Le tutorat

A la différence de la relation d'aide en petits groupe, le tutorat est une relation d'aide individuelle : "il s'agit ici de la possibilité offerte à tous les élèves d'un même établissement ou parfois d'un même niveau de s'entretenir personnellement avec un adulte, quelle que soit leur classe, à des moments déterminés de la journée. Ces moments sont généralement les heures creuses pour les élèves". 
Albert MOYNE, Relation d'aide et tutorat, éd. Fleurus,Paris, 1983

Le tutorat doit être considéré comme une fonction capitale dans le collège (...) Il a pour objectifs généraux d'aider l'élève à améliorer et à intégrer son vécu scolaire, à conquérir et à assumer son autonomie et à se socialiser.

Louis LEGRAND, Pour un collège démocratique, rapport déc. 1982

1-  

Les dominantes du tutorat

2-

Peut-on se former au tutorat ?

3-

Le tutorat, quelles limites ?

 

 

1- Les dominantes du tutorat

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l'entretien à dominante pédagogique

objectif : aider les élèves dans l'organisation de son travail et la gestion de son temps. (cf. Louis Legrand)

apporter un soutien méthodologique dans le travail personnel des élèves (cf. Louis Legrand)

Les élèves doivent apprendre à travailler par eux-mêmes afin d'accéder à l'autonomie et à la responsabilité (programme des collèges, 1985)

Type de dialogue pédagogique proposé par Antoine de La Garanderie : aider les élèves à repérer leur mode de gestion mentale habituel et de les aider à en tirer le meilleur parti: comment s'y prennent-ils pour être attentif, mémoriser, réfléchir ? Comment améliorer ces "gestes mentaux", en se donnant un projet, en construisant une évocation visuelle, auditive ... ?

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L'entretien à dominante psycho-pédagogique

Tout ce qui, dans le domaine pédagogique, est fortement modelé par les processus psychologiques, par exemple: 

les problèmes de motivation (ou plutôt de non-motivation, voire d'anti-motivation: absence d'intérêt pour les activités scolaires, voire refus, rejet...)

les problèmes relationnels avec tel professeur, avec le groupe-classe. L'entretien peut aider l'élève à dissocier ce qu'il éprouve à l'égard d'un prof et à l'égard de la discipline qu'il enseigne. C'est une fonction de médiation entre l'élève, les autres professeurs, les membres de l'administration, voire les parents.

les problèmes affectifs à l'égard des actes scolaires (peur de l'examen, trac pour parler en public, angoisse excessive de son orientation ou des résultats scolaires)

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L'entretien à dominante psychologique

Il peut arriver que l'élève demande à parler de ses problèmes personnels (relation avec sa famille, problèmes sentimentaux...). Pour éviter les risques de dérapage vers la "direction de conscience" ou la psychothérapie, on peut souhaiter que ce type d'entretien soit organisé à l'échelle de l'établissement et assuré par une équipe d'adultes différenciée (parents, conseillers d'éducation, assistance sociale, profs) et ayant reçu une formation à l'écoute.

 Extraits d'un article des Cahiers pédagogiques, APT, 1989, de Jean ARTAUD, Michel BARLOW, Albert MOYNE

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2- Peut-on se former au tutorat ?

En fonction des dominantes de l'entretien individualisé

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Des attitudes 

Avant tout, avoir conscience de ses attitudes à l'égard d'autrui (cf. PORTER, Roger MUCCHIELLI, L'entretien de face à face dans la relation d'aide, ESF, 1968) 

le jugement de valeur ("c'est bien/mal de dire ça")

l'interprétation ("Tu dis çà parce qu'au fond...")

l'encouragement gratuit ou la consolation ("Ne t'en fais pas !")

la recherche de la solution immédiate ("T'as qu'à...")

le questionnement (appel à des renseignements complémentaires)

accueil et compréhension d'autrui: Carl ROGERS (cf. André de PERETTI, Pensée et vérité de Carl Rogers) a formulé les principes d'une éducation de la personne à l'accueil d'autrui : 

• considération positive inconditionnelle d'autrui
• empathie (accueil des sentiments d'autrui)
• congruence (authenticité avec son propre "ressenti")

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 Quelques techniques de "facilitation de l'entretien"

accueil du "client" (notamment au début de l'entretien)

silence (laisser parler l'autre)

attitude non verbale d'écoute (regard, geste)

écho (monosyllabe prouvant qu'on écoute)

reflet (accueil de la personne et non seulement de ce qu'elle dit: "j'entends votre choix qui tremble...")

reformulation : résumé fidèle, re-structuration

 Extraits d'un article des Cahiers pédagogiques, APT, 1989, de Jean ARTAUD, Michel BARLOW, Albert MOYNE

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Le tutorat, quelles limites ?

contribution de Philippe MEIRIEU, extrait des Cahiers pédagogiques, ATP, 1989, p. 75

 

Les critiques faites à la notion de tutorat s'enracinent bien souvent dans une attitude corporatiste qui, de toute évidence, ignore quelque peu l'intérêt des élèves. Or, il est certain que l'échec scolaire tient pour une grande part à l'ignorance que l'école entretient par rapport aux questions méthodologiques. L'enseignant renvoie habituellement "à la maison" des acquisitions fondamentales qui déterminent vraiment la réussite scolaire: apprendre une leçon, faire un brouillon, confectionner un exposé, réviser un contrôle, organiser son temps, se fixer des objectifs, être capable de les évaluer... Nous savons bien qu'il y a là des capacités déterminantes et réellement discriminatoires; sans un effort pour les mettre en place, nous ne pouvons que nous plaindre de ce que les élèves ne savent pas faire ce que nous ne leur avons jamais appris. En ce sens, le tutorat devrait avoir un rôle décisif et être un outil efficace dans la lutte contre l'échec.

Cependant, nous voudrions alerter les enseignants sur quelques difficultés de l'exercice du tutorat; elles ne remettent pas en cause la notion même mais devraient nous inciter à un peu de vigilance critique.

Survoler de façon excessive la part relationnelle au détriment de la part didactique

Certes, les deux aspects sont étroitement liés et il est tout à fait possible qu'une amélioration des "rapports humains" contribue à faciliter des apprentissages précis. Mais le contraire peut aussi jouer et nous connaissons bien la tentation qui consiste à "récupérer" au relationnel les échecs de notre pratique didactique au lieu de tenter de les dépasser. La satisfaction d'entretenir de bons rapports "mêmes avec les cancres" peut avaliser les clivages au lieu de les résorber. On enveloppe simplement le fonctionnement habituel de la classe d'un peu de "chaleur humaine" et le tour est joué.

Penser que tous les élèves sont égaux et qu'ils peuvent en tirer les mêmes satisfactions affectives

Peut-on ignorer le poids de tous les phénomènes de complicité culturelle et d'identification ? Nous savons bien que l'absence de supports objectifs à la relation pédagogique réactive considérablement l'action de relations souterraines où sont outrageusement privilégiés ceux qui d'une façon ou d'une autre ressemblent à l'enseignant.

Dans l'état actuel des choses, il n'est pas sûr du tout que tous les enfants bénéficient de la valorisation de la relation au détriment de la didactique. Il est même vraisemblable que c'est un milieu social déterminé qui tirera, là encore, son épingle du jeu.

Mettre en oeuvre de façon sauvage et non distanciée quelques concepts empruntés à la psychologie et à la sociologie.

La relation éducative prendrait alors la forme d'une investigation systématique sur le passé et l'environnement de l'élève sans toujours disposer d'outils suffisamment élaborés. Elle encourrait alors le risque de chercher là des faits qui légitiment un échec scolaire plutôt que des moyens de dépasser une situation donnée. Un élève pourrait alors un jour se lever et dire: "Je te demandais de m'enseigner les mathématiques et non d'aller chercher dans mes rapports avec ma mère les causes de mes échecs !"

Faire du tutorat un lieu  où débattre de l'ensemble du fonctionnement de la structure scolaire

Le tuteur devrait alors  accepter ici de légiférer sur les pratiques de ses collègues absents et à propos desquelles il ne dispose ni des compétences suffisantes ni du moindre moyen d'action. Accepter le débat sur ce plan reviendrait alors à se contenter d'exhortations bienveillantes au dialogue ou à s'engager dans une disponibilité totale aux critiques des élèves et une complicité non distanciée.

Ce serait surtout empêcher que le débat émerge là où il peut avoir une véritable signification et ouvrir à une transformation, c'est à dire avec chacun des enseignants concernés.

S'orienter vers l'organisation d'activités para-scolaires

Faute de pouvoir gérer les conflits, l'on se contenterait de les oublier dans quelques moments d'effusion collective qui fonctionneraient comme autant de parenthèses compensatoires sans toucher aux fonctions traditionnelles d'un réseau scolaire qui continuerait à exister, à côté, de façon inchangée.

Le tutorat est un outil inestimable pour faire évoluer le système éducatif, à condition que l'on considère que c'est autour de l'acquisition des méthodes personnelles de travail qu'il doit être centré. La tâche paraît modeste, elle n'en est pas moins tout à fait urgente.

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