¾
Court descriptif de l’action (développement en cours ou encore à
initier, méthodologie, calendrier)
L’année passée 2007-2008, une session expérimentale du
projet Lettre(s) au Cinéma (projet
qui a été retenu comme projet innovant par la Mission académique
innovation et expérimentation) proposé par le Musée de La Poste et
développé par le Lycée Ravel dans sa section STG (Sciences et
Technologies de la Gestion) a donné le jour à une
lettre destinée à un public de
malvoyants et de malentendants, Libertinage au pays des
Limousines (chapitre II du triptyque Entrelacs, DVD
joint), pensée et conçue comme une lettre audio-visuelle,
avec la contrainte de comprendre l’intégralité visuelle et sonore
de la lettre de La Fontaine à sa femme qu’elle adapte librement.
Le résultat nous a semblé suffisamment encourageant, notamment
concernant la réactivité positive et très inventive des élèves
(voir la fiche synthèse bilan, document 1), pour
consacrer un atelier à l’axe particulier de l’écriture
audio-visuelle suite à la rencontre avec Anne Chotin, enseignante
de français non voyante en exercice au lycée Maurice Ravel, qui a
été sollicitée pour le tournage de cette lettre (voir séquence
d’ouverture du dvd
ci-joint).
Ce projet d’atelier Braille est né d’une prise de conscience
commune entre les deux enseignantes, Anne Chotin et Yola Le Caïnec,
l’une non-voyante et l’autre voyante, de la nécessité de
construire un lieu d’échange positif autour du code Braille. Il
s’agit de proposer que le chemin soit fait par les voyants
jusqu’aux mal voyants, et non l’inverse comme cela est aujourd’hui
répandu. Le bicentenaire de la naissance de Louis Braille nous a
donné l’envie de créer dès cette année un atelier Braille pour
élèves voyants dans la Cité Scolaire Maurice Ravel.
Cette action prendra la forme d’un atelier artistique, dont
l’ouverture a été soutenue par la DAAC du Rectorat de Paris, à
l’ensemble des élèves de la Cité Scolaire Ravel. Après un
éclairage historique et une période d’initiation au code Braille
qui s’étendra du mois de novembre au mois de janvier, les élèves
seront sollicités pour écrire et réaliser une lettre filmée à
Louis Braille. L’écriture et la réalisation du film aura lieu de
février à avril.
L’atelier devrait se tenir le mercredi après-midi autour des
activités suivantes, initiation à l’alphabet, pratique de
l’écriture et de la lecture braille, visites de lieux importants
liés à l’histoire de Louis Braille et de son invention, découverte
des nouvelles technologies ayant fait évoluer le Braille,
production de travaux artistiques en rapport avec le Braille...
Des lieux muséaux comme la maison de naissance de Louis Braille à
Coupvray et le site de La Villette feront ainsi l’objet d’une
découverte pour les élèves afin qu’ils puissent situer le Braille
dans son contexte et son évolution jusqu’à aujourd’hui. Ils
participeront à des colloques et rencontres organisés dans le
cadre du bicentenaire de la naissance de Louis Braille. La place
du code Braille dans la société contemporaine pourra être un axe
de leurs recherches, mais également les possibilités d’expression
nouvelles qu’il offre, et qui peuvent prendre la forme de
pratiques artistiques que l’atelier leur offrira durant cette même
période.
Calendrier :
Les élèves voyants (il n’y a pas pour le moment d’élève malvoyant
à Maurice Ravel) de l’atelier sont initiés et sensibilisés dans un
premier temps au braille (taper et écrire), à l’histoire
(visite du musée Louis Braille) et aux enjeux du braille avec Anne
Chotin qui leur présente, en lien avec l’informatique,
l’ordinateur à système braille.
Ils participent dans un second temps à des ateliers où intervient
plus précisément Yola Le Caïnec sur les principes d’écriture de
la lettre filmée (source : Roselyne Quéméner, document 2)
à partir d’extraits de films choisis comme Lettre à Lou de
Luc Boland (qui raconte les six premières années de l’existence
d’un enfant aveugle, fils du cinéaste) et des bilans de l’année
passée, afin de passer dans un troisième temps à l’écriture et à
la réalisation de leur propre lettre filmée avec l’intervenant
cinéaste Christophe Orcand de la M.G.I.
Cette lettre est écrite en braille et en images audio-visuelles,
lesquelles seront en outre conçues dans une dimension tactile à
même de rendre l’impression laissée par les points du braille sous
les doigts.
De fin novembre 2008 à fin janvier 2009 : initiation à l’alphabet,
pratique de l’écriture et de la lecture braille, visites de lieux
importants liés à l’histoire de Louis Braille et de son invention,
découverte des nouvelles technologies ayant fait évoluer le
Braille
De février 2009 à avril 2009 : rencontres avec les intervenants et
les institutions culturelles, compte-rendu de l’apprentissage,
production de travaux artistiques (panneaux signalétiques,
maquettes) en rapport avec le Braille, dont la lettre filmée.
Les ateliers seront filmés dès le début des activités pour aboutir
à la réalisation audiovisuelle qui mêlera images documentaires et
témoignages joués - selon un scénario élaboré à partir des
principes d’écriture de la lettre filmée -, l’ensemble sous
l’impulsion des interventions du documentariste Jean-Louis Comolli
sur le regard du spectateur au cinéma.
ÉTAPE DE FORMATION THÉORIQUE ET PRATIQUE DU CODE BRAILLE : les
élèves de l’atelier sont initiés dès la mise en place de l’atelier
à l’écriture braille : l’alphabet, l’écriture de leur nom. Des
textes leur seront proposés, comme « Lettre sur les aveugles » de
Denis Diderot. Des films aussi, allant du film grand public
américain Daredevil (un superhéros aveugle document 3)
au film plus confidentiel Lettre à Lou de Luc Boland (document
4). Une sortie à Coupvray leur permettra de découvrir la
biographie de Louis Braille et le contexte de l’invention du
Braille. Le site de La Villette, encore, leur offrira une
perspective de l’application moderne du code braille dans un
espace muséal. Ils pourront y tester leurs propres connaissances
et déjà imaginer des dispositifs de signalétique pour la Cité
Ravel.
ETAPE DE RENDU DE L’EXPÉRIENCE DE L’APPRENTISSAGE SOUS FORME
FILMIQUE
Pour cette étape, les élèves sont accueillis à la Maison du Geste
et de l’Image : ils découvriront, en même temps que les lieux, les
différents aspects des métiers du cinéma. Un cinéaste (Christophe
Orcand, Curriculum vitae joint) leur y expliquera en quoi
consiste une équipe de tournage (décorateur, réalisateur, acteurs,
chef-opérateur, ingénieur du son, maquilleur, costumier,
éclairagiste, scripte, photographe de plateau, techniciens, régie,
postproduction) afin qu’ils puissent se projeter dans leur
réalisation.
Roselyne Quémener (Curriculum vitae joint) les y initiera
encore aux principes théoriques de la lettre filmée (lettre qui
s’écrit en direct avec l’encre d’une voix off) afin qu’ils
puissent eux-mêmes s’approprier par le travail d’écriture leur
création à venir (document 5).
Les élèves seront accompagnés durant tout leur parcours créatif de
l’écriture, au tournage et au montage, jusqu’à la mise en forme
d’un menu DVD, par l’intervenant cinéaste Christophe Orcand qui
intervient dans le cadre du partenariat avec la Maison du Geste et
de l’Image (M.G.I.). Cette dernière apporte non seulement un
matériel de qualité professionnelle, mais aussi un soutien
logistique tout au long des différentes étapes jusqu’à la
finalisation du film sous la forme d’un DVD dont elle assure la
diffusion en son sein. L’intervenante photographe Nathalie
Desserme (Curriculum vitae joint) assure le suivi
photographique auprès des élèves en les initiant à la photographie
de plateau. Elle les aidera alors, à partir de leurs travaux, à
concevoir la jaquette et le livret du DVD. Une intervenante
actrice Anna Sigalevitch (Curriculum vitae joint) les
aidera encore à faire coïncider l’idée de leur corps, de leur
parole et sa représentation à l’écran, ce qui est particulièrement
important dans un rapport documentaire à soi, à sa propre
expérience.
Un professionnel Jean-Louis Comolli suivra tout de son long le
travail d’inititiation et de réalisation des élèves de l’atelier
et s’appuiera sur des images de l’atelier (tournées par lui ou par
les élèves) pour construire son propre film, autonome, qui
adaptera “Lettre sur les aveugles” de Denis Diderot.
Il commentera sa lecture sous forme d’interventions aux élèves de
l’atelier (qui étudieront entre autres également ce texte, doc 7e)
afin de les sensibiliser à la question du regard, de
l’aveuglement et du dévoilement qui s’opérent aujourd’hui dans nos
sociétés entre le cinéma et les médias.
La dernière période de l’action sera alors consacrée en mai et en
juin 2009 à l’accompagnement que les élèves donneront à leur film
au Musée de la Poste et à La MGI.
Méthodologie
Les premières séances d’initiation et de découvertes sont filmées
en micros et en images fixes par les élèves pour servir de base à
leur réflexion sur leur apprentissage et aboutir à une réalisation
audiovisuelle : une lettre filmée à Louis Braille qui devra entre
autres lui relater précisément le parcours qu’a fait son invention
depuis deux siècles. Cette lettre sera entre documentaire et
fiction, les élèves pouvant y relater dans un deuxième temps de
tournage les étapes de leur apprentissage. Ils pourront encore y
partager leur ressenti de voyant dans un environnement qu’ils
devront apprendre à penser comme un environnement pour mal voyant.
La lettre filmée aura en effet comme sujet leur cheminement
artistique de l’apprentissage du Braille à la conception de
productions artistiques en points braille au sein de
l’établissement, la signalétique par exemple pour les numéros de
salle, le restaurant scolaire, le gymnase, les bureaux
administratifs, les toilettes. Le matériel est simple, mais doit
être nombreux, des points autocollants (voir devis Castorama,
document 6). Des maquettes pourront encore être élaborées en
interdisciplinarité, comme celle d’un mur d’escalade constitué
d’une phrase en points braille. Ces projets seront ensuite pour le
long terme proposés afin de développer à Ravel l’accueil d’un
public aveugle.
¾
Public concerné (Niveau d’élèves, caractéristiques ; spécificités,
etc.…)
La Cité scolaire Maurice Ravel présente la particularité d’un
public hétérogène riche, de la sixième en passant par les séries
générales et technologiques du baccalauréat et les sections BTS en
pleine réforme. Les élèves de l’atelier seront recrutés sur
l’ensemble des niveaux de l’établissement de façon à établir un
lien entre elles. Une dimension épistolaire est donnée au projet
au travers de la lettre filmée à Louis Braille (en relation avec
le bicentenaire de sa naissance le 7 janvier 2009). Outre
l’idée de trace (à l’image des points de l’écriture braille)
que cette lettre filmée veut donner à la pratique du Braille pour
la favoriser, elle veut développer cette idée d’échange entre les
niveaux. Elle sera alors elle-même le fruit concret, dès sa
réalisation d’une correspondance entre tous les « étages » de
la Cité Ravel.
Cette idée d’échange, de partage des savoirs et des
expériences autour et à partir du code Braille aura d’autant
plus d’impact au sein de l’établissement qu’elle pourra le
représenter en s’étendant en dehors des murs de l’établissement,
vers d’autres établissements scolaires, vers l’Université - de
Rennes avec l’intervenante Roselyne Quéméner-, ou d’autres
structures de la ville comme des associations associations (ex :
Association Valentin Haüy) ou des établissements spécialisés qui
pourront alors se trouver concernés par le Braille s’ils ne le
sont pas déjà. Cette ouverture sur l’extérieur est un
objectif essentiel de ce projet.
Leur travail prenant entre autres la forme aboutie d’un DVD,
les élèves de l’atelier pourront eux-mêmes accompagner leur
lettre, présenter leur travail au sein de l’établissement ou à
l’extérieur dans leur quartier ou dans une structure culturelle :
la Maison du Geste et de l’Image qui veut accompagner son projet
autour du thème « La Palissade » d’un événement culturel à Paris
l’accueillera de façon visible.
¾
Quel objectif principal vous donnez-vous ?
L’atelier veut avant tout s’intéresser à la façon dont des élèves
voyants s’approprient le Braille en les mettant en
situation d’en rendre compte eux-mêmes.
Les enjeux vont de l’apprentissage du système d’écriture
Braille à l’apprentissage de l’écriture audiovisuelle sous la
forme, pour chacun, d’ateliers théoriques et pratiques
successifs et/ou croisés autour de l’écriture et de son
adaptation à l’image de cinéma (scénario et langage filmique). Est
offerte aux élèves la possibilité d’être les créateurs de leur
propre projet, de développer leur talent sous de multiples
formes, entre l’écriture Braille et l’image filmée. Chaque élève
pourra accéder aux différentes étapes et différents postes de la
réalisation du projet et se faire une idée des divers aspects des
métiers de l’audiovisuel et former ainsi son regard critique sur
l’image fixe et l’image en mouvement tout en développant ses
talents individuels au sein d’un travail collectif (équipes
d’écriture et de tournage).
Développer une pratique artistique et culturelle autour du Braille
des élèves constitue un objectif fondateur de cet atelier. Le
cinéma, permettant de rendre compte de cette expérience artistique
du braille, offre son propre questionnement dans son pouvoir de
représentation audiovisuelle tactile de cette expérience.
L’enceinte de la Cité Ravel sera le lieu privilégié de ce
questionnement. Les productions artistiques (par exemple la
signalétique braille, un mur d’escalade en points braille) de
l’atelier Braille, destinées au lycée, impliqueront l’ensemble de
la communauté scolaire. L’impact d’un nouveau mode de
communication enseignée agit de façon transversale entre les
domaines, chacun y trouvant un nouveau mode d’expression,
jusqu’aux affiches et inscriptions (comme les pancartes
indicatrices, les numéros de salles) qui parsèment
l’établissement. Ils constituent autant de textes, de mots, de
données qui peuvent être transcrits en Braille selon le dispositif
artistique élaboré par les élèves, sa généralisation sera proposé
à long terme à l’établissement afin de pouvoir y accueillir un
public aveugle. Les objectifs de l’atelier s’inscrivent dans le
projet d’établissement lié aux spécificités de la Cité Scolaire
Ravel. Il vise avant tout « la prise en compte la diversité des
élèves » (extrait projet d’établissement).
¾
A quels problèmes, à quelles attentes répondez-vous ?
Dès lors que cet atelier porte sur la façon dont des élèves
voyants s’approprient le Braille en les mettant en
situation d’en rendre compte eux-mêmes, il va s’agir de leur faire
appréhender le Braille comme un objet esthétique et graphique,
et non pas seulement comme un code de communication.
L’une des difficultés dans l’apprentissage est de le lier à son
application elle-même. La lettre filmée à Louis Braille est
réalisée dans cette perspective. Au travers d’elle, les élèves
seront amenés à concevoir un projet de création artistique
plastique, comme une sculpture ou un tableau en relief à
grande ou petite dimension (un mur d’escalade conçu comme un texte
en braille, par exemple, permettrait de croiser l’éducation
sportive et physique dans cette élaboration sensorielle d’un
Braille graphique avec des mots grimpables), qui rendrait
compte de leur apprentissage du Braille, de leur expérience de
voyants face à ce nouveau langage.
Cette création artistique, selon sa dimension, prendra sa forme ou celle d’une maquette. Les
collègues d’arts plastiques d’éducation physique et sportive
et de mathématiques sont sollicités alors pour aider les
élèves à cette mise en forme de leur projet artistique.
Les problèmes liés aux actions dans un établissement scolaire
relèvent souvent de leur confidentialité, qui n’est jamais
volontaire, mais malheureusement structurelle surtout dans un
établissement de grande taille comme Ravel. Les attentes de
l’atelier Braille portent alors sur ses différentes mises en œuvre
pour sortir de la confidentialité et générer autour de lui
curiosité et désir.
Dans son réseau de partages, l’atelier Braille, qui ouvrira
certaines de ses séances à l’ensemble du lycée dans la salle
Cinéma, veut permettre dans une large mesure la découverte de
structures culturelles comme la MGI, d’institutions muséales comme
le Musée de la Poste, des rencontres avec des interlocuteurs
autour du Braille (lors de colloques et séminaires où Anne Chotin
veut emmener les élèves de l’atelier) et une mise en contact
direct avec des professionnels (Jean-Louis Comolli) des métiers
artistiques liés à l’image.
¾
En quoi l’action (projetée ou en cours) est-elle innovante, voire
« expérimentale » c'est-à-dire dérogatoire par rapport à une
situation plus traditionnelle ?
Il s’agit d’engager avec l’élève une réflexion théorique et
pratique autour de la question de la communication au
travers d’un double travail sur le code de langage Braille encore
peu connu et sur l’épistolaire cinématographique. Cette
articulation nous a semblé dérogatoire par rapport à des situation
plus traditionnelles de sensibilisation aux formes nouvelles
d’expression. Le cinéma est lui-même questionné d’une part dans sa
capacité à rendre compte de cette expérience artistique du
braille, et d’autre part dans son propre pouvoir de
représentation audiovisuelle tactile de cette expérience.
D’une manière générale, étant donné que la production artistique
de l’atelier Braille est destinée au lycée, l’ensemble de la
communauté scolaire se trouvera impliquée. L’aspect
expérimental relève directement de l’impact d’un nouveau mode
communication enseigné qui agit de façon transversale entre
les domaines, chacun y trouvant un nouveau mode d’expression,
jusqu’aux affiches et inscriptions (comme les numéros de salles)
qui parsèment l’établissement et peuvent être écrites en braille.
Le C.D.I. accueille l’atelier dans cette perspective de
mise à disposition des outils de compréhension et d’écriture
du braille. Les documentalistes se mobilisent déjà en consacrant
une partie de leur lieu au braille.
Cette action espère ouvrir la perspective au sein de la cité
scolaire Ravel d’un enseignement du braille, lequel réunirait
voyants et malvoyants, réalisant ainsi la fonction première d’un
langage qui est de réunir et non de séparer les individus. Les
publics à enseignement spécifique sont au cœur des préoccupations
du projet puisqu’il s’agit aussi d’écrire une lettre qui leur sera
adressée (avec un menu parlant das le DVD) et à laquelle ils
seront invités à répondre depuis le lycée Ravel ou bien d’autres
établissements. Il s’agit encore une fois d’échanger en valorisant
les différences de chacun, que chacun puisse apporter sa pierre à
l’édifice de la communication.
La lettre filmée à Louis Braille ( ou un autre film que les
élèves voudront tourner, ils auront accès régulièrement à la
caméra pour tourner des images documentaires sur leur travail) du
D.V.D. qui sera offert aux élèves comme lieu libre de réflexion et
d’expression, pourra ainsi contenir, par exemple, en images et en
sons une initiation au Braille. Les poinçons qui dessinent les
lettres de l’alphabet braille peuvent être autant de points sons
du film : le Musée de La Poste (avec Vonick Morel) offre aux
élèves de cet atelier un accès libre à leur station Morse.
Pourquoi ne pas recourir alors à cet autre alphabet qu’est
l’alphabet du télégraphe ? Les langages, d’une pratique à un
autre, sont sources d’enrichissement, cela pourra conduire les
élèves dans une réflexion toujours renouvelée, innovante, pour la
production artistique qu’ils veulent offrir à Louis Braille.
C’est dans la perspective synergique définie plus haut
(public) au sein de la Cité Ravel et avec d’autres établissements
que les objectifs de fonctionnement de l’atelier par rapport aux
pratiques artistiques sont pensés de façon innovante. Une pratique
en amène toujours à un autre dans un principe moteur
d’extension. De la sensibilisation au code Braille aux
découvertes d’une partie peu connue de l’histoire de notre langue,
des arts plastiques en passant par le cinéma, l’ensemble forme un
réseau innovant transversal totalement dévoué à l’expression
des élèves : il s’agit d’écrire à Louis Braille ce que le
cinéma peut apporter à son invention, comment il peut le
développer et lui donner un avenir en rendant compte de ses
possibilités graphiques et visuelles. Le travail
pluridisciplinaire de l’artiste Rosalyn Driscoll (The Art of Touch)
sera proposé en exemple aux élèves.
L’inscription officielle au programme Territoire en direct
du partenaire de l’atelier braille, la Maison du Geste et de
l’Image, offre une ressource artistique et culturelle importante
avec notamment l’accès à des structures culturelles partenaires
comme Théâtre Paris Villette, Ciné 104, et à partir de la rentrée
2008 avec l’Agence du Court Métrage, l’accès encore aux
expositions et aux autres travaux dans le cadre de la thématique
« la palissade », et les rencontres de fin d’année avec d’autres
élèves d’autres établissements, l’ensemble apportant un point de
vue multiple et renseigné à l’élève sur son propre travail,
dans cette idée motrice d’échanges et de partages des expériences.
Le projet autour du thème de « la palissade » proposé cette année
par la Maison du Geste et de l’Image et dans lequel s’inscrit cet
atelier active l’idée du mythe de la tour de Babel dont nous
pourrions construire au moins l’une des briques, si ce n’est l’un
des murs, en escalade, les points permettant de grimper sur la
muraille comme possibilité permanente de sa liberté, ou en Braille
ajouré, les points permettant de voir au travers. Dans les deux
cas, le Braille dessine pour l’école une fenêtre innovante sur
le monde et sur l’homme.
L’atelier braille s’inscrit ainsi de manière stimulante dans le
programme Territoire en direct, et tout particulièrement le
motif de « la palissade », notamment dans la perspective de la
projection graphique et tactile que nous souhaitons offrir au
Braille à Ravel au travers de l’initiation et des pratiques
artistiques:
Extraits du projet de « la palissade », étape 3 de Territoire(s) en
direct.
1) « Entre réel et fiction, une déclinaison possible de cette
relation à la palissade comme écran de projection peut aussi
s’envisager avec les techniques du cinéma d’animation : lettres,
formes, taches, dessins, déformations, papiers déchirés,
cabossures, permettent tous les jeux de construction du regard par
accumulation, superpositions, recouvrement et dévoilement.
2) La surface de l’écran-palissade, sans dehors ni dedans,
interroge la peinture et les arts graphiques, le théâtre et le
cinéma, la sculpture et l’architecture.
3) Autour de la question de l’écran, masque et support, une
sélection d’œuvres de la collection du FRAC Île-de-France sera
présentée à la MGI de novembre 2008 à mars 2009. »
Le partenariat avec la Maison du Geste et de l’Image définit alors
dans sa structure même un aspect transversal expérimental de
l’atelier par rapport aux autres pratiques artistiques qui s’y
tiennent comme le théâtre ou la photographie.
¾
L’action est-elle portée par une équipe ? Si oui, composition de
l’équipe (répartition des tâches…)
Le projet d’atelier braille, développé par deux enseignantes de
lettres, Anne Chotin et Yola Le Caïnec, veut s’ouvrir à
l’ensemble de la communauté scolaire, afin de la sensibiliser
également au Braille. Les élèves qui y participent en seront les
messagers, autre façon pour eux de s’approprier le Braille. Ils
pourront d’emblée solliciter les collègues de l’ensemble des
matières sur les questions soulevées lors de l’atelier. Les
enseignants d’arts plastiques et d’histoire des arts pourront
participer avec leurs élèves à certaines activités de l’atelier,
un lien permanent sera fait avec ces matières.
Lors de la conception de la maquette de la production artistique
que nous souhaitons à grande échelle et dans un souci
scientifique précis, les enseignants de mathématiques
interviendront auprès des élèves. Enfin, dans le cas d’un mur
d’escalade en braille (une phrase en braille traduite en points
d’accroche du mur d’escalade) qui sera proposé entre autres
possibilités aux élèves de l’atelier, les enseignants
d’éducation physique et sportive seront sollicités pour
travailler avec les élèves.
Les documentalistes du C.D.I. (Centre de Documentation et
d’Information) accueillent l’atelier dans une perspective
extensive du braille à l’ensemble de la cité Ravel avec une
volonté de mise à disposition des outils de compréhension et
d’écriture du Braille. Les documentalistes se mobilisent déjà
en consacrant une partie de leur lieu au Braille.
ATELIER BRAILLE :
Réalisations en Braille par des élèves voyants de la Cité scolaire
Maurice Ravel
Objectifs:
Le projet d’atelier Braille dans la Cité scolaire Maurice Ravel
(qui n'accueille pas jusqu'alors d'élève mal ou non-voyant) est né
d’une prise de conscience commune entre deux enseignantes, Anne
Chotin et Yola Le Caïnec, l’une non-voyante et l’autre voyante, de
la nécessité de construire un lieu d’échange positif autour du
code Braille. Il s’agit de proposer que le chemin soit fait
par les voyants jusqu’aux non-voyants, et non l’inverse comme cela
est aujourd’hui répandu.
Cet atelier s'appuie sur le double objectif de voir comment des
jeunes gens voyants s’approprient une écriture et un code qui leur
étaient étrangers au travers d'une réalisation filmique qu'ils
mèneront intégralement de l'écriture du scénario en Braille
jusqu'à son édition originale sous la forme d'un DVD conçu
spécifiquement pour un public touché par des handicaps visuels.
La volonté de rendre parlant le menu du DVD participe à son
accessibilité et rappelle l'investissement constant des élèves
durant la réalisation. Il s'agit d'initier chez eux une manière
nouvelle de considérer les handicaps, comme un mode de
réunion, de partage créatif, et non d’exclusion, au sein des
élèves, des institutions et de l’organisation sociale.
A cet effet, les élèves de l'atelier sont sollicités pour
accompagner ou envoyer leur réalisation (sous la forme d'un objet
de communication filmique) à l'intérieur et en dehors des murs de
l’établissement, vers d’autres établissements scolaires ou
d’autres structures de la ville comme des associations ou des
établissements spécialisés qui pourront alors se trouver concernés
par le Braille et la perception tactile. Cette ouverture sur
l’extérieur est un point essentiel de ce projet qui veut
reposer sur un principe de partage des savoirs et des
expériences. Il s'agit de sensibiliser le plus grand nombre
aux formes d'engagement national et international pour la
solidarité envers les publics à handicaps.
En termes de compétences, ces perspectives d'ouverture et de
partage rejoignent les exigences du socle commun concernant
la pratique de l'auto-évaluation ainsi que la pratique autonome
des savoirs. L’écriture braille favorise ces pratiques en
mettant d'emblée en oeuvre l’interdisciplinarité. Le
contexte historique de création de cette écriture, sa rigueur
logique et mathématique, son évolution liée aux nouvelles
technologies, son aspect graphique mobilisent, pour en rendre
compte sous la forme d'un film, des compétences multiples de
rédaction, de créativité, de savoir-être, de savoir-faire, de
communication orale et écrite ainsi que d’organisation de la
pensée .
Publics concernés:
L'implication de l'ensemble des membres de la communauté
scolaire relève directement de la synergie du projet au sein et en
dehors de l'établissement pouvant s'étendre de l'échelle du
vingtième arrondissement à celle de l'Europe. La Cité scolaire
Maurice Ravel, engagée dans des projets européens, présente la
particularité d’un public hétérogène riche, de la sixième en
passant par les séries générales et technologiques du baccalauréat
jusqu’aux sections B.T.S. (Brevet de Technicien Supérieur) en
pleine réforme.
Les vingt élèves de l’atelier sont recrutés sur l’ensemble des
niveaux et des sections de l’établissement de façon à établir un
lien entre elles. Y seront encore conviés, pour des rencontres,
des élèves touchés par des déficiences visuelles qui viendront
d'établissements généraux ou spécifiques comme l'I.N.J.A. La
dimension écrite et partagée du projet, au travers du film et de
l’audiodescription, favorise cette idée d’échange. Il sera
encore proposé aux élèves de l'atelier, de façon à mobiliser
l'ensemble du public de la Cité scolaire, la conception de
productions artistiques visibles en points braille au sein de
l’établissement, la signalétique par exemple pour les
numéros de salle, le restaurant scolaire, le gymnase, les bureaux
administratifs, les toilettes. Le C.D.I., qui accueille
l’atelier Braille avec la complicité des documentalistes, est
alors un lieu central et pivot du projet.
Contenus:
L’atelier se tient le jeudi en fin d'après-midi - de façon à ce
que tous les élèves de la Cité Scolaire puissent y accéder-,
autour d'activités favorisant l'interdisciplinarité : initiation à
l’alphabet, pratique de l’écriture et de la lecture braille,
visites de lieux importants liés à l’histoire de Louis Braille
et de son invention, découverte des nouvelles technologies
ayant fait évoluer le Braille, production de travaux
artistiques en rapport avec le Braille. Des lieux muséaux
comme la maison de naissance de Louis Braille à Coupvray et le
site de La Villette feront aussi l’objet d’une découverte pour les
élèves. Des textes littéraires comme Lettre sur les aveugles
de Denis Diderot seront offerts à la transcription en code
Braille. Le cinéaste Jean-Louis Comolli a adapté ce texte en
septembre 2009 avec les élèves de l'atelier afin de les faire
réfléchir au statut du spectateur dans notre société.
L'atelier Braille s'inscrit en effet dans une continuité. Il a été
créé l'année scolaire 2008-2009 à l'occasion du bicentenaire de la
naissance de Louis Braille. Il a déjà donné lieu à une réalisation
audiovisuelle menée intégralement par les élèves : une lettre
filmée à Louis Braille qui devait entre autres lui relater
précisément le parcours qu’a fait son invention depuis deux
siècles. Il se poursuit cette année scolaire 2009-2010 avec une
réalisation sur la galerie tactile du Louvre où l'accent sera mis
sur la voix audio-descriptive que les élèves rédigeront en
Braille.
La progression de l'une à l'autre réalisation s'accompagne d'une
réflexion autour du lien, qui forme la spécificité du projet,
entre le cinéma et le Braille. Il s'agit de favoriser chez
l'élève, par l'intermédiaire de la forme cinématographique, son
approche des questions de l'accessibilité d'un objet culturel à
l'ensemble des publics (déficients visuels, auditifs également
ici). Le cinéma peut être saisi comme une écriture tactile
perceptible non seulement par le son, mais également par l'image à
laquelle peut être donnée une texture particulière en variations
de cadres, de couleurs et de sonorités. La pratique artistique est
ici nécessairement liée à la présence d'intervenants spécialistes
sur le sujet qui s'appuieront sur des oeuvres telles que Seule
dans la nuit de Terence Young, Glossolalie de Erik
Bullot, Dieu sait quoi de Jean-Daniel Pollet ou encore le
film plus confidentiel Lettre à Lou de Luc Boland. Aborder
la question de la voix audiodescriptive nécessite également une
réflexion théorique en amont de façon à proposer aux élèves un
rapport inventif à ce mode d'écriture. Le genre du film noir, avec
pour référence principale Naked City de Jules Dassin
(1948), emploie ainsi une déclinaison exemplaire de la voix off.
La galerie tactile du Louvre peut tout à fait accueillir l'idée du
film noir: les élèves pourront se projeter à même leurs images
dans la fiction d'un film à suspense au sein d'un lieu sombre et
étrange, où les sculptures elles-mêmes pourront être
sollicitées comme instances énonciatrices. La méthode du
cinéaste King Vidor, étudiée par Jean-Marie Lecomte, met
encore en évidence que la musique est ce qui se rapproche le
plus du cinéma. L'analogie musicale, la technique métronomique
sont autant de procédés qui donnent à son cinéma muet une
structure rythmique élaborée à même une matière sonore précise.
Partenaires:
Il s'agira au travers de ce projet d'accompagner les élèves
dans la découverte de nouveaux espaces de réflexion,
culturels comme la Maison du Geste et de l'Image, partenaire
principal du projet qui dispose d'une infrastructure très
accueillante, et muséaux comme le Louvre qui nous offre un
accès privilégié à sa galerie tactile. Ce dernier partenariat
s'articule de façon heureuse à l'option Histoire des Arts du lycée
Ravel du fait qu'une de ses responsables, Anne Ferrière, y gère en
charge partielle les relations avec les scolaires.
L’association 3-ca travaille depuis l'année passée, grâce à
l'intervention d'Evelyne Panato, avec toute la communauté scolaire
Ravel ainsi que l'artiste Mathieu Mercier pour la réalisation
d'une œuvre d’art tactile qui doit avoir lieu en 2009-2010. Le
Département est intéressé par ce projet pour le relier aux
installations, destinées aux non-voyants, de la nouvelle ligne de
tramway qui doit s’arrêter près de la Cité scolaire Ravel. Les
élèves de l'atelier seront d'autant plus impliqués ici qu'ils
pourront suivre de près tout le processus de création et
d'installation qui aura lieu à Ravel et l'évoquer quand ils
accompagneront leur film au sein de l’établissement ou à
l’extérieur.
La Région Ile-de-France, qui a déjà subventionné l'an passé la
lettre filmée filmée à Louis Braille dans le cadre du dispositif
Projet lycée-innovation éducative, a été sollicitée pour cette
deuxième édition du projet reçu favorablement par la D.A.A.C. et
la Mission "innovation et expérimentation" du Rectorat de Paris.
BILAN D’ETAPE (juin 2009)
EVALUATION- BILAN DE LA PREMIÈRE ANNÉE
1- « Est-ce que cela marche ? » : quels sont les impacts
sur les élèves ? en termes de résultats, de compétences vérifiées,
au regard du socle commun de connaissances et de compétences,
d’intégration dans le cycle suivant, d’insertion au collège.
Cette expérience de l’atelier braille s’est avérée fort
concluante. Les élèves ont manifesté dans leur majorité une grande
assiduité à l’atelier, une implication très vive, beaucoup
d’inventivité et de réactivité. Ils ont été acteurs à part entière
de l’expérience : tant dans l’apprentissage du Braille (que tous
savent écrire), que dans la promotion de cette écriture grâce au
cinéma.
En termes de compétences, les élèves ont mis en œuvre des
compétences de rédaction, d’organisation de la pensée et de
communication. Ils ont été amenés à plusieurs reprises à parler de
l’atelier, à en expliquer le fonctionnement et le déroulement en
public, à des non-initiés. L’atelier ayant recruté un public
hétérogène, collégiens et lycéens se sont côtoyés et ont
abondamment échangé, ce qui a permis de donner plus de cohérence à
l’ensemble des cycles scolaires.
Les répercussions en termes purement scolaires sont complexes à
analyser mais il est certain que l’écriture braille fut un vecteur
permettant d’asseoir l’interdisciplinarité. Le contexte historique
de création de cette écriture, sa rigueur logique et mathématique
et son évolution liée aux nouvelles technologies ont été
expliqués aux élèves. Par ailleurs, l’aspect graphique du Braille
a également largement été sollicité en plus de la dimension
littéraire de l’élaboration d’une lettre à Louis Braille. Cet
atelier a donc eu le mérite de faire le lien entre différentes
disciplines enseignées aux élèves (technologie, français, histoire
arts plastiques).
Le lien entre le cinéma et le Braille forme la spécificité qui a
été plus particulièrement développée à l'occasion de
l'expérimentation. Une lettre filmée à Louis Braille a été conçue
en effet comme la réalisation finale et globale du projet.
Dans les modalités d'exécution, il avait été prévu, pour des
raisons pratiques d'organisation également, un apprentissage plus
suivi que parallèle entre le cinéma et le Braille. Il a été
difficile, au début de l'expérimentation, de faire comprendre aux
élèves les liens entre les deux. L'écriture de la lettre à Louis
Braille, sur laquelle devait reposer le scénario du film, a agi
comme un révélateur : les élèves ont su s'appuyer sur leurs mots,
les images qu'ils décrivaient, pour rendre compte de leur
apprentissage du Braille. Ce dernier a pu être alors questionné
par le cinéma comme écriture tactile qui devait pouvoir être
rendue perceptible non seulement par le son, mais également par
l'image à laquelle il a fallu donner une texture particulière en
variations de cadres, de couleurs et de sonorités. La réussite à
été remarquable à ce niveau de travail : après l'écriture de leur
lettre, les élèves se sont intéressés à sa mise en voix, en corps
de façon à ce qu'elle soit accessible à tous les publics
(déficients visuels, auditifs notamment). L'inventivité, la
créativité et la curiosité dont ils avaient fait preuve lors de
l'apprentissage du Braille se sont à nouveau manifestées lors de
la fabrication même du film.
La rencontre avec Jean-Louis Comolli, qui doit avoir lieu en
septembre 2009 pour l'adaptation de La lettre sur les aveugles
de Denis Diderot sera alors pour eux encore le moyen d'éprouver
leur expérience propre en la confrontant avec celle d'un cinéaste
qui va les filmer en tant que lecteurs et spectateurs de la
lecture d'extraits de la lettre. Cette mise en scène fait
volontairement écho à la leur. Cela leur permettra ainsi
d'évaluer, à l'aune de ce deuxième film en dialoguant avec
Jean-Louis Comolli au travers de ce texte leur rapport nouveau à
l'image, au monde, à l'autre dont ils témoignent tous dans leur
film. En termes de compétences, cette rencontre rejoint les
exigences du socle commun concernant la pratique de
l'auto-évaluation.
La mise en commun des deux films sous la forme dune lettre lettre
"dvd" envoyée à Louis Braille a été motrice pour la compréhension
des objectifs du projet. Il s'agit d'une forme connue de leur
quotidien, l'écriture épistolaire est bien une pratique qui relie
les êtres. Dans la conception de la jaquette, les élèves ont
alors d'autant plus manifesté un intérêt concernant tant son
esthétique que sa fabrication (pliages prévus en septembre au sein
de l'atelier).
2- « Qu’est-ce qui marche, quand cela marche ? » :
identifier un ou des moments spécifiques, originaux, forts qui
permettent d’élaborer une ou des compétences assurant la réussite
des élèves.
Les moments forts de l’atelier résident dans la mise en situation
des élèves : tous les moments d’expérimentation ou de sorties ont
permis de donner du sens au projet. L’analyse de dessins en relief
par des élèves sous bandeau, la sortie au restaurant Dans le
Noir, les visites de la salle Louis Braille à la médiathèque
de la Cité des Sciences ou au magasin spécialisé de l’Association
Valentin Haüy furent des moments qui ont concrétisé les apports
théoriques donnés dans l’atelier. En outre, les moments de
rédaction et de mise en commun des lettres individuelles à Louis
Braille ont permis pédagogiquement d’apporter des compétences de
synthèse et d’organisation aux élèves. Enfin, les occasions de
promotion du projet (projection du film, rencontres), furent
l’occasion pour les élèves de transmettre leur enthousiasme et
leur conviction suite à leur participation à l’atelier Braille.
La mise en situation des élèves s'est en effet dans presque tous
les cas accompagnée d'une appropriation plus ou moins immédiate de
la situation. Ce qui a marché alors, c'est que le groupe
hétérogène de l'atelier, comprenant des élèves de la sixième à la
seconde, se reconstituait en quelque sorte à chaque activité,
créant ainsi des échanges toujours renouvelés. Les différentes
étapes de création du film ont été particulièrement stimulées par
cette recomposition permanente des intérêts créatifs même si cela
n'a pas toujours été facile à gérer, notamment quand deux élèves
ne voulaient plus travailler ensemble alors qu'ils avaient préparé
une scène.
Pour favoriser l'implication collective, il a été rapidement
proposé aux élèves de concevoir chacun et de façon autonome un
petit film dans lequel ils pourraient s'exprimer librement :
l'effet a été positif. Le projet s'est construit positivement dans
ces allers et retours permanents des élèves du groupe à eux-mêmes.
La conscience collective s'épanouit d'autant plus dans une cadre
où les différentes personnalités savent qu'elles auront un lieu
qui leur appartiendra en propre.
Conclusion:
Cette première année est tout à fait encourageante selon nous pour
la poursuite de l'atelier. Plus des trois quarts des élèves sont
volontaires pour poursuivre l'atelier. Les activités doivent être
cependant resserrées autour de l'écriture et de la pratique du
code. Le cinéma, ainsi, sera plus spécifiquement interrogé l'an
prochain dans sa façon de rendre compte de la spécificité du code
Braille. Le vecteur stimulant qui relie le Braille au cinéma est
alors la pratique artistique.
Enfin l'évaluation de la documentaliste quant à la fréquentation
du matériel Braille est positive.
Documents complémentaires pour l'évaluation:
1) Scénario de la lettre à Louis Braille.
2) Questionnaire d'évaluation rempli par les élèves (deux
questionnaires remplis joints).
3) Scénario du film de Jean-Louis Comolli adaptant "La Lettre sur
les aveugles" de Denis Diderot.
4) Fréquentation Braille du CDI.
DEUXIÈME ANNÉE- RECONDUCTION DU PROJET SELON DES MODALITÉS UN PEU
DIFFÉRENTES
Demande d'aides pour la deuxième année
Nous souhaiterions une aide financière supérieure afin de pouvoir
accompagner les élèves dans chaque étape de réalisation d'une
édition conçue intégralement pour un public non voyant.
Le travail des deux enseignantes excède largement les horaires de
l'atelier qui n'est plus rémunéré que par 1/2h HSA pour chacune.
Nous souhaiterions au moins soixante heures HSE pour nous
aider dans la réalisation du projet qui demande une coordination
multiple très importante et son élargissement qui a déjà commencé
avec l'équipe des documentalistes.
Demande :
1500 euros
(devis à l'appui, livres, intervenants, édition dvd et imprimerie
Laville)
60 HSE
Nouvelles modalités
L’option Histoire des Arts qui nous a ouvert les portes du Louvre
grâce à une collègue Anne Ferrière (en détachement sur place pour
les actions scolaires) et toute la section des Arts Plastiques du
collège Ravel offrent également une structure privilégiée pour
engager un travail de réflexion esthétique, graphique et
plastique, sur le Braille. L’enseignement des langues et
l’ouverture sur l’Europe sont au cœur des objectifs culturels,
notamment en regard de la réforme des BTS. Le Braille, plus que
tout autre écriture, se présente comme une écriture universelle,
tournée vers l’avenir, en raison de son adaptabilité aux nouvelles
technologies notamment. Le langage tactile que le projet veut
explorer plus précisément cette année figure une universalisation
encore plus remarquable, démocratique, de la communication.
Le projet d'oeuvre d'art au Lycée Ravel impulsé par l'association
3-ca et la MGI figure un point de croisement de tous ces
objectifs. Il offre un moyen de mieux faire connaître la
déficience visuelle et de proposer conjointement au DVD sur la
galerie tactile du Louvre une oeuvre accessible tant aux voyants
qu'aux personnes mal ou non voyantes (document 1). Les
élèves participants au projet auront de fait une relation très
privilégiée à la conception de cette oeuvre d'art. Les élèves du
projet seront d'autant plus impliqués qu'ils pourront suivre de
près tout ce processus, et l'évoquer en accompagnant eux-mêmes
leur film, présenter leur travail au sein de l’établissement ou à
l’extérieur dans leur quartier ou dans une structure
culturelle comme la Maison du Geste et de l’Image.
Le projet s'intitule cette année "Pour un parcours de voyant dans
la galerie tactile du Louvre". Il veut permettre aux élèves
d'accéder à des pratiques autonomes artistiques et langagières au
travers de différents apprentissages. Les apprentissages du
langage de la sculpture d'une part, du code Braille d'autre part,
de l'art cinématographique enfin, seront complémentaires et
nourris les uns des autres. Il s'agit alors d'accompagner, dans
cette combinaison d'apprentissages, les élèves dans la découverte
de nouveaux espaces de réflexion. Ces nouveaux espaces sont certes
culturels comme la galerie tactile du Louvre comportant
essentiellement des sculptures, mais également graphiques avec
principalement la maîtrise du code Braille.
Les élèves voyants (il n’y a pas pour le moment d’élève mal ou
nonvoyant à Maurice Ravel) seront conviés au cours de ce projet à
une découverte de la galerie tactile du Louvre pour ensuite
concevoir la réalisation de leur propre film sur cette galerie,
film qui sera élaboré jusque dans son édition originale en DVD
pour public malvoyant. Ce film est écrit en Braille et en
images audio-visuelles : ces dernières seront conçues dans une
dimension tactile à même de rendre l’impression laissée par les
points du Braille sous les doigts. Le film sera encore
ponctuée d''une voix off audiodescriptive que les
élèves écriront et énonceront eux-mêmes. Une réflexion sera ici
menée sur les modes d'expression écrits et oraux.
Les objectifs éducatifs vont ainsi de la découverte de la sculpture tactile à
l’apprentissage du système d’écriture Braille et enfin à
l’apprentissage de l’écriture audiovisuelle sous la forme,
pour chacun, d’ateliers théoriques et pratiques successifs
et/ou croisés autour de l’écriture et de son adaptation à
l’image de cinéma (scénario et langage filmique).
Le caractère innovant de ce projet relève ici nécessairement des
objectifs de fonctionnement de l’interdisciplinarité qu'il
mobilise. Le projet d’atelier "Pour un parcours de voyant dans la
galerie tactile du Louvre", développé par deux enseignantes de
lettres, veut s’ouvrir à l’ensemble de la communauté scolaire,
afin de la sensibiliser également au Braille. Les élèves qui y
participent en seront les messagers, autre façon pour eux de
s’approprier le braille. Ils pourront d’emblée solliciter les
collègues de l’ensemble des matières sur les questions soulevées
lors de l’atelier. Les enseignants d’arts plastiques et d’histoire
des arts pourront participer avec leurs élèves à certaines
activités de l’atelier, un lien permanent sera fait avec ces
matières, avec l'option Histoire des Arts notamment où l'une des
enseignantes (Yola Le Caïnec) référentes enseigne. Il convient
en effet de bien faire conscience aux élèves que représentation
visuelle en deux dimensions et représentation tactile en trois
dimensions ne font pas appel aux mêmes mécanismes d'apprentissage.
L’objectif moteur de cet atelier est de voir comment
des adolescents voyants s’approprient une écriture et un code qui
leur étaient étrangers en les amenant notamment par la
lecture-écriture Braille et le langage tactile à une réflexion
sur la rédaction et la maîtrise de la langue française tant à
l’oral qu’à l’écrit, il peut être intéressant de lier à ce
mouvement d’apprentissage initiateur et révélateur de langages
l’approche même du cinéma, image mobile qui répond en écho à
l'image sculpturale immobile, mais rendue mouvant par l'action
tactile que les arborescences du menu DVD parlant figureront.
Les élèves seront accompagnés durant tout leur parcours
créatif de l’écriture, au tournage et au montage, jusqu’à la mise
en forme d’un menu DVD, par l’intervenant cinéaste Christophe
Orcand qui intervient dans le cadre du partenariat avec la Maison
du Geste et de l’Image (M.G.I.). Cette dernière apporte non
seulement un matériel de qualité professionnelle, mais aussi un
soutien logistique tout au long des différentes étapes.
Comme une sculpture, un tableau en relief ou une pochette
du DVD qui pourrait constituer la carte de visite de ce projet,
l'implication des élèves à tous les niveaux de fabrication du DVD
permettra leur évaluation pour de nombreuses compétences,
créativité, rédaction, communication écrite et orale, conception
graphique, actorat. De même la volonté de rendre parlant le menu
du DVD participe à l'accessibilité du DVD et rappelle
l'investissement constant des élèves à tous les niveaux.
Il s'agit de favoriser le fait que les élèves mènent
intégralement la réalisation du DVD depuis l'écriture Braille du
scénario, en passant par la voix audiodescriptive et le menu
parlant jusqu'à la conception de la jaquette, du livret et de la
rondelle du DVD.
L’implication des élèves dans l’élaboration et la
restitution du projet est mesurée déjà à la façon dont des élèves
voyants s’approprient le Braille en les mettant en situation d’en
rendre compte eux-mêmes. Il s’agit de leur faire appréhender le
Braille comme un objet esthétique et graphique, et non pas
seulement comme un code de communication.
L’intervenante photographe Nathalie Desserme (Curriculum
vitae joint, document 4a) assure le suivi
photographique auprès des élèves en les initiant à la photographie
de repérage et de plateau. Elle les aidera alors, à partir de
leurs travaux, à concevoir la jaquette et le livret du DVD.
L'intervenant Camille Lotteau, expérimenté dans la
formation des acteurs, aidera les élèves qui auront la volonté de
se mettre eux-mêmes en scène dans le film, ce qui sera encouragé
dans la perspective d'acquis de savoir-être et de savoir-faire.
ÉTAPE DE FORMATION THÉORIQUE ET PRATIQUE
C'est Le Louvre qui accueillera les élèves dès le début du
projet pour un atelier dans la galerie tactile (document 2).
Les élèves y prendront leurs premiers repères et pourront déjà
photographier les lieux afin de se projeter dans un prochain
tournage. La photographe Nathalie Desserme (Curriculum vitae
joint, document 4a) les aidera lors de cette première étape
du projet.
Les élèves de l’atelier sont initiés en même temps à
l’écriture braille : l’alphabet, l’écriture de leur nom.
L'introduction du Braille comme lecture et écriture tactile
partira des "images tactiles" qu'ils auront filmées. Ils
produiront à partir d'elles un texte en Braille, ce qui leur
permettra de démultiplier tout de suite les enjeux de leur
réflexion pour la construction du film, notamment la voix
audiodescriptive. Des extraits de textes leur seront proposés au
fil des deux premiers mois, comme « Lettre sur les aveugles » de
Denis Diderot. Des ouvrages en Braille et en écriture tactile leur
seront montrés. Des films aussi, allant du film grand public
américain Seule dans la nuit avec Audrey Hepburn,
Daredevil (un superhéros aveugle) au film plus confidentiel
Lettre à Lou de Luc Boland (document 3 a. b. c.).
Aborder la question de la voix audiodescriptive
nécessite également une réflexion théorique en amont de façon à
proposer aux élèves un rapport inventif à ce mode d'écriture. Nous
avons pensé alors nous tourner vers le genre du film noir qui
déploie une variation importante de voix off . Cela nous
semble d'autant plus intéressant que la galerie tactile du Louvre
peut tout à fait accueillir l'idée du film noir : les élèves
pourront se projeter à même leurs images dans la fiction d'un film
à suspense au sein d'un lieu sombre et étrange, où les sculptures
elles-mêmes pourront être sollicitées comme instances
énonciatrices. Le film de référence principale sera Naked City
de Jules Dassin (1948). (voir la fiche cours jointe document
3d ).
Une autre référence cinématographique est alors encore
éclairante. La méthode Vidor (le cinéaste King Vidor), étudiée par
Jean-Marie Lecomte, met en évidence que ce qui se rapproche le
plus du cinéma n'est autre que la musique. L'analogie musicale, la
technique métronomique sont autant de procédés qui donnent à son
cinéma muet une structure musicale élaborée à même une matière
sonore précise. Ainsi le cinéaste faisait écouter à l'actrice
Lillian Gish une musique adaptée afin qu'elle accorde son jeu et
sa voix dessus.
Des pistes de travail autour du thème du « fragment » sont
proposés par la Maison du Geste et de l’Image où nous nous
rendrons pour visiter l'exposition correspondante d'oeuvres du
FRAC, thème dans lequel s’inscrit ce projet, définissent un
cadre esthétique propice pour le « parcours de voyant dans la
galerie tactile du Louvre » puisqu’il va s’agir de rendre compte
de façon nécessairement fragmentaire, par l’audiodescription et
l’image cinématographique, des différentes sculptures qui la
composent. Un des objectifs sera aussi de faire comprendre aux
élèves que perception visuelle et perception tactile diffèrent :
si la première s’appuie sur une représentation en deux dimensions
grâce à des codes de perspective, la seconde mobilise une
représentation en trois dimensions.
Pour élargir leurs connaissances techniques relatives au
Braille et favoriser l'appréhension graphique du DVD, des sorties
et des visites de lieux spécifiques comme celle de l'imprimerie La
Ville, avec laquelle nous souhaitons travailler pour l'édition du
livret et de la jaquette du DVD, seront organisées et feront
l'objet d'un reportage filmique pour les boni du DVD.
ETAPE DE RENDU SOUS FORME FILMIQUE
Pour cette étape, les élèves sont encore accueillis à la
Maison du Geste et de l’Image : ils découvriront, en même temps
que les lieux, les différents aspects des métiers du cinéma. Un
cinéaste (Christophe Orcand, Curriculum vitae, document
4b) leur y expliquera en quoi consiste une équipe de tournage
(décorateur, réalisateur, acteurs, chef-opérateur, ingénieur du
son, maquilleur, costumier, éclairagiste, scripte, photographe de
plateau, techniciens, régie, postproduction) afin qu’ils puissent
se projeter dans leur réalisation.
Après une séance d'initiation pratique au matériel
cinématographique à la MGI avec le cinéaste Christophe Orcand, les
élèves se rendront pour la deuxième fois au Louvre afin de
réaliser les images qu'ils auront scénarisées en groupes
auparavant avec le cinéaste. Pour le tournage, un deuxième
intervenants qui interviendra également au moment de la conception
finale du DVD, Camille Lotteau (Curriculum vitae, document
4c) aidera une partie des élèves à anticiper cette finalisation
au niveau de leurs propres images. Ces images seront en effet une
base de réflexion pour l'écriture de la voix audio-descriptive qui
se fera conjointement avec le montage ainsi que pour le menu
parlant.
En parallèle, pour aider ensuite les élèves dans leur
approche du cinéma audio-visuel comme langage et montage
notamment, une phase d’initiation à un certain type de
cinéma qu’ils ne connaissent pas nous alors semble intéressant. Ce
cinéma est celui qui est en quête de la matière, des signes du
monde, et offre pour cela une déclinaison sensorielle nouvelle.
Ainsi les films de Jean-Daniel Pollet, Méditerranée et
Dieu sait quoi, sans être définis comme des films
expérimentaux, seront pour les élèves une autre vision de l’image
sonore et de ses possibilités face aux choses et objets qui nous
entourent dans notre quotidien ou notre imaginaire. Le montage,
comme syntaxe d’images, est un point essentiel de cette
initiation. Le film Glossolalie (Document 3d)de Erik
Bullot, qui réfléchit sur les langues, ouvre, au fil de sa
succession de séquences, une fenêtre sur les schémas de la
communication. Les élèves peuvent à tout âge comprendre cette
nécessité de penser autrement leur langue et leurs relations
interlocutives. La construction d’une équipe de tournage se fera
d’autant plus évidemment avec les élèves qu’ils comprendront les
fonctions langagières de chaque poste, indépendamment et de façon
liée, au son, à la lumière et à l’image.
Pour un début d’analyse :
Dans son film Méditerranée (que nous montrerons en même
temps que son autre film consacré à Ponge, Dieu sait quoi
), Pollet recherche la réalité d’une matière qu’il désigne par
ce nom propre Méditerranée. Matière qui se démultiplie en se
constituant. Le film enchaîne les plans qui en sont autant de
visions possibles. La Méditerranée est alors représentée comme une
puissance de montage de l’histoire. Une voix off commente
ce puzzle d’images montées : le point de vue se situe partout,
chaque première vision est erronée. Quelle est alors la bonne
vision ? La bonne vision ne se situe peut-être pas dans une image,
mais entre deux images, plus précisément deux photogrammes de
cinéma, dans une troisième image qui se glisse entre eux au moment
du montage. Cette troisième image, la surnuméraire, est celle-là
même de l’approximation positive : elle ouvre la possibilité des
deux autres, elle leur permet de faire exister ensemble leurs
réalités afin d’en créer une multiple.
¾
Quels effets, quels impacts de votre action envisagez-vous à
terme ?
L’intérêt innovant d’une telle action dans l’enceinte de la Cité
Scolaire est déjà avéré auprès des élèves et des collègues qui
voient enseignants et collègues (deux professeurs sont non voyants
à Ravel en français et en histoire) dans une autre pratique de la
langue.
L’installation en dispositif artistique d’une signalétique braille
au sein de la Cité Scolaire, conçue par les élèves de l’atelier,
détermine un nouveau mode d’investissement des élèves citoyens au
sein de la communauté scolaire, qui est toujours le reflet de la
société dans une perspective plus large.
L’atelier ne pourra accueillir tous ceux qui voudront y
participer, mais nous espérons que sa mise en place et ses
activités créeront des perspectives de développements
satellitaires entre les élèves, les enseignants et l’ensemble
des acteurs de la communauté scolaire. Son implantation au
c.d.i. veut favoriser
cette ouverture.
Dans la recherche d’une pratique de transversalité des
établissements scolaires, le lycée Morvan, qui a participé à
l’élaboration du dvd
Entrelacs sous la forme d’une contribution filmique (le
film Les Mots en silence réalisé dans le cadre de
tpe par un élève
malentendant Alexandre Lanfranchi), est intéressé, dans le cadre
d’un partenariat avec le Lycée Ravel, au développement généralisé
de l’enseignement des outils de communication à public spécifique
comme le code Braille ou la langue des signes. Le Lycée Simone
Weil sera également sollicité dans cette perspective pour une
mise en réseau des établissements qui veulent se consacrer à
l’enseignement de ces langues au sein d’options ou d’ateliers à
public mixte.
La lettre filmée à Louis Braille forme un outil de mesure
pour les impacts de l’action à terme. Elle assure encore au sein
de l’établissement une relation entre les différents niveaux :
les élèves peuvent écrire à une classe de leur propre
établissement, notamment du lycée au collège. Ainsi est favorisée
« la continuité et la réussite des parcours scolaires pour
conduire l’ensemble des élèves au niveau de compétences attendues
en fin de scolarité et à l’obtention des diplômes » (extrait du
projet d’établissement). Si les liens sont faits entre les
différents niveaux, l’orientation prend un sens positif pour les
élèves qui peuvent se projeter.
¾
Comment comptez-vous les évaluer ? Quels indicateurs comptez-vous
retenir ?
L’acquisition de connaissances des élèves de l’atelier autour
du Braille apparaîtra dans leur pratique même de sa lecture et de
son écriture. La reconnaissance ne pourra êre que visuelle dans un
premier temps, mais dès la fin de l’année ils pourront commencer
le travail de reconnaissance tactile qui les mettra sur une
progression de plusieurs années.
La partie historique, politique et sociale qui environne le
Braille sera fondamentale pour les motiver dans la suite de leur
apprentissage qui prendra alors une valeur d’engagement.
Le cheminemet individuel de chaque élève fera l’objet d’une
attention particulière ; ils ne seront pas évalués, mais
encouragés selon leur évolution.
Chacun aura accès à une caméra pour transmettre sa propre
évaluation du travail de l’année. Les films obtenus seront
autonomes et proposés pour le DVD édité par la Maison du Geste et
de l’Image de façon, si nous n’avons pas moyens suffisants. La
lettre filmée s’inspirera d’eux et aura alors un autre intérêt,
documentaire (développé encore par Jean-Louis Comolli), en
racontant la naissance du projet, le cheminement de l’idée jusqu’à
sa mise en œuvre. Les élèves de l’atelier seront invités à s’y
investir en l’utilisant comme vecteur sensoriel pour parler
de leur expérience. Leur travail croisant aussi la situation
fictive d’une lettre qui traverse deux siècles jusqu’à Louis
Braille, ils pourront se projeter dans le temps et y projeter
en même temps Louis Braille et son invention. Le rôle de
l’intervenante actrice sera fondateur dans ce travail de
projection qui implique fortement les individus notamment quand il
s’agit de relater une expérience inédite qui leur renvoie une
image nouvelle d’eux-mêmes.
Le site de La Cité Scolaire est un lieu d’accueil privilégié de
cette double projection : aux élèves d’y inventer des modes de
représentation pour y installer la signalétique braille. Ce
projet, à grande échelle, les implique dans un rôle actif au sein
de la vie lycéenne puisqu’ils seront les initiateurs d’une
structure d’accueil pour les élèves mal voyants au sein de leur
Cité Scolaire. La réalisation d’une telle infrastructure ne pourra
s’évaluer en une année, mais dès cette première année, nous
pourrons mesurer un premier niveau d’aboutissement dans la
mobilisation qu’elle va susciter.
Un journal de l’action sera ainsi régulièrement tenu par les deux
enseignantes afin de raconter et évaluer cette mobilisation.
¾
Comment comptez-vous rendre compte de votre action ?
Différentes manifestations auront lieu, des traces écrites,
filmées seront également réalisées pour rendre compte de l’action
1) Une exposition de photographies sur panneau et sur diaporama :
elle comportera à la fois le reportage de suivi du projet réalisé
par la photographe Nathalie Desserme et les photographies de
plateau réalisés par les élèves. L’intervenante assure la
coordination de l’ensemble, ainsi que la finalisation des modes de
restitution photographiques dont la jaquette du DVD.
2) Le blog des élèves consultable sur internet assure des liens
entre les différents partenaires (notamment la Maison du Geste et
de l’Image qui l’ouvre sur son site ) et l’établissement.
3) Le DVD qui correspond à la finalisation du projet et qui doit
faire l’objet d’envois ciblés dans des établissements intéressés
par l’introduction du Braille dans leur enseignement : il
comportera la lettre filmée à Louis Braille réalisée par les
élèves au sujet de leur expérience d’atelier, les images tournées
par Jean-Louis Comolli, des photographies, des témoignages
extraits du blog, et le film du lycée Morvan réalisé dans le cadre
d’un partenariat entre les deux établissements.
4) La Maison du Geste et de l’Image organisera des présentations du
projet dans le cadre de ses manifestations de fin d’année.
5) Un festival sur le film épistolaire réunissant les films des
élèves et ceux de cinéastes connaît une deuxième édition 2009 au
le Musée de La Poste, la lettre à Louis Braille y sera programmée.
(document 7)
6) Une installation signalétique (projet artistique qui sera
développé dans les années ultérieures, il s’agit ici de lancer le
processus) Braille dans la Cité scolaire Ravel, des maquettes
artistiques comme un mur d’escalade en code Braille.
7) Le journal tenu par les deux enseignantes.
¾
L’action a-t-elle déjà été aidée, soutenue, accompagnée ?
L’atelier Braille a été retenu par la DAAC du Rectorat de
Paris comme atelier artistique en cinéma. Les enseignantes ont été
dotées d’une heure supplémentaire ; la MGI désignée comme
structure culturelle partenaire finance les trois quarts d’un
intervenant cinéaste ; le lycée a déjà engagé la somme de 1500
euros pour le financement complémentaire du cinéaste.
L’action s’inscrit en outre dans un réseau partenarial qui la
soutient. Le Lycée Ravel s’est engagé en effet depuis la rentrée
2007-2008 sur le développement du projet Lettre(s) Au Cinéma avec
le Musée de La Poste. L’ atelier braille poursuit cette ouverture
culturelle en proposant une nouvelle lettre filmée, sous une
nouvelle forme, à la deuxième édition du festival des Cinéastes
Affranchis mis en place précisément dans le cadre de ce
projet.
L’année 2007-2008, avec le projet Lettre(s) Au Cinéma, le lycée
s’est ouvert à trois partenariats culturels, le Musée de La Poste,
le Centre Pompidou, La Maison du Geste et de l’Image. L’atelier
braille s’inscrit dans cette transversalité partenariale.
Le Musée de La Poste accueille l’atelier notamment pour l’accès à
leur station Morse. Le logiciel Lignes de Temps
installé en réseau au lycée Ravel pourra être un outil
d’apprentissage pour l’écriture cinématographique lors de l’action
de l’atelier Braille.
C’est le partenariat avec la Maison du Geste et de l’Image qui se
trouve renforcé avec le projet : l’intérêt de la MGI s’est en
effet développé pour les actions culturelles au lycée Ravel qui a
été inscrit officiellement pour la rentrée 2008 à la troisième
étape « la palissade » de son programme Territoire en direct.
Cette officialisation promet un partenariat important pour le
lycée Ravel qui n’est que très peu équipé en matériel
audiovisuel : les élèves, grâce aux structures de la MGI, ont
accès à un matériel performant, ce qui est fondamental dans la
perspective d’une formation ultérieure, qui peut être très vite
tournée vers une professionnalisation notamment pour les BTS.
L’option Histoire des Arts et toute la section des Arts Plastiques
du collège Ravel offre une structure privilégiée pour engager un
travail de réflexion esthétique, graphique et plastique, sur le
Braille. L’enseignement des langues et l’ouverture sur l’Europe
sont au cœur des objectifs culturels, notamment en regard de la
réforme des BTS. Le Braille, plus que tout autre mode de
communication, peut se présenter comme universel, parce que le
sens tactile est ce qui fait se rejoindre en majorité l’humanité.
¾
Quelle serait, selon vous, l’aide efficace pour permettre
l’expérimentation ?
L’expérimentation, afin de pouvoir toucher le maximum
d’élèves, doit pouvoir être inscrite au maximum dans un système de
gratuité. Le lycée est déjà un peu équipé de tablettes braille
grâce au projet de l’an passé financé en partie par la Région
Ile-de-France (La lettre audio-visuelle), mais insuffisamment pour
le nombre d’élèves de l’atelier, et plus encore pour
l’expérimentation d’une mise à disposition au CDI destinée à
l’ensemble de la communauté du Collège Lycée Ravel. Le matériel
nécessaire pour expérimenter la fabrication de panneaux en
signalétique braille nécessite également de l’argent.
Les différentes sorties, peu coûteuses, pourraient être
offertes également aux élèves de l’atelier.
Les deux enseignantes rémunérées pour les séances auront une
tâche de coordination supplémentaire au niveau de l’expansion du
projet au sein de la cité scolaire Ravel, et également dans le
réseau d’établissements et de partenariat qu’elles doivent créer.
Enfin, les dossiers à constituer pour faire aboutir l’idée d’un
équipement en signalétique Braille pour le Collège Lycée Ravel
demande un investissement important, notamment en ce qui concerne
les contacts à prendre et les dossiers à rédiger pour valider le
projet. La partie évaluative du projet sera là aussi, dans sa
diffusion qui pourra prendre de multiples formes, oral, écrit (en
noir et en Braille), audiovisuel…
Des intervenants, enfin, sont nécessaires pour aider les élèves.
Cela concerne déjà la réflexion de la forme de la lettre filmée
(Roselyne Quéméner) qui est une façon aussi de répondre à la
lettre audio-visuelle réalisée l’an passé avec une classe de 1ère
STG au lycée Ravel - laquelle sera montrée aux élèves comme amorce
de réflexion cinématographique, nous précisons bien ici que les
deux projets sont totalement indépendants, le deuxième ne faisant
que rebondir sur l’autre (voir DVD joint à cet envoi).
Si La Maison du Geste et de l’Image, en tant que partenaire
privilégié, met à notre disposition ses structures et son
matériel, et nous a proposé Christophe Orcand, elle ne pourra
financer les autres.
Une actrice Anna Sigalevitch doit être sollicitée pour aider les
élèves à jouer, à se représenter leur identité sensorielle,
notamment sonore avec les points sons qui font écho aux points
braille dans l’économie audio-visuelle. Une photographe, Nathalie
Desserme, encore leur permettra de prendre conscience par la
photographie de l’aspect visuel de leur expérience artistique et
leur permettra de faire aboutir la forme finale de leur DVD.
Jean-Louis Comolli enfin s’appuiera sur le texte de la « Lettre
sur les aveugles » de Denis Diderot pour rencontrer les élèves,
les faire réfléchir au statut du spectateur, de l’image dans notre
société. Des extraits de ce texte feront l’objet d’une
transcription braille par les élèves de l’atelier. Jean-Louis
Comolli donnera en outre des interventions sur la question du
spectateur, qui voit sans voir, à partir du texte des Lumières
« Lettre sur les aveugles ». Il filmera alors les élèves et leur
proposera un traitement de leurs images en proposant lui-même les
extraits d’une lettre qui adapte ce texte de Denis Diderot. Tout
se fera en concertation, les élèves filmeront aussi Jean-Louis
Comolli. Les images auront deux destins, deux réponses, entre le
film des élèves et celui du cinéaste. Ce film pourra fonctionner
comme un écho, un signe supplémentaire pour faire résonner le
travail des élèves. Ce contrepoint entre un cinéma professionnel
et un cinéma amateur est propice à la naissance du regard critique
de part et d’autre. L’échange et le partage des savoirs et des
expériences est au centre de cet atelier qui veut remettre à
l’actualité le mode de communication qu’est le code Braille.
Une aide efficace pourrait porter sur quarante heures et 1500
euros.
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La Lettre Filmée à l’usage de ceux qui ne voient pas ou
n’entendent pas
La diffusion du savoir se démocratise aujourd’hui notamment grâce
à la multiplication des media, mais les dispositifs audio-visuels
excluent trop souvent encore les handicaps visuels et auditifs. La
réalisation cinématographique, qui dispose de moyens techniques
élaborés, permet pourtant la prise en charge de cette diffusion
auprès d’un public élargi, en se pensant comme possible traduction
audio-visuelle immédiate de textes littéraires.
Cette perspective ouvre la possibilité à l’élaboration d’une
bibliothèque audio-visuelle, qui sera d’autant plus démocratique
qu’elle sera façonnée par un nombre important et concerté
d’individus, les groupes classes offrant un lieu privilégié pour
un tel projet.
Partons d’un projet pédagogique de Lettres Filmées où les élèves
sont en situation de penser la communication en sons et images. On
leur propose des lettres d’écrivains - au travers desquelles les
objectifs du programme scolaire sont atteints. On développe alors
différents ateliers théoriques et pratiques autour de l’écriture
épistolaire : la lettre est un objet qui circule dans la fiction
ou devient le film lui-même. Dès l’étape scénaristique de
l’adaptation, les élèves doivent penser leur propre écriture et
celle des auteurs comme une articulation d’images et de sons
construisant un langage à part entière. Ils sont invités, au
travers de travaux dirigés, à approfondir leur réflexion sur les
modes de communication développés au fil de l’histoire : le
langage sonore morse, l’alphabet visuel du télégraphe, et
l’adresse frontale en langue des signes fondée sur des regards
caméra soutenus forment trois pistes essentielles pour un
épistolaire audio-visuel.
Dès sa phase d’expérimentation, cette recherche s’appuie sur une
exigence fondamentale d’un langage audio-visuel non
discriminatoire qui sache déjouer les faux paradoxes. Aller
au-delà de l’évidence cinématographique où une image fait du
bruit, et où le son active l’imaginaire. On voit ce qu’on ne voit
pas et on entend ce qu’on n’entend pas. Tout est affaire de
hors-champ visuel et sonore. Les images et les sons se prolongent,
provoquent leurs sens dans un mouvement infini. De même qu’un film
pour un public mal-voyant et aveugle doit comporter des images, un
film pour un public mal-entendant et sourd doit comporter des
sons.
La Lettre Filmée numéro 2 veut proposer une écriture
audio-visuelle prototypique. La ressource offerte par le cinéma
épistolaire en modes d’expression suggestifs riches, où son et
voix s’articulent et se problématisent en même temps, a permis de
questionner plus avant les principes possibles d’un langage
audio-visuel filmique.
L’adaptation de la lettre de Jean de La Fontaine à sa femme a été
appréhendée avant tout avec la contrainte d’une lecture visuelle
et sonore intégrale de la lettre. L’écriture du scénario et le
tournage ont été alors pensés dans cette perspective, la
contrainte s’est avérée motivante et stimulante dès la lecture
pour le travail d’écriture audio-visuelle. Le point d’achoppement
de cette lecture reposait sur la façon dont les relations entre le
destinateur et la destinatrice allaient être traduites. Quel point
de vue épouser ? Celui du moraliste voyageur La Fontaine
seulement ? Celui de la femme ou de l’homme ? Celui de la lecture
ou de l’écriture ? Il a tout de suite été question de mêler les
deux, morale classique et quotidien, dedans et dehors, femme et
homme. Très vite, cependant, un point de vue a été privilégié par
les élèves du groupe, qui, sensibles à la beauté du texte, ne
désiraient pas pour autant recevoir ou envoyer une lettre de la
sorte. Et c’est précisément lors de l’écriture du scénario que les
élèves ont fini par comprendre ce qui leur résistait et suscitait
leur résistance : les préjugés sur la femme et les sous-entendus
érotiques du locuteur leur sont apparus en même temps. Les enjeux
libertins, enfin, qui croisent la morale classique, se sont
révélés dans l’idée même qu’ils ont eu en cherchant comment le
jardin de Madame C…pouvait entrer dans l’aspect visuel du film.
Ils ont en effet imaginé un splitscreen suggestif où temps
d’écriture et temps de lecture s’élaborent en même temps, une main
dessine des lettres, l’autre dessine un corps de femme : cela mime
le travail de la lectrice qui se projette à la fois dans le jardin
et dans sa conscience. L’interprétation politique du texte est en
fait née de la compréhension de sa dimension libertine. Des
éclairages sur des références possibles, comme celle de Maison
de poupée d’Henrik Ibsen où le personnage de Nora finit, dans
la conscience de la nécessité de son émancipation, par abandonner
son foyer, ont permis de donner à cette interprétation une valeur
de fiction qui s’ajoute à celle de la lettre : quand Jean de La
Fontaine évoque leur « marmot » auquel il promet un chaperon ( mot
qu’il utilise plus avant dans la lettre pour évoquer son désir des
Limousines ), elle part et laisse l’enfant dont l’indépendance est
attestée par le fait qu’il sache lire.
Il est ici remarquable que les élèves se sont saisis du texte de
façon libre, l’interprétation féministe qu’ils ont voulu lui
donner (elle raconte pour eux l’émancipation nécessaire de
Mademoiselle de La Fontaine, l’éveil de sa conscience à la lecture
de la lettre) les a placés dans une dynamique inventive qui s’est
révélée nécessaire pour la traduction audio-visuelle du texte.
Chaque idée qui s’en dégage appelle un effet sonore, un effet de
lecture aussi. Le souffle de la conscience qui passe sur la fin du
film au moment où la lettre tombe au sol est sonorisé par un bruit
de vent marin (qui est aussi le nom donné au petit garçon qui
incarne Charles de La Fontaine). « Les acteurs sont tous des
femmes » est une décision qui a été prise également dans cette
logique interprétative ; c’est aux femmes de jouer leur histoire.
Le décalage est offert par la voix masculine off qui
s’intercale entre les deux voix féminines en écho l’une de l’autre
pour le même personnage qui se transforme grâce à sa lecture.
Pour
faire passer cette idée de métamorphose de la femme en visuel et
sonore, le jeu se fait double. De même que la lettre est
interprétée tout le film durant en différentes voix off ou
in, le texte lui-même est mis en scène pour faire de la
lecture, aussi, un spectacle émancipateur : les mots rebondissent,
disparaissent, surgissent au centre ou défilent en continu sur un
visage, sur une fenêtre, au bas du plan. Une voix
audio-descriptive peut venir alors expliquer cela, le film
travaille de façon à rester dans une perception positive, jamais
déceptive. Si les informations s’ajoutent, se superposent, il faut
savoir les trier, les déplacer vers un champ de compréhension
élargi, dépliable à l’envi. Le principe du film repose sur sa
densité, laquelle loin d’être un écueil, est autant de chemins
pour le comprendre. On doit concentrer son effort sur les liens
qui s’y jouent dans les articulations, une bouche qui articule en
mimant les mots n’est autre qu’une bouche qui les articule en
voix.
La lettre audio-visuelle s’inscrit alors dans le temps de
projection-perception : il faut le temps de dire, le temps de
lire, le temps d’entendre, le temps de comprendre. Libertinage
au pays des Limousines est mesuré sur sept minutes comme les
autres films du triptyque avec le même temps de tournage et de
montage. Le privilège donné au plan séquence prévoyait le temps
que prendrait l’incrustation des textes dans l’image. La durée du
film a doublé dès lors qu’il a fallu allonger les plans de textes,
allonger les plans de voix aussi, comme pour les génériques qui se
plient à l’audio-description dans leur défilé. C’est au montage
encore que se sont construites les couches de sons et d’images,
les bruits d’oiseaux de forêts occidentales, qui accompagnent la
lecture des pages du livre, préparent aussi l’exotisme de ceux qui
découvrent la scène mimée dans le jardin des Tuileries.
La nature historique, littéraire, autobiographique, politique de
la lettre de Jean de La Fontaine à sa femme appelle d’autant plus
un effeuillement réciproque des sons et des images qu’il veut
offrir une approche de chaque aspect à tous les niveaux du film.
Au XVIIème siècle, un mari exilé par le Roi, ouvre une
correspondance avec son épouse afin de la distraire de ses récits
de voyage. Les motifs évidents ont été traduits par les élèves
après qu’ils ont réussi à dégager, par le truchement des principes
d’écriture audio-visuelle, le sens de leur interprétation :
l’aspect historique a pris l’allure d’un film à costumes où les
femmes se travestissent ou non, rubans des courtisans obligent, et
d’une scène rajoutée où Louis XIV apparaît en femme, bien sûr,
« Ma Reine Soleil », au milieu d’une fête costumée où les masques
des animaux de La Fontaine rappellent les loups feutrés et
pailletés des jeux de jardin à Versailles. Cette scène très
théâtrale, mais en décors réels, comme la séquence avec Madame C…
dans le jardin, permet de faire respirer les trois longues
séquences en studio où le voyage et le foyer des La Fontaine ont
été concentrés sur des gros signes qui excluent le quotidien
réaliste pourtant évoqué dans le texte, comme les fenêtres
incrustées de paysages filmé en travelling à Clamart, ou le bruit
de galop des chevaux, la présence du fils près du bureau de la
lectrice. Ce parti-pris correspond à un manque de moyens (tourner
dans une calèche aurait été l’idéal peut-être) certes, mais
également à un choix d’abstraction : pour mimer l’acte de prise de
conscience de la femme, Mademoiselle de La Fontaine, les images
devaient prendre une valeur onirique, procédant par
reconstitutions de scènes, éclairs d’images, envahissements
sonores ou silences. La lecture devenant une rêverie voyageuse,
faite de lumière et de bruits, fait se rejoindre finalement les
deux protagonistes, l’homme et la femme, dans le partage d’une
même durée épistolaire, lire, écrire, relire, à voix haute ou en
silence, en laissant imaginations et consciences se croiser
librement au fil des mots.
Yola Le Caïnec
ATELIER
BRAILLE 2009-2010
Parcours de
voyant dans la galerie tactile du Louvre