Développer la fonction conseil aux établissements

Intervention de Philippe DUVAL, IGEN EVS à la journée de l’Inspection pédagogique régionale du 9 avril 2002 – Paris

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 sur le rapport

 la fonction conseil aux établissements d'après une intervention de M. DUVAL, IGEN - 2002

Le rapport sur la fonction conseil aux établissements (avril 2001) élaboré par Philippe DUVAL, IGEN EVS et Alain SAURAT, IGAEN est le fruit non d’une commande du ministère mais bien d’une initiative de l’IG. Il se veut la photographie d’une situation à un moment donné, devant permettre de poser les termes d’un problème. La question du suivi de ce rapport fait l’objet d’une attention particulière dans toutes les académies.

Il se fonde sur le nécessaire " pilotage pédagogique partagé " et sa nécessaire articulation avec les chefs d’établissement. Le thème est classifié selon ses propres termes d’urgent. Son intention est d’alerter et non de préconiser

 

Sa genèse est fondée sur

bulletLe rapport " projet d’établissement et collectivités territoriales " : les projets d’établissement présentent toutes sortes d’approches, avec des contenus aussi variés que possibles. Dans tous les cas, ils ne sont que peu ou pas évalués, peu lus. L’autonomie de l’établissement y apparaît de façon beaucoup trop ambiguë.
bulletLe rapport sur " les tâches des corps d’inspection " : le corps connaît actuellement une dispersion des missions et une difficulté de vraiment hiérarchiser les tâches. Il faut revenir aux deux fonctions principales mais pourtant en tension : évaluation-contrôle et assistance, conseil et accompagnement.
bulletLe rapport sur " le rôle et la place des corps d’inspection dans l’apprentissage " : si le contrôle externe et le contrôle pédagogique sont de droit, le conseil n’existe que si le partenaire est d’accord.
bulletLa notion de pilotage est encore largement problématique à tous les niveaux du système ; on constate de grandes inégalités entre les établissements et de manière générale dans le système éducatif. La difficile application des réformes en témoigne.

La fonction conseil aux établissement, et non aux personnes, apparaît donc plus que nécessaire pour établir dans les faits un double pilotage entre corps d’inspection et établissement autonome, dans un contexte contradictoire de " harcèlement textuel " (un texte important presque tous les quinze jours).

Actuellement, on observe que le conseil oscille entre une logique de service et le réseau des pairs où le conseil, s’il n’est pas donné, est toujours trouvé. C’est un pari capital qui concerne toutes les collectivités territoriales, en phase de décentralisation.

Dans le domaine juridique et financier

Le conseil juridique est nouveau et répond bien à la demande, à tous les niveaux (central, académique, départemental), en partie grâce au caractère urgent ces derniers temps

On observe cependant des effets de redondance, voire de contradiction du conseil entre les conseils prodigués entre les niveaux.

D’autre part, on oublie trop souvent d’associer la globalité des intervenants (pédagogie, ressources humaines, droit, finances). Tous sont réunis uniquement en cas de crise : le conseil est donc traité comme curatif, personnalisé et individualisé et non comme préventif, général et globalisé.

En matière de contrôle de légalité des actes : les actes des établissements ne sont jamais exploités ni contrôlés. Le conseil ne peut donc pas s’appuyer sur des réalités tangibles. C’est bien un problème de tutelle et de déconcentration ; le suivi des établissement est trop parcellaire, rarement croisé et globalisé. Par voie de conséquence, on dénote un certain scepticisme des chefs d’établissement et des dérives, en dehors même du droit.

En matière d’hygiène et de sécurité, les constats sont plus que préoccupants, les engagements non respectés.

Dans le domaine pédagogique et éducatif

Au niveau central, le principe de non-intervention est bien acté, malgré quelques réalités plus difficiles, comme l’accumulation de textes officiels décrétés dans l’urgence., au moment où le conseil demande le temps de naître. Il débouche alors sur des injonctions ou des accompagnement de réforme.

Il est de fait difficile d’appliquer, sans diagnostiquer, sans évaluer dans le respect de l’autonomie et des textes officiels. D’où le malaise certain des établissements et la solitude vécue des chefs d’établissement. On cumule alors toutes les difficultés : un contexte peu favorable, dans les têtes, une absence de représentation de ce que peut être le conseil, dans les faits, pas de réalités, et aucune obligation en la matière.

Il semble que le niveau le plus pertinent soit le bassin, le " pays ", infra-académique, infra-départemental car il est le lieu de confiance entre pairs, de méfiance aussi à l’égard des corps d’inspection qui doivent assumer le double rôle d’expert et de hiérarque.

Le conseil, c’est d’abord être dans un esprit de conseil demandé, reçu, non obligatoire, non injonctif et d’exécution, être capable de renvoyer l’autonomie au local pour qu’il le traite lui-même. La proximité, la régularité, l’expertise de l’inspection entraîne la notion de correspondance d’établissement. Cela suppose l’augmentation significative du nombre d’inspecteurs.

En amont, cela suppose aussi une véritable évaluation des établissements, nécessité absolue, à dissocier de la phase de contrôle et de conseil : une vraie mise à plat, en évitant la dérive toujours potentielle d’une évaluation rapportée à la personne.

Le pilotage pédagogique partagé, c’est donc la demande d’un conseil pour se situer et connaître ses horizons : aide au diagnostic, développer une action collégiale, faire l’état des disciplines, favoriser une réflexion collective dans l’établissement.

 

La phase d’échanges avec les participants a permis de préciser quelques points.

bulletTrouver et aider à trouver les modalités de relais à l’issue des inspections coordonnées.

Le conseil ne peut se situer que dans un accord bilatéral, un pacte social et négocié . La phase préalable en ceci est capitale pour préanalyser les documents, pour transmettre aux experts non pas tout un dossier forcément illisible, mais bien des éléments utilisables et définir avec le chef d’établissement quelques éléments observables, quelques objectifs d’impact, pour parvenir à négocier une adhésion de la communauté de l’établissement. Enfin, hiérarchiser les priorités, il est impossible de tout faire.

On est toujours à la merci de confusion entre le conseil pédagogique, le conseil à l’organisation et au fonctionnement, le conseil au projet d’établissement

Synthèse établie par François Muller, coordonnateur innovations pédagogiques – académie de Paris – 10 avril 2002

Pour aller plus loin, des contributions récentes:

 

Bedin, Véronique & Jorro, Anne (coord.) (2007). L'évaluation-conseil en éducation et formation. Les dossiers des Sciences de l'Education, 18, 140 p.

 

« La question de l'évaluation en éducation et en formation est devenue centrale depuis le début du 21ème siècle. Le projet européen d'une économie de la connaissance, la création du Haut Conseil de l'Evaluation de l'Ecole, puis du Haut Conseil de l'Ecole, l'évaluation des enseignements, la création du conseil pédagogique dans les établissements scolaires, l'accompagnement et le management des ressources humaines, la place de l'apprenance dans nos sociétés en mutation participent à la montée en puissance de l'acte évaluatif. Si l'évaluation devient si prégnante, c'est qu'elle est censée répondre à un certain nombre d'attentes, en particulier dans le fait d'apporter un éclairage sur la compréhension des situations d'éducation et de formation, de rendre possible et plausible l'interprétation de leur complexité, d'aider à la régulation des systèmes, des dispositifs, des procédures et des processus. Le recours à l'évaluation marque la volonté de faire retour sur l'action éducative ou formative pour interroger la valeur de cet agir jusqu'à envisager la nécessité d'ajustements (Forestier & Thélot, 2007). Les compétences de réactivité, voire de responsabilité, des acteurs chargés de mettre en oeuvre et de piloter les projets et les actions dans le quotidien de leur pratique sont valorisées. Dans ce contexte, l'évaluation-conseil offre la possibilité de dépasser le constat ou le bilan, constituant des arrêts sur image, certes instructifs, mais souvent sans lendemain. Composante de l'évaluation-régulation, l'évaluation-conseil introduit une culture délibérative de l'action à venir, parce qu'elle sous-tend un processus dialogique qui permet un travail réflexif sur les interprétations élaborées et un positionnement quant aux ajustements potentiels. L'évaluation-conseil apparaît donc comme le chaînon intermédiaire entre l'évaluation et la régulation. Dans cet entre-deux, s'élaborent des perspectives nouvelles et émergent des possibilités qui seront reliées à des exigences de faisabilité, de pertinence et d'efficience. (…) »    anne.jorro@univ-tlse2.fr

 

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Boucenna, Séphora & Charlier, Evelyne & Donnay, Jean (2007). Le codéveloppement par les pairs : une stratégie de réflexivité au service de l'évaluation et du conseil. Les dossiers des Sciences de l'Education, 18, 51 - 61.

 

« Après avoir décrit les différentes étapes du codéveloppement professionnel comme une démarche d'analyse des pratiques et de réflexivité et après avoir présenté les principes fondateurs, le présent article se propose, dans un second temps, d'en relever quelques conditions de fonctionnement issues de l'expérience de terrain des chercheurs et de présenter les effets observés par les participants. Cet exercice de description permet, dans un troisième temps, de relever comment le codéveloppement professionnel est une démarche qui utilise l'autoévaluation et le conseil au service de l'apprentissage sur et pour sa propre pratique ».

 

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Gather Thurler, Monica (2007). Evaluer et conseiller pour mieux enseigner. Les dossiers des Sciences de l'Education, 18, 17 - 27.

 

« Il est aujourd'hui devenu évident de connecter l'autonomie à l'évaluation et au conseil, dans le but d'assurer le développement systématique de la qualité au sein des systèmes scolaires. Ce dernier résidait pendant longtemps dans le fait que les performances des élèves étaient assez régulièrement vérifiées par des enseignants dont les capacités et l'adhésion aux normes prescrites étaient évaluées à leur tour par l'inspection scolaire. Au vu des évolutions récentes, l'évaluation institutionnelle est devenue en quelque sorte le "prix" de l'autonomie : ne prenant plus ou ne contrôlant plus, une par une, toutes les décisions, le pouvoir central a mis en place une évaluation plus globale, a posteriori, qu'il impose aux établissements scolaires. Ces derniers sont en même temps invités à procéder régulièrement à des évaluations internes, censées documenter les aboutissements des actions entreprises et produisant les informations à partir desquelles il devient possible de décider de la suite des opérations. Dans ce contexte, les fonctions de suivi, d'accompagnement et de conseil prennent de nouvelles significations, qui sont brièvement esquissées dans le cadre de cette contribution. »