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I Lycée LAURENCIN, Atelier "courtoisie"

 

description

exemple de séance

analyse

   

 

DESCRIPTION DE L’ACTION

 

Objectifs :

Marie Laurencin accueille des élèves en difficulté ou en grande difficulté.

Marie Laurencin accueille des élèves étrangers ou d’origine étrangère à 70 %

Marie Laurencin accueille des élèves socialement défavorisés dans la même proportion.

 

Le discours d’accueil des élèves débute toujours par les thèmes suivants : le lycée professionnel, une nouvelle chance, un nouveau départ, une rupture par rapport aux comportements et aux apprentissages du collège.

 

En partant de ce constat et de cette politique, il s’agit donc de donner aux élèves des codes de civilité convenables qui n’attisent pas les conflits éventuels avec l’institution mais les apaisent, qui prennent en compte la spécificité des élèves et de leur culture, qui les mettent dans de bonnes conditions pour être à l’écoute et recevoir un enseignement efficace.

 

Mise en œuvre :

L’action menée par le seul proviseur en 2005-2006 a été relayée en 2006-2007 par cinq autres personnels (trois professeurs, l’infirmière, une assistante sociale). Les élèves sont reçus par groupe de huit, mixtes dans la mesure du possible. Les élèves sont issus de différentes classes et, à cette occasion, ne suivent pas les cours habituels.

 

Le Conseiller principal d’Education assure le choix de ces élèves (le but est que tous les élèves suivent un, voire deux ou trois ateliers dans l’année) en ayant soin de bien mêler des élèves « sages » aux élèves plus turbulents.

 

La convocation de ces élèves est faite une semaine à l’avance.

Devant le succès progressif mais, en fin de compte, énorme de ces ateliers, le lycée a ouvert un niveau 1 (codes élémentaires), un niveau 2 (à table) puis un niveau 3 (étude des conflits). Un niveau 4 est en préparation pour 2007/2008 (huit enseignants et personnels participeront à la future campagne).

 

Durant la séance (durée une heure) les élèves jouent des saynètes deux par deux. Les autres élèves observent en silence. Ensuite, la ou les saynètes sont critiquées par les élèves et jouées de nouveau en tenant compte des premiers enseignements. Parfois, une démonstration est faite par le professeur. Un court débat s’engage après chaque séquence et l’heure se termine par un nouveau débat.

 

Les élèves ne sont pas reçus par des enseignants qu’ils connaissent en classe (même si c’est possible). Les résistances aux convocations sont nombreuses en début d’année, mais cet effet s’inverse totalement en cours d’année, le problème devenant plutôt de faire patienter les élèves et de les placer sur listes d’attente. Les ateliers commencent fin septembre et se terminent mi-mars.

 

Les séances sont harmonisées, c’est-à-dire que tous les intervenants s’obligent à suivre le même schéma. Le principe de l’autoformation est adopté : tel professeur forme tel autre qui en forme en troisième…

 

EXEMPLE DE SEANCE

 

La salle est installée de la façon suivante :

 

 

 

 

 

 

Chaque étape est le prétexte à une étude de comportement

 

1 – Comment dit-on bonjour à l’entrée ? (notion de code culturel)

 

2 – Qui passe le premier les portes ?

3 – Qui monte le premier les escaliers ? Notions de préséance

 

4 – Comment entre-t-on dans le bureau ?

 

5 – Comment prend-on la parole ?

 

Si un autre professeur est présent en tant qu’observateur, il n’intervient absolument pas et se fait totalement oublier.

 

Les élèves passent successivement au niveau 1, 2 puis 3.

 

On a reçu           30 élèves aux 3 niveaux                   3 heures

                           80 élèves aux niveaux 1 et 2            2 heures

                           170 élèves au niveau 1                    1 heure

 

Certains élèves ont voulu participer à deux reprises aux niveaux 1 ou 2.

Un chapeau symbolise les hommes. Les élèves se l’échangent.

 

ANALYSE

 

Le très grand succès de l’opération tant du point de vue du nombre de participants (et de la difficulté à gérer cet effectif) que du point de vue des réponses données par les autres enseignants et les élèves au sondage final, interpelle forcément.

 

C’est un succès d’autant plus remarquable que la majorité des élèves n’a suivi q’une heure par an d’atelier !

 

Quels seraient les résultats si chaque élève bénéficiait d’une heure par semaine d’atelier courtoisie !!

 

 

On peut distinguer :

 

1 – L’analyse des effets

2 – Causes explicites du succès

3 – Causes implicites du succès

 

1 – On l’a dit et redit, l’opération recueille un large succès. On constate une très sensible amélioration du comportement des élèves dans les couloirs, une sensible amélioration en classe, une détente générale des relations adultes-élèves.

 

On verra dans le sondage joint que les élèves ne pensent pas que leurs relations avec leurs camarades aient changé alors que les enseignants le notent au contraire comme un point positif. Peut-être peut-on lire l’angoisse de l’adolescent prioritairement inclus dans la relation au regard de ses pairs.

 

Les intervenants adultes sont très satisfaits de l’action (d’ailleurs certains notent comme point négatif la brièveté ou la rareté des séances).

 

Leurs propres relations aux élèves a changé (voir rapports joints). L’un des effets intéressants est lié à la possibilité de « cultiver » au quotidien les enseignements des ateliers. Par exemple, on circule dans le réfectoire et on s’arrête devant une table : spontanément, les élèves font un « mini atelier-courtoisie », se corrigent les uns les autres, etc… Ceci dans une ambiance ludique et apaisée.

 

2 – Causes explicites :

 

Le fait que le lycée accueille 90 % de jeunes filles n’est pas indifférent. Les ateliers courtoisie parlent de galanterie et la place des jeunes filles y est valorisée ce qui n’est pas toujours le cas chez elles. Les jeunes filles exercent ensuite une pression sur les garçons afin qu’ils appliquent les règles apprises.

 

On parle beaucoup de l’image de soi en atelier. Ainsi les conduites machistes « rouler les mécaniques »/étude et décomposition de la marche « balancée »), des conduites plus féminines (la mèche sur le front, etc…) sont elles décryptées. Les élèves y gagnent sans doute un peu de liberté, la liberté de moins se conformer à des codes groupaux. Les élèves sentent bien qu’on parle d’elles, d’elles en tant que sujet, ce qui est en rupture avec le contenu classique des cours.

 

3- Causes implicites – Analyse

 

Elles sont nombreuses et sans doute à la base de la réussite de l’action.

 

Ces ateliers donnent lieu à un échange culturel apaisé. Les élèves ont le loisir d’évoquer leurs propres habitudes et coutumes. Ces ateliers rassemblent des élèves d’origine très différentes et c’est donc un lieu de relativisation des cultures.

 

Très vite ces ateliers débouchent sur des discussions politiques, historiques, sociologiques qui les rendent passionnants.

 

Les élèves y découvrent leurs propres compétences : observer, analyser les conduites agréables ou agressives. Ils font appel à la sensibilité individuelle plus qu’à la connaissance.

 

Les savoirs qui y sont acquis imprègnent donc plus facilement les élèves qui voient bien le lien entre la culture collective et leur expérience individuelle. Bref : on n’apprend pas pour rien.

 

Enfin et SURTOUT , le « contrat » passé avec les élèves implique que les élèves regardent leurs camarades et qu’ils analysent ensuite. Il y a donc un espace de silence que chacun respecte absolument. Les élèves sont acteurs, mais acteurs silencieux.

 

C’est très important parce qu’ils sont placés ainsi dans une vraie situation d’apprentissage : certains enseignent, d’autres écoutent et reçoivent.

 

 Trois points de vue convergents

Mme SALAUN

Nos élèves ont des origines trés diverses et n'ont pas ou ne connaissent pas toujours notre code de courtoisie. Certains connaissent les règles mais n'osent pas les appliquer.

 

Les intérêts de ces séances sont multiples:

D'abord nous travaillons en petits groupes de 8 élèves et tous les niveaux y sont mélangés (CAP, BEP, Bac). Cela permet de ne pas avoir "l'effet groupe-classe" puisque les élèves ne se connaissent pas forcément et le professeur non plus. Donc, pas d'a priori.

Le professeur ne se considère pas comme un "professeur spécialisé en courtoisie", mais plutôt comme un animateur qui va pousser les élèves à prendre conscience de leur comportement et tenter de leur en faire adopter d'autres plus conformes aux règles de notre pays.

La forme des cours n'est pas celle d'un cours traditionnel. Le professeur distribue des rôles aux élèves (par exemple, un garçon joue le rôle d'une jeune femme, un élève joue le rôle d'un professeur....) et leur fait jouer des petites scènes trés courtes de la vie courante. Les autres élèves présents observent et critiquent. Les règles de courtoisie sont alors expliquées et appliquées par deux autres élèves qui rejouent la scène étudiée. L'ambiance des cours de courtoisie est donc différente de celle d'un cours "ordinaire".

Les élèves y sont actifs et acteurs, ils participent tous obligatoirement. Je n'ai pas encore essuyé de refus de participer même si certains élèves plus timides doivent être plus poussés que d'autres pour interpréter  un rôle.

La plupart du temps, la séance se termine par une discussion sur des situations réelles vécues ou vues par des élèves et cela permet un échange franc avec les élèves.

 

Mme SCOTTO

le contact avec les élèves est complètement différent cependant cette heure. Ils sont avides de savoir et sont à l'écoute. Mais aussi critiques avec leurs camarades.

Ils me reconnaissent dans le lycée et ont une autre attitude envers moi. Je peux intervenir si le hasard me fait être témoin d'une "petite histoire entre eux". Ils s'adressent à moi dans un autre ton, avec d'autres mots. Ceci est trés plaisant même si ensuite, je dois les reprendre dans d'autres circonstances.

Bien des élèves que je n'ai pu suivre directement me disent "Bonjour  Madame" dans les couloirs. Cela aussi fait beaucoup de bien.

 

Quelques-uns connaissent certaines règles mais ne les appliquent pas. Dès qu'ils sont en clase ou en groupe, le naturel revient au galop et je ne les reconnais plus. A part le "bonjour Madame", ils n'appliquent pas forcément ce qu'ils ont découvert ou appris dans les ateliers.

 

Mme GUENEAU, infirmière

Lors des premières séances, les élèves venus avec méfiance se sont trés vite aperçus que ces scénettes avaient pour but de leur faire découvrir ou redécouvrir les clefs de certains codes, oubliés ou inconnus du fait des différences d'origines, et pourtant si importants dans leur vie de tous les jours, personnelle ou professionnelle.

 

L'utilité des "ateliers courtoisie", sur les trois niveaux, à savoir présentation en général, façon d'être autour des instants repas et langage, a trés vite été reconnue au sein de l'établissement. Un changement notable a été signalé par tous les personnels, au niveau de l'ambiance même du lycée.

 

Bien que la poursuite de cette action demande un fort investissement de la part de chacune des personnes impliquées, je suis persuadée qu'à terme, nous pouvons apporter beaucoup à nos jeunes,trés demandeurs par ailleurs.

 

 

 

EN CONCLUSION

 

Les ateliers courtoisie représentent à mon sens une vraie réponse à l’INCIVILITE. Le bilan le prouve assez.

 

 

Leur richesse incite sans doute à une analyse plus fouillée. Notre souci, avant tout, est d’avoir les moyens de les poursuivre et de les approfondir en 2007/2008. Je pense aussi qu’il y aurait tout intérêt à les transférer dans d’autres établissements. L’équipe de Marie Laurencin se tient à la disposition de tous.

 

  Innover

   Expérimenter

  Accompagner

  Évaluer

  Former



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