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I Lycée MORVAN

BILAN D'ETAPE - juin 2008

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JUSTE AVEC DES YEUX

Atelier vidéo – lycée Morvan

 

Ce n'était pas une mince affaire, mais tout le monde a fait un effort et nous avons enfin trouvé un créneau commun : ce vendredi soir, alors que l'école se vide peu à peu, tous les participants s'installent dans la salle informatique. C'est la première réunion de l'atelier vidéo. Au centre du cercle formé par les élèves de préterminale ES (ce sont des jeunes sourds qui font la terminale en deux ans), Dorothée, notre animatrice, professionnelle de l'image, se présente.  Elle explique : "Il s'agit dans un premier temps de s'approprier un autre langage, le langage cinématographique. Nous travaillerons sur des extraits de films, nous ferons aussi des exercices pratiques pour vous familiariser avec le matériel. Puis il faudra se lancer et réaliser un vrai court-métrage".

Zone de Texte:

 

Quelques mois pour faire aboutir ce projet, c'est à la fois très long et très court : Audy est très enthousiaste et se demande déjà si elle réalisera une fiction ou un documentaire. Marie s'inquiète : Comment va-t-elle jongler avec ses horaires de train… si on se voit le vendredi soir. Et pour les tournages ? Léo, qui signe plus qu'il ne parle, se demande s'il faudra ou non sous-titrer son film ? Y insérer une bande-son ? Enfin Flo, la tête sur les épaules, attend de voir et prend consciencieusement des notes.

 

Panique, fébrilité, fierté, une bonne dose d'inconscience aussi : des sentiments contradictoires se mélangent dans leur esprit avec, en toile de fond, une préoccupation pas toujours clairement exprimée : le film sera la production réalisée dans le cadre de leurs TPE, épreuve qui pourra leur rapporter des points supplémentaires au baccalauréat s'ils la réussissent… Or, certains sont en grande difficulté. Très handicapés par l'écrit, ils ont vraiment besoin de ces points supplémentaires. Seront-ils capables de mener l'expérience à terme ? Nous qui encadrons l'atelier en sommes convaincues.

 
 

Une éducation par l'image

 

Professeurs d'histoire/géographie et de SES, mais aussi cinéphiles, nous avons fait le pari de sortir de la routine du cadre scolaire, où tout passe par l'écrit. Nous voulons exploiter d'autres compétences -l'acuité visuelle, le sens de l'observation…- que nos élèves, sourds, maîtrisent beaucoup mieux. Si l'apprenti-citoyen doit recevoir une éducation à l'image, il s'agira ici, en plus, d'une éducation par l'image. (encadré 1)

Encadré 1 : POURQUOI UN ATELIER VIDEO ?

LE POINT DE VUE DES PROFS :

                        

-J'ai décidé d'utiliser la vidéo parce que j'en avais assez de ce sentiment d'abattement qui submerge les élèves les plus faibles en présence de documents écrits. En SES, textes à étudier sont souvent complexes : il y a un tel travail de "traduction" à faire avant de pouvoir s'intéresser au sens que, lorsqu'il est terminé, prof et élèves sont épuisés… Plus personne n'a envie de discuter ! Avec la vidéo, l'élève est plus vite immergé dans un contexte… et l'on peut aller à l'essentiel. Les capacités de réflexion des élèves ne sont pas forcément meilleures, mais on gagne un temps précieux… pour aider à les développer.  Bien sûr, j'utilise toujours des supports écrits, mais la vidéo apporte une bouffée d'oxygène.

 

-Suivre un cours en lecture labiale, c'est très fatigant pour nos élèves sourds. Certains ne comprennent pas tout, ont besoin, pour vérifier, d'une traduction en langue des signes. Lorsqu'ils sollicitent leurs voisins, on croit qu'ils bavardent… Avec un film -sous-titré-, ils savent tout de suite de quoi on parle et participent davantage.

 

-Les TPE "Travaux Personnels Encadrés", épreuve obligatoire du Baccalauréat aboutissaient le plus souvent à des rapports écrits stéréotypés. L'atelier vidéo a voulu s'écarter de cette routine et donner aux élèves le moyen d'améliorer leur production finale. Les collègues membres des jurys ont confirmé les bénéfices : des élèves contents de leur production, au moins sur le plan technique et souvent plus sûrs d'eux (ce qui est rarement le cas avec un écrit), une argumentation plus personnelle et, de fait, moins de paraphrases.

 

-Le lycée Morvan est une petite structure : dans chaque discipline un enseignant assure souvent seul toutes les classes du lycée. Les occasions de rapprochements entre collègues, même de disciplines différentes, sont plutôt bienvenues : pour échanger, comparer nos pratiques, réfléchir aux difficultés propres à chaque classe, élargir nos horizons… et monter un projet lorsqu'on se découvre des goûts communs…

 

 

Et le jeu en vaut la chandelle : pour preuve, les retombées de l'atelier précédent. Parmi les quatre films réalisés, deux ont de réelles qualités techniques qui ont valu à leurs auteurs les félicitations du jury lors de la soutenance. Ces documentaires font dorénavant partie intégrante de la vidéothèque de l'école. L'un continue sa vie hors les murs dans différents festivals cinématographiques. Le nouvel atelier démarre auréolé de cette reconnaissance…

 

La nouvelle est arrivée ce matin ! La secrétaire nous appelle et la directrice confirme : la DRAC nous a accordé un financement et des heures enseignants ! Nous voilà redevenues des collégiennes découvrant leur matériel neuf à la rentrée des classes. Cette nouvelle donne des ailes : l'intervenante ne sera plus totalement "bénévole"; nous aurons une caméra et du matériel "de pro", et les heures pourront être partagées entre nous deux et le professeur d'informatique, autre personnage clé de l'atelier.

 

Arnaud est le Grand Manitou. Il déploie des trésors d'ingéniosité pour maîtriser tous les caprices de nos merveilleuses machines et résoudre les problèmes. Il assure l'organisation matérielle (réserver des ordinateurs, mettre les caméras en charge…). C'est lui qui est aux premières loges lorsqu'un imprévu nous oblige à occuper la salle au-delà du temps qui nous est imparti… et qu'il faut gérer, le plus diplomatiquement possible, les mouvements d'humeur du reste de l'établissement. Plus jeune que nous, lui-même déficient auditif, il établit aussi une relation privilégiée avec les élèves. Pour eux, il est la preuve vivante que les sourds peuvent réussir.

 

 

Le pivot de l'action

 

Mais le pivot de l'action est bien sûr, Dorothée, notre professionnelle de l'image. C'est elle qui organise la progression du travail : trois étapes (écriture, tournage, montage), qui explique le vocabulaire de l'analyse filmique, qui fixe les objectifs et organise les groupes de travail. "Il faut commencer par l'acquisition d'un outil d'analyse de tout ce qui est media"… Nous voilà bien loin des concepts utilisés en classe.

 

Ce mardi matin, le portable d'Arnaud trône au milieu de la classe de préterminale : Sim, maintenant en Terminale, est venu présenter le film qu'il a réalisé l'an passé. Un peu ému, le réalisateur en herbe répond aux questions. L'année dernière, pour lui, une vocation est née. Il ne sait pas encore sous quelle forme, mais son métier tournera autour de la fabrication des images. Sim a pris beaucoup d'assurance. Cela ne s'est pas trop vu l'année dernière. Nous le découvrirons cette année, dès les premiers travaux du trimestre : l'écrit est toujours aussi brouillon, mais quels progrès dans l'analyse ! Maintenant, il s'engage et parle en "ancien" : les nouveaux pourront le solliciter en cas de besoin !

 

Les questions fusent : "Pourquoi choisir un plan fixe au début de l'action ? Comment ont été réalisés les tournages en extérieur ? Et les interviews au volant de la voiture ?" Tout tourne autour de la technique. Nous échangeons entre profs, un regard complice : comme toujours, ils seront très inventifs au niveau de la forme… mais leur faire formuler une problématique claire sera une autre paire de manches ! Enfin, c'est nôtre rôle d'orienter la réflexion.

 

Et la problématique choisie cette année n'est pas évidente. A l'origine, un drame qui les a bouleversés : le décès d'une jeune fille de leur entourage au cours d'une soirée trop arrosée. Cette fois ce n'est pas le titre d'un fait divers anonyme et lointain, c'est bien réel et difficile à accepter. En réfléchissant à leur participation à l'atelier, une demande angoissée émerge : "Evoquer les conduites à risque".

 

Ou comment prendre une certaine distance avec ses actes

 

Au fil des réunions préparatoires, le thème s'affine. Puisque les disciplines concernées sont histoire et SES, il deviendra finalement "la fête sur deux générations" : la leur et celle de leurs parents. Un groupe traitera directement cette question. Le deuxième précisera encore le sujet et montrera comment la fête est le contrepoids des contraintes du quotidien, scolaires et parentales en particulier.

 

Nous sommes cette fois face au tableau noir. Pour évoquer la fête, le tableau est divisé en deux parties : pour les jeunes / pour les parents. C'est notre troisième rencontre. Qui commence ? D'abord un grand silence, puis Audy se lance et raconte sa première fête : à 13 ans, un bal costumé. Petite fille secrète, elle garde de cette rencontre un souvenir émerveillé. Les langues se délient. En interrogeant leurs parents, Marie et Flo ont "découvert" qu'ils ont vécu mai 68 : leurs souvenirs de fête se rattachent à cette époque. Elles s'étonnent des libertés qu'ils avaient à leur âge. Elles ne pensaient pas non plus leur ressembler autant. Toutes deux sont très amies, se retrouvent dans les mêmes fêtes. Peut-être pourront-elles réaliser leur film ensemble ? Les voilà parties à la découverte d'une époque et de ses idéaux… que le professeur d'histoire les aide à mieux cerner. Un peu par défaut, voilà donc Léo et Audy associés en binôme.(encadré 2)

 

Encadré 2 : AU-DELA DE L'ATELIER :

UN CHANGEMENT DANS LES RELATIONS

 

L’atelier a donné assez rapidement aux élèves la confiance en eux qu’ils n’ont pas toujours en classe. La présence d’un intervenant extérieur, qui apporte un savoir-faire différent, a modifié la relation professeurs/élèves. Dans le cadre de l’atelier, et quelle que soit notre culture cinématographique, nous étions (bien que ce soit notre seconde expérience !), presque à égalité avec les élèves sur le plan de la technique, comme eux en situation d’apprentissage (voire d’échec !), nous retrouvant parfois obligées de solliciter leur aide… La hiérarchie s’est trouvée modifiée par cette complicité.

 

Le climat de la classe a bénéficié de cette nouvelle donne, d'autant que les meilleurs cinéastes n’étaient pas forcément les meilleurs élèves. Les liens se sont resserrés, grâce à ce projet collectif, mais aussi grâce à tous les exercices en binôme. La classe, très hétérogène au départ (sourds oralisant/signeurs ; clans ou, en tout cas personnalités difficilement conciliables…) est devenue beaucoup plus solidaire.

 

Sur l'atelier précédent, nous avions pu en mesurer assez vite les effets positifs sur les résultats scolaires dans nos disciplines respectives. Cette année, le bilan est plus mitigé : l'atelier terminé,  les anciens comportements ont repris le dessus, en particulier pour les élèves les plus en difficulté. Le sentiment d'impuissance est resté le plus fort. Reste alors le souvenir de cette parenthèse complice, d'un temps scolaire "hors du temps".

 

Au sein de l’équipe professeurs/intervenant, chacun a trouvé assez naturellement sa place, dans le respect des termes du projet. Des amitiés se sont nouées. Cette collaboration devrait se poursuivre l’an prochain… si les financements sont renouvelés.

 

 

La vraie liberté ? N'est-ce pas repousser les limites de la liberté ?

 

La réflexion est-elle à la hauteur ? Les thématiques se précisent : la fête moyen de se libérer des contraintes et, le grand mot est lâché, de dépasser les limites, toutes les limites. Léo, peu disert jusque-là, s'exprime enfin : les mains volent et livrent ce qu'il n'a jamais avoué à personne. Ses gestes ont libéré la parole. Les autres suivent et se dévoilent, parfois à leur insu. Ils se racontent et nous sommes étonnées de voir combien la mort de leur amie passe au second plan. Failles et blessures personnelles, comportements se révèlent, sur lesquels nous prenons bien soin de ne pas porter de jugement. La parole de l'historienne, celle de la sociologue cherchent cependant à circonscrire les tensions. Les concepts de déterminisme et de reproduction sociale, de transmission culturelle, mais aussi de choix individuels balisent l'avancée du projet et permettent de lever les obstacles qui semblaient insurmontables. Léo et Audy ne filmeront finalement pas leurs vrais parents. A la place, ils se tournent vers un professeur envers lequel ils ont beaucoup d'estime. Toujours à leur écoute, celui-ci est aussi, faut-il s'en étonner, extrêmement rigoureux et exigeant.

 

Mais la route est encore longue avant l'écriture du scénario. Comme en classe, nous allons du plus facile au plus difficile. L'initiation à la lecture des images débute par l'étude d'images fixes, de photographies. Elle continue avec le visionnage de courts métrages ou d'extraits de films. Presque à notre insu, au fil des séances, ce nouveau langage commun s'insinue en nous et entre nous. Nous ne voyons plus défiler les images d'un film, mais des plans par milliers. Le charme de l'histoire s'efface pour laisser place aux contraintes de la construction d'une narration. Le rythme du montage nous entraîne davantage que celui de l'action. La peau du réalisateur commence à remplacer celle du spectateur. (encadré 3)

 

 

Encadré 3 : AUTOUR DE L'ATELIER ,

POUR ELARGIR ET PROLONGER LA REFLEXION SUR LE THEME CHOISI :

 

-une visite organisée du quartier chinois de Paris autour du thème de la transmission  d'une culture

-plusieurs sorties cinéma : les films Little Miss Sunschine (Jonathan Dayton), Le vent se lève (Ken Loach), Ecrire pour exister (Richard La Gravenese), auxquelles les élèves de l'atelier 2008 ont participé l'an dernier, avec l'atelier 2007. Cette année, un monde parfait (Ken Loach), Sicko (Michael Moore) 7h58 ce samedi-là (Sidney Lumet)

-Débats et informations sur mai 68

-Travail sur la mémoire autour de la cérémonie filmée par l'atelier et dédiée à la résistante Odette Abadi

-Participation au Festival International du Film indépendant (Bruxelles) dans la catégorie "création filmée des sourds" et au festival de Clermont-Ferrand.

-des liens à développer avec les élèves de l'atelier vidéo du lycée Maurice Ravel à Paris

 

Ce vendredi soir, de nouveau, nous sommes les seuls présents dans l'école silencieuse. Et alternant fous rires et forte concentration, nous débutons la mise en pratique. Dorothée a demandé une improvisation filmée, à partir d'un canevas de scénario très simple : mettre en scène une histoire courte, pas plus de six plans, dont un champ contre champ. Des contraintes d'autant plus difficiles à respecter que c'est la première fois. Le groupe nous apporte deux petits bijoux burlesques, où la caricature fait mouche : un lendemain de fête, un professeur explose face à une classe complètement endormie ; un pauvre père de famille est harcelé jusqu'à ce qu'il autorise son fils à sortir un soir en semaine ! Que du vécu !

 

Cela bien sûr nous conforte dans notre projet : nos élèves, parfois si apathiques en classe, se révèlent plein d'humour et de vivacité. Nous les découvrons observateurs subtils… Certains "crèvent l'écran". Mais la spécialiste ne s'en laisse pas compter : les mauvais cadrages ne passent pas, il faut recommencer !

 

Trop envahissant !

 

Notre atelier est devenu maintenant un lieu d'échange et de réflexion intense. Un peu trop, peut-être pour certains collègues qui le trouvent trop envahissant. Il accapare toute l'énergie : plus l'échéance approche, plus il devient prétexte à ne pas rendre en temps et en heure certains travaux… Il nous faut tirer la sonnette d'alarme, y compris dans nos propres disciplines.

 

Nos élèves sont en tout cas passés de l'autre côté de l'écran et leurs "travaux pratiques" au sein de l'établissement leur valent un nouveau statut. Très émus, lors de la pose d'une plaque en hommage à notre ancien médecin scolaire, résistante de la première heure, ils ont été sollicités pour filmer la cérémonie. Le montage pourra faire l'objet d'un prochain atelier. (encadré 4)

 

Encadré 4 : L'ATELIER VIDEO VU DU RESTE DE L'ETABLISSEMENT

 

La création de l'atelier, inscrit dans le droit fil du projet pédagogique du Lycée, a bénéficié d'un accueil plutôt favorable… La direction nous a laissé carte blanche et, cette année encore, nous a soutenu dans la mesure du possible. Par son intermédiaire, une association a financé l'achat de matériel. Par contre les problèmes d'horaire sont apparemment difficiles à résoudre.

 

La plupart des collègues sont restés au stade de la curiosité, mais la coopération de certains, a été déterminante, qu'ils aient accepté d'être filmés durant leurs cours ou de répondre à des interviews.

 

Les autres élèves du lycée ont été plus intrigués, se sont manifesté pour faire de la figuration lors des exercices pratiques. La pratique semble maintenant instaurée : La plupart des élèves savent dès la seconde  que s'ils passent en ES, ils réaliseront un film. Les première ES ont d'ailleurs été, dès cette année, associés à certaines séances.

 

La tentative de "tutorat" entre anciens et participants actuels de l'atelier n'a impliqué que deux élèves de Terminale au moment du montage, essentiellement pour des problèmes de disponibilité. Le fait que l'atelier reste organisé hors temps scolaire est un vrai casse tête.

 

Les familles des élèves ont plutôt bien joué le jeu : certains talents se sont révélé… Une projection des travaux réalisés devait être organisée, mais certains sujets étant trop personnels, l’équipe a préféré reporter l'événement. Deux nouveaux films pourraient, en tout cas, -après ceux de l'atelier précédent- servir de banque de ressources dans le cadre des cours de sociologie.

 

 

 

Pour Léo, Audy, Flo et Marie, l'heure est venue maintenant de s'attaquer au scénario et à son écriture, toujours difficile pour ces enfants handicapés. Comment en effet, parvenir au but -le sens de la phrase- lorsque chaque mot représente un obstacle difficile à franchir ? Tout doit être passé au crible : les lieux, les personnages, le découpage des scènes, l'échelle des plans, les angles de prise de vue, les mouvements de caméra, sans oublier les codes de l'esthétique picturale -l'éclairage et la couleur- et le rôle du son. Des questions surgissent : Où poser la caméra ? Comment faire apparaître les acteurs ? Quels décors choisir ? Qui parle ? Quelle action ? A quel moment et comment doit intervenir la voix off ? Problème particulièrement épineux pour les sourds…

 

Les réponses se construisent collectivement. Mais nous devons multiplier les rencontres ponctuelles pour les faire émerger… y compris durant nos heures de cours. Notre petite bande est comme paralysée par l'ampleur de la tâche. Nous sentons que nous ne pouvons pas relâcher la pression : ils ne cessent de retarder le moment de se lancer. Enfin, ils franchissent le pas ! Chacun apporte son point du vue. Pour montrer le lien entre les deux générations, Flo a interviewé ses parents dans la pièce où elle et à sa sœur organisent leurs soirées. C'est une bonne idée, mais il faut recommencer car son père, intimidé, n'a pas dit tout ce qu'il souhaitait. Par quoi remplacer la scène des courses, le magasin ayant refusé l'autorisation de tourner ? Léo et Audy veulent une figurante dans leur première partie. Peuvent-ils accoler fiction puis témoignages ? Un docu-fiction ? Ils ont apporté des images de fêtes, filmées par des copains…. Peut-on tout montrer ? Faut-il s'autocensurer ? Tous commencent à mesurer les obstacles qu'il reste à franchir.

 

Comment tenir les délais ?

 

Nous voilà début février, les derniers recentrages sur le sujet ont été opérés, les ultimes recommandations délivrées… et voilà nos apprentis-réalisateurs livrés à eux-mêmes, caméra au poing. Nous quittons l'école ce soir, avec un petit pincement au cœur : dans leur carnet de bord, les noms des réalisateurs et des cameramen sont soigneusement inscrits. Le nôtre n'y figure pas. Les voilà maintenant responsables à part entière d'un projet que est devenu "le leur". Tient-il la route ? Sera-t-il assez abouti ? Nous l'apprendrons lors du dernier rendez-vous : le montage.

 

L'organiser a été un véritable casse-tête, car nous ne disposons pas vraiment du matériel adéquat. Mais nous voilà en salle informatique. La réflexion peut commencer. Il faut apprendre à manier un nouveau logiciel, à numériser les images, à couper, à sous-titrer…  Un travail de longue haleine ! Nos deux équipes prennent du retard : Flo et Marie pour cause de bugs informatiques, Léo et Audy pour un problème que nous n'avions pas anticipé : les scènes n'ont pas été chronométrées. Ne pouvant lire sur les lèvres, ils ne peuvent opérer seuls le découpage correctement… Il faut tout reprendre avec eux ! C'est la tuile, nous ne tiendrons pas les délais ! Il nous faudra nous justifier pour ne pas pénaliser les élèves, qui pour couronner le tout, ont oublié, dans le feu de l'action de prévenir les personnes concernées… dont les membres du jury.

 

La fin de l'aventure

 

Enfin, tout est terminé : Audy, Léo, Flo et Marie arborent fièrement leurs réalisations : deux courts métrages de dix minutes qu'ils vont de ce pas remettre au jury. Nous sommes maintenant tous réunis pour découvrir la version finale. Le moment est venu de comparer les ambitions et le résultat obtenu. Dans le feu de l'action, beaucoup de questions n'ont pas été comprises ou ont été laissées de côté… C'est l'heure de la prise de conscience. Léo et Audrey réalisent de visu que la première partie de leur film dénature leur propos. Ils souhaitaient souligner le poids du quotidien par une succession de plans (réveils difficiles, calendrier, consignes parentales…). Une mise en scène très réussie, mais l'actrice choisie, stupéfiante de naturel… traverse nonchalamment toutes ces épreuves sans en être le moins du monde affectée. Une capacité de résistance impressionnante ! Il va falloir trouver le moyen d'expliquer ce décalage au jury. Pour Marie et Flo, la question est encore plus délicate. Dans leur film, elles se sont livrées en toute sincérité, sans aucun recul. Depuis, elles ont beaucoup réfléchi et modifié leur point de vue. Elles cherchent dans leur cours de sociologie, les moyens de l'exprimer, et lorsqu'elles parlent maintenant de déviance, c'est les larmes aux yeux, au souvenir de leur amie décédée.(encadré 5)

 

Encadré 5 : EPILOGUE !

 

POUR L’INTERVENANTE EXTERIEURE :

-C’est le deuxième atelier que j’organise au Lycée Morvan. Cette année, la formation technique a pu être plus poussée, grâce à l’utilisation de matériel plus performant. Les élèves ont fait preuve d’inventivité formelle dans leur mise en scène et ont su prendre seuls en charge leurs propres tournages, faisant preuve d’une grande autonomie et d’un grand sens des responsabilités, y compris par rapport au matériel. Les discussions et envolées entre nous n’ont pas manqué. Sur la base d’une pratique active, réflexion et imagination ont guidé en particulier cette année l’atelier.

 

 

QUELQUES REACTIONS D’ELEVES :

-J’ai trouvé l’atelier intéressant, mais j’ai aussi appris des choses sur moi. Grâce à l’atelier, la classe s’est rapprochée, on s’est vu presque tous les weekend ! Les professeurs aussi ont pu mieux nous connaître.

 

-Dans l’atelier vidéo, j’apprécie le travail en groupe. Je suis déçue que nous ayons très peu mobilisé l’atelier. Il est resté limité aux TPE alors qu’on aurait pu aussi travailler d’autres thèmes.

 

-Ca m’a appris à travailler plus personnellement, à devenir plus indépendante par rapport au travail. J’ai pu faire le lien avec le cours de SES, surtout avec le vocabulaire de la sociologie. J’ai aussi remis en question certaines de mes habitudes. En fait, c’était bien, mais fatigant !

- C’est un travail dur, mais j’ai adoré le faire car il faut beaucoup d’imagination et donner de soi-même ! J’ai vu aussi que les autres étaient comme moi !

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BILAN D'ETAPE -juin 2007

UN AUTRE REGARD

Atelier Vidéo  du  Lycée Morvan autour d’un TPE pas comme les autres

16 h 30 ! Une heure plus tôt que d’habitude. Zaza, Alex, Kim et Sim se pressent autour du petit écran. Sans le bruit des pas qui martèlent l’escalier, écho familier d’une école qui quitte le travail, on pourrait presque se croire à la maison. Dans la petite pièce sans fenêtre, -le local vidéo du lycée-, personne n’y prête attention pas plus qu’aux  traces laissées par une journée de vie. « Ici l’amorce est à retenir, là tu vas trop vite… » commente Dorothée, notre professionnelle de l’image. Les images s’égrainent à nouveau, ponctuées de nos éclats de rire, souvenirs de ce samedi matin passé gare Saint Lazare, caméra en main. Un exercice d’entraînement pour se familiariser avec les codes du langage cinématographique : les échelles des plans et leur agencement dans une séquence, les mouvements de la caméra, les angles de prise de vue….

 

Tout a commencé par le choix d’un banal sujet de TPE (Travaux Personnels Encadrés). Quatre élèves de Première ES jettent leur dévolu sur  « la famille ». Quatre adolescents ordinaires et pourtant pas tout à fait comme les autres, quatre jeunes malentendants. Pour les accompagner deux enseignantes d’histoire géo et d’économie, deux cinéphiles qui décident de sortir de la routine d’un cadre scolaire où tout passe par l’écrit et de leur donner accès à un autre langage, celui de la caméra.  Raconter en images et en sons, exploiter d’autres compétences comme l’acuité visuelle, le sens de l’observation, la perception du mouvement devient leur nouvelle devise. En effet, l’apprenti citoyen doit recevoir une « éducation à l’image » pourquoi ne passerait-elle pas par une « éducation par l’image ? » (Cf. encadré n° 1)

 

Avant de fixer les nouvelles règles du jeu il faut accompagner l’imprévu : chercher le matériel nécessaire, l’intervenant extérieur, des plages horaires communes à tous, penser à récupérer les caméras avant chaque séance, vérifier leur chargement. Toutes les bonnes volontés sont mises à contribution en particulier celle du professeur d’informatique qui accompagne l’aventure.

 

Mais le pivot de l’action et l’animatrice du groupe reste la professionnelle de l’image, notre intervenante extérieure. C’est elle qui lance les idées : trois étapes : l’écriture, le tournage, le montage ; c’est elle qui explique le vocabulaire de l’analyse filmique ; c’est elle qui organise le travail et le groupe ; c’est elle qui fixe les objectifs : « Il faut commencer par l’acquisition d’un outil d’analyse de tout ce qui est média ». Nous voilà bien loin des concepts utilisés en cours ! (Cf. encadré n° 2)

 

Nous sommes en automne, le chauffage est éteint, la fin des cours vient de sonner. Au dehors le ciel reste obstinément gris. Nous sommes huit autour d’un table, c’est notre deuxième rencontre. « Qui commence ? entonne Dorothée d’une voix égale ». Personne ne bouge, personne n’ose sortir du sac à dos l’objet tant attendu, celui qui doit servir de point de départ au scénario. « Un objet important, auquel vous tenez beaucoup et qui évoque pour vous la famille » avait précisé Dorothée au cours de la première rencontre.

 

Kim se dévoue : « J’ai deux maisons. Ma famille est une famille recomposée mais je crois que des liens très forts ne passent pas forcément par un lieu ». La trousse sort du cartable, la bague de la trousse et Kim poursuit « C’est la bague que ma mère portait quand elle était encore avec mon père. A la maison elle est dans la salle de bains. Je sais où elle est, je peux la regarder ».

 

La glace est brisée Zaza déplie une recette de cuisine, celle du couscous servi tous les samedis soirs. Une cérémonie du souvenir qui réunit les six sœurs de sa mère et leurs enfants. A travers le repas de famille, image de la proximité et du partage, ce sont les traditions culturelles litées aux origines algériennes qu’elle voudrait évoquer.

 

Sim apporte la reproduction d’un tableau de Bonnard, scène de famille au jardin, car il attache beaucoup d’importance au rôle de la transmission entre parents et enfants. « Vous comprenez, enchaîne-t-il, je ne pouvais pas apporter le club de golf de mon grand père. C’est pourtant lui qui m’a appris et qui a appris à mon oncle…. ».

 

Alex hésite, se dandine sur sa chaise, se penche sur son sac et extirpe enfin son objet : un moulage en plâtre d’une main de bébé…sa main. « Un cadeau de mon parrain, explique-t-il ». Il appartient à une famille de sourds dans laquelle les mains servent à communiquer, à transmettre, à parler la langue des signes.

 

Le ton est donné, la motivation est là. Alex se lance sur la piste de la communication dans une famille sourde : quelle culture transmettre ? Comment ses parents ont-ils choisi et pourquoi ?  Zaza imagine déjà un générique composé de légumes (ceux du coucous) pour introduire son repas de famille. Kim se demande comment on peut filmer des objets et des photos de famille. Sim veut faire intervenir trois générations autour d’un club de golf. La transmission et l’aspect sociologique de la famille sont désormais à l’ordre du jour. (Cf. encadré n° 3)

 

La possibilité de s’exprimer prend le dessus et nous voilà transformées en responsables de désirs. Mais la route est encore longue avant l’écriture du scénario. Comme en classe, la règle veut que l’on aille du plus facile au plus difficile. L’initiation à la lecture des images, commence donc par des images fixes, des photographies, avant de passer au visionnage de films courts ou d’extraits de films de fixion. Presque à notre insu, au fil des séances, un langage commun s’insinue entre nous. Nous ne voyons plus défiler des images, mais des plans par milliers, le charme de l’histoire s’efface pour laisser place aux contraintes de la construction d’une narration, le rythme du montage nous entraîne davantage que celui des actions. La peau du réalisateur a remplacé celle du spectateur.

 

La nuit est sur le point de tomber. La cloche de l’église voisine vient de sonner…nous sommes seules à l’entendre. C’est un vendredi soir un peu froid de novembre. Le silence inhabituel d’une école endormie nous enveloppe. Il est maintenant plus de 18 heures et  les acteurs impliqués ont du mal à s’arrêter. La mise en pratique a commencé, une heure plus tôt, par une improvisation filmée à partir d’un canevas de scénario très simple. : mettre en scène une histoire courte, trouver la fin, pas plus de six plans dont un champ contre champ. Des contraintes d’autant plus difficiles à respecter que c’est une des première fois.

 

Le moment approche de passer à la lecture des images. Ce que nous appelons maintenant « notre atelier » est devenu un lieu d’échange et de réflexion. Cet exercice pratique il faudra le répéter plusieurs fois pour acquérir les bons réflexes, corriger les défauts –il y a manière et manière de tenir une caméra-, travailler le hors champ, ne plus commettre les mêmes erreurs, introduire les notions de son et de lumière… Nos élèves sont en tout cas passés de l’autre côté de l’écran et leurs « travaux pratiques » au sein de l’établissement leur valent un nouveau statut : celui de « photographes ». Une étiquette qui leur colle encore à la peau. (Cf. encadré n° 4)

 

L’heure est venue de s’attaquer au scénario et à son écriture, exercice toujours difficile pour ces enfants handicapés. Comment en effet parvenir au but –le sens de la phrase- lorsque chaque mot représente un obstacle difficile à franchir ! Tout est passé au crible : les lieux, les personnages, le découpage des scènes, l’échelle des plans, les angles de prise de vue, les mouvements de caméra, sans oublier les codes de l’esthétique picturale -l’éclairage et la couleur- et le rôle du son. Des questions surgissent : Où poser la caméra ? Comment apparaissent les acteurs ? Comment les présenter ? Qui parle ?  Quelle action ?  D’où voit-on la scène ? A quel moment doit intervenir la voix off  ?

 

Les réponses se construisent collectivement. Chacun apporte son point de vue. Alex comprend qu’il ne doit pas demander à sa mère : « Comment passait la communication dans ta famille ? » mais plutôt « Comment du parlais avec ta mère quand tu étais petite et que tu étais fâchée ». Kim réalise qu’elle doit trouver un lien entre les trois scènes qu’elle propose. Zaza n’a pas encore trouvé comment montrer l’attente avant le repas. Sim prend conscience des difficultés du métier et lance à qui veut l’entendre : «J’en reste bouche bée. Moi qui aime le cinéma et qui croyait que c’était facile ».

 

Des odeurs de cuisine envahissent subrepticement le hall d’entrée. Dans les couloirs, les portes fermées d’une école en plein travail s’ouvrent. Casque de motard dans une main, caméra dans l’autre, Sim dévale les escaliers. Une dernière mission l’appelle : rapporter un micro compatible avec sa caméra et ne pas arriver en retard aux cours de l’après-midi. Le reste de l’équipe, pendant ce temps, part à la recherche d’un lieu sûr pour déposer le 

« pied ». Sans le jour J qui approche –entendez celui du tournage- , ce serait un vendredi comme les autres.

 

Quelques élèves sont assis sur le muret du square, tout proche de l’école. Ils discutent sans doute de leurs projets de fin de semaine. Avec ma coéquipière, que j’accompagne jusqu’à la station de métro, nous avons une pensée pour ceux de notre atelier. Les dernières recommandations viennent d’être données. Dans le carnet de bord les noms des réalisateurs et des caméramans sont soigneusement inscrits, le notre n’y figure pas. Les voilà maintenant responsables à part entière d’un projet qui est devenu « le leur ».  Avons-nous bien fait en leur confiant autant de responsabilités ? N’aurait-il pas fallu être de la partie ? Réponse lundi matin.

 

Alex, Kim Sim et Zaza arborent fièrement quatre disquettes, leur court métrage de 5 à 10 minutes. Nous sommes en salle d’informatique. La réflexion sur le montage peut commencer. Il faut apprendre à manier un nouveau logiciel, à numériser les images, à couper, à sous titrer. Un travail de longue haleine qui exige un temps bien plus long que quelques heures de cours. C’est finalement le samedi qui nous le réaliserons. A la clé une nouvelle découverte : l’écriture d’un film passe aussi par le montage.

 

Au terme de l’aventure, des imprévus qu’il a fallu résoudre, des déceptions finalement surmontées (Cf. encadré n° 5), un indéniable investissement en temps et en organisation….mais, par dessus tout, quatre films parfois très réussis. Et au delà des découvertes et des acquis techniques  une équipe soudée et solidaire qui, après avoir partagé les difficultés, porte désormais sur l’autre un regard plus proche et,  pour Zaza, « une ouverture » ; pour Alex, « un sentiment de sécurité » ; pour Sim,  « une lueur d’espoir »  et la certitude pour Kim qu’elle préfère rester « de l’autre côté de la caméra ».

Thérèse Le Rider

Véronique Santini

 

 



 

Atelier Vidéo - Lycée Morvan - ANNEXES ET NOTES

 

 

 

Encadré 1 - Pourquoi un atelier vidéo ?  Paroles de profs

 

-J'ai décidé d'utiliser la vidéo parce que j'en avais assez d'avoir l'impression de parler chinois à mes élèves. En SES, les documents à étudier sont souvent complexes  : il y a un tel travail de "traduction" à faire avant de pouvoir s'intéresser au sens que, lorsqu'il est terminé, prof et élèves sont épuisés… Plus personne n'a envie de discuter ! Avec la vidéo, l'élève est plus vite immergé dans un contexte… et l'on peut aller à l'essentiel. Les capacités de réflexion des élèves ne sont pas forcément meilleures, mais on gagne un temps précieux… pour aider à les développer.  Bien sûr, j'utilise toujours des supports écrits, mais la vidéo apporte une bouffée d'oxygène.

 

-Suivre un cours en lecture labiale, c'est très fatigant pour nos élèves sourds. Certains ne comprennent pas tout, ont besoin, pour vérifier, d'une traduction en langue des signes. Lorsqu'ils sollicitent leurs voisins, on croit qu'ils bavardent… Avec un film -sous-titré-, ils savent tout de suite de quoi on parle et participent davantage.

 

-Les TPE "Travaux Personnels Encadrés" pour les initiés et épreuve obligatoire du Baccalauréat pour les néophytes, aboutissaient tous à des rapports écrits stéréotypés. L'atelier vidéo a voulu s'écarter de cette routine et améliorer la production des élèves.

 

-Le lycée Morvan est une petite structure : dans chaque discipline un enseignant assure le plus souvent seul toutes les classes du lycée. Dans ces conditions, les occasions de rapprochements entre collègues, même de disciplines différentes, sont plutôt bienvenues : pour échanger, comparer nos pratiques, élargir nos horizons, et lorsque nous nous découvrons des goûts communs, monter ensemble un projet…

 

-Nous espérons que le prochain atelier pourra fonctionner sur d'autres bases que celles du bénévolat.

 

 

Encadré 2 - Autour de l'atelier : pour élargir la réflexion sur le thème choisi et la prolonger

 

-une exposition : "l'Amour comment ça va ?" à la Cité des Sciences et de l'Industrie,

-une visite organisée du quartier chinois de Paris autour du thème de la transmission  d'une culture,

-plusieurs sorties cinéma : les films Little Miss Sunschine (Jonathan Dayton), Le vent se lève (Kenneth Loach), Ecrire pour exister (Richard La Gravenese)

-une rencontre aussi, avec un groupe d'élèves préparant un BTS d'audiovisuel et souhaitant réaliser un film sur les adolescents sourds…  qui s'est concrétisée par un tournage. A suivre après les examens…

-des projets : rencontre avec le journaliste-reporter d’un journal-vidéo local ; participation à certains festivals dont le Festival International du Film indépendant (Bruxelles) dans la catégorie "création filmée des sourds".

 

 

Encadré 3- Au-delà de l’atelier : des relations améliorées

 

L’atelier a donné assez rapidement aux élèves la confiance en eux qu’ils n’ont pas toujours en classe. La présence d’un intervenant extérieur, qui apporte un savoir-faire différent, a modifié la relation professeurs/élèves. Dans le cadre de l’atelier, et quelle que soit notre culture cinématographique, nous étions à égalité avec les élèves sur le plan de la technique, comme eux en situation d’apprentissage (voire d’échec !), nous retrouvant parfois obligées de solliciter leur aide… La hiérarchie s’est trouvée modifiée par cette complicité. Nous avons pu en mesurer les effets positifs sur les travaux scolaires dans nos disciplines respectives.

 

Il s’est aussi très vite avéré que les meilleurs cinéastes n’étaient pas forcément les meilleurs élèves. Le projet le plus élaboré est celui d’un élève très moyen, dont les résultats scolaires se sont améliorés au long de l’année. Le climat de la classe a bénéficié de cette nouvelle donne, les liens se sont resserrés, grâce à ce projet collectif, mais aussi grâce à tous les exercices en binôme.

 

Au sein de l’équipe professeurs/intervenant, chacun a trouvé assez naturellement sa place, dans le respect des termes du projet. Des amitiés se sont nouées. Nous souhaitons d’ailleurs prolonger cette collaboration et poursuivre l’an prochain… avec cette fois un financement adapté.

 

 

 

Encadré 4- L'atelier vidéo vu du reste de l'établissement

 

La création de l'atelier, inscrit dans le droit fil du projet pédagogique du Lycée,  a  bénéficié d'un accueil plutôt favorable… La direction nous a laissé carte blanche et nous a soutenu dans la mesure du possible.

 

La plupart des collègues sont restés au stade de la curiosité, mais la  coopération de certains, a  été déterminante (prêt de caméras) et a permis de surmonter les divers imprévus (mise à disposition des locaux en dehors des heures habituelles…). Des collègues ont  accepté d'être filmés durant leurs cours et de commenter ensuite les images visionnées.

 

Les autres élèves du lycée ont été plus intrigués, se sont manifesté pour faire de la figuration lors des exercices pratiques. Une aura certaine a entouré les apprentis cinéastes… L'idée, en tout cas, a fait des émules : la future classe de Première ES a, d'ores et déjà, demandé à réaliser l'an prochain son TPE sous la forme d'un film.

 

Les familles des élèves ont plutôt bien joué le jeu : certains talents se sont révélé… Une projection des travaux réalisés devait être organisée, mais certains sujets étant trop personnels, l’équipe a  préféré reporter l'événement.  Deux films pourraient, en tout cas, servir de banque de ressources dans le cadre  des cours de sociologie.

 

 
 

Encadré 5- Quelques points d'ombre

 

Le caractère décontracté des relations au sein de l'atelier n’a  pas toujours suffi, il a parfois fallu reprendre la casquette du professeur et intervenir plus fermement : pour obtenir la présence de tous lors des séances hors des horaires habituels, pour exiger que les délais soient tenus, pour inciter les élèves à attaquer enfin l'écrire du scénario, et surtout, à s'y tenir ! Pour convaincre, enfin, les plus réticents qu'un montage et un sous-titrage s'imposaient…

 

L'enthousiasme et l'investissement inégal  de nos cinéastes ont parfois été délicats à gérer. Il faut dire que le thème choisi avait des implications très personnelles qui n’avaient pas forcément été anticipées. Les élèves s’engageaient pourtant à la fois sur leur propre réalisation et sur celle d'un camarade. Chacun était à la fois réalisateur-acteur de son propre film et tenait la caméra pour l'un de ses coéquipiers. Certains films ont pu en pâtir, mais cela n'a pas altéré la cohésion du groupe.

 

  Innover

   Expérimenter

  Accompagner

  Évaluer

  Former



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