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Etude d’un dispositif expérimental
«le lycée du temps choisi (LDTC) »
lycée Jean Lurçat - avril 2007
Le LDTC fait l'objet d'un suivi par l'Académie de Paris dans
le cadre du dossier « structures expérimentales ». A ce
titre, le LDTC relève de l'article 34 de la « loi
d'orientation et de programme pour l'avenir de l'école ».
A ce titre, un travail de contractualisation avec
différentes structures avait déjà été engagée ; mais encore
jamais précisément avec celle du LDTC. C’est l’expérience la
plus ancienne, dix années de pratique, mais un cadre nouveau
ont donc motivé cette étude, réalisée à la demande de la
mission académique « innovation et expérimentation » de
l'Académie de Paris.
L’écrit présenté ici est d’abord le résultat d’une enquête
approfondie conduite par Mlle Rime SADI, étudiante en master
II à l’Université de Paris X-Nanterre, sous la
responsabilité de Marie-Anne HUGON, professeur des
universités qui avait déjà réalisé un écrit il y a… dix ans.
Cet écrit a ensuite été repris par l’équipe du lycée comme
trame d’analyse de son activité.
Son objectif est de décrire la structure « le lycée du temps
choisi (LDTC) » du lycée général et technologique Jean
Lurçat dans le 13ème arrondissement de Paris.
L'objectif de cette étude est de décrire les éléments qui
caractérisent la structure LDTC et de donner un aperçu
général de toutes ses composantes.
Pour cela, dans un premier temps, nous avons pris
connaissance des documents sur la structure du LDTC fournis
par Mme Barral, coordinatrice du LDTC. Il s'agit d'articles
de presse, de documents administratifs et de rapports
institutionnels. Des entretiens informels et formels ont été
menés avec l'équipe éducative, des élèves actuellement
scolarisés et des anciens élèves de la structure. Des
entretiens ont été réalisés également avec Mme Dauphin,
Proviseure du lycée Jean Lurçat.
Pour que le lecteur soit au plus prêt de la réalité de la
structure, les propos des personnes interrogées
apparaîtront à différents moments de l’analyse.
Enfin, pour mieux comprendre le vécu des élèves et le
mode de fonctionnement de l'équipe éducative, des cours de
philosophie, d'histoire-géographie et d' « Histoire
des Idées » ont fait l'objet d'une observation. Une présence
à différentes reprises dans le bureau de la coordinatrice,
lieu habituel dans lequel les enseignants et les élèves du
LTDC se croisent, a permis d'observer discussions et
échanges informels.
Avant de réaliser les entretiens semi-directifs, des grilles
d'entretien ont été construites avec des questions
différentes selon la personne interviewée : la Proviseure,
la coordinatrice, les enseignants et les élèves de la
structure et des classes « ordinaires ». Aucune limite de
temps n'a été fixée afin de laisser la personne interviewée
parler à son aise, si elle le souhaitait.
La conduite des entretiens a demandé au préalable
l'établissement d'un climat de confiance. Pour cela, les
objectifs de l'enquête ont été précisés au début de chaque
entretien afin de lever craintes et appréhensions
éventuelles, et créer un climat favorable pour réaliser le
travail de recherche ainsi qu’une dynamique positive.
Au cours des entretiens, une écoute individuelle,
attentive et respectueuse de la personne a été privilégiée.
Pour préserver l'anonymat des personnes rencontrées, les
noms des membres de l'équipe éducative ne sont pas
mentionnés. Les entretiens avec les élèves ont été également
anonymés.
Différents entretiens ont été réalisés :
entretiens avec des élèves du LTDC (
section L et section STG)
un entretien avec la coordinatrice
entretiens avec des enseignants (de
philosophie, d'histoire-géographie, de mercatique et
d'anglais)
entretiens avec des anciens élèves du LDTC
entretien avec la Proviseure du lycée Jean
Lurçat
entretien avec Mr Longhi, fondateur du
LDTC. Ce dernier m'a fourni des éclaircissements et des
éléments très utiles sur la structure.
Comme l'a fait remarquer Françoise Cros, lors de sa
conférence intitulée « De l'innovation au changement » en
2001, il est très important de préciser ma place sur le plan
institutionnel et mes enjeux personnels par rapport à la
structure du LDTC.
N'étant pas membre de l'éducation nationale, je n'ai aucune
fonction institutionnelle à soutenir et je n'ai pas le
projet de travailler dans ce type de structure. J'effectue
une recherche sous contrat et je suis absolument libre de
mes propos et de mes conclusions.
Néanmoins, j'ai dans le cours de mes études
universitaires effectué une recherche sur les structures
alternatives en France et au Québec; ce travail est intitulé
« Décrochage et raccrochage scolaire : comparaison des
approches françaises et québecoises » (Département des
Sciences de l'éducation, Paris X-Nanterre, 2004). C'est à ce
titre que j'ai été sollicitée pour cette mission par Mr
Muller sur la recommandation de Mme Hugon, mon ancienne
tutrice de mémoire qui elle-même avait réalisé en 1998 une
étude de cas sur le lycée du temps choisi[1],
point de départ de mon travail.
La structure du lycée du Temps Choisi (LDTC)
dépend du Lycée Jean Lurçat, établissement public situé dans
le 13ème arrondissement.
Le LDTC accueille en terminale, environ 90
jeunes au parcours scolaire atypique. Ils sont bien
souvent décrocheurs ou en voie de l'être. Parmi ces jeunes,
certains reprennent leurs études en classe de terminale,
d'autres arrivent des autres structures expérimentales du
lycée ou d'autres établissements scolaires. Pour de
multiples raisons, ils ne peuvent se préparer à l'examen ni
dans une structure traditionnelle ni dans le cadre du CNED.
Scolarisés au LDTC, ces jeunes obtiennent
un statut scolaire et sont suivis par des adultes de
référence.
Le LDTC prépare au bac L et au bac STG (mercatique). Si
l'élève est redoublant, il a la possibilité de
conserver les notes qu'il a obtenues si elles sont égales ou
supérieures à la moyenne (possibilité liée à son inscription
en « candidat libre » au bac)
Le défi proposé à la base est d'obtenir le
bac en un an quelque soit le cas de figure (que l'on soit
redoublant ou que l'on n'ait pas passé ses épreuves de
1ère).
La préparation du bac en 2 ans est
envisagée chaque fois que cela est utile mais relève d'une
négociation entre élève et équipe pédagogique.
Exemples :
-
un élève qui travaille pour subvenir à ses besoins
-
un élève qui poursuit en parallèle un autre cursus
(théâtre, musique, danse …),
-
ou simplement un élève qui, de par son parcours, a des
lacunes importantes dans certaines matières.
Dans tous ces cas, l'équipe pédagogique
l'aide à faire le choix qui lui permettra de valider
certaines matières en fin d'année, de façon à travailler les
autres matières l'année suivante. En principe, cette
solution est envisagée au cours du 2nd trimestre.
La filière ES a été supprimée il y a 4 ans
sur le constat que les élèves qui fréquentaient cette
section, sauf exception, étaient souvent des élèves multi-doublants
qui n'avaient pas choisi ce bac.
Dans cette section par défaut, ils ne
correspondaient pas vraiment au profil des élèves du LDTC.
Les élèves accueillis au LDTC peuvent changer de filière
(faire une Terminale L après une 1ère STG ou autre ou une
terminale STG après un autre cursus).
Certains élèves de BEP qui ont subi
une orientation non choisie peuvent être admis au LDTC. Un
certain nombre de ces élèves ont d'ailleurs obtenu un bac en
un ou deux ans.
Les élèves ont aussi la possibilité de
suspendre ou adapter leur temps de fréquentation pour des
raisons qui leur sont propres (engagements professionnels,
sportifs ou artistiques, problèmes de santé, etc…).
L'équipe pédagogique respecte les programmes de terminale
mais adapte les horaires de cours. Ils sont dispensés par
bloc de 2 à 4 heures consécutives sur une même discipline.
L'emploi du temps est conçu pour laisser aux élèves du
temps libre (en principe 3 demi-journées par semaine).
Ce projet tel qu'il apparaît dans les
documents rédigés par l'ancien proviseur à l'attention des
autorités académiques et nationales repose sur une
conception individualisée des apprentissages et de la
scolarisation au sein de l'enseignement public.
Il s'agit de re-scolariser ou d'éviter la
déscolarisation des jeunes qui ont souvent rencontré des
problèmes avec l'institution.
La vocation du LDTC n'est pas de recevoir des
élèves qui présenteraient des troubles psychologiques graves
au niveau de l'apprentissage ou au niveau du
comportement.
Beaucoup de ces jeunes sont en rupture de
confiance vis à vis de toute autorité scolaire, voire de
toute autre autorité et en déficit de confiance en eux. Ils
ont parfois été "cassés" par le système scolaire.
Le premier travail de l'équipe pédagogique
est de leur redonner confiance en eux, de les réconcilier
avec l'institution et au-delà avec le monde des adultes.
L’engagement des élèves dans leur études
est symbolisé par un « contrat individuel de scolarité »
qui est inclus dans leur dossier d’inscription.
Témoignage d'élève : « L'équipe a confiance en nous avant
que nous retrouvions nous-mêmes cette confiance ».
Dans le cadre de l'article 34 de la « loi d'orientation
et de programme pour l'avenir de l'école », le LDTC
aurait le statut d'expérimentation pédagogique. Ce qui
d'après cet article engage la structure à « une
contractualisation sur objectifs et le devoir d'une
communication annuelle » à l'Académie.
Mais cette approche de l'article 34 ne fait pas consensus.
En effet, les structures innovantes de l'enseignement public
et parmi elles les structures spécifiques du lycée J. Lurçat
se sont regroupées en une fédération, la FESPI qui, d'après
le fondateur du LDTC, négocierait directement avec le
ministère leur cahier des charges et les modalités de leur
évaluation : « Un cahier des charges a été établi par
la fédération des structures innovantes de l'enseignement
public qui regroupe les enseignants exerçant dans des
structures telles que le LDTC. La fédération aurait
passé un accord avec le Ministère et notamment avec le
ministre Gilles de Robien pour l'application du cahier des
charges qui prévoit l’autonomie des classes innovantes, les
moyens afférents et leur évaluation. Le LDTC n'est pas
engagé dans cette opération, ses enseignants
considérant qu’ils jouissent actuellement d’une liberté
suffisante pour accomplir leurs missions. Par ailleurs, ils
redoutent que le cahier des charges ne leur impose à terme
des perspectives ou des méthodes qui ne seraient pas
adaptées à leurs élèves »
Précisons qu’au
lycée Jean Lurçat, le LDTC s'inscrit dans un ensemble de
projets dont il est le précurseur. Dans cet établissement,
sont développées différentes structures spécifiques visant à
adapter l'offre d'enseignement aux besoins des élèves.
Citons le lycée intégral (LI), La Ville pour école (LVPE),
le lycée de la solidarité internationale (LSI) et
Envol/Lien.
Actuellement, la structure fonctionne grâce à des moyens
horaires accordés par le Rectorat de l'Académie de Paris.
Les moyens octroyés à la structure du LDTC sont de 63.5 HSA
(Heure Supplémentaire Année). Le LDTC représenterait un
faible coût pour l'établissement selon l'ancien proviseur et
fondateur du LDTC : « un élève du temps choisi ne revient
absolument pas plus cher qu'un élève de BEP par exemple, il
revient même un peu moins cher ». Ces moyens sont
renouvelés annuellement depuis 11 ans sans garantie de
pérennisation. Ce mode de fonctionnement ne permet pas la
stabilité financière souhaitable pour des projets dans la
durée.
La structure fait partie intégrante du lycée Jean Lurçat et
n'a pas de financement de fonctionnement spécifique.
La coordinatrice de la structure souligne que depuis
Novembre 2005, elle est seule à gérer le LDTC. Elle
n'a plus d’assistance administrative et se déclare
surchargée.
Cette assistance apportée par des « emplois jeunes »
ou « emplois solidarité » lui permettait d’être dégagée de
certaines tâches administratives.
Sont acteurs du LDTC les jeunes inscrits, le personnel
d’encadrement, les familles et membres d’autres
structures spécifiques ou classiques.
Les jeunes inscrits prennent connaissance de l'existence du
LDTC par Internet, par le CIO, par la presse et par le
réseau relationnel.
Le recrutement est assuré par la coordinatrice en
collaboration avec l'équipe d’enseignants. Les admis sont de
la région parisienne et de la proche-banlieue. Le LDTC
accueille à peu près tous les profils; comme le dit une
enseignante : «ils sont comme les élèves « décrocheurs »
des autres classes, peut être plus abîmés, un peu plus
en souffrance mais eux ont dit stop, ont voulu sortir
de cette situation et sont allés chercher des solutions
ailleurs ».
D’après l’ancien proviseur, trois
catégories d’élèves peuvent se distinguer au sein de cette
structure. D'abord les « classiques » de milieu social dit
défavorisé. Ensuite les "modestes" avec quelquefois des
problèmes spécifiques (carte de séjour, francophonie
récente). Enfin, les "gâtés". En effet, depuis une décennie,
on observe une recrudescence d’élèves issus des classes
moyennes. En général, ils décrochent en fin de collège ou
pendant les années lycée; leurs parents exercent des métiers
globalement dans les milieux culturels, intellectuels,
journalistiques voire éducatifs. Ce sont des jeunes qui
n’ont pas subi de carence culturelle, ils ont voyagé et
vivent dans un environnement permettant un
épanouissement intellectuel. Mais, ils manifestent une
inappétence pour l’effort, un refus du carcan scolaire et
une certaine révolte. Parfois, ils ont cédé à la
consommation de produits illicites ou d’alcool.
Bien qu'il n’existe pas de suivi
statistique concernant les catégories socio-professionnelles
des jeunes du LDTC, il semblerait que ces trois profils
soient nettement représentés en son sein.
D'après les différents entretiens réalisés
auprès de la coordinatrice et des enseignants, les profils
des jeunes de la structure sont :
Elèves aux cursus incomplets, arrivants tardifs dans
l'année, diplômés étrangers nécessitant un ajustement.
Personnes reprenant des études, jeunes mères, adolescents
aspirant à une réinsertion après une rupture scolaire.
Jeunes salariés, élèves multi-doublants, lycéens perturbés
par leur écart d'âge avec des camarades.
l
Elèves rejetant une filière,
jeunes saturés par le rythme d'une filière intensive, élèves
en opposition dans une matière.
l
Elèves ne supportant pas la
pression de certains établissements.
l
Elèves « doués » qui se sont
ennuyés à l’école
La majorité des jeunes du LDTC
ont entre 18 et 20 ans. Pour cette année scolaire, il y a
autant de filles que de garçons. Au cours du jour,
quarante-trois jeunes sont inscrits en L et trente en STG.
Au cours du soir, vingt-six jeunes sont inscrits dont
dix-sept filles et neuf garçons. Le nombre d'élèves peut
légèrement varier selon les années.
Voici quelques témoignages recueillis au cours de l'enquête
sur les parcours scolaires et personnels antérieurs, relatés
par des jeunes scolarisés en 2006-2007 au lycée du temps
choisi, toutes filières confondues :
A/ une élève en section L :
« J'étais en première ES dans un lycée classique.
Auparavant, j'ai fréquenté des écoles privées. L'année
dernière dans le lycée dans lequel j'étais, je
commençais à étouffer. A cause de la même pression,
j'avais redoublé ma seconde ainsi que ma troisième...donc je
savais que je n’allais pas aller bien loin. Trop de pression
me démotive ».
B/ un élève en section L :
« L’année dernière, j’étais dans un lycée classique. Deux
ans plus tôt, j’étais au Lycée Intégral. J’avais fait quatre
lycées. J’en suis donc à mon septième aujourd’hui, pas parce
que je suis nul mais parce que l’ennui me fait partir. Il
m’est arrivé de fréquenter deux lycées en trois semaines.
C/ un élève en section L
: « J’étais l'année dernière au lycée intégral.
J’y ai fait une seconde et une première L en un an, avec
succès Lors des deux années précédentes, j’ai
fréquenté deux privés. Le premier, j’y suis resté 6
mois avant d’intégrer le second pendant un an pour
finalement décrocher ».
D/ un élève en section STG :
« Après ma quatrième, on voulait me mettre en BEP
[...] mes parents ne voulaient pas. Ils m’ont mis dans
une boîte à bac, j’y ai fait une seconde puis une première
ES qui était trop difficile pour moi. On m’a conseillé une
orientation en filière technologique. J’ai suivi une
première STG dans un autre lycée ainsi qu’une terminale mais
comme je n’ai pas travaillé, j’ai échoué au bac et ai fait
une dépression de deux mois.
E/ une élève en section STG :
« Je repasse mon Bac en candidat libre parce que je l'ai
loupé l'année dernière de peu. J’avais fait une seconde
générale, une première et une terminale STT, en province et
je suis arrivée à Paris pendant les vacances. Au total, j’ai
redoublé deux classes, ma première et ma terminale.
Les élèves qui fréquentent cette structure sont issus
d’établissements classiques ou privés ou des structures
innovantes du lycée Jean Lurçat, telles que le lycée
intégral et la ville pour école. Les données fournies par la
coordinatrice, pour l'année scolaire 2006-2007 indiquent que
quatorze élèves de L et trois élèves de STG viennent du
lycée intégral. Cela représente environ un quart de
l'effectif des jeunes fréquentant la structure du LDTC pour
l'année scolaire 2006-2007.
En résumé, comme le précise une enseignante de la structure,
l'équipe recrute des élèves :
« décrocheurs qui ont envie de travailler, qui veulent
avoir le bac et qui veulent remettre le pied à l'étrier ».
Cependant, la même constate que cette année, les
jeunes sont moins acteurs dans leur apprentissage : « ça
dépend des années, j'ai l'impression que les élèves de cette
cession sont plus dans l’attente d’un kit pour obtenir le
bac, je les trouve beaucoup moins curieux, moins ouverts,
ils n’ont pas encore laissé tomber cette rivalité
qu'il peut y avoir entre profs et élèves. J'en suis encore à
leur prouver que nous sommes là pour travailler ensemble.
Cette année c'est peut-être un peu particulier ».
Ces jeunes qui, après des parcours différents ou/et
chaotiques, ont ou devraient avoir une motivation forte pour
obtenir le baccalauréat et se réinvestir dans un projet de
formation, n’arrivent pas toujours pour autant à travailler
régulièrement dès le début.
Sont acteurs professionnels : La Proviseure, la
coordinatrice, les enseignants.
5.2. 1 La Proviseure du lycée Jean Lurçat
La Proviseure, Mme Dauphin a pris la direction du lycée Jean
Lurçat en septembre 2006. Elle succède au proviseur, Mr
Longhi qui fut à l'initiative du LDTC. D'après l'entretien
réalisé, le chef d'établissement souhaite se rapprocher de
l'équipe qui gère la structure LDTC et collaborer avec elle.
La Proviseure n'ignore pas que le départ de Mr Longhi a
suscité de vifs regrets au sein de l'équipe du LDTC. Pour
autant, elle souhaite s'investir dans le pilotage de la
structure. En effet, responsable de l'ensemble du lycée,
elle souligne qu'elle l'est également du LDTC, et à ce titre
souhaite « jouer son rôle » au sein de la structure
et non pas servir de simple support administratif.
Elle espère engager une collaboration avec l'équipe du LDTC
en toute sérénité et améliorer la communication avec elle.
La Proviseure aimerait également être perçue par les jeunes
de la structure comme un acteur dans le LDTC et ne pas être
cantonnée à un rôle de gendarme, comme l'attestent ces
propos recueillis : « la seule relation que j'ai avec eux
[les élèves du LDTC] c'est de les « engueuler" dans
les couloirs quand ils font quelque chose qui est interdit.
Donc ils me perçoivent comme le gendarme de la maison.»
De son côté, l'équipe éducative demande à ce que la chef
d'établissement la sollicite et développe des réunions avec
elle. Cette équipe espère que sa collaboration permettra la
pérennité de la structure. Un
enseignant
regrette ainsi le peu de lien avec
la Proviseure : « Nous entretenons des liens d'une
sociabilité apparente qui ne vont jamais plus loin [...]
nous avons eu une réunion demandée par M. Longhi l'année
dernière quand on savait qu'elle avait été nommée, avec
l'ensemble des personnes qui travaillent dans toutes les
structures expérimentales et qui a duré une heure». Les
relations sont donc à construire.
5.2.2 L'équipe éducative du LDTC en 2006-2007
L'équipe éducative est composée de la coordinatrice et des
enseignants de la structure du LDTC.
5.2.2.a Les enseignants
Pour l'année scolaire 2006-2007, sept personnes enseignent
dans la structure du LDTC.
Une grande diversité des origines, des formations, des
parcours professionnels et des statuts caractérise cette
équipe. D'après les informations recueillies auprès de la
coordinatrice, les enseignants ont une formation
universitaire classique. Certains appartiennent au monde de
l’entreprise et de la formation professionnelle et certains
continuent parallèlement à exercer ou à développer des
activités professionnelles. Par ailleurs, les statuts ne
sont pas unifiés : ils peuvent être personnel titulaires de
l'éducation nationale ou vacataires. Certains enseignants
interviennent également au CFA dont Mme. BARRAL assure aussi
la coordination.
Ils enseignent souvent différentes matières :
histoire-géographie, économie-droit ; ou philosophie,
lettres, allemand
Le recrutement des enseignants est opéré par la
coordinatrice en accord avec la Proviseure.
Les élèves qui ont besoin de passer ou repasser les épreuves
de 1ère ont la possibilité de suivre un cours de
français tout au long de l’année, pour l’épreuve de SVT,
physique ou maths, des modules sont proposés.
La motivation première de l’équipe repose sur le désir d’une
« Ecole autrement » dans laquelle chaque élève est considéré
comme un être unique.
Un enseignant déclare : « Pendant deux ans, j’ai été
surveillant et j’ai été étonné par la distance que
maintenait les enseignants envers leurs élèves. La
directrice de l’établissement m’a même reproché la bonne
entente qui existait entre les élèves et moi alors que
celle-ci me semblait nécessaire pour remplir ma fonction. On
m’a demandé de choisir « mon camp » alors que pour moi il
n’y en avait qu’un. »
5.2.2.b La coordinatrice de la structure au lycée Jean
Lurçat
La coordinatrice vient du monde de l'entreprise. Elle est
coordinatrice de la structure du LDTC depuis douze ans. Elle
l'a mise en place avec l'ancien proviseur : « je porte le
bébé finalement depuis sa naissance » dit-elle.
Elle assume le fonctionnement de la structure depuis sa
fondation.
La coordinatrice joue tous les rôles : accueil de 8h à 19h,
écoute et soutien affectif des jeunes, solutions aux
problèmes des jeunes et des professeurs, organisation et
gestion administratives. La Proviseure souligne la fragilité
d'une expérience qui repose sur les épaules et le
surinvestissement d'une personne dont elle craint
l'épuisement. D'ailleurs, la coordinatrice s'interroge sur
le futur de son poste de travail et incite l’équipe à une
réflexion sur l’organisation à venir.
Pour la coordinatrice, les jeunes sont la priorité. Voici
comment les jeunes la perçoivent : un élève de la section
STG : « elle est super gentille, elle est vachement à
l'écoute et tout ».
Elle est considérée par les enseignants comme le pivot de la
structure, comme le dit un enseignant : « Nous avons Mme
B. qui est notre point de convergence et d'échanges. Le
bureau de Mme B. est un espace très convivial dans
lequel se rencontrent tous les enseignants ». « Le
fait que Mme B. assure une présence continue, favorise la
transmission des informations » ajoute un enseignant.
5.2.2.c La collaboration au sein de l'équipe
L’échange, au sein de l’équipe est informel mais constant.
Il a lieu avant ou après chaque cours. C'est un mode
de fonctionnement non institutionnalisé avec une équipe « habituée
à une demande individuelle dans un cadre non formalisé et
réactive » dit un enseignant. D'après les échanges et
les observations conduits, l'équipe paraît très flexible et
adaptable aux réalités.
L'équipe du LDTC a l'habitude de travailler ensemble. Un
enseignant ajoute qu' « il faut une équipe sûre, qui y
croit » c'est à dire une équipe soudée dans le temps,
disponible et avec les mêmes objectifs mais sans doctrine
spécifique. Ainsi l'ancien proviseur précise : « il
n'était pas question au temps choisi de verrouiller les
professeurs par une doctrine, par une obédience pédagogique.
Il n’était la vitrine de personne donc l'idée c'était d'être
extrêmement empirique et très pragmatique. Il s'agissait
chaque année pour chaque élève, en fonction de ce qu'il
pouvait faire et ce qu'il avait envie de réussir, de lui
donner la meilleure adéquation entre ses capacités et nos
possibilités ».
Les propos des enseignants témoignent de la place centrale
de l'équipe dans le fonctionnement de la structure :
Dans la gestion pédagogique
des cours : les enseignants pratiquent l'interdisciplinarité
et cherchent à rendre cohérentes les méthodologies.
Une enseignante : « Nous croisons nos disciplines et
élaborons ensemble une brochure, support du module
« Histoire des idées ». J'ai intégré dans mon enseignement
des éléments communs à mon programme et au contenu de ce
module . J'essaye de réactiver des thèmes abordés dans
les autres matières.
Le professeur de philosophie et moi-même sommes allées voir
« SHINNING », ce qui nous a permis de travailler en langue
anglaise le thème de la Conscience et du Temps.
Un enseignant : « La complémentarité naît de l'idée
qu’en fait sans les autres nous ne pourrions pas
fonctionner.
Dans les relations avec les
élèves : les élèves ont le sentiment de travailler avec une
communauté d'adultes solidaires.
Un enseignant : « Parce qu'au delà de la matière, c'est
la relation aux élèves qui nous intéresse, l’enseignant face
à une situation pédagogique difficile (absence de
méthodologie, blocage à l’écrit, etc…) sait pouvoir compter
sur une réponse réfléchie en équipe.
l
Participation au
fonctionnement de la structure :
L’une des caractéristiques de l’équipe du LDTC vient
probablement à la fois de son hétérogénéité et de sa
complémentarité.
L’échange, le partage et la durée sont des éléments clés
d’une harmonie qui donne aux élèves à la fois un sentiment
de fiabilité, de complicité, de solidarité et de
convivialité.
Un enseignant : «Mme Barral nous laisse une forte marge
d’initiative. Sa position est différente de la nôtre et lui
permet de privilégier une vision globale de longue durée.
Cette position centrale dans le temps et dans le
fonctionnement permet de neutraliser les conflits de pouvoir
et favorise les prises d’initiatives spontanées.
Si, par contre, nous manquons d’initiative, elle profite de
sa position centrale pour nous inviter à en avoir ».
5.3.1 Les familles
L'inscription au lycée du temps choisi est négociée
directement entre le jeune et les responsables du projet,
d’autant que la plupart sont majeurs. Les enseignants sont
en contact avec les familles en fonction des relations
jeunes/parents. L'équipe éducative est ouverte au dialogue
avec les parents lorsque ces derniers la sollicitent.
On trouvera en annexe[3]
une lettre de remerciement d'une famille qui témoigne du
climat entre familles, élèves et équipe éducative.
5.3.2 Les autres structures spécifiques
Parmi les jeunes scolarisés au LDTC, certains
sont issus du lycée intégral, mais il n'y a pas à l'heure
actuelle de relation pédagogique construite entre le lycée
intégral et le LDTC. Il y aurait eu, à un moment donné,
d'après un enseignant, une tentative de collaboration
pédagogique avec le lycée intégral mais sans continuité.
Néanmoins une collaboration administrative existe et permet
d’utiliser les spécificités des différentes structures pour
répondre à des besoins élèves particuliers.
5.3.3
Les enseignants et élèves des
classes classiques du Lycée Jean Lurçat
Les élèves du LDTC ont parfois suivi les
cours de certains enseignants du lycée et les élèves du
lycée sont accueillis au LDTC dans le cadre de l’Ecole
Ouverte.
Il est arrivé que des élèves du lycée « classique » soient
accueillis en cours du soir pour un soutien ou pour pallier
une carence.
L’'observateur est surpris par la grande liberté de
comportement des jeunes. Ils peuvent se déplacer librement
dans et hors de la salle dans laquelle le cours a lieu. Ils
ont un emploi du temps adaptable en fonction de leur emploi
du temps et de leur rythme.
Les professeurs vérifient les présences et les absences, ce
qui permet le suivi. En cas d'absence, la
coordinatrice appelle le jeune, s'informe de la situation et
essaie de résoudre avec lui le problème de son absentéisme.
En effet, le rapport entre les jeunes et les adultes
apparaît comme amical, respectueux et non conflictuel.
L'objectif de l'équipe est de privilégier toujours la
négociation et le dialogue. Selon l'équipe, on ne peut
remobiliser les jeunes par des mesures répressives : « C'est
la pugnacité des enseignants qui croient complètement en
leurs pratiques qui sert de moteur et de motivation plus que
leur autorité en termes coercitifs[4] ».
Certains jeunes suivent les cours du jour, d'autres le cours
du soir. Nous verrons ci-après une présentation succincte de
ces deux fonctionnements.
Pour l'année 2006-2007, soixante-treize inscrits ont suivi
le cours du jour dont quarante-trois en section L et trente
en section STG. Pour l'ensemble des sections, trente-huit
sont des garçons et trente-cinq sont des filles. La
coordinatrice précise que pour la rentrée prochaine, elle ne
dépassera pas un total de trente-cinq candidats maximum pour
la section L et de 30 pour la section STG.
Sont proposés dans le cadre du projet « Deux cordes à mon
arc », des modules « Arts plastiques » et « Audiovisuel ».
La plupart des cours sont dispensés sous forme de blocs de
deux à quatre heures, ce qui suscite une interrogation quant
à la capacité des élèves à se concentrer.
Un élève en section L apporte un élément de réponse : « l'emploi
du temps en lui même est pas mal, les cours sont compacts ce
qui permet de ne pas perdre de temps et de traiter un sujet
dans son ensemble. Un cours peut intégré un débat,
un travail sur exercice, des ouvertures sur d’autres thèmes
dans le programme ou en dehors.
Un élève interviendra plus dans ce
type de cours parce qu’il repose sur l’échange et intègre la
réflexionde l’ élève dans sa construction ».
Un intérêt supplémentaire est souligné par un autre élève :
« je peux aller au conservatoire, avoir du temps pour
moi, faire mes devoirs et ça n'enlève rien à la
qualité ou à l'apprentissage, j'apprends beaucoup de choses,
c'est pas dévalorisé, c'est juste que c'est autrement »
Les cours du soir préparent au baccalauréat des personnes
dont les profils sont très variés. Les inscrits peuvent être
en activité professionnelle, sans lycée (qui n'ont pas été
pris au cours de jour par manque de place) et/ou des jeunes
du cours du jour qui souhaitent approfondir leurs matières
et avoir un soutien supplémentaire. On y retrouve aussi les
redoublants du LDTC de l'année précédente.
Vingt-six jeunes sont inscrits en cours du soir dont
dix-sept filles et neuf garçons. Dix neuf préparent le
baccalauréat L, deux le baccalauréat ES, un en S et
quatre sont en première L.
Les cours du soir ont pour vocation de fournir un soutien à
un travail personnel important. Les adultes y enseignent le
même programme qu'au cours du jour mais dans des temps
beaucoup plus réduits. Comme le dit un enseignant, c'est « du
soutien approfondi, ça ne peut pas réellement remplacer un
cours ». Il s'agit de donner une nouvelle chance à un
jeune qui souhaite repasser le bac sans lui imposer un
horaire lourd. Ces cours permettent aussi de « refamiliariser »
les jeunes avec les études pour qu’ils puissent mûrir leur
projet.
Un enseignant ajoute que : « Même si leur présence n’est
pas toujours régulière, cela leur permet d’avoir des
références, de vérifier leur préparation pour l’examen.
Cette irrégularité est due aux contraintes professionnelles de certains jeunes qui
travaillent avec des horaires variables ou des activités
intermittentes. Les jeunes sont amenés continuellement à
s'ajuster aux contraintes du marché du travail; ce qui les
amène souvent à s'absenter. »
Une ancienne élève de L :
« C’est vraiment pour des élèves motivés. Il faut du
sérieux, retravailler ses cours. Il faut fournir un travail
personnel ».
Les cours du soir font l'objet d'une réflexion de l'équipe.
En effet, depuis quatre ans, ce cours a connu une évolution
importante en raison de la situation économique.
De plus en plus de jeunes en situation de précarité,
inscrits au cours du soir sont amenés à sacrifier leurs
études pour pouvoir gagner leur vie. Un enseignant décrit
ainsi le cours du soir : «D'une semaine à l'autre, la
composition du groupe peut changée, la rotation peut être
assez forte. »
Depuis l'année dernière, l'équipe a choisi d'utiliser ce
cours pour tester la motivation de certains qui ont échoué
au baccalauréat l'année précédente, au sein de LDTC.
Elle utilise également les cours du soir pour répondre à une
demande élève du cour du jour désireux d'approfondir une
question en particulier.
Il a été mis en place en 2003, suite à une
réflexion menée conjointement entre professeurs et élèves
des années précédentes.
Les participants à cette réflexion avaient
constaté à la fois un manque de culture générale et des
difficultés à relier les différents domaines de
connaissances.
Pour répondre à cette problématique, l'équipe
a pensé construire un cours interdisciplinaire dans lequel
plusieurs professeurs interviendraient simultanément.
Ce cours interactif permet :
·
de développer l'esprit critique
par un débat encadré,
·
de mettre en place la
méthodologie par la confrontation des points de vue
professeur/élève et/ou professeur/professeur,
·
de leur donner les points de
repère relatifs aux différents domaines.
·
Travailler ensemble permet de
dépasser le seul cadre de la préparation au bac. L'équipe va
plus loin, dépasse l'exigence du bac, "nourrit" les élèves
pour tenter de leur offrir des cours de type universitaire
dans l'objectif d'éviter le décrochage post-bac.
·
De répondre à des thématiques
correspondant à la curiosité intellectuelle des élèves
Cette année, toujours dans cet objectif, un
projet "Deux cordes à mon arc" a été mis en place. A travers
ce projet, l'équipe souhaitait favoriser l'intégration des
jeunes qui souhaitent se diriger vers des métiers d'art,
dans les écoles d’architecture ou audio-visuel avec ou sans
baccalauréat.
Ce projet, soutenu par le conseil régional
d’Île de France dans le cadre « ambition réussite pour
tous », a été mené avec l’équipe enseignante du lycée,
des professionnels du cinéma, des arts appliqués et de
l’architecture et l’association des cinémas indépendants de
Paris.
Il vise trois pôles pédagogiques qui
s’articulent autour d’un sujet d’étude commun : « Berlin,
mémoire des chutes ».
Du point de vue pédagogique, le projet vise trois objectifs
pragmatiques qui s’interpénètrent :
- le développement de compétences
générales et transversales,
- l’acquisition de compétences langagières
en allemand et en anglais,
- la réalisation d’un documentaire à
Berlin.
La création artistique implique totalement
l’élève, elle touche l’intimité de l’élève. Il vit la langue
et crée avec elle et grâce à elle. Il associe une expérience
intime à une capacité linguistique. L’engagement dans le
réel permet de dépasser le cadre froid des apprentissages.
La fonction émotive liée à la création artistique permet, au
delà du conceptuel, de générer un goût pour les langues.
Voici le regard d’une élève sur cette
expérience :
« Le voyage à Berlin nous a permis de découvrir la ville à
notre rythme, d’avoir des échanges en allemand. Les
relations que nous avons pu faire entre les bâtiments et le
thème de travail nous a aidé à mieux comprendre la culture
de cette ville.»
Les enseignants du LDTC pratiquent une
pédagogie active et différenciée. Tout est fait pour inciter
l‘élève à s’approprier le cours.
« Je travaille à partir des idées
de l’élève, des problématiques sous-jacentes et je construis
le cours au fur et à mesure de leurs interventions.
L’élève s’inscrit au cœur du projet et construit son savoir
avec l’enseignant qui joue le rôle d’un marionnettiste. »
« La pédagogie différenciée exige que l’on adapte son
cours à des niveaux hétérogènes. Cela passe par un
échange constructif entre le prof et l’élève et, il est
vrai, que cet échange n’est pas toujours simple à mettre en
place. Tout prof de langue travaillant avec des niveaux non
homogènes se heurte à des difficultés et c’est ce qui rend
la pédagogie différenciée si complexe et en même temps force
le prof et l’élève à être tous deux acteurs dans cet
échange ».
Quelques témoignages d'élèves du LDTC sur la pédagogie dans
la structure :
Voici comment un élève de STG qualifie l'équipe : « j'aime
leur gentillesse, leur ouverture d'esprit et surtout le
temps qu'ils nous donnent. Ils n'ont aucun à priori, tout
est dans l'humour. » Les élèves peuvent tutoyer leurs
professeurs et il arrive qu'ils déjeunent ensemble. Les
observations montrent que ce mode de fonctionnement avec les
jeunes n'entraîne pas des attitudes de non-respect envers
les enseignants.
Un élève de la classe de L : « Ils veulent (les
profs) que tout le monde apprenne bien. Leur méthode est
bonne parce qu'ils nous demandent de parler, de donner nos
idées, nos opinions. Le fait de parler, d'échanger et
d'écouter les autres nous permet de mieux et plus réfléchir
et nous fait apprendre et évoluer ».
Un élève de STG : « Les
profs ont une autre approche, ils nous demandent par
exemple, de préparer des fiches, ensuite on pose des
questions. Ces échanges nous permettent d'aborder les cours
différemment et on ne voit pas passer les 4 heures. En fait,
on peut dire que la préparation occupe 50% du temps d’étude
et que les autres 50% se jouent en cours ».
Un ancien élève de la classe
de L : « les cours sont condensés et denses, il
n'y a pas de blabla inutile mais il y a des anecdotes. Tout
est fait pour qu'on retienne ».
La notation fait partie intégrante de la
démarche pédagogique. Elle aide l’élève à se situer sans
pour autant se dévaloriser.
Chaque enseignant utilise la méthode de
notation qu'il juge approprié. Les enseignants, souvent en
début d'année mettent des annotations, des remarques sur les
copies de façon à ce que l'élève saisisse ce qui est correct
et ce qui ne l'est pas.
Ensuite, les enseignants notent, souvent à
la demande des élèves et ils appliquent la notation "bac".
Les notes n’ont pas pour fonction de juger l’élève mais ce
qu'il a rendu par rapport à ce qui est attendu à l'examen.
L'équipe pédagogique insiste sur le fait
que la notation doit être "honnête" pour ne pas tromper
l'élève même, si, dans la première partie de l'année, les
notes sont "optimistes" afin d'éviter aux élèves le
découragement et leur de permettre de s'accrocher.
Les résultats au baccalauréat ne peuvent être l’objet de
statistiques :
-
D’une part, les informations ne sont
pas toujours connues de la structure
-
D’autre part, le parcours des élèves
peut s’étendre de 1 à parfois 3 ans.
Néanmoins un grand nombre d’élèves obtiennent le bac alors
qu’ils n’auraient même pas tenter de le présenter ou de le
représenter sans cette structure.
Voici ce que disent les élèves interviewés :
Ils découvrent le goût d'apprendre :
Un élève de la classe L : « Ils nous donnent envie
d'apprendre. Je leur fais totalement confiance, ils ne
doutent pas, contrairement aux profs que j'ai eu.»
Un élève de la classe STG : « Après avoir été
accepté dans cette classe, je me suis dit que c’était
le début de quelque chose. Les profs me faisaient confiance
et je n’avais pas envie de les décevoir. Je me suis mis à
bosser et j’ai eu les encouragements du conseil de classe !»
Une élève de la classe L : «Dans cette classe, les
profs ne nous mettent pas dans une case. Ils prennent en
compte la personnalité de chacun ; ce qui nous laisse plus
de liberté pour apprendre.»
Ils reprennent confiance en eux et dans
les adultes :
Un élève de la classe STG : «Alors que j’étais un
rejeté de la société, ils mont fait confiance et m’ont donné
le sens des responsabilités. Grâce à eux, je me suis dit que
les gens n’étaient pas aussi méchants, qu’ils pouvaient
penser aux autres»
Une élève de la classe L : « Il existe une vraie
interaction entre les élèves et les profs, il n’ y a pas
cette barrière imaginaire qui empêche un vrai dialogue.»
Un élève de la classe L : « Mais là j'ai vraiment le
sentiment que des gens sont derrière moi, qu’ils sont là
pour te soutenir, t'épauler, essayer de te comprendre...Tu
sens que les profs sont là pour toi ».
Témoignent aussi de ce rapport positif au LDTC, les visites
des anciens élèves :
Un ancien élève en classe L : « En fait, le temps choisi,
c'est la seule structure où je reviens bien que j'ai eu mon
bac. Je ne suis jamais retourné en pension, je ne suis
jamais retourné au foyer, Il n’y a qu’ici que je revienne.
Je n’y ai pas appris que des cours, j’ai aussi appris la
vie, c’est peut-être idiot à dire mais c’est comme ça…Mon
prof d’histoire m’a aussi donné des cours de karaté ! Et oui
il y a des profs qui font ça !
On pouvait parler de tout avec eux. Dans la cour de récré,
pendant les pauses, ils sont souvent avec nous, nous
écoutent. Nous échangions sur toutes sortes de sujets. Je
suis peut-être un peu nostalgique de cette époque parce que
c’était vraiment de bons moments. »
Le rapport positif à l'école, aux adultes et aux
apprentissages est confirmé par ces citations.
Le temps imparti pour cette
enquête n’a pas permis de connaître de façon quantitative le
devenir des anciens élèves.
Au terme de cette monographie, on trouvera ci-dessous sous
forme de tableau une présentation des éléments qui nous ont
semblé caractéristiques du LDTC et que nous avons observés
au cours de cette étude. Pour simplifier la lecture de la
présentation des données, on a distingué entre ce qui nous a
semblé être les « points forts » et les « points à
renforcer ».
|
Points forts |
Points à renforcer |
|
Concernant l'équipe pédagogique |
Concernant l'équipe pédagogique |
|
Investissement important de la
coordinatrice |
Aide administrative de la coordinatrice |
|
Investissement important des enseignants
Cohésion de l'équipe |
|
|
Flexibilité
Diversité des profils
Pragmatisme et empirisme |
|
|
Transmission patrimoine
pédagogique au sein de l’équipe et soutien au « nouvel
arrivant ». |
Communication à construire avec la
proviseure récemment nommée |
|
Concernant la méthode et la pratique |
Concernant la méthode et la pratique |
|
De nombreuses réunions informelles |
Pas de pérennité assurée |
|
Pédagogie active/différenciée |
|
|
Interdisciplinarité |
|
|
Concernant la structure |
Concernant la structure |
|
Souplesse de la structure |
Complexité du suivi individuel. |
|
Faiblesse du coût |
|
|
Structure intégrée dans les locaux d'un
lycée classique |
|
|
Concernant le ressenti et les résultats
|
Concernant le ressenti et les résultats
|
|
Motivation et satisfaction des élèves |
Pas de statistiques |
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Satisfaction des parents |
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|
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Concernant la relation avec l'extérieur
|
Concernant la relation avec l'extérieur
|
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Peu de relation avec les
enseignants des classes dites « ordinaires »
Peu de relation pédagogique avec les
autres structures expérimentales |
|
Soutien des médias |
|
|
|
|
Ouvrage consulté
VIAUD, M-L., « Des collèges et des lycées différents »,
Puf, 2005, p.87 à 169.
Rapports et documents internes
HUGON, M-A., VIAUD, M-L., grille d'évaluation des
dossiers, EC « Innovations pédagogiques », 2006-2007,
document interne, département Sciences de l'éducation,
Université Paris X.
LONGHI, G., rapports et bilans annuels de 1994 à 1999,
documents internes.
MOUVET, B., « Comment tisser entre l'école et son
environnement des liens qui contribuent à instaurer des
conditions de vie et de travail paisibles dans
l'établissement? », 2004, rapport interne, Université de
Liège, Faculté de psychologie et de sciences de l'éducation,
chap. II.2, P.5 à 13.
Communication
CROS, F.,
« Innovations et institutions : continuités et ruptures »,
communication présentée lors des journées inter-académiques
« Questions à l'innovation », Paris, 28-29 Novembre 2000.
Articles de presse
« (Re) passe ton bac d'abord », TELERAMA, Janvier
1998, N°2506, p.12.
« « ALBATROS » : pôle des pédagogies différentes »,
entretien avec G. LONGHI, Journal des enseignants de l'UPR
de Paris, Octobre 1999, p.8 à 12.
Comment combattre l'ennui »,
LE PARISIEN, Janvier 2003, p.6.
« Le lycée qui leur fait aimer le lycée », ELLE,
Février 2003, p. 82-85.
« Le sauvetage des élèves devient une cause nationale »,
CHALLENGES, N°48, Septembre 2006, p.66-67.
Travaux sur Internet
HUGON, M.-A., « Rescolariser et préparer au baccalauréat
des jeunes en rupture : l'expérience du lycée du temps
choisi », étude de cas, Innova : Observatoire européen
des innovations en éducation et en formation, INRP, 1998.
http://www.inrp.fr/Acces/Innova/Savoirs_nouveaux/Etudes_de_cas/Egalite_chances/France_1_08.htm
Annexe 1 : Contrat individuel de scolarité au L.D.T.C.
Annexe 3 : Emploi du temps des cours du jour
Pour la réalisation du travail initial,
remerciements de Melle Rime SAIDI
Je tiens tout d'abord à remercier la proviseure Mme
Dauphin et l'équipe éducative du lycée Jean Lurçat qui ont
accepté de s'entretenir avec moi. Un merci en particulier
à la coordinatrice de la structure LDTC Mme Barral et aux
enseignants Mr Bazeilhac, Mme Laude, Mr N'Gounio, Mme
Traoré qui ont eu la
gentillesse de m'accueillir dans la structure du LDTC. Je
salue également les élèves qui ont accepté de réaliser un
entretien avec moi et avec qui j'ai beaucoup échangé. Je
remercie également Mr Longhi, proviseur au lycée Albert
Einstein de St Geneviève des Bois, et fondateur du LDTC
d'avoir bien voulu répondre à mes questions.
Marie-Anne Hugon, Maître de conférences, HDR à
l'université de Nanterre, m'a accompagné dans la
réalisation de cette étude. Je prends toujours plaisir à
échanger avec elle.
Enfin, Mr Muller a bien voulu me confier cette étude.
Qu'il en soit remercié ici, la rencontre avec l'équipe
éducative du LDTC fut une expérience très intéressante à
tous points de vue.
[1]
« Rescolariser
et préparer au baccalauréat des jeunes en rupture :
l'expérience du lycée du temps choisi, étude de cas »,
observatoire européen de l'innovation en éducation et en
formation, INRP, 1998.
[3]
Une lettre de remerciement de la part d'une famille a
été adressée à l'équipe pédagogique en 2006. Elle est
jointe en annexe.2
[4]
Journal des enseignants de l'UPR de Paris, Octobre 1999,
P.9.
[5]
L'emploi du temps pour les cours du jour (année scolaire
2006-2007) est joint pour la classe L et STG en annexe
3.
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