Il nous a paru intéressant, voire
parfois ressourçant, d'aller consulter ailleurs que dans notre
monde éducatif francophone ce que pouvait recouvrir le mot
"expérimenter". Pratique sociale, sens caché, démarche
scientifique.
Découvrons ces différentes
acceptions et ne retenons ensemble que les différents éléments
qui peuvent nous éclairer dans notre réflexion comme pour nos
pratiques enseignantes.
"Il est évident pourtant que, comme l’observation,
l'expérimentation plonge ses racines dans des conduites très
anciennement présentes dans l'espèce humaine, sans
lesquelles nombre d'acquis décisifs de l'évolution culturelle
seraient impensables. L'émergence et le développement des
techniques artisanales supposent une exploration expérimentale
du réel. C'est dans l'artisanat, dans les progrès de la
technologie empirique que les historiens de la science repèrent
aujourd'hui les origines de la méthode expérimentale comme
instrument de choix de la vérification scientifique. Elle
n'est pas issue du discours philosophique, savant, mais est
venue le féconder de l'extérieur. Le discours savant s'en
était tenu à l'observation raisonnée - avec des succès
remarquables tels que les connaissances astronomiques des
civilisations anciennes - avec le risque de laisser aller les
spéculations verbales sans les soumettre sans cesse à
l'épreuve de la réalité, en se satisfaisant de leur cohérence
logique.
Or il ne suffit pas qu’un discours soit logique pour être en
accord avec le réel qu’il prétend cerner. Une confiance
excessive dans les vertus du verbe, confiance qui remonte
peut-être aux pratiques magiques - nommer c'est posséder, ou
dominer -, a fait longtemps obstacle au contrôle expérimental,
qui implique que l'on tourne le dos au discours, pour agir sur
les choses et le mettre par là en question. La valorisation du
raisonnement verbal se trouvait encore accentuée par la
soumission à l'autorité des maîtres du passé, sans égard pour
les démentis que les faits pourraient infliger à leur façon de
voir.
On connaît l'anecdote de cette assemblée de moines savants
qui s'interrogèrent un jour sur le nombre de dents du cheval.
Ils répartirent l'examen des sources les plus prestigieuses, qui
se plongeant dans Aristote, qui dans Platon, qui dans saint
Augustin, qui dans l'Ecriture sainte. Toutes ces recherches
furent vaines, ils n'y trouvèrent pas de réponse à leur
question, et la proclamèrent donc insoluble. Aucun d'eux ne
songea à aller aux écuries, à ouvrir la bouche d'un cheval et à
y compter les dents. L'histoire est caricaturale, et un peu
injuste sans doute pour ses héros, mais elle illustre bien une
attitude qui a entravé le recours à l'expérimentation."
http://www.yrub.com/psycho/methexperimentation.htm, ATRIUM,
les méthodes en psychologie
Pour les forces armées canadiennes, comment
organiser innovation et expérimentation
un processus itératif de rassemblement, de
développement et d’exploration de concepts pour dégager et
recommander les meilleures solutions à valeur ajoutée en vue
d’effectuer des changements en DOEMLP (doctrine, organisation,
entraînement, matériel, leadership et personnel) nécessaires à
l’accomplissement d’un progrès significatif dans les futures
capacités opérationnelles interforces.

http://www.journal.forces.gc.ca/frgraph/Vol1/no2/pdf/63-70_f.pdf,
revue militaire canadienne, été 2000
L'expérimentation, un nouveau mode de création législative
Vanessa Perrocheau
L'expérimentation sanitaire et sociale
(collectif)
Revue
Française des Affaires Sociales , 2000, 54 (1),
pp. 1-163
Si a priori, la méthode expérimentale s'oppose en tout
point avec notre conception traditionnelle de la loi,
nous assistons pourtant aujourd'hui à l'introduction de cette
méthode au sein de notre processus de création législative
par le biais des lois expérimentales. La spécificité
de ces lois à l'essai dérogeant au droit commun
réside en deux caractéristiques : il s'agit d'une législation
d'application limitée d'un point de vue temporel et/ou
sectoriel, une évaluation de leurs résultats est
prévue ab initio. Le recours à l'expérimentation
législative n'est pas anodin. Susceptibles de porter atteinte au
principe d'égalité de tous devant la loi, les lois
expérimentales font l'objet d'un encadrement jurisprudentiel. Le
Conseil constitutionnel et le Conseil d'État tout en admettant
la validité des lois expérimentales partielles temporaires, si
tant est qu'elles respectent certaines conditions strictes,
semblent s'opposer à la mise en vigueur de lois à l'essai
partielles non assorties d'une durée limitée. Nonobstant cet
encadrement, des dérives dans l'utilisation de ce type de loi
restent possibles. Ainsi, il n'est pas rare que les résultats de
l'évaluation ne soient pas pris en compte par le législateur. En
outre, l'expérimentation est parfois détournée de sa
finalité, le législateur n'ayant aucune réelle volonté
expérimentale. Néanmoins, utilisée à bon escient,
l'expérimentation législative peut être un moyen d'aboutir à la
promulgation de lois plus pérennes puisque mieux adaptées à leur
objet.
L'expérimentation dans le domaine social et sanitaire. De Claude
Bernard à Raymond Soubie
Claude Huriet
L'expérimentation sanitaire et sociale
(collectif)
Revue
Française des Affaires Sociales , 2000, 54 (1),
pp. 1-163
L'idée de l'expérimentation dans les domaines médical et social
est « dans l'air » depuis près de quinze ans ; les textes
législatifs – non seulement l'autorisent – mais y incitent, et
pourtant le bilan que l'on peut établir est plutôt mince. C'est
d'autant plus regrettable que, sous peine d'être une démarche
purement « statique », le développement de l'évaluation
gagnerait à s'appuyer sur des expériences diverses,
« dynamique », et par là même, enrichissantes puisqu'elles
permettraient de définir des voies ou des organisations
nouvelles en limitant le risque de déboires ou d'échecs.
Pourquoi l'expérimentation ne connaît-elle pas le succès
attendu ? Un premier élément majeur tient à la
culture française de sacralisation de la loi et à sa portée
uniformatrice. Cette tradition française a aussi pour
corollaire une faiblesse de l'évaluation. D'autres
facteurs expliquent en outre la frilosité de la démarche
expérimentale : la complexité des textes qui autorisent
celle-ci, l'organisation très hiérarchisée de ce
secteur, le manque d'une « culture » et d'une méthodologie
de la recherche expérimentale sont aussi autant de
freins à l'innovation. Il importe que le « droit à
l'expérimentation » soit davantage encouragé, si l'on souhaite
véritablement en faire un des moyens du changement dans notre
système sanitaire et social.
En
quoi consiste l'expérimentation française ?
Limiteur s'Adaptant à la VItessse Autorisée
http://www.projet-lavia.com/
Si ce dispositif doit un jour se généraliser en France
et en Europe,
cela ne se fera pas à l'improviste et non sans en avoir fait,
auparavant, une évaluation exhaustive.
Au-delà des choix techniques qui pourront toujours évoluer au
fur et à mesure des progrès techniques, c'est l'ergonomie du
système, son acceptabilité par les conducteurs et son influence
sur les comportements de conduite qui constituent les
principales préoccupations.
Seule une expérimentation d'une ampleur significative
mettant les conducteurs en situation réelle permettra
d'obtenir des résultats pertinents. Les chercheurs ont
donc conçu un plan d'expérimentation faisant appel à des
conducteurs volontaires.
Lier la théorie à l’expérience,
c’est, en premier lieu, lier la science au monde des phénomènes,
et réciproquement penser le monde comme totalité des
phénomènes apparaissant à une subjectivité corporelle.
Il faut bien noter qu’il s’agit d’une promotion radicale du
monde sensible, qui accède à la dignité du statut d’objet
connaissable, alors même qu’il nous est donné par l’expérience
vécue comme mouvant, relatif à nous, multiforme.
Constituer le monde des phénomènes comme seul objet d’une
connaissance possible revient d’abord à poser derrière le vécu
de la sensation l’objectivité d’un fait qu’on élève au statut de
donnée observable dans la mesure où il est reproductible, donc
accessible à d’autres — par un mouvement de résorption
du perçu, qui pose sous la couche de l’expérience sensible
empirique un réel transcendant l’expérience singulière. Le
rapport entre vécu et fait, expérience et expérimentation,
nous le montrerons, devra être pensé comme dialectisation
de l’expérience elle-même. Cela revient du même coup à
liquider la coupure antique entre contingence sublunaire et
phénomènes célestes : en braquant sa lunette vers la Lune,
Galilée ramène la totalité du monde au donné observable.
L’expérimentation ne procède pas de l’induction,
dans la mesure où celle-ci généralise l’expérience
empirique comme vécu. Elle ne prolonge pas l’expérience
sensible, mais produit une expérience théorique.
L’expérience, comme observation immédiate, ne nous apprend rien.
La naissance de l’expérimentation se constitue contre
l’expérience immédiate. Le fait n’est pas donné, il est
construit (Bachelard), il n’est pas donné empiriquement, mais
construit théoriquement.
Ce que montre la capacité expérimentale d’une science,
c’est la capacité non seulement de transformer une théorie en
hypothèse, mais surtout de passer de l’hypothèse à la réalité
presque tangible par le biais de l’expérimentation :
l’activité scientifique produit du concret.
Certes, l’expérimentation de la science classique permet de
modéliser des faits prédictibles et reproductibles dont les
mesures confirment les attentes de la théorie. Sans doute,
l’argument de Popper selon lequel l’expérimentation est une
falsification, non une vérification semble éloigner un
instant la question troublante de la nature de la réponse que
nous offre l’expérimentation.
L’expérimentation devient une technique rationnelle de
production de la preuve.
http://www.cerphi.net/lec/exp.htm
La psychologie cognitive est une science expérimentale qui
privilégie l'observation contrôlée du comportement humain dans
le but de construire des modèles du fonctionnement cognitif.
Elle procède donc, comme toute discipline expérimentale, par un
cycle récurrent "Modèle -> Hypothèses ->
Expérimentation...". Les modèles de la psychologie
cognitive ont donc comme principal fondement
l'expérimentation et sont essentiellement des modèles de
dépendance entre variables expérimentales. Nous
appellerons par la suite ces modèles des "modèles pour
comprendre".
http://tecfa.unige.ch/tecfa/publicat/mendel-papers/ste.html
On peut dire que l’on expérimente
quand on contrôle une hypothèse en comparant ses conséquences prévisibles à des
observations spécialement recueillies pour ça. L’expérimentateur
sait, ou plutôt prévoit que, en modifiant une certaine condition
de l’observation (= variable indépendante) il pourra constater
telle autre modification dans le résultat de l’observation (=
variable dépendante)
http://tecfa.unige.ch/tecfa/publicat/mendel-papers/ste.html |