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I L'hypocrisie scolaire

L’hypocrisie scolaire.  Pour un collège enfin démocratique, François DUBET et Marie DURU-BELLAT , Collection: L’épreuve des faits, au Seuil - Septembre 2000

fiche de lecture par Thérèse TOMAS, chef d'établissement du collège Vincent d'Indy, Paris XIIème.

Quelques phrases recopiées au fil de la lecture, sans travail ultérieur de synthèse ou de remise en forme. En italique, mes ajouts ou commentaires personnels, volontairement rares mais notés pour mémoire.

1. Après 1959, (et la «  réforme »  BERTHOIN), vers le collège unique

en préservant l’excellence réservée à une élite en s’ouvrant à tous

      2.  Mais,  élite # tous

  inégalités sociales

  inégalités scolaires

et, aujourd’hui :

épreuves et difficultés des enseignants , souffrance, apathie, violence des élèves

 

     3. Que faire ?

 Affirmer la vocation propre du collège

 accepter de suspendre la sélection

 définir les contours d’une culture commune

imaginer d’autres manières d’organiser le travail des élèves et des enseignants

 

     4. Pour ce faire, il faut 

l’apport du savoir des experts

plus de politique et plus de démocratie, moins de prudence

école = mosaïque d’intérêts contradictoires

pour les parents : elle doit permettre à leurs enfants de se placer, elle doit donner une légitimité aux hiérarchies sociales

pour les enseignants : elle doit préserver leur identité professionnelle et leurs conditions de travail.

Ce livre (essaie de montrer la)  

- nécessité de réformer le collège

- possibilité d’organiser un débat démocratique autour de sa vocation et de sa fonction.

- conviction qu’il est possible de rendre le collège moins injuste, plus efficace, plus vivable pour les élèves et pour les enseignants

- logique de l’engagement

Les auteurs  veulent convaincre de la nécessité d’un débat, et désigner les questions stratégiques qui imposent des choix:

·  comprendre les difficultés des acteurs, (tension)

·  évaluer ce que fait le collège (acquis, vie, inégalités)

·  affirmer un choix politique (enjeux des choix à faire).

Les trois grandes parties du livre :

            a) les tensions du collège

            b) que fait le collège?

            c) une politique pour le collège

chapitre 1.   Les tensions du collège

Les épreuves du métier:

·ce que les usagers et la société attendent de l’école face à la réalité du métier enseignant

·accueil de tous les élèves y compris les plus faibles et démotivés; « les élèves les plus faibles mettent en cause  la vocation du collège et, par là, la définition du métier d’enseignant ».

·la démotivation des bons comme des mauvais élèves--> changement du statut de l’enseignant, c’est à dire des mutations professionnelles douloureuses.

 

Le collège unique a abouti à la confrontation directe entre l’égalité de tous et le mérite de chacun . C’est devenu :

·une épreuve professionnelle

·une contradiction pratique à laquelle les enseignants de collège ne peuvent échapper.

Ainsi, le malaise des enseignants se situe-t-il au coeur de l’expérience professionnelle.

 

L’école envahie

·école et société (alliance et extériorité).

·arrivée massive à l’école des difficultés sociales et économiques (après les trente glorieuses).

·école envahie par les problèmes sociaux.

·le rapport de l’école à son environnement a changé.

·la connivence culturelle sur laquelle reposait la relation pédagogique est devenue des plus incertaines.

 

--> Le rôle d’enseignant est profondément déstabilisé.

·rôle social - psy.

·le monopole culturel de l’école est contesté par les médias.

·les TICE

·vie juvénile (avec sa culture et son économie) # des contraintes scolaires

·l’école a le sentiment d’être envahie par la sphère privée.

 

Elle est confrontée au problème de la légitimité de son autorité.

Les intérêts sociaux s’affrontent au sein de l’école.

 

Avant le collège unique, tout était joué à l’école primaire, aujourd’hui, tout se joue au collège.

 

La violence est devenue la grande affaire

Cf. La violence en milieu scolaire de E. DEBARDIEUX Paris-ESF 1999.

Violence = symptôme aigu de la dérégulation des relations de l’école elle-même avec son environnement et de la vie scolaire --> la gestion de la discipline devient de plus en plus lourde.

·violence qui est la prolongation de celle de la rue

·violence anti-scolaire aussi, par réaction, contre l’échec scolaire

·« violence » de la jeunesse.

 

L’école est traversée de part en part  par les épreuves d’une société démocratique et compétitive .

 

L’école de la République

En France, on ouvre le débat sur l’école au nom de la République et on le clôt au nom de cette même République. (que l’on soit de  «droite » ou de « gauche ») .

 

Ce que l’on entend dans les collèges.

«  les élèves trop faibles n’y ont pas leur place, que le MEN trouve d’autres formules pour eux ......... l’entrée dans la vie active ne leur ferait pas de mal,........ sélectionnons à l’entrée en 6ème, rétablissons les filières,.......etc. »

 

Ce qui est nouveau, c’est que des positions qui reviennent à fermer l’accès à l’école se donnent comme une défense de l’école de la république. Ce n’est pas la république de l’égalité et de la fraternité.

A voir par exemple : les effets réels de la politique éducative dite d’actions prioritaires : ZEP.

 

En fait, les professeurs opteraient pour un  statu quo avec plus de moyens car leurs tâches sont toujours plus lourdes et demandent plus d’engagement personnel

Les enseignants accepteraient le collège de masse avec plus de moyens et plus de personnels spécialisés ... c’est à dire un conservatisme bien tempéré, étayé par la conviction que l’école républicaine peut devenir une école de masse en restant la même.

Et, c’est là la question essentielle.

Se pose la question : du coût

                                de l’efficacité, des mesures proposées.

                                          ß

Plus de personnels, cela donnerait du confort, soit, mais de l’efficacité ?

Cf. la question des dédoublements en ZEP.

 

Quand un système fonctionne mal, ce n’est pas en augmentant ses ressources qu’il change de nature, même si l’on imagine mal qu’il puisse changer sans moyens nouveaux.

Les contradictions du collège sont structurelles et risquent de s’amplifier.

                        Nécessaire transformation profonde du système

Nécessaire capacité d’adaptation.

 

 

Ecole et société

Depuis l’école de la IIIème République, la société française joue une partie de son identité et des représentations de son destin dans l’institution scolaire.

 

école = agent d’intégration sociale et morale.

Aujourd’hui, nécessité d’une définition concertée des missions de l’école.

Chapitre 2.  Que fait le collège ?

 

 

Prendre le pouls de ce supposé « maillon faible » du SE

 

·      Le collège unique de 1975 sélectionne «  durement » après la 5ème :Rdt - CPA-CPPN- CAP.........

·      à partir de 1985, politique volontariste de prolongation de la scolarité au collège (CF. objectif des 80% au niveau BAC.) Plus d’orientation fin de 5ème sauf vers la 4ème techno en 95. Aujourd’hui  «il ne reste que les 4ème AS et 3ème  d’insertion.

_ L’orientation continue à exercer le rôle de soupape  qui lui a été reproché dans les années 7O.

 

C’est l’exigence que l’on a envers l’école qui nous rend si sévères  à son encontre.

 

Rien ne prouve que le niveau baisse mais ce discours sur la baisse du niveau témoigne du malaise des enseignants et dans certains cas, du rejet de ceux «qui font baisser le niveau » ..., et, donc, d’un refus de la démocratisation du secondaire.

 

Ce qui est préoccupant, c’est le risque de cristallisation d’un noyau dur d’élèves faibles, très typé socialement.

 

L’un des objectifs de la loi d’orientation de 1989 a été de  compenser les inégalités  sociales pour rendre la société plus juste.

 

Aujourd’hui, les inégalités tendent à se déplacer au niveau de l’entrée en seconde (comme en fin de 5ème dans les années 80).

 

Dans les années 60, les jeunes des milieux aisés ont délaissé la série « philosophie » pour investir les séries scientifiques. 

 

A travers l’éducation, l’enjeu est autant de se classer que de se former.

 

L’école est utilisée à des fins qui la dépassent (rentabilisation sociale, professionnelle.........) mais qu’elle ne peut ignorer sans quelque mauvaise foi.

 

Dans les années 60, on pensait : «démocratiser l’école = démocratiser la société». Aujourd’hui, ce que l’on sait de l’insertion des jeunes rend sceptique. Les chances sociales comptent aussi . Tout ne se joue pas à l’école.

 

Les enjeux prioritaires de la démocratisation au collège concernent avant tout les « exclus de l’intérieur ». (CF. Bourdieu).

 

Du collège aux collèges

Le système scolaire français n’est pas parfaitement homogène .Lle poids du local, de l’établissement, est de plus en plus déterminant.

 

Le rôle de l’état (p.116).

·l’état éducateur se pose en défenseur de l’universalité de la raison et de l’unité de la République. (il ne peut alors que s’opposer au local ). Fin de cette représentation vers les années 60/70.

·l’état modernisateur et aménageur. L’éducation est conçue comme un investissement et on s’interroge sur l’efficacité d’une politique insufflée d’en haut. Fin des années 80 (?).

·montée de « l’état modeste », avec des politiques concertées avec acteurs de la « société civile ».

 

Il ne suffit plus d’incarner l’intérêt général «  abstrait  », il faut aussi rendre des services.

 

L’effet établissement (avec ou sans projet d'établissement) est moins fort que l’effet lié aux caractéristiques familiales de l’élève.

 

 

Qu’est ce qui fait un établissement efficace?  La convergence de plusieurs caractéristiques qui créent un CLIMAT d’ETABLISSEMENT

Par exemple :

·Traiter les élèves avec considération et justice

·Mettre en oeuvre une pédagogie formatrice

·Bonne gestion des emplois du temps des élèves.

·Un climat exigeant et chaleureux :

·Grande cohérence dans les attitudes de l’ensemble des adultes,

·Volontarisme marqué

·Forte concentration des projets sur les apprentissages.

 

Un défi de poids pour l’école : faire bénéficier tous les élèves de la même atmosphère éducative.

 

Problème :  la cohérence des attitudes et des conceptions pédagogiques apparaît souvent faible au sein des collèges.

Þ nécessaire mobilisation autour d’objectifs communs. En effet, l’absence de règles explicites et claires, pénalise particulièrement les enfants de milieu populaire.

 

«Les principaux estiment que le renforcement de leur pouvoir est nécessaire, notamment dans le domaine pédagogique, .... » voire aussi, évaluation et choix du personnel. Le mouvement enclenché par la décentralisation implique à plus ou moins long terme, une modification des modes de régulation du système.

 

 

Le thème de l’hétérogénéité des collèges est en passe de devenir aussi prégnant que celui de l’hétérogénéité des élèves. Cf. Rapport de Bernard TOULEMONDE en 1998).

 

Depuis plus ou moins 20 ans, les populations scolaires sont de plus en plus clivées, la ségrégation scolaire venant conforter la ségrégation sociale et souvent ethnique.

 

Au sein même des collèges, la capacité d’intégration sociale s’est affaiblie en même temps que se concentrent les difficultés.

 

Les élèves ne sont pas dupes Þ Violence en hausse.

 

Nécessité d’un débat sur les programmes ® avec choix politique.

Définition de la culture scolaire.

Cf. en 1991, La direction des lycées et collèges publiait un « document ressource » intitulé. Réussir en 4ème, expliquant la pédagogie de contrat, l’individualisation de l’enseignement, l’aide au niveau personnel de l’élève,...

 

Problème des enseignants: Stratégies de suivie ou dynamique de l’engagement.

 

L’évolution des pratiques passe fondamentalement par une mobilisation professionnelle.

® travail d’équipe (par affinité pour briser l’isolement).

® mise en oeuvre concertée de pratiques

® vers une définition publique et obligatoire de la compétence professionnelle.

® perdre un peu de leur autonomie totale dans la classe

® il n’est plus possible de se polariser sur la seule transmission des connaissances.

 

En laissant entrevoir la possibilité de mieux maîtriser et transformer l’exercice quotidien du métier, la mobilisation des communautés éducatives fait émerger des identités professionnelles plus positives.

 

Les grandes lignes de force des transformations du métier d’enseignant au collège; (depuis 20 ans) :

·montée des injonctions venues d’en haut quant aux pédagogies à mettre en oeuvre.

·différentes évaluations montrant bien l’attention portée aux savoirs en France (contrairement aux pays anglo-saxons par exemple, où les préoccupations éducatives sont plus importantes).

Mais les professeurs continuent d’enseigner dans des situations qui ont changé. Ils s’adaptent. Depuis 20 ans, le collège s’est transformé.

 

La question n’est donc pas : Peut - il changer ? mais : changer, pour quoi faire ?

Chapitre 3.  Une politique pour le collège

 

  Le choix du collège reste à faire. Il reste aussi à engager une véritable réflexion sur:

·      le sens du collège

·      la place du collège au sein de la scolarité commune.

 4 ans (CLG) + 5 ans ( primaire) pour une culture commune pour :

                        - s’insérer professionnellement

                        - affronter les évolutions incertaines du monde.

                        - jeter les bases d’une cohésion sociale et d’une capacité à vivre ensemble.

(Cf : principe républicain de la vocation d’intégration sociale et culturelle de l’école).

Principe nécessaire car plus d’immigration en vue Þ nécessité de réunir tous les jeunes pour les faire grandir dans un cadre éducatif unique, constitué de:

·      Valeurs partagées

·      Langages communs

·      Règles de vie communes.

C’est un choix de société.

 

Le choix du collège est à la fois économique, civique et éthique ® C’est un choix politique.

 

D’après François DUBET,  il faut suspendre la sélection, en finir avec une logique élitiste.

 

On sait que les établissements qui parviennent à faire face aux violences scolaires sont ceux qui font de l’éducation , la responsabilité de tous les adultes qui y travaillent.

(Mais) l’école éduque aussi par la manière dont elle fonctionne ( = d’où l’importance du mode de pilotage, d’après moi).

 

Les discours sur la pure transmission des savoirs ont quelque chose de dérisoire face à une classe où le professeur doit au préalable créer les conditions permettant de faire un cours.

                                    éduquer et instruire : il faut faire les deux.

 

La discipline est nécessaire mais elle doit être vécue comme juste, partagée par l’ensemble des adultes.

 

La question de la culture commune :

- définition de programmes (qui ne soient plus irréalistes).

- tension utilité/ gratuité à prendre en compte

- définir des objectifs de méthode, d’intégration, de socialisation.

- tension entre appropriation du passé, inscription dans le présent et anticipation du  futur.

François DUBET préconise une « mise à plat intégrale des programmes ». Il s’agirait de « passer d’une mosaïque de disciplines à un ensemble pensé et cohérent avec la perspective éducative qui sous-tend la formation commune.

Se pose la question délicate du : Comment faire?

- différenciation des méthodes

- différenciation des parcours

 

La tension est forte entre le principe de l’unité du collège et la diversification inévitable des modalités d’apprentissage ® l’état doit réguler.

 

La façon dont l’école s’acquitte de ses missions et parvient à égaliser les chances des élèves passe aussi par des politiques de l’emploi, de la ville ou du logement, et pas seulement par des politiques éducatives.

 

 

ADAPTER OU REFORMER

Un processus d’adaptation continue préserve un temps une certaine paix sociale au profit des usagers les plus influents. Toutefois le changement ne peut être que progressif. Il faut assumer une logique de réforme, articulant de nouvelles finalités pour l’école et un changement de ses règles de fonctionnement.

 

La réforme ne consiste pas à injecter de nouvelles injonctions pédagogiques mais à transformer les conditions d’exercice du métier.

On ne peut réformer si l’on ne met pas en débat à la fois :

- les finalités du collège

- le pilotage du système

- le service des enseignants 

Il faut donc (notamment pour le principal) disposer d’une forte légitimité et du consentement des enseignants.

CONCLUSION

Le collège a connu une révolution au cours des trente dernières années. L’élitisme républicain est remplacé par l’idéal de l’égalité des chances faisant de la réussite de chacun une «obligation ».

 

® Le collège doit avoir une vocation propre, rassembler une génération plutôt que de la diviser. Obligatoire, il doit renoncer à la sélection et se fixer des objectifs communs en s’assurant qu’ils sont atteints par tous.

 

François DUBET conclut sur la nécessité du débat démocratique et de la décision  politique.

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