"Je peux échantillonner mon métier de prof"

Entrée dans l'éducation nationale à l'âge de 16 ans, fille d'un père instituteur, l'Ecole normale de Limoges n'a  pas convaincu Françoise Boissière. Suivent la fac et une licence d'esthétique. Premier poste dans un lycée d'arts appliqués à Rouen, puis à Paris. A l'époque les arts d'appliqués sont inexistants. C'est comme professeur d'arts plastiques en lycée professionnel qu'elle a tout appris du métier d'enseignement, là où il y a des difficultés, là où les élèves "ne boivent plus les paroles du professeur "les élèves ne veulent pas être là, qui sont présents par dépit, qui viennent en classe parce qu'il n' y a pas de chauffage chez eux".  Une situation dure à vivre mais qui pose les vrais questions du savoir-faire du métier d'enseignant par rapport au "déversage de contenus" qui n'est plus applicable à ce type d'élèves. Les colonies de vacances et les camps d'adolescents sont formateurs. Elle est convaincue qu'il y a un moyen de faire passer les choses; même auprès d'un public difficile.

On retrouve dans cette pédagogie la notion de bonne distance à trouver avec l'élève., une "surveillance éloignée". Qu'avons-nous à apprendre et à transférer dans les filières d'enseignement général ou professionnel de l'exigence mise en œuvre au LT Renoir pour ce public d'élèves, très apprécié des professionnels de la chaîne graphique de l'image ? Qu'avons-nous à apprendre de cet enseignement très individualisé (16 élèves en atelier d'arts appliqués) où on demande à l'élève d'arriver avec des pré-requis et une vraie motivation pour la filière BTS "communication visuelle" ?

 
 
 
 
 
Entretien
avec
 Françoise Boissière,
 professeur d'arts appliqués 
LT Renoir XVIIIème

propos recueillis par Janique Laudouar

 Avez-vous développé une technique de déroulement du cours ?

"Il y a quelque chose que je puise à l'intérieur de moi et qui m'intéresse: c'est du théâtre en permanence; c'est captiver les élèves, en les faisant rire, en décalant les niveaux de langage, en les responsabilisant. Dans tous les cas, il faut respecter leur qualité d'être humain, respecter leur effort, leur recherche, leur incompréhension aussi. Et ça marche…Et il faut avoir une vraie ouverture sur l'extérieur: quand je parle à mes étudiants du travail de graphiste, ils savent que je l'ai vécu. Je leur parle du rapport humain avec un imprimeur, par exemple et pas seulement de données techniques".

 

Pourquoi des critères de sélection académique à l'entrée de ce BTS communication visuelle ? La sélection se pratique très peu dans l'Education

Nous avons besoin de pré-requis. Nous devons avoir les moyens de les conduire jusqu'à l'examen. Il ne faut pas qu'ils se trompent de filière, qu'il prend la place d'autres candidats qui sont réellement motivés.

 

Qu'avons-nous à apprendre de l'organisation du cours, des plages horaires ?

On les suit comme si on vivait avec eux toute la semaine. J'ai les mêmes élèves 14 heures de suite, je les connais par cœur, je connais leur façon de fonctionner, leurs faiblesses, leurs humeurs. Je connais leurs problèmes. Je peux jouer au cas par cas. Je peux donner des rythmes de travail différents selon le profil de l'élève. Je peux avoir des relations différentes avec chacun d'eux: il y en a qui fonctionnent bien en cours "magistral", d'autres ne fonctionnent que dans le tête-à-tête. Je peux échantillonner mon métier de prof, arriver à leur faire comprendre des notions, par rapport au fonctionnement de chacun. Dès lors qu'ils ressentent cette attention portée, leur discours est beaucoup plus limpide; je comprends mieux leur demande. Ce que je mets en place, c'est une sorte de surveillance éloignée; je les pousse  - au cas par cas - à trouver par eux-mêmes la solution.

 

C'est l'enseignement individualisé tel que le rêvent les enseignants - et les élèves ? Pourriez-vous fonctionner avec 30 élèves ?

Oui, je le pourrais, mais avec une perte d'énergie considérable. Les acquis seraient minimes par rapport à l'engagement du prof. Une autre solution, plus coûteuse, si on devait abandonner la sélection, serait de diviser la classe en deux, et d'avoir deux professeurs.

 

Vous faites partie du jury et professeurs consultés pour le choix des sujets d'examen de BTS arts appliqués. Les Portes Ouvertes au LT Renoir ont fait la preuve de la très grande qualité des productions des élèves, appréciés par les professionnels. Comment arrive-t-on à cette excellence ?

En leur montrant ce qui existe, en leur donnant une grande culture graphique, qui est leur culture à eux. C'est eux qui vont créer l'environnement visuel de demain. C'est un métier où on peut et où on doit jouer avec les formes. C'est un  jeu avec les formes, les outils,  par rapport au sens. Il faut privilégier cette capacité à jouer, à rebondir, à se surprendre, à riposter. Il faut cultiver la rapidité, la vigilance, garder tous les sens en éveil, la faculté d'aller puiser dans tous les niveaux d'expression, l'image, l'humour, tout ce qui se voit, tout ce qui a été fabriqué, autant dans l'histoire qu'aujourd'hui, et acquérir la faculté de s'approprier ce patrimoine. Il faut leur faire sentir qu'il y a un enjeu culturel et pas seulement technique. Il ne faut pas baisser les bras devant la "pub": c'est à eux d'inventer la pub de demain. Il faut leur faire prendre conscience que c'est une culture qui leur appartient et qu'ils peuvent contribuer à faire évoluer.

 

Questionnaire sur le thème de "faire parler l'image" aux élèves de seconde année BTS "communication visuelle".

 Quelle sources d'inspiration pour ces élèves destinés à être des professionnels de l'image ?

 

Nous leur avons posé trois questions:

 

1 Avez-vous un logo ?

2 Quelles sont vos sources d'inspiration, et sites favoris sur Internet en particulier?

3 Quelle est votre définition de "faire parler l'image" et quels sont vos supports favoris ?

 

Attention: les liens signalés sur internet peuvent être éphémères ou caduques et ne sont pas des liens éducatifs, mais un simple témoignage de choix personnels d'étudiants.

 

 

NATHALIE :

1.  pas vraiment

 

2.google images pour trouver des images délirantes, sinon je ne suis pas
tres internet.Je suis plutôt inspirée par le spectacle de la rue et l'observation des gens.

 

#3) faire parler l'image:exprimer son émotion par des images porteuses de sens et séduisantes.

 

JULIE:

1 Pas  encore de logo.

 

2 Je ne vais pas très souvent sur
internet, je préfère feuilleter les magazines ou rechercher dans des bouquins.

 

3 Toucher une cible particulière par le biais de l' image, lui faire se poser des questions. Faire parler l' image est comme un jeu,
une énigme à résoudre. J' aime la plasticité, les mélanges de styles, les contrastes et le décalage.

JULIEN

2 sources d'inspiration : magazines, bouquins, expos, tout ce qui se passa autour : dans la rue, à la télé ...
sites internet :
www.artaz.com
www.genevievegauckler.com

3 "faire parler l'image" = faire parler l'image par elle-même, sans texte,trouver les codes graphiques, la composition, les couleurs qui la rendront éfficace supports favoris = supports plastiques, la bidouille,
l'utilisation de matériaux hétéroclites

MARC SAMA

1 voila mon logo

 

2        je puise mes sources d'inspirations un
peu partout, car il est important de connaître un
maximum de choses...

 les adresses :
http://www.omnikishi.de  
http://evanhecox.com
faire parler l'image : toucher le plus de personnes le plus efficacement possible. support favoris : internet, info, dessin...

2 mes sources d'inspirations
bah y'a pleins d'trucs
autant y'aurai des BDs mais
y'aurai aussi des romans
et puis des affiches dans la rue,
parfois des musiques
en gros y'a plein de trucs en tout genre

3 faire parler l'image
avec un peu d'expressivité, et d'inventivité
... on pourrai tout exprimer
(texture, formes, couleur ...)
mon support c'est une feuille, c'est
bien suffisant...
ha oui j'oubliai: mon écran d'ordinateur aussi.

Stéphann

bijour,
c le pti ga à la besace extincteur!!!

alors mes sites ke jadore c:
www.evanhecox.com
www.ecko.com
www.telecharger.com
www.dafont.com
www.burodestruct.com
 

et faire parler l'image (heeeeeuuu):
lui donner un sens, une signification par un jeu typographique ou de compo ou de couleur....
support favori: sans doute un bon vieux stylo bille noir