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I Lycée RAVEL, Atelier "Braille"

Pour la deuxième année, l’atelier Braille de la cité scolaire Maurice Ravel entreprend la réalisation d’un film. L’an passé, il s’agissait d’une lettre filmée à Louis Braille à l’occasion du bicentenaire de sa naissance, cette année …

le projet s'intitule "Pour un parcours de voyants dans la galerie tactile du Louvre". Il veut permettre à des élèves voyants d'accéder à des pratiques autonomes artistiques et langagières au travers de différents apprentissages. Les apprentissages, du langage de la sculpture d'une part, du code Braille d'autre part, de l'art cinématographique enfin, y sont complémentaires et nourris les uns des autres.  

Il s'agit aussi au travers de ce projet d'accompagner les élèves dans la découverte de nouveaux espaces de réflexion, culturels comme la Maison du Geste et de l'Image, partenaire principal du projet qui dispose d'une infrastructure très accueillante, et muséaux comme le Louvre qui nous offre un accès privilégié à sa galerie tactile. Ce dernier partenariat s'articule de façon heureuse à l'option Histoire des Arts du lycée Ravel du fait qu'une de ses responsables, Anne Ferrière, y gère en charge partielle les relations avec les scolaires.  

Le projet d’atelier Braille dans la Cité scolaire Maurice Ravel (qui n'accueille pas jusqu'alors d'élève mal ou non-voyant) est né d’une prise de conscience commune entre deux enseignantes, Anne Chotin et Yola Le Caïnec, l’une non-voyante et l’autre voyante, de la nécessité de construire un lieu d’échange positif autour du code Braille. Il s’agit de proposer que le chemin soit fait par les voyants jusqu’aux non-voyants, et non l’inverse comme cela est aujourd’hui répandu.  

Cet atelier s'appuie sur le double objectif de voir comment des jeunes gens voyants s’approprient une écriture et un code qui leur étaient étrangers au travers d'une réalisation filmique qu'ils mèneront intégralement de l'écriture du scénario en Braille jusqu'à son édition originale sous la forme d'un DVD conçu spécifiquement  pour un public touché par des handicaps visuels. La volonté de rendre parlant le menu du DVD participe à son accessibilité et rappelle l'investissement constant des élèves durant la réalisation. Il s'agit d'initier chez eux une manière nouvelle de considérer les handicaps, comme un mode de réunion, de partage créatif, et non d’exclusion, au sein des élèves, des institutions et de l’organisation sociale.

A cet effet, les élèves de l'atelier sont sollicités pour accompagner ou envoyer leur réalisation (sous la forme d'un objet de communication filmique) à l'intérieur et en dehors des murs de l’établissement, vers d’autres établissements scolaires ou d’autres structures de la ville comme des associations ou des établissements spécialisés qui pourront alors se trouver concernés par le Braille et la perception tactile. Cette ouverture sur l’extérieur est un point essentiel de ce projet qui veut reposer sur un principe de partage des savoirs et des expériences. Il s'agit de sensibiliser le plus grand nombre aux formes d'engagement national et international pour la solidarité envers les publics à handicaps.

En termes de compétences, ces perspectives d'ouverture et de partage rejoignent les exigences du socle commun concernant la pratique de l'auto-évaluation ainsi que la pratique autonome des savoirs. L’écriture braille favorise ces pratiques en mettant d'emblée en oeuvre l’interdisciplinarité. Le contexte historique de création de cette écriture, sa rigueur logique et mathématique, son évolution liée aux nouvelles technologies, son aspect graphique mobilisent, pour en rendre compte sous la forme d'un film, des compétences multiples de rédaction, de créativité, de savoir-être, de savoir-faire, de communication orale et écrite ainsi que d’organisation de la pensée . 

Contacts :

Anne Chotin  (anne.chotin@free.fr )

Yola Le Caïnec (madame.lecainec@gmail.com)

Nicole Wolff (petnic@club-internet.fr)


La Canne blanche 168 (octobre 2009)

POURQUOI APPRENDRE LE BRAILLE À DES COLLÉGIENS VOYANTS VOLONTAIRES ?

     À l’heure où beaucoup de jeunes aveugles sont à la fois scolarisés et condamnés à l’illettrisme, simplement parce qu’on ne trouve pas naturel de leur enseigner la seule écriture qui leur soit accessible, plusieurs dizaines d’adolescents voyants sont touchés par un étrange syndrome : ils apprennent volontairement le braille qui, en apparence, ne leur sert à rien. Et ce n’est pas en camp d’été pour meubler le vide des heures de sieste ou des jours de pluie : c’est en plus du travail scolaire, une heure avant ou après la cantine, ou de 16 à 18 heures, ou encore deux heures tous les mercredis après-midi, quand la majorité des élèves pense plutôt à se défouler. Ce n’est pas non plus dans un établissement pilote, ou accueillant en intégration un élève déficient visuel : les deux expériences dont j’ai eu connaissance grâce aux manifestations du bicentenaire de la naissance de Louis Braille se déroulent à la cité scolaire Maurice-Ravel de Paris 20ème et en Zone d’Éducation Prioritaire, au collège Francisco-Goya du centre de Bordeaux, qui reçoit des jeunes d’une trentaine de nationalités différentes. « La démarche de ces élèves est formidable. Ils n’ont aucune raison de venir à cet atelier, en dehors des cours. Pourtant, tous sont assidus », a confié une des responsables de ces initiatives au journaliste Nicolas César dans La Croix du 28 mai 2008.

     Au départ de chacun de ces projets il y a bien sûr une personne aveugle : Anne Chotin, professeur de lettres à Paris jusqu’en juin dernier, et Nicolas Caraty, assistant de patrimoine au Musée d’Aquitaine. Mais il a aussi fallu une personne médiatrice : Yola Lecainec, autre enseignante de français à Paris, et Catherine Lucas, professeur d’arts plastiques à Bordeaux. En effet, un animateur de musée reste extérieur à l’Éducation nationale, et un professeur aveugle doit avant tout enseigner sa discipline. Anne Chotin a donc d’abord participé à d’autres actions pédagogiques, et c’est en échangeant avec sa collègue que le projet d’atelier braille a pris corps. De même, c’est parce qu’ils ont sympathisé avec leur guide lors d’une sortie au Musée d’Aquitaine que les élèves de Catherine Lucas ont souhaité approfondir leur connaissance de la cécité et de l’écriture braille.

     Des réticences préalables aux premières réalisations.

     Ayant déjà fait ses preuves sur des projets très différents, Anne Chotin a rapidement bénéficié du soutien de sa direction et de ses collègues, par exemple pour utiliser certains locaux le mercredi après-midi ou afin que les élèves puissent exceptionnellement manquer un cours pour aller se documenter tous ensemble sur le terrain. De son côté, Catherine Lucas a dû se montrer persuasive à plusieurs reprises. Sachant que la visite projetée avec sa classe de 5ème serait conduite par un guide aveugle, elle a sensibilisé ses élèves au handicap. Ils ont ensuite travaillé un ensemble de textes et de photos sur l’exposition archéologique visitée, et ont tenu à inviter Nicolas Caraty lors de la présentation de l’album ainsi constitué.

     C’est seulement à la rentrée suivante, en septembre 2007, que neuf élèves passés en 4ème ont souhaité commencer l’atelier braille animé bénévolement par le guide et l’enseignante. À peine un trimestre plus tard, quand ils ont réalisé une signalétique adaptée aux personnes aveugles en plaçant des vignettes autocollantes en braille au-dessus des poignées de chaque porte, certains professeurs ont craint que leur établissement ne se spécialise dans l’accueil des collégiens déficients visuels de toute la Gironde. Il a fallu expliquer qu’il s’agissait d’une réflexion citoyenne sur la place des différences dans la vie sociale, mais aussi d’un véritable atelier d’écriture : les élèves ont lu des œuvres de littérature de jeunesse mettant en scène des personnages aveugles, et cinq d’entre eux ont participé au concours littéraire Dire le non-visuel pour le bicentenaire de Louis Braille.

     Le jury, qui ne connaissait pas l’ensemble de leur projet, a d’ailleurs récompensé par le troisième prix de la catégorie Jeune public Agathe Dumont pour le texte Entendre le chat, qui retrace l’élaboration d’une installation d’arts plastiques évoquant le bruit, le contact et les comportements d’un chat. Il a décerné le second prix à Pauline Laborde qui, dans le récit intitulée Une expérience, raconte comment une adolescente se bande les yeux pour effectuer à l’aveugle un parcours en ville.

     Les douze élèves parisiens, de la 6ème à la 2nde, encadrés par Anne Chotin ne se sont pas montrés moins créatifs : à partir de textes individuels adressés à l’inventeur, ils ont scénarisé et enregistré sur DVD une Lettre à Louis Braille. On y voit parfois des formes et des couleurs délibérément floues pour évoquer la déficience visuelle. On y entend la crépitation de la tablette, le cliquetis de la machine Perkin’s et le nasillement de la synthèse vocale, qui présentent les moyens d’accès des personnes aveugles à la connaissance. On les voit et on les entend surtout lire les réflexions, les saynètes et les poèmes que leur ont inspirés leurs recherches sur la vie de Louis Braille, leur expérience de son écriture et leurs visites au magasin spécialisé de l’AVH ou à la Cité des Sciences dont l’accessibilité tactile est bien connue.

     Du bon bouche-à-oreille aux nouveaux projets.

     Pour les enseignants, le bilan d’étape est manifestement positif. « L’expérience se révèle très riche sur le plan humain. Plus nous avançons, plus ils oublient le handicap de Nicolas. Ils l’ont dépassé », déclare Catherine Lucas à N. César dans un article publié le 9 avril 2009 sur le site  HYPERLINK "http://www.aqui.fr" www.aqui.fr. À cet acquis citoyen s’ajoute bien sûr la solidarité du travail de groupe et la motivation d’un objectif choisi, transversal et en partie ludique. Mais, en modifiant le rapport des collégiens à l’écriture, le jeu a parfois des retombées inattendues : une jeune fille très dysorthographique a pris conscience que le braille l’aidait en lui permettant de découper les mots qu’elle appréhende trop globalement sous leur forme ordinaire ; un garçon s’est mis à rédiger des histoires en braille en dehors de l’atelier...

     Du coup, les jeunes en redemandent, leur cercle s’élargit et leurs buts se complexifient. À la rentrée 2008, au collège Francisco-Goya, une douzaine d’élèves de 6ème, intrigués par leurs aînés et par la signalétique en braille, ont sollicité l’ouverture d’un second atelier. Ils ont visité l’étage adapté aux personnes aveugles d’une des bibliothèques de Bordeaux, puis le Musée d’Aquitaine, où Nicolas Caraty leur a également expliqué sa manière de travailler : aides techniques, bien sûr, mais aussi mémorisation de la place, de la forme et de la couleur des objets pour pouvoir les montrer et les commenter aux visiteurs voyants. Ils en sont ainsi venus à projeter la transposition pour des enfants aveugles d’un livre de jeunesse avec texte en braille, dessins en relief et mise en scène audio. Catherine Lucas se demande si un an suffira pour arriver jusqu’à la production, mais elle est déterminée à leur faire toucher du doigt tous les aspects : contraintes perceptives, choix artistiques, complexité technique et financière, circuits d’édition et de librairie, etc. Dans le même temps, des crédits ont été obtenus par la direction du collège et sont reconduits en 2009-2010.

     De son côté, bien qu’elle ait changé d’établissement, Anne Chotin peut retourner deux heures par semaine à la cité scolaire Maurice-Ravel où les élèves souhaitent travailler sur la description d’œuvres d’art les yeux bandés. Ils vont commencer par la galerie tactile du Louvre et espèrent pouvoir échanger avec un groupe de jeunes aveugles. De tels enthousiasmes ne se décrètent pas et ce serait un contresens de vouloir institutionnaliser ce type d’expériences. Souhaitons seulement qu’elles fassent des émules, y compris parmi les rééducateurs et les enseignants spécialisés dans le handicap visuel.

Bertrand VERINE

 

 

 
 

DESCRIPTION DU PROJET

 

¾  Court descriptif de l’action (développement en cours ou encore à initier, méthodologie, calendrier)

L’année passée 2007-2008, une session expérimentale du projet Lettre(s) au Cinéma (projet qui a été retenu comme projet innovant par la Mission académique innovation et expérimentation) proposé par le Musée de La Poste et développé par le Lycée Ravel dans sa section STG (Sciences et Technologies de la Gestion) a donné le jour à une lettre destinée à un public de malvoyants et de malentendants, Libertinage au pays des Limousines (chapitre II du triptyque Entrelacs, DVD joint), pensée et conçue comme une lettre audio-visuelle, avec la contrainte de comprendre l’intégralité visuelle et sonore de la lettre de La Fontaine à sa femme qu’elle adapte librement.

Le résultat nous a semblé suffisamment encourageant, notamment concernant la réactivité positive et très inventive des élèves (voir la fiche synthèse bilan, document 1), pour consacrer un atelier à l’axe particulier de l’écriture audio-visuelle suite à la rencontre avec Anne Chotin, enseignante de français non voyante en exercice au lycée Maurice Ravel, qui a été sollicitée pour le tournage de cette lettre (voir séquence d’ouverture du dvd ci-joint). 

 

Ce projet d’atelier Braille est né d’une prise de conscience commune entre les deux enseignantes, Anne Chotin et Yola Le Caïnec, l’une non-voyante et l’autre voyante, de la nécessité de construire un lieu d’échange positif autour du code Braille. Il s’agit de proposer que le chemin soit fait par les voyants jusqu’aux mal voyants, et non l’inverse comme cela est aujourd’hui répandu. Le bicentenaire de la naissance de Louis Braille nous a donné l’envie de créer dès cette année un atelier Braille pour élèves voyants dans la Cité Scolaire Maurice Ravel.

Cette action prendra la forme d’un atelier artistique, dont l’ouverture a été soutenue par la DAAC du Rectorat de Paris, à l’ensemble des élèves de la Cité Scolaire Ravel. Après un éclairage historique et une période d’initiation au code Braille qui s’étendra du mois de novembre au mois de janvier, les élèves seront sollicités pour écrire et réaliser une lettre filmée à Louis Braille. L’écriture et la réalisation du film aura lieu de février à avril.

L’atelier devrait se tenir le mercredi après-midi autour des activités suivantes, initiation à l’alphabet, pratique de l’écriture et de la lecture braille, visites de lieux importants liés à l’histoire de Louis Braille et de son invention, découverte des nouvelles technologies ayant fait évoluer le Braille, production de travaux artistiques en rapport avec le Braille... Des lieux muséaux comme la maison de naissance de Louis Braille à Coupvray et le site de La Villette feront ainsi l’objet d’une découverte pour les élèves afin qu’ils puissent situer le Braille dans son contexte et son évolution jusqu’à aujourd’hui. Ils participeront à des colloques et rencontres organisés dans le cadre du bicentenaire de la naissance de Louis Braille. La place du code Braille dans la société contemporaine pourra être un axe de leurs recherches, mais également les possibilités d’expression nouvelles qu’il offre, et qui peuvent prendre la forme de pratiques artistiques que l’atelier leur offrira durant cette même période.

 Calendrier :

 

Les élèves voyants (il n’y a pas pour le moment d’élève malvoyant à Maurice Ravel) de l’atelier sont initiés et sensibilisés dans un premier temps au braille (taper et écrire), à l’histoire (visite du musée Louis Braille) et aux enjeux du braille avec Anne Chotin qui leur présente, en lien avec l’informatique, l’ordinateur à système braille.

Ils participent dans un second temps à des ateliers où intervient plus précisément Yola Le Caïnec sur les principes d’écriture de la lettre filmée (source : Roselyne Quéméner, document 2) à partir d’extraits de films choisis comme Lettre à Lou de Luc Boland (qui raconte les six premières années de l’existence d’un enfant aveugle, fils du cinéaste) et des bilans de l’année passée, afin de passer dans un troisième temps à l’écriture et à la réalisation de leur propre lettre filmée avec l’intervenant cinéaste Christophe Orcand de la M.G.I.

Cette lettre est écrite en braille et en images audio-visuelles, lesquelles seront en outre conçues dans une dimension tactile à même de rendre l’impression laissée par les points du braille sous les doigts.

De fin novembre 2008 à fin janvier 2009 : initiation  à l’alphabet, pratique de l’écriture et de la lecture braille, visites de lieux importants liés à l’histoire de Louis Braille et de son invention, découverte des nouvelles technologies ayant fait évoluer le Braille

De février 2009 à avril 2009 : rencontres avec les intervenants et les institutions culturelles, compte-rendu de l’apprentissage, production de travaux artistiques (panneaux signalétiques, maquettes) en rapport avec le Braille, dont la lettre filmée.

Les ateliers seront filmés dès le début des activités pour aboutir à la réalisation audiovisuelle qui mêlera images documentaires et témoignages joués - selon un scénario élaboré à partir des principes d’écriture de la lettre filmée -, l’ensemble sous l’impulsion des interventions du documentariste Jean-Louis Comolli sur le regard du spectateur au cinéma.

 

ÉTAPE DE FORMATION THÉORIQUE ET PRATIQUE DU CODE BRAILLE : les élèves de l’atelier sont initiés dès la mise en place de l’atelier à l’écriture braille : l’alphabet, l’écriture de leur nom. Des textes leur seront proposés, comme « Lettre sur les aveugles » de Denis Diderot. Des films aussi, allant du film grand public américain Daredevil (un superhéros aveugle document 3) au film plus confidentiel Lettre à Lou de Luc Boland (document 4). Une sortie à Coupvray leur permettra de découvrir la biographie de Louis Braille et le contexte de l’invention du Braille. Le site de La Villette, encore, leur offrira une perspective de l’application moderne du code braille dans un espace muséal. Ils pourront y tester leurs propres connaissances et déjà imaginer des dispositifs de signalétique pour la Cité Ravel.

ETAPE DE RENDU DE L’EXPÉRIENCE DE L’APPRENTISSAGE SOUS FORME FILMIQUE

Pour cette étape, les élèves sont accueillis à la Maison du Geste et de l’Image : ils découvriront, en même temps que les lieux, les différents aspects des métiers du cinéma. Un cinéaste (Christophe Orcand, Curriculum vitae joint) leur y expliquera en quoi consiste une équipe de tournage (décorateur, réalisateur, acteurs, chef-opérateur, ingénieur du son, maquilleur, costumier, éclairagiste, scripte, photographe de plateau, techniciens, régie, postproduction) afin qu’ils puissent se projeter dans leur réalisation.

Roselyne Quémener (Curriculum vitae joint) les y initiera encore aux principes théoriques de la lettre filmée (lettre qui s’écrit en direct avec l’encre d’une voix off) afin qu’ils puissent eux-mêmes s’approprier par le travail d’écriture leur création à venir (document 5).

 

Les élèves seront accompagnés durant tout leur parcours créatif de l’écriture, au tournage et au montage, jusqu’à la mise en forme d’un menu DVD, par l’intervenant cinéaste Christophe Orcand qui intervient dans le cadre du partenariat avec la Maison du Geste et de l’Image (M.G.I.). Cette dernière apporte non seulement un matériel de qualité professionnelle, mais aussi un soutien logistique tout au long des différentes étapes jusqu’à la finalisation du film sous la forme d’un DVD dont elle assure la diffusion en son sein. L’intervenante photographe Nathalie Desserme (Curriculum vitae joint) assure le suivi photographique auprès des élèves en les initiant à la photographie de plateau. Elle les aidera alors, à partir de leurs travaux, à concevoir la jaquette et le livret du DVD. Une intervenante actrice Anna Sigalevitch (Curriculum vitae joint) les aidera encore à faire coïncider l’idée de leur corps, de leur parole et sa représentation à l’écran, ce qui est particulièrement important dans un rapport documentaire à soi, à sa propre expérience.

 

Un professionnel Jean-Louis Comolli suivra tout de son long le travail d’inititiation et de réalisation des élèves de l’atelier et s’appuiera sur des images de l’atelier (tournées par lui ou par les élèves) pour construire son propre film, autonome, qui adaptera “Lettre sur les aveugles” de Denis Diderot.

Il commentera sa lecture sous forme d’interventions aux élèves de l’atelier (qui étudieront entre autres également ce texte, doc 7e) afin de les sensibiliser à la question du regard, de l’aveuglement et du dévoilement qui s’opérent aujourd’hui dans nos sociétés entre le cinéma et les médias.

 

La dernière période de l’action sera alors consacrée en mai et en juin 2009 à l’accompagnement que les élèves donneront à leur film au Musée de la Poste et à La MGI.

 

 

 

Méthodologie

 

Les premières séances d’initiation et de découvertes sont filmées en micros et en images fixes par les élèves pour servir de base à leur réflexion sur leur apprentissage et aboutir à une réalisation audiovisuelle : une lettre filmée à Louis Braille qui devra entre autres lui relater précisément le parcours qu’a fait son invention depuis deux siècles. Cette lettre sera entre documentaire et fiction, les élèves pouvant y relater dans un deuxième temps de tournage les étapes de leur apprentissage. Ils pourront encore y partager leur ressenti de voyant dans un environnement qu’ils devront apprendre à penser comme un environnement pour mal voyant. La lettre filmée aura en effet comme sujet leur cheminement artistique de l’apprentissage du Braille à la conception de productions artistiques en points braille au sein de l’établissement, la signalétique par exemple pour les numéros de salle, le restaurant scolaire, le gymnase, les bureaux administratifs, les toilettes. Le matériel est simple, mais doit être nombreux, des points autocollants (voir devis Castorama, document 6). Des maquettes pourront encore être élaborées en interdisciplinarité, comme celle d’un mur d’escalade constitué d’une phrase en points braille. Ces projets seront ensuite pour le long terme proposés afin de développer à Ravel l’accueil d’un public aveugle. 

 

 

¾  Public concerné (Niveau d’élèves, caractéristiques ; spécificités, etc.…)

 

La Cité scolaire Maurice Ravel présente la particularité d’un public hétérogène riche, de la sixième en passant par les séries générales et technologiques du baccalauréat et les sections BTS en pleine réforme. Les élèves de l’atelier seront recrutés sur l’ensemble des niveaux de l’établissement de façon à établir un lien entre elles. Une dimension épistolaire est donnée au projet au travers de la lettre filmée à Louis Braille (en relation avec le bicentenaire de sa naissance le 7 janvier 2009). Outre l’idée de trace (à l’image des points de l’écriture braille) que cette lettre filmée veut donner à la pratique du Braille pour la favoriser, elle veut développer cette idée d’échange entre les niveaux. Elle sera alors elle-même le fruit concret, dès sa réalisation d’une correspondance entre tous les « étages » de la Cité Ravel.

 

 Cette idée d’échange, de partage des savoirs et des expériences autour et à partir du code Braille aura d’autant plus d’impact au sein de l’établissement qu’elle pourra le représenter en s’étendant en dehors des murs de l’établissement, vers d’autres établissements scolaires, vers l’Université - de Rennes avec l’intervenante Roselyne Quéméner-, ou d’autres structures de la ville comme des associations associations (ex : Association Valentin Haüy) ou des établissements spécialisés qui pourront alors se trouver concernés par le Braille s’ils ne le sont pas déjà. Cette ouverture sur l’extérieur est un objectif essentiel de ce projet.

 

Leur travail prenant entre autres la forme aboutie d’un DVD, les élèves de l’atelier pourront eux-mêmes accompagner leur lettre, présenter leur travail au sein de l’établissement ou à l’extérieur dans leur quartier ou dans une structure culturelle : la Maison du Geste et de l’Image qui veut accompagner son projet autour du thème « La Palissade » d’un événement culturel à Paris l’accueillera de façon visible.

 

¾  Quel objectif principal vous donnez-vous ?

 

L’atelier veut avant tout s’intéresser à la façon dont des élèves voyants s’approprient le Braille en les mettant en situation d’en rendre compte eux-mêmes.

 

Les enjeux vont de l’apprentissage du système d’écriture Braille à l’apprentissage de l’écriture audiovisuelle sous la forme, pour chacun, d’ateliers théoriques et pratiques successifs et/ou croisés autour de l’écriture et de son adaptation à l’image de cinéma (scénario et langage filmique). Est offerte aux élèves la possibilité d’être les créateurs de leur propre projet, de développer leur talent sous de multiples formes, entre l’écriture Braille et l’image filmée. Chaque élève pourra accéder aux différentes étapes et différents postes de la réalisation du projet et se faire une idée des divers aspects des métiers de l’audiovisuel et former ainsi son regard critique sur l’image fixe et l’image en mouvement tout en développant ses talents individuels au sein d’un travail collectif (équipes d’écriture et de tournage).

 

 

Développer une pratique artistique et culturelle autour du Braille des élèves constitue un objectif fondateur de cet atelier. Le cinéma, permettant de rendre compte de cette expérience artistique du braille, offre son propre questionnement dans son pouvoir de représentation audiovisuelle tactile de cette expérience. L’enceinte de la Cité Ravel sera le lieu privilégié de ce questionnement. Les productions artistiques (par exemple la signalétique braille, un mur d’escalade en points braille) de l’atelier Braille, destinées au lycée, impliqueront l’ensemble de la communauté scolaire. L’impact d’un nouveau mode de communication enseignée agit de façon transversale entre les domaines, chacun y trouvant un nouveau mode d’expression, jusqu’aux affiches et inscriptions (comme les pancartes indicatrices, les numéros de salles) qui parsèment l’établissement. Ils constituent autant de textes, de mots, de données qui peuvent être transcrits en Braille selon le dispositif artistique élaboré par les élèves, sa généralisation sera proposé à long terme à l’établissement afin de pouvoir y accueillir un public aveugle. Les objectifs de l’atelier s’inscrivent dans le projet d’établissement lié aux spécificités de la Cité Scolaire Ravel. Il vise avant tout « la prise en compte la diversité des élèves » (extrait projet d’établissement).

 

 

¾  A quels problèmes, à quelles attentes répondez-vous ?

 

Dès lors que cet atelier porte sur la façon dont des élèves voyants s’approprient le Braille en les mettant en situation d’en rendre compte eux-mêmes, il va s’agir de leur faire appréhender le Braille comme un objet esthétique et graphique, et non pas seulement comme un code de communication.

L’une des difficultés dans l’apprentissage est de le lier à son application elle-même. La lettre filmée à Louis Braille est réalisée dans cette perspective. Au travers d’elle, les élèves seront amenés à concevoir un projet de création artistique plastique, comme une sculpture ou un tableau en relief à grande ou petite dimension (un mur d’escalade conçu comme un texte en braille, par exemple, permettrait de croiser l’éducation sportive et physique dans cette élaboration sensorielle d’un Braille graphique avec des mots grimpables), qui rendrait compte de leur apprentissage du Braille, de leur expérience de voyants face à ce nouveau langage.

Cette création artistique, selon sa dimension, prendra sa forme ou celle d’une maquette. Les collègues d’arts plastiques d’éducation physique et sportive et de mathématiques sont sollicités alors pour aider les élèves à cette mise en forme de leur projet artistique. 

Les problèmes liés aux actions dans un établissement scolaire relèvent souvent de leur confidentialité, qui n’est jamais volontaire, mais malheureusement structurelle surtout dans un établissement de grande taille comme Ravel. Les attentes de l’atelier Braille portent alors sur ses différentes mises en œuvre pour sortir de la confidentialité et générer autour de lui curiosité et désir.

Dans son réseau de partages, l’atelier Braille, qui ouvrira certaines de ses séances à l’ensemble du lycée dans la salle Cinéma, veut permettre dans une large mesure la découverte de structures culturelles comme la MGI, d’institutions muséales comme le Musée de la Poste, des rencontres avec des interlocuteurs autour du Braille (lors de colloques et séminaires où Anne Chotin veut emmener les élèves de l’atelier) et une mise en contact direct avec des professionnels (Jean-Louis Comolli) des métiers artistiques liés à l’image.

 

 

 

 

 

¾  En quoi l’action (projetée ou en cours) est-elle innovante, voire « expérimentale » c'est-à-dire dérogatoire par rapport à une situation plus traditionnelle ?

 

Il s’agit d’engager avec l’élève une réflexion théorique et pratique autour de la question de la communication au travers d’un double travail sur le code de langage Braille encore peu connu et sur l’épistolaire cinématographique. Cette articulation nous a semblé dérogatoire par rapport à des situation plus traditionnelles de sensibilisation aux formes nouvelles d’expression. Le cinéma est lui-même questionné d’une part dans sa capacité à rendre compte de cette expérience artistique du braille, et d’autre part dans son propre pouvoir de représentation audiovisuelle tactile de cette expérience.

 

D’une manière générale, étant donné que la production artistique de l’atelier Braille est destinée au lycée, l’ensemble de la communauté scolaire se trouvera impliquée. L’aspect expérimental relève directement de l’impact d’un nouveau mode communication enseigné qui agit de façon transversale entre les domaines, chacun y trouvant un nouveau mode d’expression, jusqu’aux affiches et inscriptions (comme les numéros de salles) qui parsèment l’établissement et peuvent être écrites en braille. Le C.D.I. accueille l’atelier dans cette perspective de mise à disposition des outils de compréhension et d’écriture du braille. Les documentalistes se mobilisent déjà en consacrant une partie de leur lieu au braille.

 

Cette action espère ouvrir la perspective au sein de la cité scolaire Ravel d’un enseignement du braille, lequel réunirait voyants et malvoyants, réalisant ainsi la fonction première d’un langage qui est de réunir et non de séparer les individus. Les publics à enseignement spécifique sont au cœur des préoccupations du projet puisqu’il s’agit aussi d’écrire une lettre qui leur sera adressée (avec un menu parlant das le DVD) et à laquelle ils seront invités à répondre depuis le lycée Ravel ou bien d’autres établissements. Il s’agit encore une fois d’échanger en valorisant les différences de chacun, que chacun puisse apporter sa pierre à l’édifice de la communication.

    La lettre filmée à Louis Braille ( ou un autre film que les élèves voudront tourner, ils auront accès régulièrement à la caméra pour tourner des images documentaires sur leur travail) du D.V.D. qui sera offert aux élèves comme lieu libre de réflexion et d’expression, pourra ainsi contenir, par exemple, en images et en sons une initiation au Braille. Les poinçons qui dessinent les lettres de l’alphabet braille peuvent être autant de points sons du film : le Musée de La Poste (avec Vonick Morel) offre aux élèves de cet atelier un accès libre à leur station Morse. Pourquoi ne pas recourir alors à cet autre alphabet qu’est l’alphabet du télégraphe ? Les langages, d’une pratique à un autre, sont sources d’enrichissement, cela pourra conduire les élèves dans une réflexion toujours renouvelée, innovante, pour la production artistique qu’ils veulent offrir à Louis Braille.

 

C’est dans la perspective synergique définie plus haut (public) au sein de la Cité Ravel et avec d’autres établissements que les objectifs de fonctionnement de l’atelier par rapport aux pratiques artistiques sont pensés de façon innovante. Une pratique en amène toujours à un autre dans un principe moteur d’extension. De la sensibilisation au code Braille aux découvertes d’une partie peu connue de l’histoire de notre langue, des arts plastiques en passant par le cinéma, l’ensemble forme un réseau innovant transversal totalement dévoué à l’expression des élèves : il s’agit d’écrire à Louis Braille ce que le cinéma peut apporter à son invention, comment il peut le développer et lui donner un avenir en rendant compte de ses possibilités graphiques et visuelles. Le travail pluridisciplinaire de l’artiste Rosalyn Driscoll (The Art of Touch) sera proposé en exemple aux élèves.

 

L’inscription officielle au programme Territoire en direct du partenaire de l’atelier braille, la Maison du Geste et de l’Image, offre une ressource artistique et culturelle importante avec notamment l’accès à des structures culturelles partenaires comme Théâtre Paris Villette, Ciné 104, et à partir de la rentrée 2008 avec l’Agence du Court Métrage, l’accès encore aux expositions et aux autres travaux dans le cadre de la thématique « la palissade », et les rencontres de fin d’année avec d’autres élèves d’autres établissements, l’ensemble apportant un point de vue multiple et renseigné à l’élève sur son propre travail, dans cette idée motrice d’échanges et de partages des expériences.

Le projet autour du thème de « la palissade » proposé cette année par la Maison du Geste et de l’Image et dans lequel s’inscrit cet atelier active l’idée du mythe de la tour de Babel dont nous pourrions construire au moins l’une des briques, si ce n’est l’un des murs, en escalade, les points permettant de grimper sur la muraille comme possibilité permanente de sa liberté, ou en Braille ajouré, les points permettant de voir au travers. Dans les deux cas, le Braille dessine pour l’école une fenêtre innovante sur le monde et sur l’homme.

L’atelier braille s’inscrit ainsi de manière stimulante dans le programme Territoire en direct, et tout particulièrement le motif de « la palissade », notamment dans la perspective de la projection graphique et tactile que nous souhaitons offrir au Braille à Ravel au travers de l’initiation et des pratiques artistiques:

 

Extraits du projet de « la palissade », étape 3 de Territoire(s) en direct.

 

1) « Entre réel et fiction, une déclinaison possible de cette relation à la palissade comme écran de projection peut aussi s’envisager avec les techniques du cinéma d’animation : lettres, formes, taches, dessins, déformations, papiers déchirés, cabossures, permettent tous les jeux de construction du regard par accumulation, superpositions, recouvrement et dévoilement.

 

2) La surface de l’écran-palissade, sans dehors ni dedans, interroge la peinture et les arts graphiques, le théâtre et le cinéma, la sculpture et l’architecture.

 

3) Autour de la question de l’écran, masque et support, une sélection d’œuvres de la collection du FRAC Île-de-France sera présentée à la MGI de novembre 2008 à mars 2009. »

 

Le partenariat avec la Maison du Geste et de l’Image définit alors dans sa structure même un aspect transversal expérimental de l’atelier par rapport aux autres pratiques artistiques qui s’y tiennent comme le théâtre ou la photographie.

 

 

¾  L’action est-elle portée par une équipe ? Si oui,  composition de l’équipe (répartition des tâches…)

 

Le projet d’atelier braille, développé par deux enseignantes de lettres, Anne Chotin et Yola Le Caïnec, veut s’ouvrir à l’ensemble de la communauté scolaire, afin de la sensibiliser également au Braille. Les élèves qui y participent en seront les messagers, autre façon pour eux de s’approprier le Braille. Ils pourront d’emblée solliciter les collègues de l’ensemble des matières sur les questions soulevées lors de l’atelier. Les enseignants d’arts plastiques et d’histoire des arts pourront participer avec leurs élèves à certaines activités de l’atelier, un lien permanent sera fait avec ces matières.

Lors de la conception de la maquette de la production artistique que nous souhaitons à grande échelle et dans un souci scientifique précis, les enseignants de mathématiques interviendront auprès des élèves. Enfin, dans le cas d’un mur d’escalade en braille (une phrase en braille traduite en points d’accroche du mur d’escalade) qui sera proposé entre autres possibilités aux élèves de l’atelier, les enseignants d’éducation physique et sportive seront sollicités pour travailler avec les élèves.

 

 Les documentalistes du C.D.I. (Centre de Documentation et d’Information) accueillent l’atelier dans une perspective extensive du braille à l’ensemble de la cité Ravel avec une volonté de mise à disposition des outils de compréhension et d’écriture du Braille. Les documentalistes se mobilisent déjà en consacrant une partie de leur lieu au Braille.


 

ATELIER BRAILLE :

Réalisations en Braille par des élèves voyants de la Cité scolaire Maurice Ravel

 

Objectifs:

 

Le projet d’atelier Braille dans la Cité scolaire Maurice Ravel (qui n'accueille pas jusqu'alors d'élève mal ou non-voyant) est né d’une prise de conscience commune entre deux enseignantes, Anne Chotin et Yola Le Caïnec, l’une non-voyante et l’autre voyante, de la nécessité de construire un lieu d’échange positif autour du code Braille. Il s’agit de proposer que le chemin soit fait par les voyants jusqu’aux non-voyants, et non l’inverse comme cela est aujourd’hui répandu. 

Cet atelier s'appuie sur le double objectif de voir comment des jeunes gens voyants s’approprient une écriture et un code qui leur étaient étrangers au travers d'une réalisation filmique qu'ils mèneront intégralement de l'écriture du scénario en Braille jusqu'à son édition originale sous la forme d'un DVD conçu spécifiquement  pour un public touché par des handicaps visuels. La volonté de rendre parlant le menu du DVD participe à son accessibilité et rappelle l'investissement constant des élèves durant la réalisation. Il s'agit d'initier chez eux une manière nouvelle de considérer les handicaps, comme un mode de réunion, de partage créatif, et non d’exclusion, au sein des élèves, des institutions et de l’organisation sociale.

A cet effet, les élèves de l'atelier sont sollicités pour accompagner ou envoyer leur réalisation (sous la forme d'un objet de communication filmique) à l'intérieur et en dehors des murs de l’établissement, vers d’autres établissements scolaires ou d’autres structures de la ville comme des associations ou des établissements spécialisés qui pourront alors se trouver concernés par le Braille et la perception tactile. Cette ouverture sur l’extérieur est un point essentiel de ce projet qui veut reposer sur un principe de partage des savoirs et des expériences. Il s'agit de sensibiliser le plus grand nombre aux formes d'engagement national et international pour la solidarité envers les publics à handicaps.

En termes de compétences, ces perspectives d'ouverture et de partage rejoignent les exigences du socle commun concernant la pratique de l'auto-évaluation ainsi que la pratique autonome des savoirs. L’écriture braille favorise ces pratiques en mettant d'emblée en oeuvre l’interdisciplinarité. Le contexte historique de création de cette écriture, sa rigueur logique et mathématique, son évolution liée aux nouvelles technologies, son aspect graphique mobilisent, pour en rendre compte sous la forme d'un film, des compétences multiples de rédaction, de créativité, de savoir-être, de savoir-faire, de communication orale et écrite ainsi que d’organisation de la pensée .

 

Publics concernés:

   L'implication de l'ensemble des membres de la communauté scolaire relève directement de la synergie du projet au sein et en dehors de l'établissement pouvant s'étendre de l'échelle du vingtième arrondissement à celle de l'Europe. La Cité scolaire Maurice Ravel, engagée dans des projets européens, présente la particularité d’un public hétérogène riche, de la sixième en passant par les séries générales et technologiques du baccalauréat jusqu’aux sections B.T.S. (Brevet de Technicien Supérieur) en pleine réforme.

   Les vingt élèves de l’atelier sont recrutés sur l’ensemble des niveaux et des sections de l’établissement de façon à établir un lien entre elles. Y seront encore conviés, pour des rencontres, des élèves touchés par des déficiences visuelles qui viendront d'établissements généraux ou spécifiques comme l'I.N.J.A. La dimension écrite et partagée du projet, au travers du film et de l’audiodescription, favorise cette idée d’échange. Il sera encore proposé aux élèves de l'atelier, de façon à mobiliser l'ensemble du public de la Cité scolaire, la conception de productions artistiques visibles en points braille au sein de l’établissement, la signalétique par exemple pour les numéros de salle, le restaurant scolaire, le gymnase, les bureaux administratifs, les toilettes. Le C.D.I., qui accueille l’atelier Braille avec la complicité des documentalistes, est alors un lieu central et pivot du projet.

 

Contenus:   

 

L’atelier se tient le jeudi en fin d'après-midi - de façon à ce que tous les élèves de la Cité Scolaire puissent y accéder-, autour d'activités favorisant l'interdisciplinarité : initiation à l’alphabet, pratique de l’écriture et de la lecture braille, visites de lieux importants liés à l’histoire de Louis Braille et de son invention, découverte des nouvelles technologies ayant fait évoluer le Braille, production de travaux artistiques en rapport avec le Braille. Des lieux muséaux comme la maison de naissance de Louis Braille à Coupvray et le site de La Villette feront aussi l’objet d’une découverte pour les élèves. Des textes littéraires comme Lettre sur les aveugles de Denis Diderot seront offerts à la transcription en code Braille. Le cinéaste Jean-Louis Comolli a adapté ce texte en septembre 2009 avec les élèves de l'atelier afin de les faire réfléchir au statut du spectateur dans notre société.

L'atelier Braille s'inscrit en effet dans une continuité. Il a été créé l'année scolaire 2008-2009 à l'occasion du bicentenaire de la naissance de Louis Braille. Il a déjà donné lieu à une réalisation audiovisuelle menée intégralement par les élèves : une lettre filmée à Louis Braille qui devait entre autres lui relater précisément le parcours qu’a fait son invention depuis deux siècles. Il se poursuit cette année scolaire 2009-2010 avec une réalisation sur la galerie tactile du Louvre où l'accent sera mis sur la voix audio-descriptive que les élèves rédigeront en Braille

La progression de l'une à l'autre réalisation s'accompagne d'une réflexion autour du lien, qui forme la spécificité du projet, entre le cinéma et le Braille. Il s'agit de favoriser chez l'élève, par l'intermédiaire de la forme cinématographique,  son approche des questions de l'accessibilité d'un objet culturel à l'ensemble des publics (déficients visuels, auditifs également ici). Le cinéma peut être saisi comme une écriture tactile perceptible non seulement par le son, mais également par l'image à laquelle peut être donnée une texture particulière en variations de cadres, de couleurs et de sonorités. La pratique artistique est ici nécessairement liée à la présence d'intervenants spécialistes sur le sujet qui s'appuieront sur des oeuvres telles que Seule dans la nuit de Terence Young, Glossolalie de Erik Bullot, Dieu sait quoi de Jean-Daniel Pollet ou encore le film plus confidentiel Lettre à Lou de Luc Boland. Aborder la question de la voix audiodescriptive nécessite également une réflexion théorique en amont de façon à proposer aux élèves un rapport inventif à ce mode d'écriture. Le genre du film noir, avec pour référence principale Naked City de Jules Dassin (1948), emploie ainsi une déclinaison exemplaire de la voix off. La galerie tactile du Louvre peut tout à fait accueillir l'idée du film noir: les élèves pourront se projeter à même leurs images dans la fiction d'un film à suspense au sein d'un lieu sombre et étrange, où les sculptures elles-mêmes pourront être sollicitées comme instances énonciatrices. La méthode du cinéaste King Vidor, étudiée par Jean-Marie Lecomte, met encore en évidence que la musique est ce qui se rapproche le plus du cinéma. L'analogie musicale, la technique métronomique sont autant de procédés qui donnent à son cinéma muet une structure rythmique élaborée à même une matière sonore précise.

 

Partenaires:

 

      Il s'agira au travers de ce projet d'accompagner les élèves dans la découverte de nouveaux espaces de réflexion, culturels comme la Maison du Geste et de l'Image, partenaire principal du projet qui dispose d'une infrastructure très accueillante, et muséaux comme le Louvre qui nous offre un accès privilégié à sa galerie tactile. Ce dernier partenariat s'articule de façon heureuse à l'option Histoire des Arts du lycée Ravel du fait qu'une de ses responsables, Anne Ferrière, y gère en charge partielle les relations avec les scolaires. 

 L’association 3-ca travaille depuis l'année passée, grâce à l'intervention d'Evelyne Panato, avec toute la communauté scolaire Ravel ainsi que l'artiste Mathieu Mercier pour la réalisation d'une œuvre d’art tactile qui doit avoir lieu en 2009-2010. Le Département est intéressé par ce projet pour le relier aux installations, destinées aux non-voyants, de la nouvelle ligne de tramway qui doit s’arrêter près de la Cité scolaire Ravel. Les élèves de l'atelier seront d'autant plus impliqués ici qu'ils pourront suivre de près tout le processus de création et d'installation qui aura lieu à Ravel et l'évoquer quand ils accompagneront leur film au sein de l’établissement ou à l’extérieur.

 La Région Ile-de-France, qui a déjà subventionné l'an passé la lettre filmée filmée à Louis Braille dans le cadre du dispositif Projet lycée-innovation éducative, a été sollicitée pour cette deuxième édition du projet reçu favorablement par la D.A.A.C. et la Mission "innovation et expérimentation" du Rectorat de Paris.

 

 

 


 

BILAN D’ETAPE (juin 2009)

 

EVALUATION- BILAN DE LA PREMIÈRE ANNÉE

 

1- « Est-ce que cela marche ? » : quels sont les impacts sur les élèves ? en termes de résultats, de compétences vérifiées, au regard du socle commun de connaissances et de compétences, d’intégration dans le cycle suivant, d’insertion au collège.

 

Cette expérience de l’atelier braille s’est avérée fort concluante. Les élèves ont manifesté dans leur majorité une grande assiduité à l’atelier, une implication très vive, beaucoup d’inventivité et de réactivité. Ils ont été acteurs à part entière de l’expérience : tant dans l’apprentissage du Braille (que tous savent écrire), que dans la promotion de cette écriture grâce au cinéma.

En termes de compétences, les élèves ont mis en œuvre des compétences de rédaction, d’organisation de la pensée et de communication. Ils ont été amenés à plusieurs reprises à parler de l’atelier, à en expliquer le fonctionnement et le déroulement en public, à des non-initiés. L’atelier ayant recruté un public hétérogène, collégiens et lycéens se sont côtoyés et ont abondamment échangé, ce qui a permis de donner plus de cohérence à l’ensemble des cycles scolaires.

Les répercussions en termes purement scolaires sont complexes à analyser mais il est certain que l’écriture braille fut un vecteur permettant d’asseoir l’interdisciplinarité. Le contexte historique de création de cette écriture, sa rigueur logique et mathématique et son évolution liée aux nouvelles technologies  ont été expliqués aux élèves. Par ailleurs, l’aspect graphique du Braille a également largement été sollicité en plus de la dimension littéraire de l’élaboration d’une lettre à Louis Braille. Cet atelier a donc eu le mérite de faire le lien entre différentes disciplines enseignées aux élèves (technologie, français, histoire arts plastiques).

Le lien entre le cinéma et le Braille forme la spécificité qui a été plus particulièrement développée à l'occasion de l'expérimentation. Une lettre filmée à Louis Braille a été conçue en effet comme la réalisation finale et globale du projet.

Dans les modalités d'exécution, il avait été prévu, pour des raisons pratiques d'organisation également, un apprentissage plus suivi que parallèle entre le cinéma et le Braille. Il a été difficile, au début de l'expérimentation, de faire comprendre aux élèves les liens entre les deux. L'écriture de la lettre à Louis Braille, sur laquelle devait reposer le scénario du film, a agi comme un révélateur : les élèves ont su s'appuyer sur leurs mots, les images qu'ils décrivaient, pour rendre compte de leur apprentissage du Braille. Ce dernier a pu être alors questionné par le cinéma comme écriture tactile qui devait pouvoir être rendue perceptible non seulement par le son, mais également par l'image à laquelle il a fallu donner une texture particulière en variations de cadres, de couleurs et de sonorités. La réussite à été remarquable à ce niveau de travail : après l'écriture de leur lettre, les élèves se sont intéressés à sa mise en voix, en corps de façon à ce qu'elle soit accessible à tous les publics (déficients visuels, auditifs notamment). L'inventivité, la créativité et la curiosité dont ils avaient fait preuve lors de l'apprentissage du Braille se sont à nouveau manifestées lors de la fabrication même du film.

La rencontre avec Jean-Louis Comolli, qui doit avoir lieu en septembre 2009 pour l'adaptation de La lettre sur les aveugles de Denis Diderot sera alors pour eux encore le moyen d'éprouver leur expérience propre en la confrontant avec celle d'un cinéaste qui va les filmer en tant que lecteurs et spectateurs de la lecture d'extraits de la lettre. Cette mise en scène fait volontairement écho à la leur. Cela leur permettra ainsi d'évaluer, à l'aune de ce deuxième film en dialoguant avec Jean-Louis Comolli au travers de ce texte leur rapport nouveau à l'image, au monde, à l'autre dont ils témoignent tous dans leur  film. En termes de compétences, cette rencontre rejoint les exigences du socle commun concernant la pratique de l'auto-évaluation.

La mise en commun des deux films sous la forme dune lettre lettre "dvd" envoyée à Louis Braille a été motrice pour la compréhension des objectifs du projet. Il s'agit d'une forme connue de leur quotidien, l'écriture épistolaire est  bien une pratique qui relie les êtres.  Dans la conception de la jaquette, les élèves  ont alors d'autant plus manifesté un intérêt concernant tant son esthétique que sa fabrication (pliages prévus en septembre au sein de l'atelier).

 

2- « Qu’est-ce qui marche, quand cela marche ? » : identifier  un ou des moments spécifiques, originaux, forts qui permettent d’élaborer une ou des compétences assurant la réussite des élèves.

 

Les moments forts de l’atelier résident dans la mise en situation des élèves : tous les moments d’expérimentation ou de sorties ont permis de donner du sens au projet. L’analyse de dessins en relief par des élèves sous bandeau, la sortie au restaurant Dans le Noir, les visites de la salle Louis Braille à la médiathèque de la Cité des Sciences ou au magasin spécialisé de l’Association Valentin Haüy furent des moments qui ont concrétisé les apports théoriques donnés dans l’atelier. En outre, les moments de rédaction et de mise en commun des lettres individuelles à Louis Braille ont permis pédagogiquement d’apporter des compétences de synthèse et d’organisation aux élèves. Enfin, les occasions de promotion du projet (projection du film, rencontres), furent l’occasion pour les élèves de transmettre leur enthousiasme et leur conviction suite à leur participation à l’atelier Braille.  

 

La mise en situation des élèves s'est en effet dans presque tous les cas accompagnée d'une appropriation plus ou moins immédiate de la situation. Ce qui a marché alors, c'est que le groupe hétérogène de l'atelier, comprenant des élèves de la sixième à la seconde, se reconstituait en quelque sorte à chaque activité, créant ainsi des échanges toujours renouvelés. Les différentes étapes de création du film ont été particulièrement stimulées par cette recomposition permanente des intérêts créatifs même si cela n'a pas toujours été facile à gérer, notamment quand deux élèves ne voulaient plus travailler ensemble alors qu'ils avaient préparé une scène.

Pour favoriser l'implication collective, il a été rapidement proposé aux élèves de concevoir chacun et de façon autonome un petit film dans lequel ils pourraient s'exprimer librement : l'effet a été positif. Le projet s'est construit positivement dans ces allers et retours permanents des élèves du groupe à eux-mêmes.

La conscience collective s'épanouit d'autant plus dans une cadre où les différentes personnalités savent qu'elles auront un lieu qui leur appartiendra en propre.

 

Conclusion:

Cette première année est tout à fait encourageante selon nous pour la poursuite de l'atelier. Plus des trois quarts des élèves sont volontaires pour poursuivre l'atelier. Les activités doivent être cependant resserrées autour de l'écriture et de la pratique du code. Le cinéma, ainsi, sera plus spécifiquement interrogé l'an prochain dans sa façon de rendre compte de la spécificité du code Braille. Le vecteur stimulant qui relie le Braille au cinéma est alors la pratique artistique.

 

Enfin l'évaluation de la documentaliste quant à la fréquentation du matériel Braille est positive.

Documents complémentaires pour l'évaluation:

1) Scénario de la lettre à Louis Braille.

2) Questionnaire d'évaluation rempli par les élèves (deux questionnaires remplis joints).

3) Scénario du film de Jean-Louis Comolli adaptant "La Lettre sur les aveugles" de Denis Diderot.

4) Fréquentation Braille du CDI.

DEUXIÈME ANNÉE- RECONDUCTION DU PROJET SELON DES MODALITÉS UN PEU DIFFÉRENTES

 

Demande d'aides pour la deuxième année

 

Nous souhaiterions une aide financière supérieure afin de pouvoir accompagner les élèves dans chaque étape de réalisation d'une édition conçue intégralement pour un public non voyant.

 

Le travail des deux enseignantes excède largement les horaires de l'atelier qui n'est plus rémunéré que par 1/2h HSA pour chacune.

Nous souhaiterions au moins soixante heures HSE pour nous aider dans la réalisation du projet qui demande une coordination multiple très importante et son élargissement qui a déjà commencé avec l'équipe des documentalistes.

 

Demande :

1500 euros (devis à l'appui, livres, intervenants, édition dvd et imprimerie Laville)

60 HSE

 

Nouvelles modalités

 

L’option Histoire des Arts qui nous a ouvert les portes du Louvre grâce à une collègue Anne Ferrière (en détachement sur place pour les actions scolaires) et toute la section des Arts Plastiques du collège Ravel offrent également une structure privilégiée pour engager un travail de réflexion esthétique, graphique et plastique, sur le Braille. L’enseignement des langues et l’ouverture sur l’Europe sont au cœur des objectifs culturels, notamment en regard de la réforme des BTS. Le Braille, plus que tout autre écriture, se présente comme une écriture universelle, tournée vers l’avenir, en raison de son adaptabilité aux nouvelles technologies notamment. Le langage tactile que le projet veut explorer plus précisément cette année figure une universalisation encore plus remarquable, démocratique, de la communication.

Le projet d'oeuvre d'art au Lycée Ravel impulsé par l'association 3-ca et la MGI figure un point de croisement de tous ces objectifs. Il offre un moyen de mieux faire connaître la déficience visuelle et de proposer conjointement au DVD sur la galerie tactile du Louvre une oeuvre accessible tant aux voyants qu'aux personnes mal ou non voyantes (document 1). Les élèves participants au projet auront de fait une relation très privilégiée à la conception de  cette oeuvre d'art. Les élèves du projet seront d'autant plus impliqués qu'ils pourront suivre de près tout ce processus, et l'évoquer en accompagnant eux-mêmes leur film, présenter leur travail au sein de l’établissement ou à l’extérieur dans leur quartier ou dans une structure culturelle comme la Maison du Geste et de l’Image.

 

Le projet s'intitule cette année "Pour un parcours de voyant dans la galerie tactile du Louvre". Il veut permettre aux élèves d'accéder à des pratiques autonomes artistiques et langagières au travers de différents apprentissages. Les apprentissages du langage de la sculpture d'une part, du code Braille d'autre part, de l'art cinématographique enfin, seront complémentaires et nourris les uns des autres.  Il s'agit alors d'accompagner, dans cette combinaison d'apprentissages, les élèves dans la découverte de nouveaux espaces de réflexion. Ces nouveaux espaces sont certes culturels comme la galerie tactile du Louvre comportant essentiellement des sculptures, mais également graphiques avec principalement la maîtrise du code Braille. 

 

Les élèves voyants  (il n’y a pas pour le moment d’élève mal ou nonvoyant à Maurice Ravel) seront conviés au cours de ce projet à une découverte de la galerie tactile du Louvre pour ensuite concevoir la réalisation de leur propre film sur cette galerie, film qui sera élaboré jusque dans son édition originale en DVD pour public malvoyant. Ce film est écrit en Braille et en images audio-visuelles : ces dernières seront conçues dans une dimension tactile à même de rendre l’impression laissée par les points du Braille sous les doigts. Le film sera encore ponctuée d''une voix off audiodescriptive que les élèves écriront et énonceront eux-mêmes. Une réflexion sera ici menée sur les modes d'expression écrits et oraux.

 

Les objectifs éducatifs vont ainsi de la découverte de la sculpture tactile à l’apprentissage du système d’écriture Braille et enfin à l’apprentissage de l’écriture audiovisuelle sous la forme, pour chacun, d’ateliers théoriques et pratiques successifs et/ou croisés autour de l’écriture et de son adaptation à l’image de cinéma (scénario et langage filmique). 

 

 Le caractère innovant de ce projet relève ici nécessairement des objectifs de fonctionnement de l’interdisciplinarité qu'il mobilise. Le projet d’atelier "Pour un parcours de voyant dans la galerie tactile du Louvre", développé par deux enseignantes de lettres, veut s’ouvrir à l’ensemble de la communauté scolaire, afin de la sensibiliser également au Braille. Les élèves qui y participent en seront les messagers, autre façon pour eux de s’approprier le braille. Ils pourront d’emblée solliciter les collègues de l’ensemble des matières sur les questions soulevées lors de l’atelier. Les enseignants d’arts plastiques et d’histoire des arts pourront participer avec leurs élèves à certaines activités de l’atelier, un lien permanent sera fait avec ces matières, avec l'option Histoire des Arts notamment où l'une des enseignantes (Yola Le Caïnec) référentes enseigne. Il convient en effet de bien faire conscience aux élèves que représentation visuelle en deux dimensions et représentation tactile en trois dimensions ne font pas appel aux mêmes mécanismes d'apprentissage.

 

            L’objectif moteur de cet atelier est de voir comment des adolescents voyants s’approprient une écriture et un code qui leur étaient étrangers en les amenant notamment par la lecture-écriture Braille et le langage tactile  à une réflexion sur la rédaction et la maîtrise de la langue française tant à l’oral qu’à l’écrit, il peut être intéressant de lier à ce mouvement d’apprentissage initiateur et révélateur de langages l’approche même du cinéma, image mobile qui répond en écho à l'image sculpturale immobile, mais rendue mouvant par l'action tactile que les arborescences du menu DVD parlant figureront.

 

      Les élèves seront accompagnés durant tout leur parcours créatif de l’écriture, au tournage et au montage, jusqu’à la mise en forme d’un menu DVD, par l’intervenant cinéaste Christophe Orcand qui intervient dans le cadre du partenariat avec la Maison du Geste et de l’Image (M.G.I.). Cette dernière apporte non seulement un matériel de qualité professionnelle, mais aussi un soutien logistique tout au long des différentes étapes.

 

      Comme une sculpture, un tableau en relief ou une pochette du DVD qui pourrait constituer la carte de visite de ce projet, l'implication des élèves à tous les niveaux de fabrication du DVD permettra leur évaluation pour de nombreuses compétences, créativité, rédaction, communication écrite et orale, conception graphique, actorat. De même la volonté de rendre parlant le menu du DVD participe à l'accessibilité du DVD et rappelle l'investissement constant des élèves à tous les niveaux.

      Il s'agit de favoriser le fait que les élèves mènent intégralement la réalisation du DVD depuis l'écriture Braille du scénario, en passant par la voix audiodescriptive et le menu parlant jusqu'à la conception de la jaquette, du livret et de la rondelle du DVD.

      L’implication des élèves dans l’élaboration et la restitution du projet est mesurée déjà à la façon dont des élèves voyants s’approprient le Braille en les mettant en situation d’en rendre compte eux-mêmes. Il s’agit de leur faire appréhender le Braille comme un objet esthétique et graphique, et non pas seulement comme un code de communication.

 

      L’intervenante photographe Nathalie Desserme (Curriculum vitae joint, document 4a) assure le suivi photographique auprès des élèves en les initiant à la photographie de repérage et de plateau. Elle les aidera alors, à partir de leurs travaux, à concevoir la jaquette et le livret du DVD.

      L'intervenant Camille Lotteau, expérimenté dans la formation des acteurs, aidera les élèves qui auront la volonté de se mettre eux-mêmes en scène dans le film, ce qui sera encouragé dans la perspective d'acquis de savoir-être et de savoir-faire.

 

ÉTAPE DE FORMATION THÉORIQUE ET PRATIQUE 

 

      C'est Le Louvre qui accueillera les élèves dès le début du projet pour un atelier dans la galerie tactile (document 2). Les élèves y prendront leurs premiers repères et pourront déjà photographier les lieux afin de se projeter dans un prochain tournage. La photographe Nathalie Desserme (Curriculum vitae joint, document 4a) les aidera lors de cette première étape du projet.

 

      Les élèves de l’atelier sont initiés en même temps à l’écriture braille : l’alphabet, l’écriture de leur nom. L'introduction du Braille comme lecture et écriture tactile partira des "images tactiles" qu'ils auront filmées. Ils produiront à partir d'elles un texte en Braille, ce qui leur permettra de démultiplier tout de suite les enjeux de leur réflexion pour la construction du film, notamment la voix audiodescriptive. Des extraits de textes leur seront proposés au fil des deux premiers mois, comme « Lettre sur les aveugles » de Denis Diderot. Des ouvrages en Braille et en écriture tactile leur seront montrés. Des films aussi, allant du film grand public américain Seule dans la nuit  avec Audrey Hepburn, Daredevil (un superhéros aveugle) au film plus confidentiel Lettre à Lou de Luc Boland (document 3 a. b. c.). 

            Aborder la question de la voix audiodescriptive nécessite également une réflexion théorique en amont de façon à proposer aux élèves un rapport inventif à ce mode d'écriture. Nous avons pensé alors nous tourner vers le genre du film noir qui déploie une variation importante de voix off . Cela nous semble d'autant plus intéressant que la galerie tactile du Louvre peut tout à fait accueillir l'idée du film noir : les élèves pourront se projeter à même leurs images dans la fiction d'un film à suspense au sein d'un lieu sombre et étrange, où les sculptures elles-mêmes pourront être sollicitées comme instances énonciatrices. Le film de référence principale sera Naked City de Jules Dassin (1948). (voir la fiche cours jointe document 3d ).

Une autre référence cinématographique est alors encore éclairante. La méthode Vidor (le cinéaste King Vidor), étudiée par Jean-Marie Lecomte, met en évidence que ce qui se rapproche le plus du cinéma n'est autre que la musique. L'analogie musicale, la technique métronomique sont autant de procédés qui donnent à son cinéma muet une structure musicale élaborée à même une matière sonore précise. Ainsi le cinéaste faisait écouter à l'actrice Lillian Gish une musique adaptée afin qu'elle accorde son jeu et sa voix dessus.

 

Des pistes de travail  autour du thème du « fragment » sont proposés par la Maison du Geste et de l’Image où nous nous rendrons pour visiter l'exposition correspondante d'oeuvres du FRAC, thème dans lequel s’inscrit ce projet, définissent un cadre esthétique propice pour le « parcours de voyant dans la galerie tactile du Louvre » puisqu’il va s’agir de rendre compte de façon nécessairement fragmentaire, par l’audiodescription et l’image cinématographique, des différentes sculptures qui la composent. Un des objectifs sera aussi de faire comprendre aux élèves que perception visuelle et perception tactile diffèrent : si la première s’appuie sur une représentation en deux dimensions grâce à des codes de perspective, la seconde mobilise une représentation en trois dimensions.

 

      Pour élargir leurs connaissances techniques relatives au Braille et favoriser l'appréhension graphique du DVD, des sorties et des visites de lieux spécifiques comme celle de l'imprimerie La Ville, avec laquelle nous souhaitons travailler pour l'édition du livret et de la jaquette du DVD, seront organisées et feront l'objet d'un reportage filmique pour les boni du DVD.

 

ETAPE DE RENDU SOUS FORME FILMIQUE

 

      Pour cette étape, les élèves sont encore accueillis à la Maison du Geste et de l’Image : ils découvriront, en même temps que les lieux, les différents aspects des métiers du cinéma. Un cinéaste (Christophe Orcand, Curriculum vitae, document 4b) leur y expliquera en quoi consiste une équipe de tournage (décorateur, réalisateur, acteurs, chef-opérateur, ingénieur du son, maquilleur, costumier, éclairagiste, scripte, photographe de plateau, techniciens, régie, postproduction) afin qu’ils puissent se projeter dans leur réalisation.

     

      Après une séance d'initiation pratique au matériel cinématographique à la MGI avec le cinéaste Christophe Orcand, les élèves se rendront pour la deuxième fois au Louvre afin de  réaliser les images qu'ils auront scénarisées en groupes auparavant avec le cinéaste. Pour le tournage, un deuxième intervenants qui interviendra également au moment de la conception finale du DVD, Camille Lotteau (Curriculum vitae, document 4c) aidera une partie des élèves à anticiper  cette finalisation au niveau de leurs propres images. Ces images seront en effet une base de réflexion pour l'écriture de la voix audio-descriptive qui se fera conjointement avec le montage ainsi que pour le menu parlant.

 

      En parallèle, pour aider ensuite les élèves dans leur approche du cinéma audio-visuel comme langage et montage notamment, une phase d’initiation à un certain type de cinéma qu’ils ne connaissent pas nous alors semble intéressant. Ce cinéma est celui qui est en quête de la matière, des signes du monde, et offre pour cela une déclinaison sensorielle nouvelle. Ainsi les films de Jean-Daniel Pollet, Méditerranée et Dieu sait quoi, sans être définis comme des films expérimentaux, seront pour les élèves une autre vision de l’image sonore et de ses possibilités face aux choses et objets qui nous entourent dans notre quotidien ou notre imaginaire. Le montage, comme syntaxe d’images, est un point essentiel de cette initiation. Le film Glossolalie (Document 3d)de Erik Bullot, qui réfléchit sur les langues, ouvre, au fil de sa succession de séquences, une fenêtre sur les schémas de la communication. Les élèves peuvent à tout âge comprendre cette nécessité de penser autrement leur langue et leurs relations interlocutives. La construction d’une équipe de tournage se fera d’autant plus évidemment avec les élèves qu’ils comprendront les fonctions langagières de chaque poste, indépendamment et de façon liée, au son, à la lumière et à l’image. 

 

Pour un début d’analyse :

Dans son film Méditerranée (que nous montrerons en même temps que son autre film consacré à Ponge, Dieu sait quoi ), Pollet recherche la réalité d’une matière qu’il désigne par ce nom propre Méditerranée. Matière qui se démultiplie en se constituant. Le film enchaîne les plans qui en sont autant de visions possibles. La Méditerranée est alors représentée comme une puissance de montage de l’histoire. Une voix off commente ce puzzle d’images montées : le point de vue se situe partout, chaque première vision est erronée. Quelle est alors la bonne vision ? La bonne vision ne se situe peut-être pas dans une image, mais entre deux images, plus précisément deux photogrammes de cinéma, dans une troisième image qui se glisse entre eux au moment du montage. Cette troisième image, la surnuméraire, est celle-là même de l’approximation positive : elle ouvre la possibilité des deux autres, elle leur permet de faire exister ensemble leurs réalités afin d’en créer une multiple.

EVALUATION DU PROJET

 

¾  Quels effets, quels impacts de votre action envisagez-vous à terme ?

 

L’intérêt innovant d’une telle action dans l’enceinte de la Cité Scolaire est déjà avéré auprès des élèves et des collègues qui voient enseignants et collègues (deux professeurs sont non voyants à Ravel en français et en histoire) dans une autre pratique de la langue.

L’installation en dispositif artistique d’une signalétique braille au sein de la Cité Scolaire, conçue par les élèves de l’atelier, détermine un nouveau mode d’investissement des élèves citoyens au sein de la communauté scolaire, qui est toujours le reflet de la société dans une perspective plus large.

L’atelier ne pourra accueillir tous ceux qui voudront y participer, mais nous espérons que sa mise en place et ses activités créeront des perspectives de développements satellitaires entre les élèves, les enseignants et l’ensemble des acteurs de la communauté scolaire. Son implantation au c.d.i. veut favoriser cette ouverture.

 

Dans la recherche d’une pratique de transversalité des établissements scolaires, le lycée Morvan, qui a participé à l’élaboration du dvd Entrelacs sous la forme d’une contribution filmique (le film Les Mots en silence réalisé dans le cadre de tpe par un élève malentendant Alexandre Lanfranchi), est intéressé, dans le cadre d’un partenariat avec le Lycée Ravel, au développement généralisé de l’enseignement des outils de communication à public spécifique comme le code Braille ou la langue des signes. Le Lycée Simone Weil sera également sollicité dans cette perspective pour une mise en réseau des établissements qui veulent se consacrer à l’enseignement de ces langues au sein d’options ou d’ateliers à public mixte.

 

     La lettre filmée à Louis Braille forme un outil de mesure pour les impacts de l’action à terme. Elle assure encore au sein de l’établissement une relation entre les différents niveaux : les élèves peuvent écrire à une classe de leur propre établissement, notamment du lycée au collège. Ainsi est favorisée « la continuité et la réussite des parcours scolaires pour conduire l’ensemble des élèves au niveau de compétences attendues en fin de scolarité et à l’obtention des diplômes » (extrait du projet d’établissement). Si les liens sont faits entre les différents niveaux, l’orientation prend un sens positif pour les élèves qui peuvent se projeter. 

 

 

¾  Comment comptez-vous les évaluer ? Quels indicateurs comptez-vous retenir ?

 

     L’acquisition de connaissances des élèves de l’atelier autour du Braille apparaîtra dans leur pratique même de sa lecture et de son écriture. La reconnaissance ne pourra êre que visuelle dans un premier temps, mais dès la fin de l’année ils pourront commencer le travail de reconnaissance tactile qui les mettra sur une progression de plusieurs années.

     La partie historique, politique et sociale qui environne le Braille sera fondamentale pour les motiver dans la suite de leur apprentissage qui prendra alors une valeur d’engagement.

     Le cheminemet individuel de chaque élève fera l’objet d’une attention particulière ; ils ne seront pas évalués, mais encouragés selon leur évolution.

 

Chacun aura accès à une caméra pour transmettre sa propre évaluation du travail de l’année. Les films obtenus seront autonomes et proposés pour le DVD édité par la Maison du Geste et de l’Image de façon, si nous n’avons pas moyens suffisants. La lettre filmée s’inspirera d’eux et aura alors un autre intérêt, documentaire (développé encore par Jean-Louis Comolli), en racontant la naissance du projet, le cheminement de l’idée jusqu’à sa mise en œuvre. Les élèves de l’atelier seront invités à s’y investir en l’utilisant comme vecteur sensoriel pour parler de leur expérience. Leur travail croisant aussi la situation fictive d’une lettre qui traverse deux siècles jusqu’à Louis Braille, ils pourront se projeter dans le temps et y projeter en même temps Louis Braille et son invention. Le rôle de l’intervenante actrice  sera fondateur dans ce travail de projection qui implique fortement les individus notamment quand il s’agit de relater une expérience inédite qui leur renvoie une image nouvelle d’eux-mêmes.

Le site de La Cité Scolaire est un lieu d’accueil privilégié de cette double projection : aux élèves d’y inventer des modes de représentation pour y installer la signalétique braille. Ce projet, à grande échelle, les implique dans un rôle actif au sein de la vie lycéenne puisqu’ils seront les initiateurs d’une structure d’accueil pour les élèves mal voyants au sein de leur Cité Scolaire. La réalisation d’une telle infrastructure ne pourra s’évaluer en une année, mais dès cette première année, nous pourrons mesurer un premier niveau d’aboutissement dans la mobilisation qu’elle va susciter.

Un journal de l’action sera ainsi régulièrement tenu par les deux enseignantes afin de raconter et évaluer cette mobilisation.

 

¾  Comment comptez-vous rendre compte de votre action ?

 

Différentes manifestations auront lieu, des traces écrites, filmées seront également réalisées pour rendre compte de l’action

 

1) Une exposition de photographies sur panneau et sur diaporama : elle comportera à la fois le reportage de suivi du projet réalisé par la photographe Nathalie Desserme et les photographies de plateau réalisés par les élèves. L’intervenante assure la coordination de l’ensemble, ainsi que la finalisation des modes de restitution photographiques dont la jaquette du DVD.

2) Le blog des élèves consultable sur internet assure des liens entre les différents partenaires (notamment la Maison du Geste et de l’Image qui l’ouvre sur son site ) et l’établissement.

3) Le DVD qui correspond à la finalisation du projet et qui doit faire l’objet d’envois ciblés dans des établissements intéressés par l’introduction du Braille dans leur enseignement : il comportera la lettre filmée à Louis Braille réalisée par les élèves au sujet de leur expérience d’atelier, les images tournées par Jean-Louis Comolli, des photographies, des témoignages extraits du blog, et le film du lycée Morvan réalisé dans le cadre d’un partenariat entre les deux établissements.

4) La Maison du Geste et de l’Image organisera des présentations du projet dans le cadre de ses manifestations de fin d’année.

5) Un festival sur le film épistolaire réunissant les films des élèves et ceux de cinéastes connaît une deuxième édition 2009 au le Musée de La Poste, la lettre à Louis Braille y sera programmée. (document 7)

6) Une installation signalétique (projet artistique qui sera développé dans les années ultérieures, il s’agit ici de lancer le processus) Braille dans la Cité scolaire Ravel, des maquettes artistiques comme un mur d’escalade en code Braille.

7) Le journal tenu par les deux enseignantes.

 

 

 

 


 

 

¾  L’action a-t-elle déjà été aidée, soutenue, accompagnée ?

 

 

     L’atelier Braille a été retenu par la DAAC du Rectorat de Paris comme atelier artistique en cinéma. Les enseignantes ont été dotées d’une heure supplémentaire ; la MGI désignée comme structure culturelle partenaire finance les trois quarts d’un intervenant cinéaste ; le lycée a déjà engagé la somme de 1500 euros pour le financement complémentaire du cinéaste.

 

L’action s’inscrit en outre dans un réseau partenarial qui la soutient. Le Lycée Ravel s’est engagé en effet depuis la rentrée 2007-2008 sur le développement du projet Lettre(s) Au Cinéma avec le Musée de La Poste. L’ atelier braille poursuit cette ouverture culturelle en proposant une nouvelle lettre filmée, sous une nouvelle forme, à la deuxième édition du festival des Cinéastes Affranchis mis en place précisément dans le cadre de ce projet.

L’année 2007-2008, avec le projet Lettre(s) Au Cinéma, le lycée s’est ouvert à trois partenariats culturels, le Musée de La Poste, le Centre Pompidou, La Maison du Geste et de l’Image. L’atelier braille s’inscrit dans cette transversalité partenariale. Le Musée de La Poste accueille l’atelier notamment pour l’accès à leur station Morse. Le logiciel Lignes de Temps installé en réseau au lycée Ravel pourra être un outil d’apprentissage pour l’écriture cinématographique lors de l’action de l’atelier Braille.

 

C’est le partenariat avec la Maison du Geste et de l’Image qui se trouve renforcé avec le projet : l’intérêt de la MGI s’est en effet développé pour les actions culturelles au lycée Ravel qui a été inscrit officiellement pour la rentrée 2008 à la troisième étape « la palissade » de son programme Territoire en direct. Cette officialisation promet un partenariat important pour le lycée Ravel qui n’est que très peu équipé en matériel audiovisuel : les élèves, grâce aux structures de la MGI, ont accès à un matériel performant, ce qui est fondamental dans la perspective d’une formation ultérieure, qui peut être très vite tournée vers une professionnalisation notamment pour les BTS. L’option Histoire des Arts et toute la section des Arts Plastiques du collège Ravel offre une structure privilégiée pour engager un travail de réflexion esthétique, graphique et plastique, sur le Braille. L’enseignement des langues et l’ouverture sur l’Europe sont au cœur des objectifs culturels, notamment en regard de la réforme des BTS. Le Braille, plus que tout autre mode de communication, peut se présenter comme universel, parce que le sens tactile est ce qui fait se rejoindre en majorité l’humanité.

 

 

¾  Quelle serait, selon vous,  l’aide efficace pour permettre l’expérimentation ?

 

     L’expérimentation, afin de pouvoir toucher le maximum d’élèves, doit pouvoir être inscrite au maximum dans un système de gratuité. Le lycée est déjà un peu équipé de tablettes braille grâce au projet de l’an passé financé en partie par la Région Ile-de-France (La lettre audio-visuelle), mais insuffisamment pour le nombre d’élèves de l’atelier, et plus encore pour l’expérimentation d’une mise à disposition au CDI destinée à l’ensemble de la communauté du Collège Lycée Ravel. Le matériel nécessaire pour expérimenter la fabrication de panneaux en signalétique braille nécessite également de l’argent.

     Les différentes sorties, peu coûteuses, pourraient être offertes également aux élèves de l’atelier.

     Les deux enseignantes rémunérées pour les séances auront une tâche de coordination supplémentaire au niveau de l’expansion du projet au sein de la cité scolaire Ravel, et également dans le réseau d’établissements et de partenariat qu’elles doivent créer. Enfin, les dossiers à constituer pour faire aboutir l’idée d’un équipement en signalétique Braille pour le Collège Lycée Ravel demande un investissement important, notamment en ce qui concerne les contacts à prendre et les dossiers à rédiger pour valider le projet. La partie évaluative du projet sera là aussi, dans sa diffusion qui pourra prendre de multiples formes, oral, écrit (en noir et en Braille), audiovisuel…

Des intervenants, enfin, sont nécessaires pour aider les élèves.

Cela concerne déjà la réflexion de la forme de la lettre filmée (Roselyne Quéméner) qui est une façon aussi de répondre à la lettre audio-visuelle réalisée l’an passé avec une classe de 1ère STG au lycée Ravel - laquelle sera montrée aux élèves comme amorce de réflexion cinématographique, nous précisons bien ici que les deux projets sont totalement indépendants, le deuxième ne faisant que rebondir sur l’autre (voir DVD joint à cet envoi).

Si La Maison du Geste et de l’Image, en tant que partenaire privilégié, met à notre disposition ses structures et son matériel, et nous a proposé Christophe Orcand, elle ne pourra financer les autres.

Une actrice Anna Sigalevitch doit être sollicitée pour aider les élèves à jouer, à se représenter leur identité sensorielle, notamment sonore avec les points sons qui font écho aux points braille dans l’économie audio-visuelle. Une photographe, Nathalie Desserme, encore leur permettra de prendre conscience par la photographie de l’aspect visuel de leur expérience artistique et leur permettra de faire aboutir la forme finale de leur DVD.

Jean-Louis Comolli enfin s’appuiera sur le texte de la «  Lettre sur les aveugles » de Denis Diderot pour rencontrer les élèves, les faire réfléchir au statut du spectateur, de l’image dans notre société. Des extraits de ce texte feront l’objet d’une transcription braille par les élèves de l’atelier. Jean-Louis Comolli donnera en outre des interventions sur la question du spectateur, qui voit sans voir, à partir du texte des Lumières « Lettre sur les aveugles ». Il filmera alors les élèves et leur proposera un traitement de leurs images en proposant lui-même les extraits d’une lettre qui adapte ce texte de Denis Diderot. Tout se fera en concertation, les élèves filmeront aussi Jean-Louis Comolli. Les images auront deux destins, deux réponses, entre le film des élèves et celui du cinéaste. Ce film pourra fonctionner comme un écho, un signe supplémentaire pour faire résonner le travail des élèves. Ce contrepoint entre un cinéma professionnel et un cinéma amateur est propice à la naissance du regard critique de part et d’autre. L’échange et le partage des savoirs et des expériences est au centre de cet atelier qui veut remettre à l’actualité le mode de communication qu’est le code Braille.

 

Une aide efficace pourrait porter sur quarante heures et 1500 euros.

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La Lettre Filmée à l’usage de ceux qui ne voient pas ou n’entendent pas

 

La diffusion du savoir se démocratise aujourd’hui notamment grâce à la multiplication des media, mais les dispositifs audio-visuels excluent trop souvent encore les handicaps visuels et auditifs. La réalisation cinématographique, qui dispose de moyens techniques élaborés, permet pourtant la prise en charge de cette diffusion auprès d’un public élargi, en se pensant comme possible traduction audio-visuelle immédiate de textes littéraires.        

Cette perspective ouvre la possibilité à l’élaboration d’une bibliothèque audio-visuelle, qui sera d’autant plus démocratique qu’elle sera façonnée par un nombre important et concerté d’individus, les groupes classes offrant un lieu privilégié pour un tel projet.

Partons d’un projet pédagogique de Lettres Filmées où les élèves sont en situation de penser la communication en sons et images. On leur propose des lettres d’écrivains - au travers desquelles les objectifs du programme scolaire sont atteints. On développe alors différents ateliers théoriques et pratiques autour de l’écriture épistolaire : la lettre est un objet qui circule dans la fiction ou devient le film lui-même. Dès l’étape scénaristique de l’adaptation, les élèves doivent penser leur propre écriture et celle des auteurs comme une articulation d’images et de sons construisant un langage à part entière. Ils sont invités, au travers de travaux dirigés, à approfondir leur réflexion sur les modes de communication développés au fil de l’histoire : le langage sonore morse, l’alphabet visuel du télégraphe, et l’adresse frontale en langue des signes fondée sur des regards caméra soutenus forment trois pistes essentielles pour un épistolaire audio-visuel.

Dès sa phase d’expérimentation, cette recherche s’appuie sur une exigence fondamentale d’un langage audio-visuel non discriminatoire qui sache déjouer les faux paradoxes. Aller au-delà de l’évidence cinématographique où une image fait du bruit, et où le son active l’imaginaire. On voit ce qu’on ne voit pas et on entend ce qu’on n’entend pas. Tout est affaire de hors-champ visuel et sonore. Les images et les sons se prolongent, provoquent leurs sens dans un mouvement infini. De même qu’un film pour un public mal-voyant et aveugle doit comporter des images, un film pour un public mal-entendant et sourd doit comporter des sons.

 

La Lettre Filmée numéro 2 veut proposer une écriture audio-visuelle prototypique. La ressource offerte par le cinéma épistolaire en modes d’expression suggestifs riches, où son et voix s’articulent et se problématisent en même temps, a permis de questionner plus avant les principes possibles d’un langage audio-visuel filmique.

L’adaptation de la lettre de Jean de La Fontaine à sa femme a été appréhendée avant tout avec la contrainte d’une lecture visuelle et sonore intégrale de la lettre. L’écriture du scénario et le tournage ont été alors pensés dans cette perspective, la contrainte s’est avérée motivante et stimulante dès la lecture pour le travail d’écriture audio-visuelle. Le point d’achoppement de cette lecture reposait sur la façon dont les relations entre le destinateur et la destinatrice allaient être traduites. Quel point de vue épouser ? Celui du moraliste voyageur La Fontaine seulement ? Celui de la femme ou de l’homme ? Celui de la lecture ou de l’écriture ? Il a tout de suite été question de mêler les deux, morale classique et quotidien, dedans et dehors, femme et homme. Très vite, cependant, un point de vue a été privilégié par les élèves du groupe, qui, sensibles à la beauté du texte, ne désiraient pas pour autant recevoir ou envoyer une lettre de la sorte. Et c’est précisément lors de l’écriture du scénario que les élèves ont fini par comprendre ce qui leur résistait et suscitait leur résistance : les préjugés sur la femme et les sous-entendus érotiques du locuteur leur sont apparus en même temps. Les enjeux libertins, enfin, qui croisent la morale classique, se sont révélés dans l’idée même qu’ils ont eu en cherchant comment le jardin de Madame C…pouvait entrer dans l’aspect visuel du film. Ils ont en effet imaginé un splitscreen suggestif où temps d’écriture et temps de lecture s’élaborent en même temps, une main dessine des lettres, l’autre dessine un corps de femme : cela mime le travail de la lectrice qui se projette à la fois dans le jardin et dans sa conscience. L’interprétation politique du texte est en fait née de la compréhension de sa dimension libertine. Des éclairages sur des références possibles, comme celle de Maison de poupée d’Henrik Ibsen où le personnage de Nora finit, dans la conscience de la nécessité de son émancipation, par abandonner son foyer, ont permis de donner à cette interprétation une valeur de fiction qui s’ajoute à celle de la lettre : quand Jean de La Fontaine évoque leur « marmot » auquel il promet un chaperon ( mot qu’il utilise plus avant dans la lettre pour évoquer son désir des Limousines ), elle part et laisse l’enfant dont l’indépendance est attestée par le fait qu’il sache lire.

Il est ici remarquable que les élèves se sont saisis du texte de façon libre, l’interprétation féministe qu’ils ont voulu lui donner (elle raconte pour eux l’émancipation nécessaire de Mademoiselle de La Fontaine, l’éveil de sa conscience à la lecture de la lettre) les a placés dans une dynamique inventive qui s’est révélée nécessaire pour la traduction audio-visuelle du texte. Chaque idée qui s’en dégage appelle un effet sonore, un effet de lecture aussi. Le souffle de la conscience qui passe sur la fin du film au moment où la lettre tombe au sol est sonorisé par un bruit de vent marin (qui est aussi le nom donné au petit garçon qui incarne Charles de La Fontaine). « Les acteurs sont tous des femmes » est une décision qui a été prise également dans cette logique interprétative ; c’est aux femmes de jouer leur histoire. Le décalage est offert par la voix masculine off qui s’intercale entre les deux voix féminines en écho l’une de l’autre pour le même personnage qui se transforme grâce à sa lecture.

 Pour faire passer cette idée de métamorphose de la femme en visuel et sonore, le jeu se fait double. De même que la lettre est interprétée tout le film durant en différentes voix off ou in, le texte lui-même est mis en scène pour faire de la lecture, aussi, un spectacle émancipateur : les mots rebondissent, disparaissent, surgissent au centre ou défilent en continu sur un visage, sur une fenêtre, au bas du plan. Une voix audio-descriptive peut venir alors expliquer cela, le film travaille de façon à rester dans une perception positive, jamais déceptive. Si les informations s’ajoutent, se superposent, il faut savoir les trier, les déplacer vers un champ de compréhension élargi, dépliable à l’envi. Le principe du film repose sur sa densité, laquelle loin d’être un écueil, est autant de chemins pour le comprendre. On doit concentrer son effort sur les liens qui s’y jouent dans les articulations,  une bouche qui articule en mimant les mots n’est autre qu’une bouche qui les articule en voix.

La lettre audio-visuelle s’inscrit alors dans le temps de projection-perception : il faut le temps de dire, le temps de lire, le temps d’entendre, le temps de comprendre. Libertinage au pays des Limousines est mesuré sur sept minutes comme les autres films du triptyque avec le même temps de tournage et de montage. Le privilège donné au plan séquence prévoyait le temps que prendrait l’incrustation des textes dans l’image. La durée du film a doublé dès lors qu’il a fallu allonger les plans de textes, allonger les plans de voix aussi, comme pour les génériques qui se plient à l’audio-description dans leur défilé. C’est au montage encore que se sont construites les couches de sons et d’images, les bruits d’oiseaux de forêts occidentales, qui accompagnent la lecture des pages du livre, préparent aussi l’exotisme de ceux qui découvrent la scène mimée dans le jardin des Tuileries.

La nature historique, littéraire, autobiographique, politique de la lettre de Jean de La Fontaine à sa femme appelle d’autant plus un effeuillement réciproque des sons et des images qu’il veut offrir une approche de chaque aspect à tous les niveaux du film. Au XVIIème siècle, un mari exilé par le Roi, ouvre une correspondance avec son épouse afin de la distraire de ses récits de voyage. Les motifs évidents ont été traduits par les élèves après qu’ils ont réussi à dégager, par le truchement des principes d’écriture audio-visuelle, le sens de leur interprétation : l’aspect historique a pris l’allure d’un film à costumes où les femmes se travestissent ou non, rubans des courtisans obligent, et d’une scène rajoutée où Louis XIV apparaît en femme, bien sûr, « Ma Reine Soleil », au milieu d’une fête costumée où les masques des animaux de La Fontaine rappellent les loups feutrés et pailletés des jeux de jardin à Versailles. Cette scène très théâtrale, mais en décors réels, comme la séquence avec Madame C… dans le jardin, permet de faire respirer les trois longues séquences en studio où le voyage et le foyer des La Fontaine ont été concentrés sur des gros signes qui excluent le quotidien réaliste pourtant évoqué dans le texte, comme les fenêtres incrustées de paysages filmé en travelling à Clamart, ou le bruit de galop des chevaux, la présence du fils près du bureau de la lectrice. Ce parti-pris correspond à un manque de moyens (tourner dans une calèche aurait été l’idéal peut-être) certes, mais également à un choix d’abstraction : pour mimer l’acte de prise de conscience de la femme, Mademoiselle de La Fontaine, les images devaient prendre une valeur onirique, procédant par reconstitutions de scènes, éclairs d’images, envahissements sonores ou silences. La lecture devenant une rêverie voyageuse, faite de lumière et de bruits, fait se rejoindre finalement les deux protagonistes, l’homme et la femme, dans le partage d’une même durée épistolaire, lire, écrire, relire, à voix haute ou en silence, en laissant imaginations et consciences se croiser librement au fil des mots.

 

                                                                              Yola Le Caïnec


 


 

ATELIER BRAILLE 2009-2010

Parcours de voyant dans la galerie tactile du Louvre

 

Professeurs : 

 

Anne Chotin (détachée de l'extérieur "INS HEA") et Yola La Caïnec

 

Horaire hebdomadaire : 

Jeudi de 17h15 à 18h45 au CDI

 

Objectifs :

 Il s'agit avant tout d'accompagner les élèves dans la découverte de nouveaux espaces de réflexion. 

Ces nouveaux espaces sont certes culturels comme la galerie tactile du Louvre ( travail en collaboration avec Anne Ferrière de l'option "Histoire des Arts")) comportant principalement des sculptures, mais également langagiers avec principalement le code Braille. 

Le projet 'Parcours de voyant dans la galerie tactile du Louvre" veut permettre aux élèves d'accéder à des pratiques autonomes artistiques et langagières au travers de différents apprentissages. Les apprentissages du langage de la sculpture d'une part, du code Braille d'autre part, de l'art cinématographique enfin seront ainsi complémentaires et nourris les uns des autres.  

Le projet aboutira avec la création d'un film que nous éditerons sous la forme d'un DVD avec le soutien de le Région Ile-de-France.

 

Modalités et Agenda prévisionnel :

Fin du projet 2008-2009 de septembre à octobre pour l'édition d'un DVD.

 

Recrutement et information pour la deuxième session de l'atelier Braille:

-passage dans les classes le 14/09 de 10h à 12h avec Anne Chotin

-réunion d'information le 29 septembre 13h à 14h pour les élèves et les professeurs, tous ceux qui veulent.

-projection avant le 22 octobre : les deux films du DVD du projet 2008-2009

 

Déroulement du projet 2009-2010:

Novembre : 3 jeudi + 1 demi-journée au Louvre (parcours galerie tactile)- jeudi 13/11

Décembre : 3 jeudis + 1 journée de tournage entre la MGI (apprentissage des outils de tournage) et Le Louvre ( tournage dans la galerie tactile par équipes de deux) - vendredi 4/ 12

Janvier : MGI, premier montage fini - 2 séances

Février, Mars, Avril : écriture des textes du film en Braille, montage au lycée - voix audiodescriptive

Mai: finalisation du film, édition du DVD.

 

 

Coordonnées des intervenants

 

enseignante: anne.chotin@free.fr , madame.lecainec@gmail.com

photographe: nathalie.desserme@gmail.com 

cinéaste: jeanlouis.comolli@wanadoo.fr, christophe.orcand@club-internet.f

 

 
 

  Innover

   Expérimenter

  Accompagner

  Évaluer

  Former


 

Lycée Ravel – 89, Cours de Vincennes- 75 020 Paris-

01 44 64 87 40

lyc-maurice-ravel.scola.ac-paris.fr/

Contacts :  yola.lecainec@gmail.com (Professeur de français)

 

 

 


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