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Le
projet a été de créer un « Club Philo » à l’image des
Cafés Philo, au sein d’un lycée professionnel spécialisé dans le
Tertiaire ( filières Comptabilité, Secrétariat et Services ).
Nouvellement nommée dans l’établissement, j’ai pris le temps
d’observer les choses.
J’ai
projeté de mettre en place ce club suite à des constats très
simples :
-
1er constat
ou postulat : je pars tout d’abord d’une évidence : nos lycéens,
parce que ce sont des élèves et donc des jeunes gens en
formation, ont un potentiel intellectuel qu’il convient
d’essayer de développer au maximum. De plus, il s’agit ici
d’élèves en lycée professionnel, qui n’ont pas toujours bonne
presse en terme d’image intellectuelle et qui n’ont peut-être
pas non plus une bonne image d’eux-mêmes dans ce domaine.
L’histoire, ici, nous prouvera, qu’effectivement, peu d’entre
eux se sont investis dans ce club, notamment par « flemme
intellectuelle » justement, ce qui vient donc donner du crédit à
cette image largement répandue qu’ont les publics des lycées
professionnels. Pour autant, l’histoire nous prouve surtout
qu’il y a précisément, comme dans tout public d’élèves, une
partie d’entre eux ( même s’ils ne sont pas toujours très
nombreux ) qui lisent, s’intéressent, veulent discuter,
argumenter, s’interrogent et ont envie d’échanger. L’important
est donc, selon moi, sans tomber dans le discours démagogique ou
la vision angélique, de sortir de ce cliché selon lequel les
élèves de filières professionnelles ne seraient pas enclins à la
réflexion et à l’exercice intellectuel d’une part ; et de ne pas
omettre, d’autre part, que l’une des principales missions de
notre service public est, à défaut d’y parvenir totalement,
d’essayer au moins de proposer aux élèves des cadres et des
structures qui leur permettent le meilleur épanouissement
possible.
-
2ème
constat : la Philosophie n’est pas enseignée en lycée
professionnel. D’où la possibilité, si le désir est là bien sûr,
de faire et d’imaginer quelque chose dans ce domaine.
-
3ème
constat : nos élèves, pris dans leur quotidien, n’avaient donc
pas de lieu ni de temps dévolu à ce type d’activité, ou
n’avaient semble-t-il pas pris le temps de trouver ce type de
lieu, ni à l’extérieur ni à l’intérieur du lycée : le Club Philo
pouvait donc être ce temps et ce lieu.
Le
club, gratuit, a été ouvert à tout lycéen qui souhaitait
écouter, réfléchir et débattre.
L’idée
n’est donc pas venue d’eux mais de moi ; mon but était d’être
pragmatique : lancer ce club, le leur proposer et voir ce que ça
allait donner.
Chaque
séance a duré 1H30, le mardi soir après les cours, de 17H à
18H30, et s’est déroulée dans l’enceinte du CDI.
Il y a
eu au total 8 séances. La 1ère a eu lieu le 19
Février, la dernière s’est tenue le 27 Mai 2008.
Seuls
trois élèves ont finalement participé à ce club. Ce qui fait
très peu au regard du nombre mais beaucoup quant à l’impact que
cela a eu sur eux.
Les
thèmes ont été choisi au fur et à mesure que se déroulaient les
séances, essentiellement sur la proposition des élèves
eux-mêmes.
Ce
club a été animé par une Professeure de Philosophie, extérieure
au lycée, qui avait déjà animé dans un autre lycée
professionnel, à la demande des élèves cette fois-là, ce type de
club.
Outre
le contenu des séances qui apparemment a passionné les
participants, le contact humain établi entre cette dame et eux a
fait que ceux-ci ont demandé à ce que le club se tienne toutes
les semaines et non pas toutes les quinzaines comme cela avait
été initialement prévu.
Je
retire de cette expérience innovante dans l’établissement de
nombreux enseignements :
-
Initier ce genre d’action en milieu scolaire nécessite un
investissement permanent : je ne crois pas que l’on puisse se
contenter de lancer une action et en faire le bilan en fin
d’année ; pour ma part, j’ai systématiquement rencontré
l’animatrice du club avant chaque séance ; je l’ai rappelée le
lendemain pour qu’elle me fasse un « topo » et me donne ses
propres impressions et ai vu régulièrement les élèves pour
simplement discuter avec eux de ce qu’ils retiraient du club. Un
suivi régulier me paraissait une nécessité, au vu
essentiellement de la jeunesse du projet , projet qu’il fallait
donc suivre de près dans les prémices de son développement.
L’idée était donc d’être présente sans l’être trop… laisser cet
espace et ce temps aux élèves et leur professeure, tout en
veillant discrètement au bon déroulement des choses.
- Un « Club Philo », parce
qu’il donne la parole aux élèves et qu’il leur permet de
réfléchir sur des sujets qui les touchent, trouve nécessairement
du succès ; quelque soit le public scolaire, ce genre d’action
trouvera toujours, je pense, un public.
-
Développer le potentiel intellectuel et humain de nos élèves
était le 1er but recherché : c’est une réussite
totale, si l’on se réfère aux témoignages croisés de leur
professeure et des élèves participants. Ce club de réflexion et
de discussion a permis à nos élèves de s’élever, semble-t-il…
- Le
deuxième objectif découlait du précédent : forger un esprit
critique, citoyen, via la pratique du débat ( capacité à écouter
l’autre, réflexion personnelle et de groupe, prise de parole,
capacité à convaincre , etc…). Là aussi, c’est un succès
indiscutable.
- Le troisième but était de
proposer une activité qui crée du lien, un autre type de lien,
entre les lycéens eux-mêmes d’une part et entre les lycéens et
les personnels d’éducation d’autre part, tous corps confondus.
Il aurait fallu qu’un nombre plus élevé d’élèves participe au
club pour voir si cela modifiait les choses dans ces domaines.
Quoiqu’il en soit, cela aura au moins permis à quelques lycéens
de faire connaissance et l’expérience mérite selon moi d’être
reconduite pour voir les développements possibles.
- Un
autre but était que les élèves s’approprient un peu plus le
lycée et en fassent un espace vivant, lieu de pratique de
citoyenneté. Même constat : plus de participants aurait sans
doute permis au lycée d’être un lieu de vie moins anomique.
Certains impacts sur le
fonctionnement du lycée étaient également attendus :
-
Que le CDI, au-delà de
son fonctionnement habituel, permette aux élèves de se réunir
pour réfléchir et débattre ensemble; étoffer également le rayon
« Philosophie » de nouveaux ouvrages. Objectifs atteints.
-
Qu’une réflexion
naisse au sein de la Salle des Professeurs sur l’intérêt ou non
de créer dans l’emploi du temps de la semaine, à l’intérieur des
journées et non après les cours, un temps dévolu aux activités
péri-éducatives. Envisager donc une autre structuration du temps
scolaire et ce à l’échelle du lycée tout entier. Le « Club
Philo » aurait pu aussi servir à cela mais cela n’a pas eu
lieu : trois élèves, c’est au final un très petit effectif mais
l’on sait pourquoi si peu d’élèves se sont investis dans ce
club : ce sont des lycéens, à l’emploi du temps bien fourni, et
qui ont, comme tous les adolescents de cet âge, une vie en
dehors du lycée ; le club se tenant après les cours, il y avait
de fortes chances pour que peu d’entre eux soient motivés pour
rester après 17H; bon nombre d’élèves m’ont dit que, si cela
avait eu lieu dans le courant de la journée, sur le temps de la
pause méridienne par exemple, ils seraient volontiers venus. Il
est donc certain que si ce club avait pu se tenir sur un autre
temps, il aurait eu un tout autre aspect : le nombre de
participants aurait très certainement modifié le cours des
séances, leur contenu, leur ton… Pas systématiquement
nécessairement en bien d’ailleurs : un trop grand nombre de
participants aurait peut-être rendu la tenue des débats plus
difficile; un nombre relativement restreint de participants est
donc peut-être une bonne chose, un bon format à retenir… on peut
juste regretter que seuls 3 élèves aient, pour le coup, su ou pu
profiter de ce club. Au final, le club n’a donc pas pris une
ampleur suffisante pour que cela engendre un début de réflexion
en Salle des Professeurs sur la nécessité de revoir
l’organisation du temps scolaire.
Quelques enseignements à
retirer pour finir :
-
Le fait de passer,
essentiellement, par les délégués de classe, pour informer de la
création de ce club, n’a pas été suffisant pour donner l’envie
aux jeunes de s’y intéresser ; on s’est aperçu que, d’une part,
l’information n’avait pas toujours été donnée, et que les
délégués n’avaient pas auprès de leur camarades, d’autre part,
les arguments nécessaires pour leur donner l’envie de s’y
intéresser. Rien ne vaut donc, apparemment, notamment lorsqu’il
s’agit de faire la promotion d’une activité qui sort de
l’ordinaire, la discussion directe, le passage de l’information
de personne à personne.
-
Il ressort de tout cela qu’un
effort de communication ou une recherche de nouveaux modes de
communication reste souhaitable.
-
Il ressort également de tout
ceci qu’un soutien, soit en Salle des Professeurs et/ou du Chef
d’établissement, favorise nécessairement le développement de ce
type d’activités péri-éducatives. La simple gestion du quotidien
n’offre pas toujours, cependant, aux uns comme aux autres, la
possibilité de consacrer du temps à ce genre d’actions, pourtant
si importantes dans la respiration des établissements.
Melle
Pérache ( CPE au Lycée Erik Satie en 2007/2008)
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