Monographie

ACADEMIE DE PARIS

 

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Personne contact : Hélène FONTES, professeur de lettres-histoire, Frédéric Mamberti

PNI 3 – n°1                                                                P1Paris.doc

 

Pour un lycée espace d'échange et de démocratie

 

 

 

 

Pour un lycée espace d'échange et de démocratie

L'équipe contractualisée avait achevé l'action 99-2000 sur 2 questions :

-         comment évaluer ,

-         saurons-nous maintenir le souffle ?

-          

L’action avec nos élèves s’est appuyée au départ sur des ateliers d’écriture, mis en place par Zarina Khan, metteur en scène et philosophe. « La méthode repose sur l’alternance de l’écriture individuelle qui permet à l’élève de se recentrer sur lui-même et la participation à l’improvisation collective qui lui permet de se situer  et de s’intégrer au groupe. Elle permet une autre approche des difficultés scolaires, des blocages de la parole et  de l’écriture. »

Les ateliers d’écritures sont intégrés aux heures de cours. L’apprentissage de l’expression écrite et orale individuelle, mais aussi collective, crée rapidement une consolidation du groupe scolaire. Les élèves deviennent « partenaires » d’une même action, mais surtout Acteurs de leur apprentissage Cette nouvelle forme de travail a donné du sens à l’apprentissage. De plus, les élèves offraient leur confiance à Zarina Khan, tout en s’équilibrant sur la présence rassurante des enseignants. Ce travail en « TRIANGLE : élèves-enseignants-intervenant extérieur » nous semble fondamental pour la réussite du projet.

 

Les ateliers d'écriture de la 1ère année ont eu un impact fort sur toutes les classes (il faut rappeler que tout l'établissement était engagé dans cette étape du projet) : si les élèves ont d'abord été surpris, ils ont très vite investi l'espace d'expression et d'écoute qui leur était ouvert. A l'intérieur des classes, le mode relationnel en a subi des conséquences positives notables et durables. Pour ne prendre qu'un seul exemple : les professeurs d'EPS ont constaté l'abaissement de la frontière entre les groupes de garçons et les groupes de filles pendant les activités sportives.

Les 2 classes (1ère année puis Terminale BEP Comptabilité, BEP en 1 an puis Bac Pro Comptabilité en 1 an) engagées sur le long terme, c'est-à-dire sur les 2 ans de la contractualisation, ont ressenti très positivement les moments forts qu'ont été la mise en espace de leurs textes au Rectorat. La totalité des élèves a participé à la 2ème représentation devant le Mur de la Paix le 10 novembre. Conscients de porter la parole de leurs camarades, et, au-delà, de leur génération, ils ont trouvé dans l'attention qui leur était portée motif à reprendre confiance en eux.

La reconnaissance de leur travail par l'institution leur a donné le sentiment de la réussite, qui pour la plupart d'entre eux est totalement nouveau dans le cadre scolaire.

Nous avons pu dégager des indicateurs visibles de réussite :

-         le petit livre de la Paix, qui réunit les textes des élèves

-         la présence des deux classes au complet lors des 2 représentations

-         pour une des 2 classes, un taux d'absentéisme parmi les plus faibles du lycée

-         pour les deux classes, un très faible taux d' "incivilités", à peu près nul à l'égard des enseignants participant au projet

-         les professeurs engagés dans le projet ont acquis un nouveau regard sur les élèves, une meilleure prise en compte et des individualités et de la personnalité du groupe-classe.

-         lors des fêtes organisées au lycée, et lors du "Printemps des poètes", les participants les plus nombreux sont ceux des classes intégrées au projet.

-         La présentation du projet et de certaines de ses réalisations sur le site Internet du lycée.

 

Pour la 2ème année, l' Opération Messager permettait à des petits groupes d'élèves d'aller à la rencontre de personnes âgées, pour partager un questionnement, recueillir des expériences et un savoir, briser l'incompréhension entre deux générations. Ces rencontres, filmées, doivent faire partie d'un ensemble de modules à visée pédagogique.

Deux rencontres ont eu lieu. Si elles ont été riches par la qualité de l'échange, elles ont été plus décevantes en ce qui  concerne leur résultat : le rendu par les participants n'a pas été suffisamment exploité, et les répercussions semblent se limiter aux seuls groupes d' "enquêteurs". En amont, une préparation au tournage s'était faite par une rencontre  entre le premier groupe et l'opérateur cinéma ; il aurait fallu provoquer cette rencontre pour le 2ème groupe, qui a été gêné par les exigences techniques du tournage.

 

Une difficulté que nous connaissions déjà : l'année scolaire est hachée par les stages en entreprise, qui rompent le sentiment de suivi et de cohérence ; les ateliers qui ont précédé les rencontres ont été trop éloignés des rencontres elles-mêmes.

 

Le déroulement de la 2ème année nous amène aux remarques suivantes :

-         la 2ème partie de l'action laisse une impression d'incomplétude par l'absence d'une réalisation collective ;

-         l'implication directe d'un trop petit nombre d'élèves empêche le sentiment d'une réussite commune. Les effets positifs risquent de se dissoudre.

 

Parallèlement à ces remarques, un constat s'impose : le désir de l'équipe de renouveler et poursuivre. Les aspects innovants nous paraissent essentiels :

- dans un milieu scolaire "en échec" , ce n'est pas un travail sur les résultats scolaires,            mais un travail qui permet à tous et à chacun de trouver sa place dans le groupe classe, et ainsi de réinvestir sa scolarité. Dans ce processus, l'apport de l'intervenant extérieur est incontournable.

- Parce qu'il a enrichi le sens de notre action professionnelle, nous désirons reprendre ce travail, sous une nouvelle forme, avec de nouvelles classes, et plus particulièrement des classes d'élèves nouveaux dans l'établissement.

 

 

 

Annexes :

-         photos du 10 novembre 2000, journée "Ecole pour la Paix"

-         quelques questions des ateliers de l'Opération Messager

-         extraits de "rendus" des élèves


10 novembre 2000 – Journée "Ecole pour la Paix"

 

 

 

(photos jointes au dossier papier)

 


 

Atelier

Questions "Messager"

 

O.

Aimeriez-vous vivre quelques années de plus pour voir ce que le futur offrira à vos petits-enfants ?

Que pensez-vous du monde actuel et en quoi est-il différent de celui de votre enfance ?

S’il y avait une chose à retenir de votre vie quelle serait-elle ?

Avez-vous un souvenir de votre premier(e) petit(e) ami(e) ?

Que pensez-vous de la jeunesse d’aujourd’hui ?

Seriez-vous prêt(e) à me considérer comme un de vos petits-enfants ?

 

N.

Comment fais-tu pour vaincre ta solitude ?

As-tu peur de la mort ?

Es-tu raciste ?

Quelle est la chose la plus importante pour vous ?

Aimez-vous toujours votre femme, si vous en avez une ?

Qu’est-ce qu’une vie bien réussie pour vous et pensez-vous avoir réussi votre vie ?

Veux-tu devenir mon ami ?

Maintenant que vous êtes une personne âgée et que vous ne faites plus l’amour et que vous avez moins de force pour faire certaines activités, comment faites-vous pour vous faire plaisir ?

 

B.

Pourquoi on vieillit si vite ?

Est-ce qu’un vieux est heureux ?

Pourquoi les vieux ne se suicident pas ?

Pourquoi on devient moche quand on vieillit ?

Ne plus vieillir, c’est possible ?

Est-ce qu’un vieux a peur de mourir ?

Moi, personnellement je n’ai pas peur de mourir car je suis jeune et j’ai toute la vie devant moi.

 

F.

Comment avez-vous vécu lors du dernier siècle l’évolution et la modernisation rapide des nouvelles technologies ?

Que pensez-vous des années 60-70 où il y a eu une forte immigration afin de « reconstruire » la France ? Pourquoi maintenant on n’y pense plus ?

Je pense que les grandes villes et surtout Paris ne sont pas faites pour les personnes âgées ; et vous, qu’en pensez-vous ?

 

N.

Est-ce que vous pensez avoir vécu ce que vous rêviez ? Et est-ce qu’à votre âge vous rêvez de choses folles, des choses que les jeunes veulent faire ?

 

G.

Si vous avez vécu la 2ème guerre mondiale, quelle expérience en tirez-vous ? que pensez-vous des événements en Autriche ?

Que pensez-vous de la jeunesse d’aujourd’hui ?

Quel meilleur souvenir avez-vous ?

 

L.

Auriez-vous des envies maintenant ?

Comment aimeriez-vous finir les dernières années de votre vie ?

Comment voyez-vous les jeunes d’aujourd’hui ?

Avez-vous peur de mourir ?

Si je pouvais retourner en arrière pour pouvoir profiter des instants les plus importants de ma vie pour ne plus jamais avoir de regrets, je donnerais tout pour cela ! Car ce regret est toujours présent en moi …et ça fait mal quand j’y repense.

 

S.

Si  je voulais poser des questions à des personnes âgées, ce serait à mon arrière-grand-mère. Je ne l’ai jamais connue mais j’aurais bien aimé la connaître car à mon avis avant les gens n’étaient pas tellement « heureux ». Je ne veux pas dire qu’ils ne vivaient pas bien mais j’aurais tant voulu lui poser quelques questions :

Est-ce qu’elle sortait sans l’autorisation de ses parents ?

Est-ce qu’elle a vécu sa jeunesse ? Si elle avait eu des aventures ?

Car les parents d’avant, surtout au pays, n'auraient jamais accepté. Car voir ou savoir que sa fille sort avec un homme c’est l’humiliation de sa famille.

Si elle s’est mariée par amour ou par contrainte ?

 

R.

Est-ce que vous faites une différence entre les jeunes et les personnes âgées ? Leurs comportements ? Leurs idées ?

Moi je la fais.

Moi je viens du Cambodge. Là-bas les jeunes respectent les anciens alors qu’ici souvent ils se comportent mal avec eux. Moi je préfère le respect qu’il y a chez moi. Même à l’école, les jeunes sont très différents vis-à-vis de l’apprentissage. Ils ont envie d’apprendre alors qu’ici je ne le sens pas. Qu’est-ce que vous en pensez ? Est-ce que vous avez eu envie d’apprendre à l’école ?

 

 

 

Mehdi

Est-ce que la vie a un sens pour vous ?

Les études que vous avez faites vous ont servi durant votre vie ?

Si on devait tourner un film ensemble, quel est le choix de vos illustrations : un temps triste ? assis sur un banc autour d’une fontaine ? un temps ensoleillé accompagné d’un climat froid ?

Après tant d’années de vie sur terre, vous aimeriez bien vivre pour l’éternité ?

Croyez-vous au Paradis ?

Quels ont été vos rêves d’enfant ? Par exemple moi, quand j’étais petit, je disais toujours à ma mère qu’un jour je deviendrais un imam.

Si vous deviez vivre une seconde fois, aimeriez-vous changer les émotions que vous avez vécues ?

 

D.

Je lui demanderais si le sens qu’elle a donné à sa vie était tel qu’elle l’a souhaité ; je lui demanderais de me raconter la période de sa vie qui l’a  le plus marqué intérieurement, celle qui lui a été le plus profitable pour son développement personnel. Je serais curieux de savoir ce qu’elle attend de la vie à un âge proche de la mort, quels sont ses espérances, ses fantasmes, ses regrets, ses réflexions, ses rêves, ses aspirations.

 

S.

Pourquoi, à l’âge de 45, 50, 60 et plus, on dit que ce sont des personnes âgées.

Est-ce que être une personne âgée c’est simplement avoir plus de vécu que ce qu’on a à l’âge de 20 ou 30, ou c’est aussi voir son corps vieillir, se déformer, etc.

Moi, je pense qu’on peut refuser de vieillir, on peut très bien avoir 50 ou 60 ans et en avoir 20 dans la tête. Tout est relatif à chacun de nous.

Moi, je pense aussi qu’en Europe, notamment en France, l’effet de vieillir est quelquefois très dur pour certaines personnes, je trouve que lorsqu’on est vieux on est isolé, on est de moins en moins en contact avec le monde extérieur.

Moi, je  voudrais un jour vieillir mais pas d’une manière triste.

 

M.

J’aimerais savoir si la vie s’arrête après 40 ans ?

Dans ta vie, tu as regretté des choses ? Aurais-tu voulu faire un autre métier ? As-tu des passions aujourd’hui ? Moi, je fais de la magie ; serais-tu heureux de voir un spectacle de magie ?

La présence de jeunes à tes côtés te met-elle mal à l’aise, ou non ? La vie au quotidien te paraît-elle ennuyante, ou monotone ?

Si des jeunes voulaient s’enrichir de ton expérience, serais-tu heureux ou mécontent ?

Enfin, la mort te fait-elle peur, ou la considères-tu comme le prolongement naturel de la vie ?

 

 

 

 

Commentaires d'élèves

 

F.

J'ai apprécié l'accueil au Rectorat.
Pour moi le principal c'est que nous ayons été entendus, et qu'un message est passé Je m'en suis rendu compte quand j'ai vu l'effet sur les gens à la fin et quand la prof de la classe de 4ème est venue me voir pour me dire l'émotion et la réflexion que cela avait suscité dans sa classe.

Merci.

 

N.

Moi, hier , je pense qu'on a contribué à un grand pas dans l'avenir.
Je pense que si le monde entier avait été présent hier après-midi, il y aurait beaucoup moins de misère et d'injustice si tout le monde avait compris le message comme moi.
Moi, ce que j'aimerais vraiment, c'est que ce qui s'est passé hier change quelquechose dans le monde ; mais je ne pense pas. Ce qui est vraiment dommage. Cela a peut-être changé quelques mentalités mais maintenant il faut continuer l'action encore et encore. Ce qui aurait été bien aussi, c'est que tous les chefs d'état aient été présents hier, mais là je commence à délirer, c'est pour cela que je ferais mieux de poser mon stylo.

 

S.

Je suis certaine que c'est bel et bien la 1ère fois que j'ai eu peur de parler devant de nombreuses personnes inconnues ; j'ai eu beaucoup de "personnes" pour me soutenir. Je pense même que c'est grâce à eux que j'ai pu tenir mon courage à deux mains et rentrer en scène (je précise encore une fois que c'est moi qui devais lire en premier !). J'espère que je pourrai raconter à mon mari et mes enfants cette merveilleuse journée d'émotion. Le plus dur était de rentrer en scène, mais j'ai réussi. Car la fin était merveilleuse. C'est la 1ère fois dans un lycée que je vois autant de professeurs et des personnes de l'administration pleurer. Je suis sûre que je n'oublierai jamais cette année. Si c'était à refaire, j'espère que je serai toujours la première à lire. Car maintenant je sais qu'il y aura toujours des personnes pour m'encourager.

 

M.

Avant de passer à l'acte, je n'étais pas confiant en moi-même. J'avais l'impression d'être seul. Mon premier regard fut en direction des élèves et non des représentants de l'organisme. Mon but était de faire passer un message. C'est ce que j'ai fait, mais d'une manière compréhensible et très imagée à la fois. Seuls ces jeunes adolescents pouvaient connaître le sens et la signification de ce message. J'aurais peut-être refusé d'y aller si la salle était peuplée seulement de proviseurs et de professeurs. Au fond, je pense que c'était une idée magnifique et importante d'avoir invité des adolescents âgés de 14 à 16 ans.

 

 

 

 

 

M.

Ce que j'ai le plus aimé, c'était d'installer une certaine ambiance, assez proche de celle de la lecture des textes, mais avec du rêve en plus. Avec du recul, j'ai pensé qu'alterner des tours de magie impossible et des espoirs sur la paix  rendait cette dernière accessible, et renforçait cet espoir de paix dans l'esprit du public. De nombreuses émotions étaient présentes, lors de ce spectacle, les larmes de tristesse rejoignaient les larmes de joie, ce qui fit à mon avis un bon spectacle.

 

R.

Tant que vous ne perdrez pas le courage, vous pouvez montrer vos capacités dans vos émotions. Je trouve que vous avez fait le maximum pour éclore vos cœurs vers l'autre bout du monde et vous cherchez à faire comprendre les êtres inconnus qui vous entourent, muets dans leurs pensées ; soudain vous criez le mot "Paix", ce qui fait réveiller les dormants. Vous êtes très formidables dans l'ensemble. Je vous remercie de tout ce que vous avez fait.

 

L.

Je pense que nous avons fait un bon travail avec nos camarades et nos professeurs. Je ne regrette pas d'avoir participé à ce projet. Pour moi c'était une réussite.

 

A.

Avant que le grand moment arrive, je me sentais heureuse et fière de dire ces mots, qui ne feront peut-être rien changer mais au moins on se sera exprimés !

Quand je voyais tout le monde trembler, bouger, je me disais qu'on n'y arriverait jamais. Mais dès que S s'est lancée tout le monde a suivi. C'était magnifique. Quand mon tour arriva, j'ai bien cru ne pouvoir dire un mot, mais F. m'a lancée  et je suis partie et j'ai dit mon texte avec beaucoup de cœur et cela m'a fait plaisir de le lire.

D.

Je reste quelque peu sceptique quant à la réelle portée de notre œuvre, destinée à faire évoluer les mentalités dans le bon sens et à prendre conscience d'une certaine réalité sociale ; car je pense que la paix est encore très loin d'être acquise, il faut commencer à la chercher en soi-même.

 

S.

Quand j'entends le poème, je suis triste, trop de choses sont dites, trop de souffrances sont révélées. Très souvent au fond de moi je garde toutes ces choses en moi.

C'est bien d'entendre d'autres personnes les dire, cela me soulage beaucoup. A la fin du texte, j'entends au fond de moi un grand cri d'espoir.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Equipe contractualisée

 

Hélène FONTES, professeur de lettres - histoire, Anne BALMONT, professeur d'éducation physique et sportive, Pascal CHAPELLE, professeur de comptabilité, Marie-Thérèse LECHENAULT, conseillère principale d'éducation, Frédéric MAMBERTI, professeur de biotechnologie.

 

Accompagnateur : Bernard PECHBERTY, maître de conférence à Paris V

 

 

 

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