Quelles pratiques pédagogiques ?
[1]
Lorsque les enseignants
sont informés des résultats de la psychologie des apprentissages, ce qui peut-être
n'est pas assez souvent le cas, le problème qui leur est posé est alors celui
du lien à construire entre ces apports et les pratiques réelles dans la
conduite quotidienne des classes. En effet, prendre au sérieux l'idée que des
interactions équilibrées entre élèves, et entre élèves et adultes, sont bénéfiques
pour le développement cognitif des uns et des autres, implique une
transformation importante du mode d'approche des élèves et du fonctionnement
de la classe .
Cela suppose par exemple de chercher à susciter
l'activité et la curiosité intellectuelle des élèves et pour cela de
proposer des problèmes ouverts sans réponse prédéterminée ; de favoriser
les échanges autour de ces activités et pour cela de privilégier les
organisations de travail par petits groupes propices à la confrontation des idées
; de redéfinir la place et le mode d'intervention des enseignants : il ne
s'agit plus de remplir exclusivement une fonction de dispensateur de savoir mais
de favoriser l'expression et la prise de recul de tous les élèves sur les
conduites d'apprentissage qu'ils développent.
Se pose alors la question de la compatibilité de ce type
d'approche avec les contraintes multiples qui pèsent en collège et en lycée
lorsqu'on enseigne dans des établissements ordinaires, sans statut expérimental.
Les discussions actuelles sur les disciplines amèneraient au même type
de remarque. Essayer de modifier , si, peu que ce soit, une présentation
parcellisée des connaissances du fait des découpages disciplinaires, suppose
par exemple de conduire une réflexion épistémologique sur les savoirs qu'on
enseigne et de les articuler avec les savoirs enseignés dans d'autres
disciplines. Cela suppose aussi de travailler en coopération avec les autres
collègues responsables du même groupe d'élèves. D'autres conditions de ce
type sont encore requises. Finalement, le problème est de savoir comment
construire dans la classe un environnement pédagogique et didactique qui
tienne compte de ce qu'on sait de l'apprentissage humain et cela sans trop
bousculer les identités professionnelles et les habitudes de travail des uns et
des autres. Les pratiques que l'on vient d'évoquer sont très minoritaires dans
l'enseignement secondaire et le plus souvent cantonnées à la périphérie de
la classe ou en dehors, comme s'il y avait incompatibilité entre cette vision
de l'apprentissage et les formes scolaires
Dans le cadre des recherches-actions menées au
Cresas (Hugon coord., 2000 [2]),
des équipes de professeurs ont pourtant pu expérimenter dans leur classe des
dispositifs pédagogiques qui s'inspirent d'une vision interactionniste et
constructiviste des apprentissages sans pour autant être dans une logique
applicationniste. Ils les ont intégrées dans leurs enseignements, ils les ont
articulées avec des pratiques plus " traditionnelles" et ils ont
obtenu des résultats probants. Ils étaient, il est vrai, puissamment aidés
par le dispositif de la recherche. Aujourd'hui, il existe institutionnellement
des espaces de travail spécifique - parcours diversifiés, travaux croisés,
ECJS, TPE et autres. Ces espaces sont très limités mais les enseignants y
disposent d'une réelle marge de manœuvre. Les actions des équipes
contractualisées dans le dispositif "innovalo" s'inscrivent bien
souvent dans ces espaces. C'est là, sans doute, que les enseignants peuvent expérimenter
en équipe des projets innovants à travers lesquels ils se forment
mutuellement, avec le soutien de leur accompagnateur (Cresas 2000), à une autre
approche des apprentissages en milieu scolaire.
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[1] Extraits de l’intervention de Françoise PLATONE et Marie-Anne HUGON, CRESAS-INRP au séminaire « apprendre », Innovations pédagogiques, novembre 2000
[2]
Hugon M.A. coord., Construire ses savoirs au lycée. Paris, INRP-Équipe
Cresas, 2000 - Cresas, On n'enseigne pas tout seul. Paris, INRP,
2000