Remonter Premières rencontres 12 récits Gestes et postures de l'accompagnateur Composition du groupe à Paris

Typologies des gestes et des postures des accompagnateurs

Le propos de ce chapitre est d’affiner le regard sur les gestes et les postures des accompagnateurs de l’académie jusqu’à en dresser une sorte d’inventaire non exhaustif certes, mais le plus complet possible.

Pour ce faire, nous avons privilégié à nouveau la parole des accompagnateurs telle qu’ils l’ont exprimée dans un premier regard théorique sur leur fonction à l’occasion du bilan d’étape du troisième Programme National des Innovations de Paris, paru en Juin 2000. Et par souci de ne pas substituer une parole en surplomb à la variété de leurs témoignages, nous avons choisi de restituer exactement leurs dires, et dégagé en italique ce qui nous paraissait remarquable et apte à construire la réflexion collective.

Les deux typologies qui suivent, “ Gestes ”, et “ Postures ”, résultent du traitement appliqué à ce matériau en référence aux différents rôles des accompagnateurs. Deux de ces rôles étaient définis par le cadre institutionnel, “ aide à la formalisation des pratiques ” et “ aide à l’écriture ” ; mais notre analyse nous a conduites à dépasser ce cadre. En effet, nous avons procédé par regroupements successifs, rapprochant les textes par tâtonnement selon des critères à chaque fois différents et faisant le pari que cette méthode de recherche nous amènerait à découvrir, dans la parole-même des acteurs de l’accompagnement, des aspects non soupçonnés des enjeux de leur fonction. Et de fait il nous est apparu que bien souvent l’accompagnement, avant tout, aidait le projet à se construire et l’équipe à se constituer. Deux étapes que le contrat prenait à tort pour acquises, et que nous avons placées en tête des typologies.

 

Où l’on voit que le mot " gestes " qui fédère les premiers témoignages, caractérise avec justesse leur statut de savoir-faire, car ils représentent selon nous les gestes professionnels de l’accompagnateur.

1/Aide à la construction du projet

2/ Aide à la construction de l’équipe et à sa dynamique

3/ Aide à l’analyse des pratiques

4/ Aide à l’écriture

Les " postures " décrites dans les témoignages qui suivent révèlent l’importance de la distance de l’accompagnateur à l’équipe qu’il accompagne, depuis se préserver d’intervenir " en expert " jusqu’à écouter en " candide "

 

 

EXTRAIT:

TYPOLOGIE DES GESTES DE L'ACCOMPAGNATEUR (voir aussi postures)

Où l’on voit que le mot " gestes " qui fédère les premiers témoignages, caractérise avec justesse leur statut de savoir-faire, car ils représentent selon nous les gestes professionnels de l’accompagnateur.

1/Aide à la construction du projet

2/ Aide à la construction de l’équipe et à sa dynamique

3/ Aide à l’analyse des pratiques

4/ Aide à l’écriture

 

 

3

 

Accompagner 

des équipes pédagogiques

 

1/ Aide à la construction du projet

l’accompagnateur sécurise l’équipe

Leur contrat avec le dispositif des innovations répond à un besoin déclaré de reconnaissance et constitue un apport d'énergie non négligeable, en même temps qu'une sécurisation : la perspective d'un accompagnement régulier a été saluée comme une garantie contre la peur de ne pas pouvoir continuer, la peur de ne plus tenir régulièrement les séances du conseil d'enfants ou la peur de "tourner en rond", et a amené un professeur à choisir de retarder au moins d'un an une demande de mutation.

J. Dupret

l’accompagnateur écoute les discours de l’équipe sur l’action

Mon attitude d’accompagnateur a oscillé entre l’aide au projet, à partir de mon ressenti des préoccupations de l’équipe, l’écoute des discours tenus sur l’action et l’intervention sur des points qui semblaient importants à tous :

- aide au passage du projet institutionnel à un travail sur trois classes

- redéfinition du partenariat avec la compagnie Zarina Khan.

B. Pechberty

l’accompagnateur fait préciser des points évidents pour l’équipe mais incompréhensibles pour d’autres

Mon rôle a consisté à poser quelques questions pour amener le groupe à préciser davantage ses objectifs, (…) à jouer le lecteur extérieur et à faire préciser des points évidents pour l’équipe mais incompréhensibles pour toute autre personne. Par exemple, l’idée de joindre un plan du quartier à leur production écrite, est venue de ma propre difficulté à me représenter les lieux concernés.

A. Gerbaud

l’accompagnateur aide l’équipe à

renoncer à des actions irréalistes

Mon accompagnement cette année se situe en amont du projet puisque celui-ci était encore à l’état d’ébauche. Je suis intervenue pour aider l’équipe à préciser son projet, renoncer à des actions irréalistes ou trop précoces pour être viables et fiables. J’ai aidé l’équipe à prendre conscience que le projet initial n’était pas mûr et à se réinterroger sur ce qu’elle pouvait et voulait faire. Il a fallu que le groupe abandonne ses premières idées et reconsidère tout son plan d’action.

Ce fut un moment crucial car ce renoncement aurait pu entraîner le découragement voire l’abandon de certains. La possibilité de travailler sur trois ans accordée par la cellule Innovation a contribué à regonfler le moral de l’équipe.

D. Ghozali

2/ Aide à la construction de l’équipe et à sa dynamique

l’accompagnateur favorise la solidarité

L’accompagnement a soudé l’équipe pédagogique autour de l’action d’innovation vécue comme une urgence et une nécessité. Il a permis à l’équipe et à chacun de ne pas être seul face aux difficultés qui sont apparues d’emblée insurmontables, favorisant simultanément l’intégration rapide du professeur nommé avec retard. Il a valorisé l’action en lui reconnaissant une place et un intérêt dans l’institution.

M. Le Moël

l’accompagnateur favorise l’estime réciproque

Après chaque rencontre le groupe se retrouvait pour travailler le soir autour d’un repas chez l’un ou chez l’autre. Un esprit d’équipe s’est mis en place avec un vrai plaisir à travailler ensemble. Cela a permis à des enseignants du même établissement, mais travaillant sur deux sites assez distants et à des niveaux différents, de se connaître, se reconnaître et s’apprécier. Des informations –souvent internes- utiles pour les uns et pour les autres ont pu circuler. Tous ont signalé cet effet positif et indirect lié à l’existence du groupe contractualisé dans le dispositif de valorisation des innovations.

D. Ghozali

l’accompagnateur favorise la convivialité

D’une part mes rencontres avec l’équipe ont-elles été plus fréquentes que celles fixées par le cadre institutionnel, leur objet étant non seulement de travailler mais, plus simplement et plus convivialement (nos rendez-vous de travail ont eu lieu au restaurant), de faire connaissance.

F. Teillard

l’accompagnateur favorise les échanges d’informations

Les propos sont nourris par les échanges de documents que chacun a pu mettre au point. Jusque là cette circulation d’informations n’avait pu avoir lieu.

J. Borga

l’accompagnateur aide l’équipe à communiquer

En fait, il m’a semblé que derrière la demande d’accompagnement, c’était une aide à la communication qui était attendue. Le besoin de communiquer, au sein de l’équipe d’une part (et la possibilité de former une équipe en innovation est une opportunité qui institue des rencontres régulières et formelles), vers l’extérieur d’autre part pour faire valoir le projet auprès de différentes instances.

Cependant, " communication " implique " formalisation ". Et il m’est apparu que mon accompagnement de ce projet pourrait être une aide à la formalisation.

B. Bastard

l’accompagnateur favorise la cohésion de l’équipe

Mettre en place un accompagnement pour suivre une action qui doit s’intégrer dans un dispositif dit d’innovation pédagogique, nécessite au départ un temps assez long d’adaptation des différents partenaires concernés. Au moins trois réunions ont été nécessaires au début pour :

- faire connaissance, définir le rôle de l’accompagnateur ;

- définir plus précisément les enjeux d’une telle entreprise pour que chacun puisse exposer clairement ses inquiétudes par rapport à l’idée de contrat, d’engagement, ses interrogations, ses attentes…

- ajuster les façons d’aborder les questions concernant le contenu (ici la maîtrise de la communication orale) et surtout pour faire parler ensemble les enseignantes de leur pratique : ce qu’elles font, ce qu’elles voudraient faire.

F. Eriksen

l’accompagnateur aide l’équipe à se positionner dans un partenariat

Il m’a semblé que j’avais à aider l’équipe à se faire confiance pour qu’elle construise sa place et se positionne comme soutien du projet mais aussi comme partenaire de travail de la compagnie Zarina Khan. En effet, le risque de ce temps de transition était celui d’une simple juxtaposition entre les acteurs, les créations spectaculaires et séduisantes de la compagnie et l’équipe de professeurs, pris dans les conflits difficiles de l’établissement. J’ai délibérément axé mon travail avec les enseignants : ceux-ci, de leur place, ont réorienté leurs liens de travail avec la compagnie dont le travail était par ailleurs remarquable.

B. Pechberty

l’accompagnateur aide l’équipe à intégrer les changements

L’accompagnement a eu pour objectifs de :

- favoriser l’expression de la parole de tous ;

- aider l’équipe à préciser les réaménagements pour l’an prochain ;

- interroger l’équipe sur son devenir, compte tenu du départ du coordonnateur. Un successeur a été désigné et l’organisation du projet à la rentrée prochaine sera remodelée en raison des constats effectués. Le départ du coordonnateur, à l’origine du projet, ne mettra donc pas en danger l’innovation.

M-A. Hugon

l’accompagnateur aide l’équipe à construire une culture commune

Chaque rencontre est l’occasion d’une recherche de cohérence : un langage commun s’élabore, une culture commune se construit. L’accompagnateur aide à l’émergence de ces marqueurs par son questionnement et la nécessité où en est l’équipe d’expliciter toujours ses " allant de soi ".

F. Serrero

l'accompagnateur favorise les échanges

La régularité des rencontres a apporté soutien et encouragement à persévérer et réussir. Nous considérons d’emblée que chaque équipe doit être mise en réseau avec d’autres pour échanger, l’accompagnateur étant le porteur et le facilitateur de ces relations.

(…) Je suis là pour écouter activement, pour encourager, pour valoriser ce qui me semble moteur, pour favoriser les échanges de pratiques qui sont facteurs d’évolution, pour donner confiance et, ainsi, permettre de ne pas hésiter à poursuivre l’aventure de l’innovation.

(…) Il ne s’agissait plus de simplement recueillir le travail des équipes mais de faire avec elles.

M. Le Moël

3/ Aide à l’analyse des pratiques

l’accompagnateur aide à expliciter

Ma proposition est d’organiser des allers et retours sur l’avancée du projet afin de renvoyer à l’équipe inno-valo des questions, des demandes d’explications ou de précision et ainsi apporter un regard extérieur néophyte sur le projet.

B. Bastard

l’accompagnateur aide à formaliser

Notre objectif a été d’aider l’équipe d’enseignants à :

- mieux formaliser leurs questionnements et leurs choix pédagogiques

- se recentrer sur des points précis

- dégager les réussites de leurs actions

M. Aboukrat

l’accompagnateur aide à reformuler

Mon travail d’accompagnement a consisté cette année à :

- aider les acteurs à s’interroger, à écouter, à reformuler et à clarifier

- mettre en mots leur action, passer " du faire au dire ", valoriser

- aider à fixer des objectifs d’action

- réfléchir aux compétences et capacités transversales

B. Péricard

l’accompagnateur aide à délimiter les objets d’étude

Les collègues sont très attentifs aux consignes et participatifs : nous sommes restés dans un premier temps à délimiter les objets d’étude, mieux cerner les différentes questions qui fondent l’approche plus individualisée du travail de l’élève ; puis dans un second temps nous explorerons chacune de ces questions, de sorte à aboutir en début d’année à quelques analyses de situations.

F. Muller

l’accompagnateur aide à construire une méthode de travail

Les interventions ont visé à :

- attirer l’attention de l’équipe sur l’intérêt des informations recueillies dans les feuilles de bord et sur l’utilité d’une analyse fine de ces documents ;

- interpeller l’équipe sur les objectifs fixés à son action. (…)

- engager l’équipe à formuler les difficultés rencontrées au fur et à mesure de l’avancement du projet, aussi bien au plan institutionnel, qu’organisationnel ou pédagogique. (…)

- encourager l’équipe à repérer clairement tous les effets prévus mais aussi imprévus de la mise en place de cette action et à faire clarifier par chacun sa compréhension du projet. (…)

L’accompagnement a peut-être aidé l’équipe à identifier le plus clairement possible sur quels points des ajustements étaient à envisager et à formuler le plus clairement possible quels seraient, en raison de ses analyses, les réaménagements pour l’année prochaine.

M-A. Hugon

l’accompagnateur aide à centrer l’observation sur les apprentissages des élèves

L’équipe définie par sa forte implication auprès des élèves, se construit autour de la réflexion sur les pratiques et évolue vers la construction d’actions avec répartition des tâches, curieuse de comprendre les pratiques des collègues en enseignement professionnel comme en enseignement général. Analyser, observer, restent cependant des tâches difficiles. L’observation est plus centrée sur la démarche de l’enseignant qui construit son enseignement, que sur la construction par les élèves de leurs savoirs et de leurs compétences. Une formation dans ce domaine serait nécessaire ou une aide de ma part.

A. Cohen

4/ Aide à l’écriture

l’écriture de chacun

Au cours des réunions j'ai pris soin de la parole de chacun, en proposant chaque fois de commencer par écrire. Cet entraînement régulier, a dit la coordonnatrice de l’équipe, lui a facilité la rédaction du bilan d’étape. Dans la réunion elle-même " l’écriture permet de mettre à plat, de s’écouter ". Je fais jouer ici mon expérience de formatrice en écriture, où j’ai appris qu’une certaine directivité sur le processus garantit la place et l’expression de chacun. L’intérêt que je manifeste pour entendre chacun est fondateur. Un temps égal est donné à chacun pour écrire et pour lire. La cueillette du matériau à élaborer se fait auprès de chacun. Je régule de même les interactions verbales.

J. Dupret

le récit d’analyse

Dans cette mission d'accompagnement, il est difficile de solliciter de l'équipe le récit écrit de l'analyse de sa démarche et de ses pratiques, ainsi que le demande l'institution par le contrat. Je m'y applique cependant au vu des bénéfices qu'on en tire, tels que le partage de l'expérience avec les autres, la formalisation des objectifs et des étapes de l'action avec l'équipe et, enfin, la mise au jour des évolutions des pratiques individuelles et collectives.

M. Le Moël

le compte-rendu

Chaque réunion d’équipe pour la mise en place du projet donne lieu à un compte rendu écrit. Il y a ainsi une matière importante pour le passage à l’écriture du projet. Je n’ai donc pas à amener l’équipe à produire un travail écrit puisque ce travail est régulièrement fait.

B. Bastard

les t.i.c.e.

Pour cet accompagnement, nous avons rencontré trois fois les enseignants. En dehors de ces temps d’échanges, nous avons communiqué par l’intermédiaire d’une liste de diffusion (compléments d’informations, aide à l’écriture…), et par téléphone, en particulier avec la documentaliste.

M. Aboukrat

le bilan d’étape

L’un des enseignants n’a assisté à presque aucune des réunions d’accompagnement (…) En fin d’année, il me semble qu’il y a un progrès et que ce professeur est moins isolé dans le groupe. Je crois que la rédaction du bilan d’étape y est pour quelque chose, car il a rendu nécessaire une réelle analyse commune.

A-M. Tolla

la synthèse

Après chaque réunion, je rédigeais une synthèse de ce que j’avais compris et entendu : les points positifs que je souhaitais souligner et les améliorations que je suggérais. J’envoyais cette copie à l’équipe d’encadrement.

D. Gohzali

le fil conducteur

J’ai proposé un fil conducteur qui leur permettrait soit d’adhérer et de formaliser dans le cadre du plan que je proposais, soit de rejeter et de retrouver ainsi leur propre fil conducteur. En fait, dans un premier temps, je pensais que le plan que je proposais ne pouvait qu’entraîner l’adhésion car, pour ma part, je n’en voyais pas d’autre. Nous nous sommes donné un été de réflexion sur la question du " pourquoi ".

J’ai recommandé la lecture de " l’ingénierie des compétences " de Guy Le Boterf.

B. Bastard

les schémas et supports métaphoriques

Le jeu est de proposer à chaque séance un type de support ou une modalité variée de travail de sorte à éviter tout blocage au moment du passage à l’écrit, par exemple : le petit vélo, le soleil et ses constellations, l’arborescence, la photo arrêtée, le photo-langage.

F. Muller

 

 

3

 

Accompagner 

des équipes pédagogiques

(In)novatio n°3: Accompagner des équipes pédagogiques, un écrit collectif autour des pratiques d'accompagnement des équipes depuis six ans à Paris.

EXTRAIT: GESTES ET POSTURES DE L'ACCOMPAGNATEUR

Les " postures " décrites dans les témoignages qui suivent révèlent l’importance de la distance de l’accompagnateur à l’équipe qu’il accompagne, depuis se préserver d’intervenir " en expert " jusqu’à écouter en " candide "

 

l’accompagnateur évite d’être expert

Cette équipe composée de huit femmes était en demande d’un accompagnateur-expert pour juger du bien-fondé de ses travaux. Pour quitter rapidement cette position inconfortable, le recours à des connaissances théoriques sur l’évaluation était indispensable.

Il ne s’agissait nullement de faire passer un contenu mais d’être en mesure de poser les questions qui feraient progresser la réflexion de chacune et celle du groupe.

J. Borga

l’accompagnateur refuse d’être formateur

Je m’oblige à me taire. Je suis là pour accompagner l’explicitation d’un projet et pour sa mise en écriture, pas pour " former " des collègues.

A. Gerbaud

l’accompagnateur prend la bonne distance

J’ai tergiversé un an. Je souhaitais que l’équipe lise son action comme je la lisais, du point de vue de l’ingénierie de formation. Leur regard était autre, ils n’accédaient pas à mes mots, mon vocabulaire ne leur parlait pas.

Au bout d’un an, j’ai lâché prise. A la rentrée 2001, j’ai fait marche arrière et je suis revenue à la posture strictement accompagnante.

B. Bastard

l’accompagnateur met ses compétences disciplinaires au service de l’équipe

Quant à l'aspect plus technique, il provient d'une proposition personnelle. J'ai en effet proposé de faire partager mon expérience professionnelle et universitaire acquise dans le domaine de la maîtrise de la langue orale pour aider les enseignants à réfléchir sur les situations, les décrire, les analyser, relever les difficultés et les progrès, bref à s'intéresser plus profondément aux aspects linguistiques.

F. Eriksen

l’accompagnateur refuse ses propres certitudes

L’accompagnement exige de grandes qualités de discrétion et d’humilité ce qui est un exercice toujours stimulant. Il remet en question notre rapport à l’expertise et nous oblige à soumettre nos certitudes à la double sanction des individus (accompagnés) et du terrain.

Qu’est-ce qui mérite d’être décrit ? Qu’est-ce qui constitue véritablement une avancée innovante ? Qui décide de privilégier tel aspect de l’analyse plutôt qu’un autre ? Quelle forme donner au document écrit ? Autant de questions que l’accompagnateur peut-être tenté de résoudre par lui-même, fort de son statut " d’expert ". Il y aurait pourtant un grand danger à cela, celui de pervertir aussi bien le discours de l’innovation que l’innovation en elle-même, car les deux ne peuvent être qu’intimement liés.

F. Serrero

l’accompagnateur écarte tout a priori pédagogique

Comme accompagnatrice, je n’ai aucune projection pédagogique a priori, je n’interviens ni sur le choix des voies expérimentées, ni sur le déroulement de l’action. Je pense que l’équipe a en elle les potentialités de la réussite de son projet dès l’instant où elle se constitue avec la volonté de résoudre une difficulté d’ordre éducatif. L’équipe est maître-d’œuvre de son projet.

M. Le Moël

l’accompagnateur tient le rôle de tiers analysant

J’ai choisi de les questionner mais non de les conseiller. J’oscille toujours entre l’écoute, le respect de l’expérience et la nécessité d’inventer ma place d’accompagnateur. Je parie pour une hypothèse optimiste : l’équipe est suffisamment mature dans son projet pour que nous soyons non pas dans une dépendance mutuelle mais dans un lien établi qui se construit sur le vif, à chaque fois… J'apprends, je m’adapte à un mouvement d’équipe qui n’est pas ma propriété.

Comme accompagnateur, j’essaye de travailler à partir de ce que j’éprouve, à partir de ce qui est dit ou fait par ces collègues. Je ne sais pas toujours très bien comment ils utilisent ma fonction. J’ai choisi de ne pas agir à leur place sur leur projet, dans une position qui serait usurpée. Plutôt apporter un regard et des impressions, partager l’élaboration des pratiques de l’équipe, à partir de ma place dehors-dedans, en souhaitant que cela puisse aider ces praticiens innovants.

B. Pechberty

l’accompagnateur se place en compagnon de route

Les données de l’expérience, sans rendre l’accompagnateur soluble dans l’équipe, me placent davantage dans la position du compagnon de route que du guide, de l’animateur que du formateur, du conseil que de l’expert. Cette position frontalière - où il me semble être à la fois dans l’équipe et à l’extérieur d’elle - me ménage à la fois des possibilités d’intervention et d’observation.

Et si cette situation n’est pas le résultat d’un parti pris délibéré, elle me convient parfaitement. Il reste à savoir si cette satisfaction est partagée.

F. Teillard

l’accompagnateur porte un regard attentif et bienveillant

Je travaille avec un groupe qui se gère vraiment très bien tout seul, les enseignants contractualisés savent se répartir les tâches et ils anticipent. Je situerais plutôt mon action comme un regard extérieur attentif et bienveillant qui fait émerger quelques pistes ou creuser quelques questions. Dans la mesure où ce groupe fonctionne d’une manière autonome, je n’ai volontairement pas multiplié les réunions et les rencontres.

A-M. Fabbro

J’apporte un regard extérieur qui incite à exprimer, à prendre du recul avec l’action elle-même.

C. Pellard

l’accompagnateur joue le rôle de Candide

Mon accompagnement est directif pour le cadre et non-directif pour les contenus. Ma posture est d’accueil, je suis prête à tout entendre ; certes j’ai des outils pour l’émergence de l’analyse, je guide les regards sur tel ou tel aspect de l’action, mais tout ce qui surgit concernant l’action sert à alimenter la réflexion. Ce sont les praticiens qui réfléchissent. J'ai joué le rôle de Candide, mais ils n'ont cessé de remarquer que leur parole devant moi était aussi nouvelle pour eux que pour moi, une création sur-le-champ. Et ce fut un grand soulagement pour eux de constater que, dans le travail même de déployer une question, apparaissaient des éléments de réponses à cette question.

J. Dupret

S’il fallait conclure ce voyage à travers les bilans des accompagnateurs, nous pourrions déclarer que notre pari méthodologique s’est révélé fructueux. En effet, ont été mis au jour clairement les deux postes non remarqués par le cadre institutionnel : celui des interventions visant à consolider les équipes et à en favoriser la dynamique et celui de l’aide à l’émergence, à la clarification et à la maturation de leur projet.

Et, chose encore plus étonnante, nous avons pu voir que la nécessité de l’un ou l’autre de ces travaux, qui aurait dû s’imposer aux équipes en amont de l’écriture sur les pratiques, ne leur devenait en général perceptible qu’à l’occasion de cette écriture même. Il nous est alors apparu que ces séances d’accompagnement mettaient en évidence la fonction réflexive de l’écrit - qui décrit en même temps qu’il agit sur la chose même qu’il décrit, dans un perpétuel ajustement - et qu’il convenait d’élever l’écriture sur les pratiques au rang de méthode privilégiée pour l’accompagnement, surtout lorsque celui-ci prétend explicitement contribuer à leur transformation.