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I De l'innovation à l'expérimentation

10 tendances observées en expérimentation

Que peut-il y avoir de commun entre un atelier de création d’arts numériques au collège et des modules de raccrochage scolaire pour élèves en difficulté en lycée professionnel ?

Entre l’organisation concertée d’ateliers sportifs en maternelle et l’annualisation des enseignements scientifiques en 5ème ? A priori rien : tout est spécifique, particulier,  contextualisé.

Et pourtant ? Jouons au jeu des ressemblances:

-          Toutes ces expériences concernent d’abord des élèves, de la maternelle au bac

-          Tout cela se passe bien dans les écoles et dans les établissements de l’académie de Paris

 

-          Toutes ces actions rassemblent des équipes et des directeurs, des chefs d’établissement à la recherche d’organisations, de dispositifs plus efficaces pour répondre aux besoins des élèves, aux souhaits des équipes et aux attentes des parents ;

-          Ces initiatives élargissent peu ou prou le cadre plus classique ou traditionnel de l’organisation des enseignements, des groupements, des temps et des rythmes scolaires.

-          Toutes ces initiatives sont suivies, peu ou prou, sous le sceau, qui de l’innovation, qui de l’expérimentation, par la mission académique « innovation et expérimentation » du rectorat de Paris

De fait, au-delà de la variété extrême des niveaux, des sites, des thèmes affichés, des organisations, au-delà de la diversité des objectifs donnés et des résultats atteints , ces équipes font le pari d’une organisation dynamique, plus collective, plus efficace des moyens de l’Ecole au service d’une plus grande réussite des élèves.

Innovation ou expérimentation ?

Ce n’est pas tant d’un simple problème d’appellation d’origine dont il est question pour un cercle restreint, mais bien d’un changement important dans le mode d’organisation de l’Education.

Certains cadres traditionnels de l’Ecole changent, en prenant appui par exemple sur l’article 34 de la Loi d’orientation pour l’avenir de l’École du 23 avril 2005:

« Sous réserve de l’autorisation préalable des autorités académiques, le projet d’école ou d’établissement peut prévoir la réalisation d’expérimentations, pour une durée maximum de cinq ans, portant sur l’enseignement des disciplines, l’interdisciplinarité, l’organisation pédagogique de la classe, de l’école ou de l’établissement, la coopération avec les partenaires du système éducatif, les échanges ou le jumelage avec des établissements étrangers d’enseignement scolaire. Ces expérimentations font l’objet d’une évaluation annuelle. »

Cet article, de nature législative, est à la fois une fin et un début:

- Une fin, car c’est la concrétisation en un texte législatif d’une revendication ancienne de plus de trente ans, ou encore relayée par le CNIRS( conseil national pour l’innovation et la réussite scolaire) en 2000. C’est le temps du changement en éducation.

- Un début, car le texte exprime la nouvelle articulation, tentée depuis quelques années, entre prescription descendante et dynamique locale.

Les dossiers présentés par les équipes témoignent d’une grande variété, parfois déconcertante à première vue, des formes, des expressions et du fond. En ressortent, grâce à une analyse approfondie et méthodique quatre types distincts permettant d’identifier plus explicitement ce qui relève de l’innovation et ce qui semble plutôt relever de l’expérimentation pédagogique. Ces quatre types sont présents parmi les 92 dossiers retenus dans des proportions variables :

Nous constatons avec un peu de recul qu’une même action, dans son déroulement, avec un peu d’aide, un conseil sollicité, peut alors passer un degré en quelques mois.

C’est pourquoi il nous semble d’une part opportun, voire stratégique, d’une part de ne pas dissocier innovation et expérimentation – ce sont deux états nominatifs d’une réalité dynamique plus complexe et évolutive en établissement -, d’autre part de favoriser le développement des compétences en accompagnement (voir chapitre 9).

Un graphe d’analyse de l’action innovante ou expérimentale

Au cours des trois années du dispositif, près de 130 dossiers ont été communiqués à la MAIE. Devant la richesse mais aussi la grande variété des dossiers, il a été nécessaire de procéder à l’élaboration d’une typologie des actions. Le graphe présente ici trois axes directeurs.

- l’axe vertical, autour de l’ancrage plus ou moins disciplinaire

- L’axe horizontal, autour de la structuration de l’équipe

- L’axe transversal, autour de l’élaboration de l’action, plus ou moins avancée, conduite, formalisée, évaluée

Très rapidement, on peut voir apparaître 4 GRANDS TYPES D’ACTION aux aires distinctes.

Des expérimentations structurelles- TYPE 1

Organisation collective concertée

Equipe soutenue et accompagnée.

Élargit le cadre classique à l’échelle de l’établissement

Évaluation régulatrice interne/externe

Des expérimentations pédagogiques - TYPE 3

Petite équipe

Partage d’une action

Touche légèrement aux cadres organisationnels d’une

discipline, d’une classe

L’évaluation doit être accompagnée

Des innovations d’établissement - TYPE 2

Dynamique collective nouvelle ou récente

Concerne plusieurs niveaux (disciplines, niveaux,

établissements)

Ne,touche pas au cadre classique.

Évaluation pas toujours organisée

 

Des innovations pédagogiques - TYPE 4

Une ou quelques personnes impliquées

Introduction d’un élément nouveau dans le cadre d’un

enseignement, d’une fonction

 

En identifiant ainsi pour chaque dossier d’équipe un type défini, nous pouvons établir un camembert de répartition numérique par types :

L’innovation pédagogique stricto sensu est nettement sous-représentée ; dominent les dossiers qui témoignent d’une assise plus collective ; c’est une évolution notable en rapport à la situation observée il y a quelques années, où les logiques étaient encore très individuelles, ou très disciplinaires.

En découlent ainsi d’autres caractéristiques : l’élargissement de la base professionnelle des actions a pour corollaire des dimensions plus structurelles, plus organisationnelles, relevant d’une politique d’établissement.

Cette dimension affirmée a été un des critères de sélection et de validation des dossiers. En cela, l’inscription institutionnelle permise par l’article 34 de la Loi de 2005 a porté ses effets, tant sur les dossiers présentés que sur l’activité académique.

Des initiatives d’origine académique

Le texte a aussi permis au Recteur de mettre en avant des initiatives de niveau académique :

Structures et lycées expérimentaux

Des équipes, anciennes ou plus récentes, ont élaboré des dispositifs souples, voire des structures, pour tenter de proposer à des élèves sortis du collège et « décrocheurs scolaires » des solutions pédagogiques adaptées favorisant la reprise d’un cursus et une orientation réussie.

Dispositifs de socialisation et d’apprentissages (DSA)

Depuis quelques années dans l’académie, des « dispositifs de socialisation et d’apprentissage » ont été construits au sein de collèges, et de lycées professionnels afin de répondre aux besoins d’une prise en charge temporaire plus différenciée d’élèves en grande difficulté.

Dispositif R’ECOLE (retour à l’Ecole) dans le 1er degré

Composé d’enseignants spécialisés et d’AVSco (assistants vie scolaire), chargés d’intervenir en urgence dans les écoles ayant un élève porteur de troubles très importants du comportement. Le dispositif RECOL oriente son action autour de l’écoute, le bilan, l’aide à la construction de projets, l’organisation de séjours de rupture, en partenariat avec la DASS et des associations

Unités de formation d’apprentissage en EREA

Le CFA académique « Paris-entreprises » s’organise autour de petites unités décentralisées selon les filières et répartis en établissement, pour pouvoir proposer aux élèves une variété suffisante de formations.

Langue française renforcée pour les nouveaux arrivants

L’académie de Paris, confrontée chaque année à des arrivées nombreuses d’élèves néofrancophones, a mis en place, par son CASNAV, un dispositif d’apprentissage initial de la langue scolaire pour ces élèves, avant de les intégrer dans des établissements, selon leur classe d’âge.

Les dispositifs de prise en charge des élèves développés par la MGI

L’’expérimentation doit permettre à une centaine d’élèves de découvrir un panel de métiers et différents types de formations offerts, notamment par les Centres de formation d’apprentis.

Classe préparatoire aux Etudes Supérieures, Lycée Henri IV

Le but de l’expérimentation CPES est d’impulser un mouvement de candidatures vers les CPGE concernant les élèves d’origine sociale modeste et de les accompagner afin de leur permettre de se présenter aux concours des grandes écoles à égalité de chances avec leurs camarades plus favorisés.

Différenciation des dispositifs

A l’issue de l’analyse partagée des dossiers, souvent en amont de leur élaboration, mais aussi pendant la validation de l’inspection, deux cas se présentent donc sur la base d’un principe commun : tenter d’apporter une réponse appropriée, constructive et ouverte à chaque dossier.

Les dossiers EXPERIMENTATION- 39 dossiers

ils touchent d’une manière ou d’une autre aux cadres traditionnels de l’enseignement (programme, formation, temps, espace) et comportent un ou des aspects dérogatoires.

La démarche peut se résumer en trois temps:

- Une autorisation du recteur

- La proposition négociée d’un cahier des charges de suivi et d’évaluation ; des éléments du cahier des charges porteront sur les modalités de suivi, d’analyse, d’accompagnement et d’évaluation du projet, jusqu’à 5 années.

- Une évaluation régulatrice, à moyen terme, avec points annuels.

Les dossiers INNOVATION- 53 dossiers

La majorité des dossiers peut faire l’objet d’une étude approfondie et d’une proposition de contrat (avec objectifs et moyens en HSE déléguées).

L’accompagnement de l’équipe dans son projet peut revêtir plusieurs aspects possibles, en ajustement avec les objectifs et contenus :

- Aide à l’élaboration du projet.

- Aide à la conduite du projet.

- Aide à l’évaluation du dispositif.

- Participation à l’évaluation régulatrice.

- Analyse des pratiques.

- Aide à la formalisation écrite en vue d’une communication écrite.

Enfin, il convient de rappeler que les dispositifs ne sont pas étanches ; dans la durée, et grâce à l’accompagnement durable, quand cela est possible, de part et d’autre, des actions dites innovantes peuvent évoluer dans une dimension expérimentale. Déroger, c’est d’abord s’autoriser, dans unenégociation partagée et intéressante pour tous les personnels.

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