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Pourquoi changer l’école ? (Textuel)
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François Dubet est
professeur de sociologie à l'Université de Bordeaux II.
fiche de lecture établie par Emilie Madigou, étudiante en
master II Paris V, 2005
Il est directeur d'études à l'Ecole des Hautes
Etudes en Sciences Sociales et membre du Centre d’Analyse et
D’Interventions Sociologiques (CADIS) Il est aussi membre du
comité de rédaction de la revue sociologie du travail et
du comité scientifique de plusieurs autres revues. Il est membre
senior de l’Institut Universitaire de France.
Ses recherches portent sur les mouvements
sociaux, les problèmes urbains, la marginalité juvénile, la
délinquance, la socialisation, le travail, et l’école.
Il a publié de nombreux ouvrages sur la question
scolaire, dont les Lycéens (Le Seuil, 1991),
l'Hypocrisie scolaire : Pour un collège enfin démocratique
(en collaboration avec Marie Duru-Bellat, Le Seuil, 2000) le
Déclin de l'institution (Le Seuil, 2002) et le rapport
langevin-wallon en collaboration avec Claude Allègre et
Philippe Meirieu).
En 1999, il publie l’ouvrage qui va être le sujet
de cette étude : Pourquoi changer l’école ? (Textuel).
Ce livre se présente sous la forme d’un
entretien, d’une conversation entre Philippe Petit
(l’intervieweur) et François Dubet.
Cet écrit s’organise en plusieurs ensembles.Il
retrace dans une première partie les principes républicains
rattachés à l’école et leur voyage tumultueux au cours de
l’histoire scolaire jusqu’à nos jours. Ces fondements
républicains élaborés sous la III° république sont-ils toujours
applicables à notre école du XXI° siècle ?
La deuxième partie s’emploie à définir le projet
pédagogique de notre école et à cerner ses difficultés et ses
réussites. Quelle mission pour l’école ?
Puis Dubet expose sa vision des choses et propose
des chemins possibles pour une reforme de qualité.
Dubet est un défenseur de
l’école. Pour lui, l’école est une grande invention
républicaine.
Pour introduire ce livre,
Dubet va distinguer le fond et les formes de l’école
républicaine.
Le fond de l’école
républicaine est porté par des principes et des valeurs. Cette
école républicaine, Dubet la définit selon plusieurs grands
axes :
-l’école est définie par un
projet éducatif, celui de former des citoyens en leur apportant
une culture commune et une capacité critique à tous,
-ce projet éducatif est
soutenu par une politique d’égalité des chances,
-l’école sépare l’instruction
de l’éducation.
Pour lui, le débat essentiel
de l’école se situe dans cette réflexion : Comment transformer
l’école et sommes-nous en capacité de faire en sorte qu’elle
soit au plus proche de ses valeurs et de ses principes
républicains fondateurs ? Ou bien, l’école doit-elle rester
conforme aux formes d’organisation et d’enseignement
originelles ?
La société a changé, et si
l’on veut défendre les principes et les valeurs de l’école, il
faut changer l’école tout en la faisant rester républicaine.
Le débat ne se situe pas au
niveau des valeurs, que la grande majorité partage, mais au
niveau des faits.
L’école, les élèves, la
société se sont fondamentalement transformés depuis la III°
république.
Les formes d’organisation,
les pratiques d’enseignement et le public scolaire, eux aussi,
ont muté avec la société.
Dubet ne remet pas en cause
ces fondements républicains qui prônent l’intégration
culturelle, nationale ainsi que la culture citoyenne qui
favorisent l’égalité sociale et scolaire.
Il pose la question des liens
entre les pratiques, les formes et les principes fondateurs, et
par conséquent de leurs conditions de réalisation.
Ainsi le sentiment
d’affronter une crise scolaire est très vif. En effet face à la
tentative de l’école d’accomplir son projet en direction d’un
public et d’une société qui changent, la nostalgie des anciens
temps a souvent refait surface (sans un retour total à l’ordre
ancien). La nostalgie de l’école de la III° république est donc
forte.
En près de quarante ans,
l’école républicaine fondée par la III° république est devenue
une école démocratique de masse. Cette longue évolution a
introduit de nombreux changements fondamentaux.
Pour Dubet, ce qui menace
l’école, c’est le décalage entre les principes affichés et la
réalité des pratiques et des expériences des acteurs qui la
composent.
I /
De l’école de la III°république …
L’école de la III° république
s’est imposée face à l’ancien régime et l’église grâce à « une
philosophie scolaire extrêmement forte ».
Il y avait une volonté de changer l’école face à une société qui
mutait elle-même.
Elle portait, pour l’époque,
un projet nouveau et moderne.
La création, par les lois
Ferry de 1881 et 1882, de l’école laïque, gratuite et
obligatoire, n’avait pas seulement pour objectif d’apprendre à
lire, à écrire et à compter à l’ensemble des français, elle
visait à instaurer un nouveau type de légitimité politique et de
citoyenneté en se séparant de la tutelle de l’église. Ce fut un
progrès social énorme, et cela a permis d’élargir l’ouverture
des portes de l’école à tous.
Cependant Dubet va nuancer le
modèle de Ferry qui est porté comme exemple. Il veut donner une
image plus réaliste de cette époque tant invoquée.
Cette école est restée et a
demeuré institutionnellement divisée : L’existence du primaire
pour les enfants du peuple et celui du secondaire payant pour la
bourgeoisie a perduré.
Cette différence dans
l’acquis de savoir persiste et se caractérise toujours par le
produit des naissances.
Les enfants des classes peu
aisées et ouvrières ont eu l’accès à une culture commune de
base. Mais sans génie particulier, ces mêmes enfants étaient
condamnés à des études courtes.
Dubet nuance donc très
fortement ce modèle qui n’est pas pour lui, celui de l’égalité
des chances mêlant tous les publics dans la même compétition
mais celui d’un élitisme républicain. Dans ce modèle, le mérite
et le travail sont promus et valorisent un accès pour les
enfants du peuple à des études plus longues. Il s’agit donc bien
d’une sélection et non pas d’une égalité.
La sélection scolaire était
une sélection sociale et se pratiquait « en amont » de l’école.
Néanmoins, dans ce système,
l’école pouvait être perçue comme juste car elle offrait une
chance aux meilleurs, alors que les causes essentielles de
l’injustice et des inégalités étaient d’abord situées dans la
société qui contrôlait l’accès à tel ou tel type d’école.
II
/ … à l’école démocratique de masse.
Avec l’impulsion du plan
Langevin Wallon, qui pour plus d’égalité voulait permettre
l’accès à tous à la même école, l’institution s’est ouverte
.Elle s’est ensuite transformée en école démocratique de masse
en allant vers l’ouverture du secondaire et vers le collège
unique (loi Haby de 1975).
L’école a cherché à
sélectionner par la compétence.
Les équilibrages pédagogiques
de l’école républicaine ont été peu à peu mis à mal face à
l’afflux de publics nouveaux.
Cette école démocratique, qui
est ouverte à tous et qui s’efforce d’égaliser l’accès aux
études, crée aussi des inégalités. En accroissant son emprise,
elle détermine directement les carrières des élèves au cours
d’une scolarité plus longue : elle sanctionne et hiérarchise les
élèves puisque toute une classe d’âge est invitée à prendre part
à la même compétition scolaire. D’où un changement de nature
pour le système scolaire qui engendre des crises.
Cette ouverture à tous rend
ce système plus juste mais le conduit aussi à sélectionner lui-
même les élèves. L’enseignement secondaire n’étant plus réservé
qu’à une seule partie de la population, il est ouvert à tous et
tous y sont progressivement sélectionnés.
Bourdieu avec « les
héritiers » démontre que cette sélection existe toujours dans le
monde scolaire, et que celle-ci se réalise dorénavant en son
sein.
« C’est
un paradoxe, parce que l’école est aujourd’hui beaucoup plus
égalitaire ou démocratique qu’autrefois et cependant elle est
vécue comme beaucoup moins égalitaire et démocratique. ».
Dubet parle aussi de
l’« utilité sociale » des diplômes, devenues indispensables pour
se distinguer : plus on a un nombre important d’élèves ayant le
même diplôme, plus l’utilité de celui-ci sur le marché du
travail est moindre.
Dubet nous explique, qu’en
même temps que l’école se démocratise en offrant plus de
diplômes, elle n’atténue pas les écarts entre l’élite et les
établissements les plus difficiles.
Dubet dénonce la création
du « marché scolaire » qui s’est donc ainsi créé au sein de
l’école publique. S’il y a école de masse, il y a également
diplôme en masse, et un marché de la qualification.
Face à la massification,
l’ajustement entre offre et demande d’éducation qui paraissait
accordé dans l’ancien système s’effondre (avec 6% de bacheliers
dans l’ancien système contre plus de 60% maintenant).
Avec la massification et
l’hétérogénéité des élèves, les problèmes sociaux envahissent
l’école. Dubet nous explique que l’école en s’ouvrant à la
société , ne peut pas faire autre chose que de prendre en compte
les cultures, les problèmes de chômage,les problèmes juvéniles,
les problèmes de bandes, les problèmes familiaux et sociaux de
ses élèves.
Ceci provoque une forte
déstabilisation dans le monde scolaire, les relations
enseignants/élèves s’en trouvent très perturbées. Le malaise
enseignant est dû en partie à la distance entre l’image idéale
que les professeurs se font de leur vocation et de leur
fonction, et la réalité de leur pratique.
Les inégalités sociales et
les inégalités entre les quartiers creusent des écarts entre les
établissements scolaires. « La massification accroît le
nombre de « compétiteurs » et engendre une multiplication de
produits offerts par ce marché ».
Les choix des familles pour
des établissements sont une autre variable qui vient accentuer
ce marché scolaire et les inégalités. En effet, les familles
participent à la sélection entre les établissements scolaires.
La massification a changé les règles du jeu. Les familles sont
désormais inégales face à un système transformé en « marché ».
D’où un mouvement de
ghettoïsation qui s’est mis en place : les collèges et lycées
élitistes d’un coté et les collèges et lycées ingérables de
l’autre. Les établissements scolaires ont donc développé des
stratégies pour répondre à cette concurrence latente : mise en
place de classe vitrine, dimension élitiste de certaines
formations... .
III
/ Quelles sont les missions de l’école ?
Une école est
toujours définie par un projet d’éducation. L’école sert d’abord
à donner à tous les enfants, même ceux qui s’arrêtent à la fin
de l’école obligatoire, une culture commune. L’école est aussi
un investissement de formation pour entrer dans la société avec
des compétences. Enfin, elle doit donner aux individus la
capacité de comprendre le monde.
L’école doit se transformer
pour s’occuper des élèves tels qu’ils sont. Elle doit faire
entrer les élèves dans le monde tel qu’il est.
Dubet se pose la question de
la dévalorisation scolaire liée ou non à la dévalorisation de la
fonction enseignante. Pour lui, les enseignants n’ont pas baissé
les bras. La plupart des professeurs ont choisi leur métier en
raison de leur goût et de leur passion pour une discipline. Mais
la prise en charge d’une classe exige vite une véritable
conversion. L’enseignant pourra mesurer la distance qui existe
entre sa vocation intellectuelle et les dispositions des élèves.
Il réfute donc cette
affirmation du départ.
Les transformations des liens
de l’école et de la société ne procèdent pas seulement de la
crise, ils s’inscrivent dans des mutations plus profondes.
Le monopole de la culture que
détenait l’école s’est bien effrité avec le développement des
medias. Il y a création d’une tension entre la culture scolaire
et la culture juvénile.
Les intérêts et les valeurs
de la culture scolaire doivent sans cesse être démontrés quand
les élèves sont plongés dans le flux continu des medias. Il
existe aussi une tension entre la grande autonomie de la vie
juvénile et les contraintes scolaires.
L’école doit donc créer un
équilibre entre une culture de masse, une vie juvénile et un
espace scolaire. Pour l’instant, il existe une grande tension
entre les trois.
Selon Dubet, on a perdu la
capacité politique de répondre à la question : « A quoi sert
l’école ? Il nous dit qu’une réponse pédagogique n’est pas
adaptée à ce type de problème.
Il est primordial de rétablir
le sens scolaire et l’utilité de l’école, de définir sa place et
les éléments d’une culture scolaire commune.
« Les disciplines perdent
complètement leur dimension éducative pour devenir simplement
des clés d’entrée dans des conditions sociales ».
A cela, certains défendent un
modèle et un idéal établis dans le passé. La redéfinition d’un
socle de savoir commun et le changement d’orientation
provoquent, pour eux, une chute de niveau et de culture. Ils ont
la crainte d’une culture au rabais. L’école républicaine
d’autrefois et le grand lycée parisien sont, pour eux, un
exemple dont il ne faut pas se détourner. Dans cette
perspective, toute modification est une chute, une atteinte à la
culture et à l’identité nationale.
Henri Pena-Ruiz, dans
l’école
déplore que la démocratisation de l’enseignement, bien qu’elle
soit considérée comme légitime, puisse conduire l’école à
renoncer à ses exigences. Cette forme d’adaptation qui fait
débat à l’école équivaut pour lui, au renoncement à l’étude des
œuvres, à la perte de la maîtrise de la langue, de l’esprit
critique et de l’accès à la raison.
En ceux qui voient dans cette
orientation un renoncement et un sacrifice, nous pouvons leur
répondre que les garantis offertes aux plus faibles n’ont jamais
empêché les autres d’aller plus loin.
Selon Dubet, les enseignants
« ont le sentiment qu’ils savent ce qu’ils vont perdre et
qu’ils ignorent ce qu’ils vont gagner ».
Ils sont placés devant un dilemme déstabilisant : d’une part,
ils sont attachés à l’universalisme républicain ; et d’autre
part, ils prennent conscience des différences empiriques sur le
terrain.
Le problème réel de l’école,
c’est d’accueillir des publics différents dans une école
homogène.
On le voit particulièrement
au niveau du collège. Dans le livre
L’hypocrisie scolaire,
François Dubet et Marie Duru-Bellat nous affirment que le
collège unique à la française est à la fois inadapté à l’époque
et profondément inégalitaire.
Quelle est sa place, sa
fonction entre le primaire et le lycée ? La France a voulu
concilier le collège pour tous et le lycée de l’élite, et par
conséquent survient ce problème de positionnement.
IV
/ Débat politique : Comment doit-on réformer l’école ? Qui doit
réformer l’école ?
Sa position est que, à
l’égalité des droits, qui a produit l’élitisme de l’école
républicaine jusque dans les années soixante, il faut ajouter
l’égalité des chances. Pour lui, il faut aller plus loin :
donner plus de moyens aux très faibles.
Selon Dubet, il faut admettre
que l’enseignement est un métier. Et qui dit métier, signifie
une formation plus en lien avec la réalité de la profession, une
formation plus pratique. Il nous faut une redéfinition du métier
d’enseignant qui tend vers une plus grande cohésion entre eux et
leurs disciplines ainsi que vers une véritable
professionnalisation.
En allant dans ce sens, nous
pouvons citer, le rapport Mérieu, et plus récemment le rapport
Thélot, qui préconisent une division du temps de travail entre
les cours, une présence dans l’établissement pour des activités
multiples et la préparation de ce travail.
Dubet ne renie pas du tout la
création des IUFM, qui pour lui, a été une avancée dans la
formation. Néanmoins il les dit trop récents pour en donner un
bilan satisfaisant.
Il critique les programmes
scolaires qui sont trop vastes, trop lourds et trop isolés les
uns des autres.
Dubet propose une mise en
lien plus performante entre les programmes et les disciplines.
Il nous dit aussi que ces
programmes sont basés trop sur le savoir et moins sur le
savoir-faire.
Les filières techniques et
l’orientation professionnelle sont encore trop définies par
l’échec.
Il veut favoriser une plus
grande cohérence entre les enseignements et les équipes
pédagogiques. Il veut apporter une diversité dans les méthodes
d’apprentissage et une promotion de la culture technique.
De plus, il critique
également la logique même des programmes.
Par exemple le collège est
conçu pour les élèves qui iront au lycée d’enseignement général.
Les programmes sont alors élitistes et trop ambitieux et ne
s’adressent en réalité qu’à une partie des élèves. Pour l’autre
partie qui n’a pas acquis les capacités requises, la seule
réponse est une orientation par l’échec.
Sous jacent à cela, Dubet
nous soumet le débat sur la définition de la culture commune et
des savoirs communs.
« Le collège doit mieux
définir les savoirs et les compétences qu’il peut attendre de
tous, afin de mieux identifier et hiérarchiser les priorités
[…]. Ce qui suppose une réflexion sérieuse sur les compétences
et les connaissances qui doivent constituer le socle commun
d’une génération ».
Cette question devrait être au centre du débat : la redéfinition
d’une culture de base accordée à notre temps et assurée à
chacun. Ainsi l’on pourrait consolider et redonner du sens à
l’école obligatoire.
Dubet veut s’engager sur la
mise à jour de ce qu’il n’est plus permis d’ignorer.
Dubet dénonce le mode de
sélection et le marché scolaire. Pour lui, la sélection actuelle
n’est pas juste et renforce les inégalités sociales. La
reproduction de la sélection d’antan s’effectue aujourd’hui par
les filières. De nombreuses personnes sont prises dans cette
valorisation des filières générales et cette dévalorisation des
filières techniques. Dubet veut reconsidérer la personne et ne
plus parler en terme d’échec scolaire et de mépris du travail
manuel.
« Autrement dit, il ne
s’agit pas d’être contre la sélection, mais pour une plus grande
diversité des voies de la sélection et pour une plus grande
justice des épreuves et des conditions de la sélection ».
Dubet dénonce, par ailleurs,
la grande frustration scolaire : l’école a une capacité à
produire des diplômes beaucoup plus forte que celle à produire
des emplois. Ainsi, de nombreux jeunes à qui l’école a fait
miroiter une perspective d’une réussite scolaire quasi
automatique (les 80% de bacheliers annoncés par Chevènement)
sont déçus par ce système scolaire.
Le livre de Stéphane Beaud,
80% au bac… et
après ? les enfants de la démocratisation scolaire,
nous relate l’histoire et le parcours scolaire de quelques
élèves : le désarroi des jeunes issus de l’immigration, la
dévalorisation de l’enseignement professionnel ,les difficultés
qu’éprouvent les collèges et les lycées non préparés à la
massification de l’enseignement secondaire.
Beaud affirme que la
promotion sociale par l’école est pour l’essentiel une illusion
et que le système s’appuie sur la réussite de quelques
exceptions pour attribuer des responsabilités individuelles à
l’échec de tous les autres.
Aux problèmes de violence,
Dubet répond
que c’est l’un des symptômes les plus aigus de la dégradation
des relations de l’école avec son environnement et de la vie
scolaire elle-même.
Il repère plusieurs formes de
violence:Les violences sociales qui entrent dans l’école, celles
résultant de la distance entre école et quartiers et celle
anti-scolaire dû au sentiment d’échec scolaire permanent.
Ainsi le contrôle de la
violence n’exige pas seulement une fermeture de l’établissement
et un rappel de la loi, il implique aussi une ouverture aux
jeunes et aux quartiers .Il implique également que les
difficultés sociales et personnelles des jeunes soient connues
et reconnues. Mais toutes ces violences sont également
engrangées par le système même de l’école.
A la question : Qui doit
réformer l’école ? Dubet nous explique qu’il est favorable à un
débat parlementaire. Pour lui, l’école appartient à la nation et
c’est aux représentants élus de la nation de dire quelle école
est souhaitable. Selon lui, on ne peut pas sans cesse demander
aux enseignants d’être à la fois les auteurs des réformes et
ceux qui les appliquent et les subissent.
Il veut un débat plus ouvert
à la société.
Il n’existe pas, et n’a
jamais existé d’âge d’or auquel il suffirait de revenir pour
pacifier nos sociétés et nos écoles. Nous n’avons pas le choix
entre la permanence et le changement, mais entre le changement
subi et le changement construit.
L’école républicaine s’est
transformée en école démocratique de masse. Elle a su changer et
répondre à ces besoins d’ouverture et d’essor, mais elle n’a pas
pris la mesure de ce changement et de cette massification.
Pour Dubet, on ne peut se
contenter aujourd’hui de former des élèves. Il faut éviter que
l’école soit l’école de l’échec. Au lieu de proposer la
compétition comme objectif, l’école doit viser l’intégration de
tous ces élèves.
Parmi les propositions de
Dubet, certaines sont pour moi réalisables et pourraient se
concrétiser assez facilement. Il propose notamment de remettre à
niveau des élèves en 6° avec des lacunes importantes, de
favoriser une plus grande cohérence des enseignements et des
équipes pédagogiques, de diversifier les méthodes
d’apprentissages, de promouvoir la culture technique, de
reformer le pilotage des collèges afin de lutter contre
l’accroissement des écarts entre les établissements, et
d’améliorer la vie du collège en y associant davantage les
parents et les élèves.
Malgré la massification,
l’école est perçue comme étant injuste car toujours considérée
comme inégalitaire : en même temps que l’on ouvre l’école, le
problème de l’échec scolaire s’amplifie ce qui pour certains va
être vécu comme un échec personnel. Beaucoup d’élèves refusent
la scolarisation telle qu’elle est.
Les inégalités devant l’école
ne sont pas réduites suffisamment, les formations ne sont pas
toujours utiles pour les élèves et pour la société et il y a là
à s’interroger sur les contenus de la culture scolaire.
Cette proposition de Dubet de
redéfinir un socle de savoir commun soulève certaines
difficultés. Il devrait être accessible à tous et être un agent
d’intégration mais : Qu’est ce que la culture commune ? ,
Comment peut-on la définir et la cerner ?
A cette interrogation, Dubet
répond que l’on ne doit plus être déterminé par des programmes
trop ambitieux que ne peuvent atteindre la plupart des élèves,
mais par des programmes qui ont un objectif largement partagé.
Mais, encore une fois il ne définit pas ces objectifs partagés.
Cette question est au centre
du débat sur l’école et ce qui importe aujourd’hui c’est la
capacité de se poser politiquement ses problèmes. L’école ne
peut pas se transformer elle-même.
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