nous réfléchissons à partir de nos
propres expériences à la question actuelle et sensible de la
scolarisation des enfants présentant des troubles envahissants
du développement (TED.)
Pour nous l’innovation se
situe dans la création libre, autour des TED, d’un espace de
travail reconnu par les autorités compétentes.
Enseignantes d’écoles
maternelles privées et publiques situées dans des quartiers très
différents 4°, 7°, 11°, 12°, 18°, 19°, 20°, nous nous sommes
toutes vues confrontées à l’accueil de ces enfants au sein de
nos classes, sans aucune connaissance ni formation préalable.
Forcément démunies et
impuissantes devant les comportements totalement inhabituels de
ces enfants (crises, cris, jets d’objets…), nous nous sommes
emparées de l’invitation qui nous a été faite de participer à un
groupe de travail dans le cadre du dispositif innovation. Ce
groupe est animé par un accompagnateur qui travaille avec nous
sur la base d’analyse des pratiques. Ceci nous a permis dans un
premier temps de «vider notre sac» car nous étions bousculées
dans nos pratiques habituelles (impuissance face à l’enfant,
gestion délicate des crises, relation conflictuelle avec les
parents…) Dans un second temps nous avons pu créer un contexte
favorable à la réflexion.
Bien que nous sachions que
l’expérience des autres ne peut être une simple recette
applicable par tous, il n’en demeure pas moins que chaque
situation singulière a été prétexte à nous interroger. Nous
avons réalisé qu’il y a des constantes qui pourront peut-être
aider des enseignants aussi perdus que nous l’étions.
1) Trois cas de
scolarisation d’enfants présentant des TED.
2) Les difficultés
auxquelles nous avons été confrontées.
3) Les
« incontournables » ou des «conditions de réussite» :
Le travail en équipe.
La posture
professionnelle.
4) Quelques pistes
pédagogiques et éducatives.
Nous avons retenu trois cas
parmi plusieurs expériences vécues. Ils nous ont semblé
intéressants parce qu’ils nous permettent de dégager une
diversité d’approches et de points de vue. Les autres situations
qui ont également été le support de notre questionnement nous
ont apporté des éclairages.
1) L’histoire de
Martin et d’Armand pour lesquels la méthode ABA a été proposée
en classe.
2) Le laboratoire de
la rue de Verneuil : comment un groupe de parole pour les
adultes peut favoriser l’émergence d’un autre
regard.
3) La scolarisation de
Thomas et l’observation qui permet d’imaginer des petites
astuces porteuses.
Si les difficultés
éducatives, pédagogiques et relationnelles n’ont pu être
évitées avec Armand pourquoi ont-elles pu l’être avec
Martin ?
ARMAND
Il était une fois une école à
la population très favorisée, et très empathique vis-à-vis du
handicap, dans l’un des quartiers les plus à la mode de Paris.
En l’espace de deux ans, l’arrivée de deux petits garçons
atteints de TED a profondément bouleversé la vie de l’école et
remis en cause les fonctionnements de l’équipe.
Lorsque Armand vient
brièvement visiter l’école avec ses parents, rien ne laisse
supposer qu’il est atteint d’un TED assez sévère. La famille
n’informe pas l’école. A la rentrée, le père signale
l’intolérance au gluten ainsi qu’une absence d’acquisition de la
propreté. Très vite cris, jet d’objets, incapacité inquiètent la
maîtresse. Des violences envers les autres, morsures etc…
rendent la vie intolérable.Présent chaque jour le père nous
apprend qu’un diagnostic d’autisme est sur le point d’être posé,
et qu’il désire qu’une AVS puisse accompagner son fils et le
faire progresser. Suivi par une orthophoniste qui utilise la
méthode PECS, l’enseignante est sollicitée pour l’utiliser.
Au bout de plusieurs mois il
n’y a toujours pas d’AVS. Il y a un climat oppressant de
suspicion et de reproches de la part de la famille.
L’enseignante désemparée est obligée de s’enfermer à clé dans sa
classe pour éviter que l’enfant ne s’échappe. L’ ASEM peine
chaque jour à le changer car il est fort et atteint
d’encoprésie. La directrice ne supporte plus les entretiens
tendus et biquotidiens avec le père. Seule embellie, les
visites et l’aide du professeur ressource spécialisée. Malgré
des synthèses institutionnelles, l'équipe se sent abandonnée. La
classe est difficile à gérer. L’année se termine très mal et un
courrier est envoyé à l’Inspecteur d’Académie pour appuyer la
demande d’AVS. Celle ci sera nommée en septembre de l’année de
moyenne section. Elle saura s’adapter à l’école, à la famille et
aux divers interlocuteurs.
Devant le peu de résultats,
les parents décident d’opter pour le « coaching » ABA. Un
paroxysme relationnel est atteint lorsque, lors d’une équipe
éducative, le père met en cause l’enseignante de grande section,
la seule qui se sente réellement prête à l'accueillir l'année
suivante.
Le référent, la directrice,
les enseignantes et le professeur ressource regroupent leur
énergie car l'équipe est au plus bas moralement. L'issue de la
crise viendra du psychologue d'ABA qui prend l'enfant en charge
à l’extérieur de l’école. Il expliquera à l'enseignante, à l'AVS
et aux parents comment faire. Celle ci devra préparer le travail
scolaire en avance, le fournir et l'expliquer aux parents pour
qu'ils puissent le reprendre systématiquement à la maison avec
l'enfant.
Rien n'est laissé au hasard,
l’encadrement est pensé en toute minutie. Tout est réglé à la
minute près, cela a le mérite de préciser les missions de
chacun. L'AVS est là pour reprendre et approfondir avec l’enfant
l’enseignement par la méthode ABA. A partir de là l'enseignante
explique et donne le travail toutes les semaines. En grande
section, l'enseignante volontaire qui s'est expliquée avec les
parents poursuit dans cette direction.
Cependant, si nous avons eu
le sentiment que cela dédouanait en partie l’enseignante, nous
avons trouvé dommageable de ne plus nous sentir considérées
comme des professionnelles de l’enseignement. Les conseils et
les soutiens ne venaient pas de l’éducation nationale. Nous
avons ressenti le besoin d’être formées pour nous réapproprier
nos compétences.
MARTIN :
Voici maintenant la version
positive de l’intégration de Martin :
L'histoire débute toujours en
petite section. De père anglais, Martin est arrivé il y a un an
d'Angleterre avec ses parents. Ils le présentent comme un petit
garçon bilingue suivi par une orthophoniste et une
psychomotricienne.Très vite ils nous apprennent qu’un diagnostic
d'autisme a été posé en Angleterre et qu’il a été confirmé
l'année précédente à Necker. Très soucieux de la bonne
intégration de leur fils, ils parlent tout de suite de demander
une AVS fournie par un cabinet privé agrée. Ils désirent aider
leur enfant à entrer en contact avec les autres, et veulent
faciliter la vie de la classe.
La propreté n'est pas acquise
et Martin porte une couche. C'est la même orthophoniste
spécialisée qui suit Armand et Martin et c’est le même suivi de
psychomotricité. L'enfant étant au départ très paisible,
l'équipe éducative a jugé bon d’attendre un peu, avant de
monter le projet d'AVS. Mais, en décembre, Martin jette les
objets, ouvre sans cesse les portes, échappe à l'enseignante,
enlève ses chaussures n’importe où, bref a des manifestations
voisines de celle d'Armand. Après plusieurs réunions, l'AVS est
recrutée. Une réunion de mise au point des pratiques
professionnelles est organisée avec l’enseignante, l’AVS et la
directrice.
Le but de cette démarche est
de préparer au mieux leur collaboration dans l'intérêt de tous.
Un réel partage des champs de compétences et une attitude
respectueuse vont faire de ce travail commun une réussite pour
l'évolution de Martin.
Le témoignage qui suit rend
compte de groupes de parole qui se sont tenus à la demande
d’une institutrice désemparée par la présence d’un enfant
autiste dans sa classe. Ces « conversations » ont lieu avec
l’enseignante ou avec les élèves quand ceux ci ont des
comportements difficiles.
Le médecin scolaire, la
psychologue scolaire, l’institutrice spécialisée itinérante sont
des recours évidents mais leur venue est insuffisamment
fréquente. L’aide de l’AVS ou de l’EVS n’est pas toujours
immédiat.
Donc, qu’est-ce qui peut
soutenir les enseignants ? Telle est la question que je me suis
posée en tant que directrice quand le cas s’est présenté dans
mon école.
Un enfant de quatre ans
arrivant d’Angleterre est venu dans la classe des moyens en
octobre. Il est en grande difficulté langagière. L’institutrice
Véronique, très réceptive à cette difficulté et parlant elle
même parfaitement l’anglais, décide de l’accueillir dans sa
classe. Elle pensait pouvoir tisser un lien par le biais d’une
langue ou de l’autre.
Ses espoirs sont vite déçus
car Paul ne s’intéresse à rien de ce qu’elle propose. Très vite
elle se rend à l’évidence qu’il n’a nulle envie de faire les
activités scolaires de la classe. En novembre, un Projet
Personnalisé de Scolarisation (PPS) se met en place. Après
plusieurs synthèses avec les partenaires entourant l’enfant,
nous évaluons que les progrès de Paul en matière de langage sont
très ténus. L’hypothèse des traits autistiques voire de
l’autisme est avancée avec une quasi-certitude. Une
institutrice de la section des petits propose de l’intégrer
dans sa classe une matinée par semaine.
A la demande de
l’enseignante nous reprenons le groupe de parole qui
était en suspens. C’est sous la forme d’une conversation
qu’elle exprime sa propre difficulté à enseigner avec cet enfant
dans sa classe.
Elle dit d’emblée qu’elle
considère la parole comme intrusive pour un enfant comme Paul.
Elle décrit un incident dans la cour où comme à l’accoutumée, il
a poussé un autre enfant qui est tombé et qui s’est mis à
pleurer. Cette fois-ci, excédée, la maîtresse n’a pas réagi,
elle a croisé les bras et n’a rien dit. D’habitude, elle le
faisait s’excuser, mais là, rien…Paul, interloqué, vient vers
elle et lui dit : « il pleure ! ». Grand moment d’émotion pour
l’institutrice : c’est la première fois qu’il lui parle
autrement que par des cris. Il s’adresse à quelqu’un et en même
temps, il parle d’un autre.
Véronique pense que notre
parole le persécute, qu’il vit le langage comme un processus
d’extermination. Tout en parlant avec nous, la maîtresse prend
conscience que c’est au moment où elle est excédée, où elle
lâche délibérément son rôle éducatif d’enseignante que Paul se
décide à parler et à laisser passer un peu de son désir. Avec
l’aide de notre groupe de parole se dessine une nouvelle
pratique de l’accompagnement pour enseigner.
J’ai mis en place, depuis
environ huit ans, dans l’école de la rue de Verneuil dans le 7°
arrondissement de Paris, ce groupe de parole basé sur des
conversations. J’ai obtenu la confiance des deux inspectrices
successives qui savaient les problèmes que nous rencontrions. Il
s’agit d’un accompagnement de l’enseignante qui peut alors se
permettre de dire toutes les difficultés qu’elle éprouve tant au
plan relationnel qu’au plan pédagogique.
Il peut aussi s’agir d’un
groupe de parole pour les élèves. Ce groupe que j’ai institué a
un mode de fonctionnement bien défini: deux personnes
extérieures à l’école mais travaillant autour de l’enfance et du
handicap viennent avec moi dans la classe ou est scolarisé
l’enfant qui présente une difficulté. Pendant vingt minutes nous
faisons « conversation » avec les enfants volontaires. Le
rythme de ces rencontres est fixé à une fois par mois.
Des animations pédagogiques
peuvent se faire autour des pratiques de conversations. Elles se
font dans plusieurs régions de France dont Bordeaux. C’est un
travail du lien social qui facilite la vie collective. La
communauté éducative y gagne en sérénité.
Comment la difficulté de
scolarisation amène à faire preuve d’imagination et de
création.
18 mois avec Thomas.
J’ai accueilli en PS un
jeune garçon qui avait été repéré par la directrice comme
montrant un comportement particulier.
Il n’était pas encore propre
et n’était présent que les matinées.Il criait beaucoup, ne
communiquait pas, pleurait souvent, était pris de crises
d’angoisse incontrôlables qui le rendaient très agressif. Il
était alors capable de se rouler par terre, de frapper les
enfants se trouvant à sa portée ou bien de mordre.
En novembre, une équipe
éducative a été mise en place et une demande de prise en charge
au CMP ainsi que la présence d’une EVS ont été demandées. Un PAI
élargi a été signé.
La prise en charge au C.M.P.
n’a été effective qu’en décembre, et j’ai obtenu « l’aide »
d’une E.V.S. une demi-journée par semaine. Celle-ci encore plus
impuissante que moi face à ces crises a fini par abandonner son
poste en cours d’année.
Sa fréquentation de l’école
est passée à trois demi-journées, réparties sur trois matinées.
Les choses cependant
restaient toujours aussi difficiles d’autant que le reste du
groupe classe n’était pas simple à gérer.
Cet enfant a passé des mois à
crier, taper, hurler, pleurer, à se rouler par terre, à faire
des bruits de bouche incessants. Il restait debout ou couché à
hurler sans qu’il soit possible de le faire participer à une
activité en atelier ou au grand groupe. Les autres élèves
pendant ce temps restaient assis et attendaient que le niveau
sonore soit redevenu supportable.
Non préparée à accueillir ce
type d’enfant, je me sentais très démunie, impuissante, seule.
J’ai fait appel en décembre à
un professeur ressource qui ne pouvant venir rapidement m’a
envoyé une série de documents. Ils m ‘ont éclairé sur les
difficultés rencontrées par cet enfant et ils m’ont aidée à
adapter mon comportement au sien, à mieux gérer ses crises, à
pouvoir les anticiper, - à me sentir moins dépassée.-
En parallèle ma participation
au groupe innovation m’a beaucoup apporté.
En janvier, l’enfant a
commencé à participer aux activités en rapport duel. Une fois
les ateliers terminés, je reprenais avec lui les activités
faites. Un réel changement est apparu avec son entrée dans le
langage.
Cela a commencé par les
chansons, j’avais remarqué qu’il avait beaucoup de plaisir à
écouter de la musique et les chansons que nous chantions. Il a
ensuite été capable de répéter des mots en écholalie, puis des
mots en situation, et même en fin d’année, à exprimer des
sentiments.
La motricité a aussi été un
facteur d’intégration et de participation au groupe classe.
Petit à petit, les crises se
sont espacées, devenaient moins violentes et duraient moins
longtemps.
En fin d’année, le CMP. a
proposé aux parents une observation en hôpital de jour. En juin,
un bilan à été fait avec le CMP où il a été décidé qu’il serait
préférable qu’il soit maintenu dans la même classe de façon à
l’aider dans ses repérages.Un nouvel emploi du temps a été mis
en place avec l’aide d’une EVS. Une fréquentation de l’école
trois demi-journées par semaine a été proposée sur le modèle d’
une matinée et une journée complète. Le reste du temps il était
en hôpital de jour. Une coordination régulière avec
l’enseignante du lieu de soin a été mise en place.
De nouveaux progrès ont eu
lieu tant dans la gestion des crises que dans le comportement et
la participation aux activités, même s’il restait très sensible
à la frustration.
Le fait de passer une
après-midi par semaine en activités duelles, lui a été très
profitable. Il a pu montrer des capacités certaines dans
plusieurs domaines à condition d’être en guidance.
L’utilisation d’un emploi du
temps, avec photos et pictogrammes correspondant aux différentes
activités à réaliser, lui a permis un meilleur repérage dans le
temps, une anticipation sur les événements à venir.
Malheureusement, très vite
les parents ont abandonné l’hôpital de jour. Ils ont réclamé
une plus grande fréquentation de l’école. Les rapports avec
l’école et moi-même se sont tendus, les parents nous reprochant
de ne pas vouloir donner une chance à leur enfant. Ils se
retranchaient derrière la loi de 2005 et affirmaient une
obligation de la part de l’école de le scolariser.
Une nouvelle équipe éducative
a eu lieu (équipe à laquelle les parents n’ont pas voulu
participer.) Nous avons alors suggéré de surtout travailler la
relation et l’interaction avec les autres élèves au sein du
grand groupe, au moment des ateliers mais aussi au moment des
jeux libres. La matinée thérapeutique du CMP a été maintenue.
Cependant, les parents
continuent à minimiser les difficultés. Ils restent très
remontés contre l’école qui pour eux ne fait pas ce qu’il
faudrait.
Selon eux, leur enfant est
intelligent et nous nous laissons manipuler.
A la maison et en dehors de
l’école il n’y aurait aucun problème.
Début juin une nouvelle
réunion avec le C.M.P. doit avoir lieu où sera abordée la
question des modalités d’accueil envisagées pour l’an prochain.
A l’heure actuelle ses progrès se poursuivent, la frustration
déclenche encore des cris ou des colères mais il se calme plus
rapidement.
Ces récits nous ont
permis de dégager
des constantes dans
les
difficultés rencontrées par
chacune.
Il nous a semblé important de
les évoquer.
Nous avons toutes été
confrontées à des comportements qui nous étaient jusque là
inhabituels :
- cris incessants,
mouvements répétitifs, crises d’angoisse, violence à l’égard des
autres et des objets, besoin de bouger constamment…ont été le
lot de nos premières rencontres avec ces élèves.
Cela peut être déstabilisant
pour l’enseignant. Une enseignante donne comme exemple le
souvenir de certaines séances de comptines assez
cocasses pendant lesquelles Antoine parlait sans cesse. Il
parlait seul mais haut et fort pendant qu’elle apprenait les
formulettes aux enfants. La gestion du groupe classe peut
s’avérer délicate.
Les élèves de petite section
ont du mal à comprendre que l’on puisse avoir des exigences
différentes suivant les enfants. Cependant, quels que soient
leur âge ils ont l’intuition du handicap et apprennent très bien
à vivre avec. La relation à l’enfant TED n’est pas aisée,
surtout au début. Malheureusement cette difficulté s’éternise
souvent. Un élève qui fuit le regard, qui ne communique pas ou
très peu, qui ne peut obéir aux règles de vie de la classe parce
qu’il ne les comprend pas, perturbe n’importe quel enseignant de
bonne volonté. Par tâtonnements, on finit par créer une relation
qui, peu ou prou, semble à peu près convenir aux deux.
La prise en compte de
l’énorme attente des familles est un point particulièrement
délicat. Cette attente est légitime même si elle nous semble
démesurée par rapport à la limite de ce que l’on peut faire. Il
nous a semblé que leur demande était fréquemment de l’ordre des
compétences scolaires alors que le minimum de liens sociaux
n’était pas construit. Il faut tout un cheminement pour qu’il
réalise que leur enfant n’apprendra souvent pas de la même façon
que les autres et avec plus de temps. Il est donc difficile de
trouver un juste équilibre entre les exigences de certains
parents et les nécessités d’ordre pédagogique.
La notion de temps est sans
doute un des obstacles que l’on rencontre quand on scolarise ces
enfants. Il ne faut pas seulement du temps à l’enfant pour
progresser, il faut aussi beaucoup de temps pour se réunir et
réfléchir. Il faut du temps pour construire un partenariat avec
l’AVS, il faut du temps pour préparer le matériel nécessaire et
pour rencontrer les parents.
Bien qu’aucun cas ne se
ressemble vraiment, nous avons toutes rencontré des difficultés
et nous avons tenté de les surmonter avec plus ou moins de
succès. En cela le groupe de réflexion innovalo a été très
porteur. Il nous semble actuellement que nos difficultés ont été
majorées par une indécision au sujet de notre pratique.
Fallait-il dans un premier temps privilégier les apprentissages
scolaires ou un travail plus particulièrement axé sur le
comportement ? Bien qu’en pédagogie ces deux démarches soient
indissociables, notre position de départ ne pouvait pas être la
même.
Apprendre ou éduquer ?
C’est probablement ce problème qui nous amène, en tant
qu’enseignant, à refuser en bloc les nouvelles techniques
d’accompagnement.
Nous avons probablement à
tort l’impression qu’elles n’apprennent rien ou des choses bien
inutiles. Il faudrait les considérer comme facilitatrices.
Actuellement nous ne concevons pas de ne pas avoir comme premier
objectif de réguler les comportements ou de les faire diminuer
en importance.
L’ambition de les faire
disparaître est souvent utopique. Les outils d’évaluation qui
existent mesurent le comportement mais ne nous aident pas d’un
point de vue pédagogique. Nous avons donc le sentiment que pour
nous tout est à inventer.
L’accueil est important.
Quand des parents inscrivent leur enfant à l’école, ils sont
accueillis par la directrice qui écoute ce qu’ils ont à dire de
leur enfant. Elle les interroge pour connaître les goûts, les
comportements et les particularités de leur enfant qu’il ait des
troubles ou non. Elle observe l’enfant lors de cette rencontre
et repère parfois des difficultés qu’elle peut aborder avec
diplomatie.
Elle pourra faire part aux
enseignants de ce qu’elle a pu observer lors de l’inscription
pour que, si nécessaire, un projet puisse être construit au plus
vite. Il n’est pas question de signaler mais d’accompagner au
mieux ces familles et ces élèves.
Ce sont les premières
ébauches du partenariat dont la qualité va être déterminante
pour la suite.
Quand les troubles sont
annoncés lors de l’inscription, il est important de réunir
rapidement les partenaires qui s’occupent de l’enfant. Ils
peuvent nous faire part du travail effectué, des problèmes
rencontrés ou qui pourront l’être. Connaître le point de vue des
parents, de l’équipe soignante et de l’école nous a toutes
aidées.
Au moment de la constitution
de notre groupe nous étions globalement assez insatisfaites de
ce que nous vivions en classe. Nous avions le sentiment que l'on
nous cachait des choses et qu’il y avait des informations
impartageables. Le lien de confiance nous semblait ébréché.
Le diagnostic était par exemple en cause. Etait-il connu ou
non ? Dans ce cas qu’attendait-on pour le poser ou pourquoi
n’étions nous pas informées ? Nous avons beaucoup réfléchi
autour de cette question. Est-ce que le diagnostic change notre
posture d’enseignante ? Est-ce qu’il va modifier notre pratique
fondée sur l’observation ?
Actuellement nous serions
tentées de dire que « nous ne sommes ni pour, ni contre »
Nous pensons que le
diagnostic pourrait être intéressant si nous avions des réponses
pédagogiques ciblées, efficaces et généralisables. Ce qui n’est
actuellement pas le cas. Cette position n’a toutefois pas fait
l’unanimité dans notre groupe. Certaines pensent que mettre un
nom facilite les choses sans parvenir à en donner précisément la
raison.
Un dialogue doit pouvoir
s’instaurer entre l’école et la famille. Nous avons constaté que
les rencontres informelles n’étaient pas les meilleures. Si un
nombre de réunions entre les partenaires et « l’école » est
fixé, d’autres rencontres sont à notre initiative. Pour réussir
ces dernières et instaurer un climat de confiance il nous semble
capital :
1/ de ne pas se renconter
entre deux portes
2 / d’établir une
programmation de ces entretiens quitte à avoir une certaine
souplesse et une marge de disponibilité. Il ne faut être ni trop
rigide ni trop souple.
Le travail en équipe n’est
pas toujours facile mais il est en général possible. Nous avons
remarqué que les principaux obstacles sont nos personnalités,
nos convictions, nos positions, et nous avons reproduit ces
difficultés lors de nos premières rencontres « innovation ». Les
obstacles au travail en équipe ne sont pas insurmontables. Il
demande toutefois de notre part une qualité d’écoute, de
réflexion et une capacité à se remettre en question. Chaque
enseignant est concerné par l’élève différent.
Lors d'une de nos réunions
nous avons travaillé sur la loi de 2005. Nous avons fini par
reconnaître que travailler sur cette loi nous permettait (à nous
enseignants sans formation particulière) d'y voir plus clair sur
le nouveau dispositif mis en place pour accompagner la
scolarisation des enfants en situation de handicap. Nous avons
mieux repéré les moyens mis à la disposition de l’enfant et de
la nôtre. Maintenant, les enseignants, les directeurs d'école
savent à qui s'adresser lorsqu'un enfant présentant des troubles
envahissants du développement est scolarisé dans leur classe ou
leur établissement (psychologue scolaire, médecin scolaire,
professeur ressource, référent…)
Cependant, connaître les
moyens humains n’est pas suffisant pour accueillir un enfant
présentant des TED. Il nous apparaît primordial de parvenir à
instaurer un lien de confiance entre tous les partenaires mais
également avec le conseiller pédagogique et l’inspecteur de
circonscription dont on attend soutiens et conseils. De la
qualité de ces relations va dépendre la bonne intégration de
l'enfant à l'école.
Nous avons réfléchi ensemble
à la manière d'instaurer un tel climat. Le retour d’expérience
nous a montré que ce n’est pas toujours facile et nous avons été
en difficulté pour la plupart.
Cette situation encore
inhabituelle peut de part et d'autre créer de la méfiance voire
de l'incompréhension. Le travail d’analyse des pratiques nous a
permis de pointer des difficultés et de les analyser : attente
d’un diagnostic !
Est-il si indispensable pour
travailler ?
Le positionnement des AVS/EVS !
Comment travailler avec ce nouveau personnel en classe et quelle
relation construit-il avec les familles ? Quelle place donner
aux techniques éducatives (souvent imposées par les familles) en
restant enseignantes pour un et pour tous ? Tous les enseignants
doivent faire preuve d’imagination pour mettre en œuvre des
objectifs simples et réalisables. Ils doivent donner des
indications aux AVS et aux EVS sur le type d’aide que l’on
attend d’eux.
Nous avons dégagé trois
éléments du travail d’équipe. Ils nous paraissent indispensables
à la bonne intégration de l'enfant à « TED » à l'école :
- Le travail d'équipe
"restreint", il concerne les collègues enseignants, le
directeur de l'école, l'EVS ou l'AVS et le personnel de service.
Il peut apporter à l’enseignant soutien, écoute, regard
extérieur et objectif quand la situation devient difficile à
supporter ou à gérer à l'intérieur de la classe. L’enseignant
doit pouvoir s’appuyer sur des relais au sein de l’école. Il
faut toutefois que ces relais soient pensés à l’intérieur d’un
projet simple. Trop de dispersion n’aide personne et
surtout pas l’enfant.
-Le travail d'équipe
élargi (concerne le psychologue scolaire, les différents
partenaires de santé, les enseignants itinérants, le référent,
la famille) dans lequel chacun, selon ses compétences, sa
formation et surtout ses observations, apporte un regard
particulier sur l'enfant.
Dans tous les cas ce travail
d'équipe permet d'échanger, de communiquer, de constater
ensemble les éventuels progrès et de mutualiser nos compétences.
D’autre part, bien que l’on se sente seule dans l’école il y a
souvent une solidarité d’équipe qui se met en place ou que l’on
peut provoquer.
De ce fait l’expérience
sociale est très intense mais elle ne nous permet pas toujours
de nous dégager du paradoxe de la solidarité et du sentiment de
solitude. Il faut probablement faire avec.
Mettre en place ce
partenariat nous semble être un gage de compréhension
mutuelle et de confiance partagée. Il permet dans la mesure du
possible de dépasser la notion de secret qui peut bloquer bien
des choses ( cf. les postures professionnelles.)
-Le travail avec les
parents : L'enseignant qui accueille un enfant à TED est très
souvent déstabilisé, il est bousculé dans ses compétences et ses
repères.
Selon nous, il est
indispensable que nous restions dans une posture "professionnelle"en
expliquant clairement et rapidement aux parents ce que nous
attendons de leur enfant en classe, ce que nous allons proposer
et aménager pour faciliter la scolarisation.
Ce travail avec les parents
nous tient beaucoup à cœur, car nous avons été nombreuses à être
confrontées à des parents parfois trop en emprise sur notre
pédagogie au moment de notre vie professionnelle où il est
normal que nous doutions le plus de nos compétences.
Tous ont tenté de nous
« imposer» ou de nous convaincre du bien fondé des méthodes
pecs, aba , teacch. Certains, dans l’attente d’une
« réparation », se sont focalisés sur les difficultés que nous
rencontrions et ils ont pu les prendre à tort pour des
réticences de notre part. Nous nous sommes alors senties
dépossédées de notre fonction et de notre mission. Des
entretiens programmés et réguliers avec la famille nous ont
semblé être une bonne réponse (la périodicité pouvant aller au
début d’une fois par semaine à une fois par mois selon la
difficulté et le moment de la scolarité.)
C'est la parole qui circule
entre l'enseignant et les parents qui va permettre de lever les
interrogations, les malentendus et les éventuels griefs.
Témoignage d’une directrice :
Deux fois par jour le père
d’Armand venait nous parler de l’autisme, de la méthode Pecs et
de la relation de l’enseignante à son fils. Mon bureau était en
face de la classe et très souvent il y faisait un détour. Il a
apporté des invitations à des colloques sur l’autisme, des
recettes etc.…
Bref il échangeait sans cesse
avec l’équipe qui écoutait pensant atténuer sa souffrance.
Jusqu’au jour où il a déballé toute sa rancoeur à l’enseignante
qui s’est effondrée.
Quand je suis intervenue les
propos ont dégénéré sur l’incapacité de l’école à scolariser
l’enfant. De son côté l’enseignante avait le sentiment d’avoir
mobilisé toutes ses compétences, jouant de sa disponibilité
entre le groupe et l’élève, ce qui n’est pas toujours facile.
Nous aurions certainement pu
éviter ces dérapages si nous ne nous étions trop engagées dans
un mode de relation trop affectif parce qu’informel.
Quand
nous sommes confrontées à des enfants qui crient et s’agitent en
permanence il est primordial d’essayer de trouver une solution.
Nous les citons, tout en sachant qu’il ne faut pas hésiter à
tester car il n’y a pas de recettes ad hoc pour tous les
enfants.
La richesse de ces
expériences de scolarisation est de pouvoir être TRES CREATIF.
·
Le tutorat par
un petit groupe provisoire d’enfants volontaires. Quelques
informations sur les difficultés et sur les aides à apporter à
l’enfant TED peuvent être données. Elles doivent être
compatibles avec leur âge. Le tutorat permet de
construire ou de renforcer le lien social et de comprendre
qu’aider n’est pas faire à la place.
L’écoute musicale. Une
enseignante de P.S raconte l’expérience menée avec un enfant
présentant des TED. Il était sensible à la musique. La journée
se terminait par l’écoute musicale de la version instrumentale
des chants appris à la chorale. Thomas y prenait beaucoup de
plaisir et très vite s’est mis à chantonner les airs.
Petit à petit il s’est mis à répéter des sons puis des mots
jusqu’à être capable de chantonner les chansons, de répéter des
mots en écholalie avant de finir par dire quelques rares mots à
bon escient.
·
Quand les
crises sont trop importantes ne pas hésiter à éloigner l’enfant
de la classe ou du groupe. Il faut qu’il comprenne qu’il ne peut
pas rester s’il hurle. La présence d’une tierce personne est
alors nécessaire.
·
La mise en
place d’un emploi du temps photographique qui résume les
différents moments de vie de la classe permet à l’enfant de s’y
référer et de se repérer. Certains élèves vont pouvoir
anticiper. Nous avons remarqué que ces supports pouvaient
canaliser leur anxiété mais il faut beaucoup de temps pour que
ça marche.
·
Une enseignante
nous livre la méthode mise en place dans sa classe
pour un élève de moyenne section.
Exemples de
pictogrammes utilisés :

|
L’EMPLOI DU TEMPS
DE LUCAS
LUCAS
ACTIVITES EN COURS :
|
|
ACTIVITES A VENIR :
ACTIVITES TERMINEES : |
Ces pictogrammes
étaient utilisés au cours d’activités individuelles avec
l’enfant mais toujours en rapport avec le travail effectué par
le reste du groupe. Après avoir placer les pictogrammes
correspondants dans la zone « activités terminées, celui-ci a
été capable de verbaliser ses activités avant de pouvoir les
réaliser sans aucun support.
·
Photographier
et plastifier les photos des moments clés de la vie de classe.
Les présenter à l’enfant lors des changements (passage aux
toilettes, s’habiller…) Ceci permet à l’enfant de comprendre
visuellement ce qu’il ne comprend pas oralement. Ce mode de
relation ne supprime pas la communication orale simple et
courte. Elle doit être maintenue.
·
Aménager un
espace de travail ou les stimulations sont rares lui permet
de se concentrer. Dans cet espace il peut y travailler en
autonomie si le travail lui a d’abord été présenté
individuellement et fréquemment. La répétition est nécessaire.
Ce sont des enfants très attachés aux détails. Trop
d’informations perturbent leur attention.
·
La motricité
peut être un moment favorable. Des petits moyens peuvent être
inventés pour que l’élève ne s’échappe pas. Par exemple dessiner
une ligne au sol. Elle l’aidera à le conduire jusqu’au préau en
la suivant. Cette ligne pourra plus tard être supprimée par
tronçons et définitivement.
·
Fermer la porte
de la classe. Cela permet qu’ils s’échappent moins bien que
certains enfants tentent de l’ouvrir. Il nous semble qu’une
porte ouverte constitue une limite symbolique qui peut-être
difficile à comprendre dans un premier temps.
·
Apprendre à
moins parler et privilégier le visuel. Une phrase simple
et courte suffit amplement à accompagner le support image.
·
Amplifier
les messages en les accompagnant d’une gestuelle simple et
précise.
Ces aides favorisent
l’adaptation de l’élève dans le groupe classe mais nous sommes
bien conscientes qu’elles ne constituent pas à proprement parler
un enseignement.
·
Des démarches
misent en place par un SESSAD (dispositif medico-éducatif) nous
ont interpellées. Elles nous ont permis de nous appuyer sur
leurs techniques de communication tout en gardant la marge de
créativité et de liberté nécessaire à tout enseignement de
groupe.
Voici un exemple qui montre comment nous pouvons glisser de
l’éducatif au pédagogique, il nous a fortement intéressés. Cet
accompagnement utilise des pictogrammes qui renforcent la
communication. Cette expérience s’appuie sur deux comportements
crier et dessiner. Ceux ci, très répétitifs, parasitent
constamment les apprentissages, il faut les supprimer pour
avancer. Ce travail ne peut se faire sans une étroite
collaboration avec l’AVS/EVS et il faut nécessairement régler
les problèmes comportementaux qui sont très difficiles à
supporter.
1° phase du travail.
Je
crie
®
je ne dessine pas
Je ne crie
pas
®
je dessine
2° phase du travail.
Je
travaille
®
je dessine.
Je ne travaille pas
®
je ne dessine pas.
3° phase du travail.
Je
travaille
®
je peux aller à l’ordinateur
Je ne travaille pas
®
je ne peux pas aller à l’ordinateur
D’autres conseils ont été
échangés dans le groupe :
S’appuyer sur les comptines.
Le rythme les intéresse.
Toujours se donner de petits
objectifs.
Répéter.
Inventer.
Résumé
du 1° bilan d’étape - juin 2008
Face
à la scolarisation d’enfants présentant des TED les enseignants
se sont engager vers divers modes d’action. Trois situations ont
étés retenues parce qu’elles montrent un début de formalisation
alors que les autres nous servent de support au questionnement.
Donc, trois exemples d’accompagnement :
·
Au sein de l’école un groupe de parole pour les
adultes qui accompagnent.
·
L’utilisation adaptée de la méthode ABA(ça aurait
probablement pu en être une autre.
·
L’observation qui permet d’imaginer des petits
moyens porteurs.
Mots
clés :
-TED
: L’autisme et les troubles qui lui sont apparentés constituent
un ensemble de syndromes regroupés dans la classification
internationale des maladies (CIM10) sous le terme de « troubles
envahissants du développement » TED. Ces syndromes sont variés
et regroupent l’autisme de Kanner ou autisme précoce . Le
syndrome d’Asperger se distingue par un langage moins perturbé
parfois normal avec des investissements en secteur. La
variabilité des symptômes peut donc être extrême d’un enfant à
l’autre
allant du
pôle déficitaire à des perturbations relationnelles et
affectives majeures. Ce qui les rassemble est le trouble de la
communication.
-AVS :auxiliaire
de vie scolaire
-PAI :projet
d’aide individualisé
-PPS :projet
personnalisé de scolarisation
|
Type d’action |
Objet |
Dispositifs |
|
Accueil
Accompagnement
Partenariat
Recherche de
stratégies
|
Scolariser des élèves
Avec ted |
Classes d’écoles
Maternelles de Plusieurs arrondissements à Paris |
1.
Présentation du bilan intermédiaire du groupe Innovation.
Depuis
maintenant un an nous sommes une dizaine d'enseignantes à nous
réunir, dans le cadre du groupe Innovation, pour réfléchir à la
question forte, actuelle et sensible de l'intégration des
enfants ted en milieu scolaire.
Enseignantes d'écoles maternelles à Paris (privée ou publique),
nous nous sommes toutes vues confrontées, sans aucune
connaissance ni formation préalable, à l'accueil d'un enfant ted
au sein de notre classe.
Forcement
démunies et impuissantes devant des comportements totalement
inhabituels d'enfants (crises, cris, jets d'objets..), La
participation au groupe de recherche Innovation nous a à toutes
permis dans un premier temps de " vider notre sac" car nous
étions bousculées dans nos pratiques habituelles (impuissance
face à l'enfant, gestion délicate des crises, relation
conflictuelle avec les parents...), puis petit à petit de créer
un contexte favorable de réflexion nous permettant de nous
questionner ensemble sur ces intégrations scolarisation.
Nous
présentons trois cas d'intégration d'enfants ted d'âges, de
quartiers et d'écoles différentes. D’autres situations ont
également été le support de notre réflexion collective et du
questionnement qui en a suivi.
Les
trois cas que nous avons retenus, parmi plusieurs expériences
vécues et analysées au cour des réunions du groupe innovation
nous ont semblés intéressants, parce qu’ils nous permettent de
dégager une diversité d’approches et de points de vue :
.
-le
laboratoire de la rue de Verneuil, une proposition du CIEN :
Paul, l’enfant autiste ou rebelle ? Ou comment un groupe de
parole des adultes peut favoriser l’émergence d’un autre regard
et d’un autre positionnement.
- la
narration de l’histoire de Martin et d’Armand pour lesquels la
méthode ABA a été proposée en classe.
-le récit
de la scolarisation de Thomas par son enseignante. Elle l’a
suivi pendant dix-huit mois.
2.
Paul,
l’enfant autiste ou rebelle ?
Nous
décidons Sonia et moi de redémarrer nos conversations dans la
classe de Valérie, l’institutrice avec qui nous avions travaillé
l’année précédente et qui était d’accord, après un début d’année
scolaire difficile, de reprendre des échanges avec nous.
Un enfant
de 4 ans en grande difficulté langagière est venu dans sa classe
en octobre, arrivant d’Angleterre, présenté par ses parents
comme ne parlant pas. L’explication qu’ils en donnent est qu’il
n’a pas été sollicité ni par la nourrice anglaise répondant
uniquement à ses besoins de nourriture et de toilette, ni par
eux-mêmes pris par un travail très accaparant et rentrant trop
tardivement pour pouvoir lui parler. Ils étaient malgré tout
suffisamment inquiets pour le faire suivre par un psychanalyste
français tous les mois tout au long de l’année précédente.
Valérie,
professeur de la section des moyens, très réceptive à ce cas et
parlant elle-même parfaitement l’anglais, décide de
l’accueillir dans sa classe, pensant pouvoir tisser un lien par
le biais d’une langue ou de l’autre.
Ses
espoirs sont vite déçus car Paul ne s’intéresse à rien de ce
qu’elle propose et très vite elle se rend à l’évidence qu’il n’a
nulle envie de faire les activités scolaires de la classe. En
novembre, un Projet Individuel d’Intégration Scolaire (P.I.I.S.)
se met en place pour déterminer le rythme de son intégration
dans l’école et l’aide spécifique à lui apporter ainsi que
l’alternance avec la fréquentation d’une association « Eclore »
qui prend parfois les enfants sur la demande des parents. Après
quelques synthèses avec les différents partenaires entourant cet
enfant, qu’il s’agisse de la psychologue scolaire, du médecin
scolaire, d’aide d’institutrices spécialisées, de la directrice
d’Eclore, nous nous rendons compte que les progrès de Paul en
matière de langage sont très ténus et que beaucoup de personnes
considèrent qu’il est à présentation autistique pour ne pas dire
autiste.
L’institutrice baisse un peu les bras devant l’ampleur de la
tâche et l’équipe pédagogique décide de la soulager en prenant
Paul au moment des récréations car il claque les portes et il
pousse les autres enfants dangereusement. Une institutrice de la
section des grands propose de l’intégrer dans sa classe une
matinée par semaine pour, à la fois soulager Valérie et
s’occuper de Paul dans un groupe classe plus jeune.
C’est à
ce moment de l’année que Sonia et moi décidons de reprendre le
laboratoire CIEN (Centre Interdisciplinaire sur l’ENfant) qui
était en suspens, mais de le reprendre sous une forme différente
des années précédentes à savoir plutôt comme une conversation
avec Valérie pour qu’elle-même témoigne de sa propre difficulté
d’enseigner avec cet enfant dans sa classe.
Dès notre
première rencontre, Valérie exprime sa satisfaction de nous voir
reprendre notre groupe de parole pour cet enfant qui, dit-elle
est saoulé par un bain de parole dans la classe et qui sera
sûrement stimulé par quelqu’un qui ne parle pas trop. Elle
décrit immédiatement cet incident dans la cour où comme à
l’accoutumée, il a poussé un autre enfant qui est tombé et qui
s’est mis à pleurer. Cette fois-ci, ô surprise, excédée, la
maîtresse n’a pas réagi, elle a croisé les bras et n’a rien dit.
D’habitude, elle le faisait s’excuser, mais là, rien…Paul,
interloqué, vient vers elle et lui dit : « il pleure ! » Grand
moment d’émotion : c’est la première fois qu’il parle vraiment,
qu’il s’adresse à quelqu’un et qu’à la fois il parle d’un autre.
-Pourquoi
sa parole ? dit Sonia
- C’est
un hasard, dit Valérie, j’étais excédée par les enfants, de
mauvaise humeur, j’ai décidé de m’économiser. J’observe…
-Vous
n’étiez pas absente, remarque Sonia.
-Non,
j’étais là. Dans la cour, ça provoque en lui des pulsions de
pousser les autres enfants. Ça n’évolue pas depuis le début de
l’année. C’est plus fort que lui. C’est pour les embêter aussi,
j’ai l’impression qu’il comprend beaucoup de choses…Il est
stimulé par le bruit…
-Trop
stimulé par le bruit, dit Sonia. Ça fait du bruit. Que peut-on
trouver dans la cour pour faire trouvaille de moins le
stimuler ?
-Ma
réaction, c’est j’arrête de l’envoyer dans la cour. Je le mets
dans le sas à l’entrée de la cour pour l’isoler…
L’intérêt
de notre conversation qui se continue ensuite, c’est la prise de
conscience de Valérie que c’est au moment où elle est excédée,
où elle décide de lâcher un peu son rôle d’enseignante que Paul
se décide à parler et à laisser passer un peu de son désir.
L’effet CIEN ici se manifeste dans cette mise en mots de
l’institutrice qui accepte de témoigner : elle dépose un
excédent de volonté pour voir surgir la dimension subjective du
sujet. La parole de l’autre persécute l’enfant autiste : il vit
le langage comme un processus d’extermination. C’est donc à
l’instant précis où Valérie décide de se taire que la parole de
Paul surgit et qu’il se manifeste enfin comme sujet. Ce qui se
dessine pour nous dans le cadre de l’école et avec l’aide de
notre labo CIEN, ce n’est pas une direction de la cure mais
bien ce qu’on pourrait appeler une direction de l’enseignement.
3.
Martin
et Armand ou deux facettes d’un même handicap
Il était
une fois une école à la population très favorisée, et très
empathique vis-à-vis du handicap, dans l’un des quartiers les
plus à la mode de Paris.
En
l’espace de deux ans, l’arrivée de deux petits garçons atteints
de TED a profondément bouleversé la vie de l’école et remis en
cause les fonctionnements de l’équipe.
Lorsque
Armand vient visiter l’école avec ses parents un beau jour de
mai, rien ne laisse supposer qu’il est atteint d’un TED profond.
Bien qu’elle le sache, la famille n’informe pas l’école. A la
rentrée, le père signale l’intolérance au gluten de l’enfant
ainsi qu’une absence d’acquisition de la propreté. Dans sa
petite section de 28 élèves, très vite cris, jet d’objets,
incapacité à communiquer avec l’adulte ou les autres enfants
inquiètent la maîtresse. Des violences envers les autres,
morsures etc.. rendent la vie intolérable. Présent chaque jour,
le père nous révèle que l’enfant a été en observation dans des
services spécialisés, qu’un diagnostic d’autisme est sur le
point d’être posé, et qu’il attend de l’institution EDUCATION
NATIONALE qu’elle octroie une AVS à son fils pour le faire
progresser. Suivi par une orthophoniste qui utilise la méthode
PECS, l’enseignante est sollicitée pour l’utiliser. Très
intrusif le père prodigue des conseils et en vient même aux
reproches vis-à-vis de l'équipe lorsque au bout de plusieurs
mois, les progrès de l’enfant sont inexistants et que le langage
ne s’installe pas non plus. Il n’y a pas d’AVS. Il y a un climat
oppressant de suspicion et de reproches de la part du père de
l’enfant, une enseignante désemparée qui fait cependant face
jour après jour et qui est obligée de s’enfermer à clé dans sa
classe pour éviter que l’enfant ne s’échappe, une ASEM qui
peine chaque jour à changer l’enfant atteint d’une forte
encoprésie due à son intolérance au gluten, et enfin une
directrice qui ne supporte plus les entretiens tendus et bi
quotidiens avec le père. Seule embellie, les visites et les
conseils de l’enseignante itinérante spécialisée. Malgré une
synthèse institutionnelle et des courriers, la hiérarchie reste
sourde aux demandes d'aide et l'équipe se sent abandonnée. La
classe est difficile à gérer et la maîtresse culpabilise de ne
pas pouvoir s’occuper des quelques enfants en difficulté dans sa
classe, monopolisée qu'elle est par Armand et son père. L’année
se termine très mal et un courrier est envoyé à l’Inspecteur
d’Académie pour appuyer la demande d’AVS. Celle ci sera nommée
en septembre de l’année de moyenne section. Très compétente et
discrète elle saura s’adapter parallèlement à la famille. Deux
après midis par semaine l’enfant est accompagné par une AVS d’un
cabinet privé agréé par l’éducation Nationale. Devant le peu
de résultats les parents décident de changer de méthode et
optent pour le « coaching » ABA. Un paroxysme relationnel est
atteint lorsque, lors d’une équipe éducative, le père met en
cause une enseignante de grande section la seule, oh ironie du
sort, qui soit prête à l'accueillir l'année suivante et qui,
selon l'AVS du cabinet privé, aurait tenu des propos
discriminatoires sur l’enfant. Un point de non-retour semble
atteint surtout que l'enseignante est accusée également de ne
pas suffisamment s'en occuper. Le référent, la directrice, les
enseignantes et l’enseignante spécialisée itinérante regroupent
leurs énergies car l'équipe est au plus bas moralement. L'issue
de la crise viendra du psychologue d'ABA qui prend l'enfant en
charge à l’extérieur de l’école et qui, devant les parents,
expliquera à l'enseignante et à l'AVS comment faire. A charge
toute fois pour celle ci de préparer en avance le travail
scolaire, de le fournir et de l'expliquer aux parents afin
qu'ils puissent le reprendre systématiquement à la maison avec
l'enfant. L'AVS se voit préciser comment contenir l'enfant,
l'encadrer pendant les récréations, l'emmener très régulièrement
aux toilettes. Rien n'est laissé au hasard, tout est réglé à la
minute près et cela a le mérite de préciser les missions de
chacun et surtout dédouane l'enseignante. L'AVS est là pour
reprendre et approfondir avec l’enfant l’enseignement par la
méthode ABA. Constat ! Beaucoup d'énergie aurait été économisée
si ce dispositif avait été posé plus tôt. A partir de là
l'enseignante explique et donne le travail toutes les semaines;
En grande section, l'enseignante volontaire qui s'est expliquée
avec les parents poursuit dans cette direction.
En fin de
grande section, après qu'une orientation en CLIS autisme ait été
envisagée, Armand partira pour une école spécialisée sur les
TED répondant au « coaching » d'ABA, avec un adulte par enfant
dans une classe de dix élèves.
Quels
enseignements peut en tirer l'équipe?
-nécessité de cohésion à l'intérieur de l'équipe, la mettre en
place, voire la renforcer
-partenariat indispensable avec la famille même si c'est parfois
à la limite de l'impossible en raison de leur souffrance et de
l’intensité de leur demande
-travail
en équipe avec les autres intervenants lorsque l’enfant est
suivi comme Armand par des thérapeutes, orthophonistes,
psychomotriciens
-mettre
de côté l'affect et rester dans une posture professionnelle. Ne
pas oublier qu'on est enseignant pour tous les élèves
-acceptation d'Armand par les autres enfants. Des relations se
créent même s’il ne parle pas et qu’il a des gestes à la limite
de l'agressivité, donne des coups, se suspend aux cheveux des
autres et mord violemment. Les autres semblent l'accepter comme
il est et cherchent à jouer avec lui. Les familles sont très
ouvertes malgré tout ce que les élèves ont pu raconter des
désordres et des perturbations. Certains enfants auront passé
deux ans dans la même classe que lui.
Enfin le
champ des troubles autistiques est très étendu, il faut être
préparé à rencontrer des enfants comme Armand dont le handicap
est très lourd et dont l'absence de progrès visibles a peut-être
été l'élément le plus frappant et traumatisant. Sur 3 ans le
langage a été marqué par un très grand déficit d’acquisitions
-gestion
du relationnel avec tous les partenaires aussi bien des cabinets
privés agrées 'Education Nationale. Les enseignantes d'Armand
ont eu beaucoup de mal à s'habituer au défilé incessant
d'observateurs dans leur classe.
Voici maintenant la version positive d'une intégration d'enfant
présentant un TED
L'histoire débute toujours en petite section, un peu de la même
façon. De père anglais il est arrivée il y a un an d'Angleterre
avec ses parents qui le présente comme un petit garçon bilingue
suivi par une orthophoniste et une psychomotricienne. Cependant,
dès les premiers jours, elle nous rencontre pour nous révéler
qu'un diagnostic d'autisme de forme assez sévère a été posé en
Angleterre puis confirmé l'année précédente à Necker dès leur
arrivée en France. Très soucieuse de la bonne intégration de son
fils, elle parle tout de suite de recruter une AVS d'un cabinet
privé agrée afin d'aider son enfant à entrer en contact avec
les autres enfants, et pour faciliter la vie de la classe afin
que l'enseignante puisse se consacrer aux apprentissages. La
propreté n'est pas acquise et Martin porte une couche, entre
autres ressemblances avec Armand. C'est la même orthophoniste
spécialisée qui les suit, même suivi de psycho motricité.
L'enfant étant au départ très paisible, l'équipe éducative a
jugé bon d’attendre un peu avant de monter le projet d'AVS.
Mais en décembre, Martin jette les objets, ouvre sans cesse les
portes, échappe à l'enseignante, enlève ses chaussures n’importe
ou, bref a des manifestations voisines de celle d'Armand et
après plusieurs réunions, l'AVS est recrutée. Une réunion de
mise au point des pratiques professionnelles avec l’enseignante
et la directrice est organisée afin de préparer au mieux leur
collaboration dans l'intérêt de tous. Un réel partage des champs
de compétences, une attitude respectueuse et dans l'échange vont
faire de ce travail commun une réussite pour l'évolution de
Martin.
Les
rencontres avec la famille se déroulent toujours positivement et
l'avenir scolaire du petit garçon s'annonce sereinement.
NB Dans
notre situation il ne s'agit pas d'enfants présentant un autisme
d’ASPERGER contrairement à ce qui est généralement présenté dans
les médias ou dans le guide « Handicap au quotidien », rédigé
par un collectif du CRDP de Bourgogne,
4.
Conclusions communes aux deux cas évoqués
-problème
que pose l'accueil en Ps lorsque, même si le handicap est
reconnu, il n'y a pas d'AVS
-modalités de construction de la relation à la famille
-place de
l'élève au sein de l'école. Est-ce qu'Armand accède au statut
d'élève ?
-représentation de l'enfant autiste. L'imaginaire collectif veut
qu'il s'apparente plus au type ASPERGER qu'à un autisme atypique
(désignation médicale officielle pour les deux enfants)
-l’enfant
avec autisme et les autres enfants : vivre et travailler
ensemble a des aspects très positifs
Les
enfants qui auront partagé leur scolarité avec des enfants
atteints de TED n'auront pas les réticences de leurs aînés face
au handicap.
-pour
tous les cas, même les cas les plus lourds, réfléchir aux
évaluations, aux outils d’accompagnement à la scolarisation et à
la médiation.
PLUS L
AVS INTERVIENT TOT DANS LA SCOLARISATION, PLUS le BENEFICE EST
GRAND POUR L ENFANT ET POUR L'EQUIPE QUI SE SENT SECURISE.
5.
18 mois
avec Thomas
Institutrice de maternelle en petite section, j’ai accueilli en
septembre 2006 un jeune garçon qui avait déjà été repéré par la
directrice comme montrant un comportement particulier.
Il
n’était pas encore tout à fait propre et n’était présent que
les matinées.
Il criait
beaucoup, ne communiquait ni avec ses pairs, ni avec l’adulte,
pleurait souvent sans raison apparente, était pris de crises
d’angoisse difficilement contrôlables et qui le rendaient très
agressif.
Dans ces
moments là, il était capable de se rouler par terre, de frapper
les enfants se trouvant à sa portée ou bien de mordre.
En
novembre, une équipe éducative à été mise en place et une
demande de prise en charge au C.M.P. ainsi que la présence d’une
E.V.S. ont été demandées. Un P.A.I élargi a été signé.
La prise
en charge au C.M.P. n’a été effective qu’en décembre, et j’ai
obtenu « l’aide » d’une E.V.S. une demi-journée par semaine
(celle-ci sans formation se sentait encore plus impuissante que
moi face à ces crises à répétition et a fini par abandonner son
poste en cours d’année.)
Sa
fréquentation de l’école est passée à trois demi-journées,
réparties sur trois matinées.
Les
choses cependant restaient toujours aussi difficiles d’autant
que le reste du groupe classe n’était pas simple à gérer.
Cet
enfant à passer des mois à crier, taper, hurler, pleurer, à se
rouler par terre, à faire des bruits de bouche incessants. A
rester debout ou couché quand tous les autres étaient assis sans
qu’il soit possible de le faire participer à une activité en
atelier ou, au grand groupe.
Non
préparée à accueillir ce type d’enfant, je me sentais très
démunie, impuissante, seule.
J’ai fait
appel en décembre à une institutrice spécialisée itinérante et
celle-ci a été ma bouée de sauvetage. Ne pouvant venir me voir
avant le mois de mars, elle m’a envoyé une série de documents
qui m ‘ont éclairée sur les difficultés rencontrées par cet
enfant et qui m’ont aidée à adapter mon comportement au sien, à
mieux gérer ses crises, à pouvoir les anticiper, à essayer de
les enrayer, - à me sentir moins dépassée.-
En
parallèle ma participation au groupe innovation m’a beaucoup
apporté.
En
janvier, l’enfant a commencé à participer aux activités en
rapport duel.
Une fois
les ateliers terminés, je reprenais avec lui les activités
faites.
Mais le
réel changement est apparu avec son entrée dans le langage.
Cela a
commencé par les chansons, j’avais remarqué qu’il avait beaucoup
de plaisir à écouter de la musique et les chansons que nous
chantions.
Il a
ensuite été capable de répéter des mots en écholalie
Puis des
mots en situation, et même en fin d’année, à ’exprimer des
sentiments.
La
motricité a aussi été un facteur d’intégration et de
participation au groupe classe.
Petit à
petit, les crises se sont espacées, devenaient moins violentes
et duraient moins longtemps.
En fin
d’année le C.M.P. a proposé aux parents une intégration pour
observation en hôpital de jour.
En juin,
un bilan à été fait avec le C.M.P. où il a été décidé qu’il
serait préférable qu’il soit maintenu dans la même classe de
façon à l’aider dans ses repérages et à faciliter ses progrès.
Un nouvel
emploi du temps à donc été mis en place en septembre de cette
année avec une fréquentation de trois demi-journées d’école,
(réparties en une matinée et une journée complète)et l’aide
d’une E.V.S présente chaque fois que l’enfant était là Le reste
du temps il était en hôpital de jour, une coordination régulière
avec l’enseignante du lieu de soin a été mise en place.
De
nouveaux progrès ont eu lieu tant dans la gestion des crises que
dans le comportement et la participation aux activités, même
s’il restait très sensible à la frustration.
Le fait
de passer une après-midi par semaine en activités duelles, lui a
été très profitable au niveau des apprentissages. Il a pu
montrer des capacités certaines dans plusieurs domaines à
condition d’être en guidance.
L’utilisation d’un emploi du temps avec photos et pictogrammes
correspondant aux différentes activités à réaliser lui a permis
un meilleur repérage dans le temps, une anticipation sur les
événements à venir et a facilité la levée de certaines de ses
angoisses.
Malheureusement, très vite les parents ont abandonné l’hôpital
de jour qu’ils trouvaient inadapté pour leur enfant. Ils ont
parallèlement à cela réclamé une plus grande fréquentation de
l’école. Les rapports avec l’école et moi-même se sont tendus,
les parents nous reprochant de ne pas vouloir donner une chance
à leur enfant. Ils se retranchaient derrière la loi de 2005 tout
en refusant de reconnaître le handicap de leur enfant.
Une
nouvelle équipe éducative a eu lieu en janvier (équipe à
laquelle les parents n’ont pas voulu participer.) Il a été
proposé un changement d’emploi du temps de façon à travailler la
relation et l’interaction avec les autres élèves au sein du
grand groupe, au moment des ateliers mais aussi au moment des
jeux libres. Une participation vivement conseillée à la matinée
thérapeutique du C.M.P a été maintenue.
A l’heure
actuelle ses progrès se poursuivent, la frustration déclenche
encore des cris ou des colères mais il se calme plus rapidement.
Cependant, les parents sont toujours dans le déni du handicap et
restent très remontés contre l’école qui pour eux ne fait pas ce
qu’il faudrait.
Selon
eux, leur enfant est intelligent et nous nous laissons
manipuler.
A la
maison et en dehors de l’école il n’y a aucun problème.
Début
juin une nouvelle réunion avec le C.M.P. doit avoir lieu où sera
abordée la question des modalités d’accueil envisagées pour
l’an prochain.
Les
situations évoquées, nous ont permis, à travers une écoute
mutuelle de travailler ensemble, et des questions ont surgi :
-
Comment accueillir l’enfant dans la classe et
dans l’école ?
-
Quelle évaluation entreprendre ? Quels objectifs
se donne t-on face à ceux donnés par l’institution ?
-
Quelles cohérences entre les différents
intervenants et partenaires pouvons-nous trouver, afin de
respecter le rôle de chacun (pédagogique pour les enseignants et
directeurs, thérapeutique et rééducatif pour les centres de
soins, éducatif pour les parents et les adeptes des méthodes
éducatives) ?
-
Devons-nous intégrer à nos pratiques des outils
ou moyens pédagogiques, basés sur des méthodes particulières
(ABA, PECS) et souvent préconisées par les parents ?
-
Comment instaurer une relation de confiance et de
partenariat avec les parents et les faire adhérer à un projet
scolaire tenant compte de la particularité de leur enfant ?
-
Quelle communication avec ces enfants ? : le
sujet a été évoqué mais reste à approfondir, c’est une véritable
problématique. Car, comment faire progresser l’enfant avec TED
au niveau de l’échange, comment dépasser le stade de
non-communicationn verbale et comment s’imprégner de la pensée
autistique qui pour certaines d’entre nous serait complètement
visuelle ? Faut-il affronter directement le problème de la
communication ou faut-il utiliser des stratégies de détour ?
Echanger, communiquer, entrer en relation ce n’est pas la même
chose. De quoi certains enfants avec autisme ou Ted son-ils
capables ? Nous entendons nous nous même quand nous parlons de
ces enfants ?
Comment
être aidé et faire participer l’équipe à un projet commun qui
est l’accueil et la progression d’un enfant à TED ?
La loi du
11-2-2005 oblige les écoles à scolariser les enfants handicapés;
ce qui
nous amène à nous poser des questions :
La question de l’engagement et du choix de l'enseignant parmi
l'équipe pédagogique mais aussi de sa formation et des
informations qu’elle a sur les TED.
En même
temps, ces informations sont-elles nécessaires et, à quel moment
le sont-elles ? Ne peuvent-elles pas faire peur et nous empêcher
de découvrir une personne derrière le handicap (même si (il est
vrai) le handicap de part la difficulté qu’il présente envahit
souvent toutes nos représentations.) Quels documents ou
publications choisir pour nous renseigner? Quels sont les
spécialistes prêts à nous communiquer leurs connaissances lors
de rencontres? Que peuvent nous dire les parents de leur enfant?
Doit-on en tenir compte et comment puisque les lieux
d'observation sont différents?
La question de la communication entre les personnes s'occupant
de l'enfant( les parents, les adultes de l’école et un centre
de soins), de l'information donnée aux élèves de la classe et
aux autres élèves de l'école (comment le présenter comme
différent sans le marginaliser ?)
La question de la scolarisation de ces enfants. Très souvent un
enfant à TED reste 2 ans en grande section de maternelle faute
de place dans une classe spécialisée (insuffisance de structures
mais aussi parfois famille réticente.) Il est nécessaire
d’observer ce vers quoi l’enfant est attiré dans la classe et il
faut lui proposer des activités dans lesquelles il peut
progresser mais qui sont souvent en rapport lointain avec ce que
font les autres enfants.
Comment considérer cet enfant? Est-il un élève? Est -il capable
d'apprendre? Quoi ? En combien de temps ? Comment faire de la
pédagogie très individualisée et personnalisée tout en gardant à
l’esprit la dimension collective et intégrative ?
Ce
sont des questions que nous commençons à élaborer mais au début
de nos rencontres tout arrivait pèle mêle avec forte agitation
et passion. Nous étions partantes en même temps que, à vrai
dire, pas tant que ça, conscientes du bouleversement que cela
amène dans nos pratiques, bouleversement proche d’une révolution
copernicienne. Nous avons été déstabilisées, nous nous sommes
culpabilisées de ne pas y parvenir, nous ne nous sentions pas
préparées, nous étions inquiètes sur les problèmes de sécurité.
Pendant les réunions innovation nous avons fréquemment été
confrontées entre nous à des désaccords. Nous savons que ces
situations complexes génèrent des discours contradictoires, des
réactions exacerbées, des plaintes, des conflits fréquents entre
partenaires, d’autant que tout le monde est en recherche et que
l’on peut parfois se prévaloir d’avoir pris une meilleure route
que l’autre. Il nous a semblé nécessaire de garder une souplesse
de points de vue nécessaire à une adaptabilité car « ces
enfants ébranlent nos certitudes : c’est une remise en cause du
monde de l’école. »D’autre part, les parents souvent très
informés sur les recherches en matière d’éducation de ces
enfants créent souvent sur l’enseignante un lien d’emprise
difficile à travailler mais toutefois possible. Pendant tous nos
échanges, les difficultés que nous avons par rapport à notre
mission « chargée d’enseigner »mais aussi et peut être surtout
avec le comportement de ces enfants sont toujours venues en
avant du tableau. Le bruit, les cris, les crises, les colères,
l’agitation, l’instabilité, les morsures, les prosodies
mécaniques chantantes, solitaires continues ou répétitives et
les mouvements incessants ou répétitifs peuvent mettre à mal la
classe pendant un temps. Il a donc été difficile pour nous
d’appeler ces enfants des élèves. On parle actuellement de
scolarisation. Le mot d’intégration est en partie abandonnée
nous pensons que l’intégration précède toujours la
scolarisation, que ces deux mots reflètent deux moments
différents et incontournables au sein de l’école et qu’ils
s’inscrivent tous deux dans une dimension de projet.
6.
Conclusion
Il
s'agit là d'un bilan intermédiaire. Des questions sont posées
(les relations avec les partenaires, les parents, l'institution,
la guidance et l'évaluation) mais aucune réponse concrète n'est
apportée, le groupe a encore besoin de temps et de recul pour
envisager d’apporter des réponses mieux formalisées. L’année
prochaine nous aurons entre autre comme objectif d’analyser nos
réussites, nos erreurs, nos échecs et nos démarches
(actuellement très différentes) afin d’essayer d’en comprendre
les raisons pour en tirer quelques conclusions.
Rédaction collective du groupe de travail sur les TED.
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